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INFO-TURK

A non-government information center on Turkey
Un centre d'information non-gouvernemental sur la Turquie

41th Year / 41e Année
Novembre
 
2025 November
N° 567
53 rue de Pavie - 1000 Bruxelles
Tél: (32-2) 215 35 76
Chief Editor /Rédacteur en chef: 
Dogan Ozgüden

Responsible editor/Editrice responsable:

Inci Tugsavul
Human Rights
Pressures on  media
Kurdish Question
Minorities
Interior politics
Armed Forces
Religious affairs
Socio-economics
Turkey-Europe
Turkey-USA
Regional Relations
Cyprus and Greece
Migration

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Titres des évènements du mois
Titles of this month's events



    Le documentaire d'Esra Yıldız, « Apatride », retrace la vie et le combat des journalistes
Doğan Özgüden et İnci Tuğsavul, contraints à l'exil de Turquie suite au coup d'État militaire du 12 mars 1971 et déchus de leur nationalité en 1982. Il sera projeté au centre Garcia Lorca dans le cadre du Festival du cinéma ATTAC, le dimanche 23 novembre 2025 à 14h00.
    Ce documentaire explore les cinquante années d'exil d'Özgüden et Tuğsavul à Bruxelles, leurs luttes, leur engagement social ainsi que les activités des Ateliers du Soleil, le centre multi-culturel d'éducation permanente et de créativité qu'ils ont fondé en 1974.
    Le documentaire a déjà été projeté à Ankara, Antalya, Berlin, Boston, Bruxelles, Cologne, Hambourg, İstanbul, İzmir et Paris.
    La projection sera suivie d’un débat en présence de Doğan Özgüden et Bahar Kimyongür, journalistes exilés en Belgique.


Droits de l'Homme / Human Rights

Après plus d’un demi-siècle de lutte… - Doğan Özgüden
Trois personnes arrêtées pour espionnage au profit de l'étranger

Le documentaire "Apatride" a été projeté au centre Garcia Lorca à Bruxelles
Quand la persécution des « recherchés » prendra-t-elle fin ? - Doğan Özgüden
Le maire d'opposition d'Istanbul poursuivi pour 142 infractions
Courts refuse to release Gezi Park convict Tayfun Kahraman despite top court ruling
Turquie: à la recherche d’un Mamdani local -  Ragip Duran

Le jour de la révolution, la torture et la résitance kurde - Doğan Özgüden
"Cette loi joue avec nos vies": nouvelle menace sur les LGBT+ en Turquie
Turkey’s prison population has increased sevenfold under AKP rule
Court orders arrest of İmamoğlu, journalist Yanardağ in espionage probe

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Bianet editor Tuğçe Yılmaz to appear before court over interview with Armenian youths
Manifestations en Turquie: quatre journalistes dont un photographe de l'AFP relaxés
Un journaliste condamné à quatre ans de prison pour "menace" envers Erdogan

RSF: Erdogan parmi 34 prédateurs de la liberté de presse
Journalist Rahime Karvar sentenced to over two years in prison for ‘aiding a terrorist organization’
Caricature en Turquie: le dessinateur détenu depuis juin reste en prison
RSF dénonce la "persécution judiciaire" d'un journaliste turc
Kurdish musician Hakan Akay taken into custody upon arrival in Turkey

Prise de contrôle d'une télévision d'opposition et arrestation de son rédacteur-en-chef

Kurdish Question / Question kurde

Des députés ont rencontré le chef kurde Öcalan
Parliament committee votes to hold direct talks with PKK leader on İmralı Island
Le PKK annonce son retrait d'une région stratégique dans le nord de l'Irak
Kurdes tués à Paris fin 2022: un témoin présumé obtient finalement l'asile
Le chef kurde Öcalan veut agir avec "sérieux et responsabilité"

Trois Kurdes tués à Paris fin 2022: un témoin présumé conteste le refus de sa demande d'asile
PKK a achevé la première phase du processus de paix, estime le parti prokurde DEM
Le PKK affirme retirer ses forces de la Turquie vers le nord de l'Irak

Minorités / Minorities

À Iznik, le pape Léon XIV face à l’effacement du christianisme en Turquie
Le pape appelle la Turquie à jouer un rôle de "stabilisateur"

Politique intérieure/Interior Politics

Big Brother enregistre en turc! - Ragip Duran
Atatürk : le tabou mythique populaire et immortel, aujourd’hui le chef virtuel de l’opposition - Ragip Duran
Plaintes du président turc contre l'opposition pour "outrage" et "préjudice moral"
L' espoir de libération pour l'opposant Demirtas après une décision européenne

Accusé d'espionnage, le maire d'Istanbul convoqué par la justice

Forces armées/Armed Forces

La Turquie suspend les vols des C-130 après l'accident d'un avion militaire

Vingt militaires turcs tués dans le crash d'un avion en Géorgie
La livraison d'Eurofighter à la Turquie renforcera l'Otan, juge Merz

Affaires religieuses / Religious Affairs
 
En Turquie, le pape appelle à l'unité entre chrétiens de toutes confessions
L'auteur de l'attentat contre Jean Paul II éloigné du pape Léon

Socio-économique / Socio-economic

Over 800,000 children in Turkey are out of education, report finds
"Ni oubli ni pardon" pour les violences contre les femmes
2020–2025: Men killed at least 1,923 women and injured 4,436

L'accord sur l'organisation de la COP31 par la Turquie suscite l'indignation dans le Pacifique
L’Australie et la Turquie s’accordent pour l’organisation de la Cop 31
Une famille d'Allemagne intoxiquée par des produits chimiques

Près de 3.000 vaches bloquées au large de la Turquie
Des arbitres de foot en prison, le scandale des paris s'élargit
Six morts dans un incendie dans un dépôt de parfumerie

Men killed 22 women in October in Turkey
Le Monde Du Football Aussi Pourri Que… - Ragip Duran
Prison à perpétuité en Turquie pour les responsables d'un incendie meurtrier
Quatre membres d'une famille tués dans l'effondrement d'un immeuble
Séisme de magnitude 6,1 dans l'ouest de la Turquie

Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

La Suède rejette deux demandes d'extradition de la Turquie
PES condemns move to seek more than 2,000 years of prison for Ekrem İmamoğlu
Paris préoccupé par le sort du maire d'Istanbul
Un avion turc de lutte contre les incendies s'écrase en Croatie, le pilote tué

La Turquie réaffirme son objectif de participer à un programme de défense de l'UE
Erdogan signe avec Starmer un méga-contrat pour 20 Eurofighters

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO



Relations régionales / Regional Relations

Près de 3.000 bovins débarquent en Libye, après avoir été refusés en Turquie

La justice turque émet des mandats d'arrêt pour "génocide" contre Netanyahu
Des séries télé à la diplomatie, la Turquie déploie son influence au Bangladesh

Reprise des vols de Turquie vers Souleimaniyeh, en Irak, après une interdiction liée au PKK
550.000 Syriens sont rentrés chez eux depuis la chute d'Assad


Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece

En Grèce, un citoyen belge menacé d'extradition vers la Turquie
Erdogan défend les "deux Etats" en recevant le nouvel élu de Chypre Nord
Erdogan battu, son Quisling chypriote renversé - Ragip Duran

Immigration / Migration

La famille turco-allemande victime d'une intoxication à la phosphine

Au CBAI, une plaque commémorative dédiée à notre ami Bruno Ducoli
Un belge emprisonné en Grèce sous la menace d’une extradition vers la Turquie
Monténégro : rétablissement des visas pour les Turcs, après des incidents
Grèce: quatre morts dans un nouveau naufrage de migrants


Droits de l'Homme / Human Rights

Après plus d’un demi-siècle de lutte…



Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 26 novembre 2025

Deux évènements consécutifs se sont déroulés à Bruxelles, ravivant les souvenirs des années 1970, lorsque l’Espagne, la Grèce et le Portugal étaient, comme la Turquie, sous l’emprise du fascisme.

La semaine écoulée, à Bruxelles, où depuis 51 ans nous poursuivons sans interruption notre lutte en exil, nous avons assisté à deux évènements marquants… Le premier a été l’inauguration, le 18 novembre, lors d’une réunion entre le personnel et les membres de l’assemblée générale du Centre bruxellois d’Action interculturelle (CBAI) d’une plaque commémorative en hommage à notre ami italien Bruno Ducoli, président fondateur du Centre, décédé en 2013.
 
Le second a été la projection, le 23 novembre, à Bruxelles, du documentaire « Apatride » d’Esra Yıldız, retraçant notre vie à İnci et moi et nos combats dans l’exil. Ce documentaire, déjà projeté deux ans plus tôt au Festival du Film méditerranéen, a cette fois été montré dans les salles du Centre Garcia Lorca dans le cadre du Festival du cinéma d’ATTAC.
 
Peu après la fondation d’Info-Türk et des Ateliers du Soleil en 1974, nous avions également activement pris part à la lutte des organisations démocratiques immigrées et exilées en Belgique.
 
Ma collaboration avec Bruno Ducoli, cofondateur du Centre d’Animation sociale italien (CASI) et de la célèbre chorale Bella Ciao, remonte à 1975. Cette année-là, nous étions membres actifs du Comité de liaison des centres de formation immigrée créé par la Commission française de la Culture (CFC) afin d'aider à la participation des migrants à la vie sociale et culturelle de la métropole bruxelloise.
 
Nous avions assumé la charge de la traduction turque des brochures préparées par le Comité en français pour informer les migrants à propos de leurs droits et de leur participation à la vie sociale.
 
Pendant des années, nous avons également préparé les éditions des journaux en langue turque destinés aux travailleurs migrants turcs des deux principales organisations syndicales du pays, la FGTB et la CSC.
 
Peu après, nous avons pris une part active dans le Comité de liaison des organisations de travailleurs immigrés (CLOTI), qui regroupait toutes les organisations immigrées progressistes en Belgique, les Conseils consultatifs des immigrés des communes de Bruxelles et d’Etterbeek, le Conseil consultatif des immigrés de la Communauté française, le Comité flamand de concertation pour l’animation sociale des migrants et l’organisation Information Diffusion Immigrés (IDI).
 
Après le coup d’État du 12 septembre 1980, nous avons toujours bénéficié d’une grande solidarité et d’un grand soutien de la part de ces organisations-sœurs dans toutes les manifestations que nous avons organisées contre la junte fasciste en Turquie. La chorale italienne Bella Ciao, fondée par Bruno Ducoli et Silvana Panciera, a aussi apporté une grande contribution à la soirée de protestation internationale que nous avons organisée à Bruxelles le 14 février 1981 contre la junte du 12 septembre, en interprétant des chants de résistance italiens.
 
À cette époque, l’objectif principal des associations progressistes en Belgique était la reconnaissance des droits politiques des immigrés d’origine étrangère… Afin d’atteindre cet objectif et pour renforcer la lutte contre le racisme, nous avons participé avec tous nos amis à la grande marche organisée à Bruxelles le 8 mars 1983. La présence des enfants des Ateliers du Soleil avec leurs pancartes exprimant leurs revendications juridiques fut un épisode marquant.
 
Cette année-là, la création du Centre socioculturel des immigrés de Bruxelles (CSCIB) sous la présidence du professeur François Rigaux, et la nomination de Bruno Ducoli à la tête de ce nouvel organisme, ont marqué un tournant dans la vie des communautés immigrées à Bruxelles. L’institution, dont j’intégrai également l'assemblée générale, fut ensuite rebaptisée en Centre bruxellois d’action interculturelle (CBAI).
 
En 1984, à l'occasion de la visite du Roi Baudouin au CBAI, les Ateliers du Soleil étaient présents et cités comme une des organisations représentatives de l'immigration. Les années suivantes, nous avons organisé au CBAI plusieurs réunions et expositions. 
 
Bruno a toujours été à nos côtés dans notre lutte contre le régime en Turquie. Lorsqu’un de mes articles critiquant l’oppression de l’armée turque fut publié dans une revue à Istanbul et qu’un tribunal stambouliote ordonna aux postes-frontières de m’arrêter sur-le-champ si je m’aventurais à rentrer en Turquie, il adressa le 11 avril 2003 un message de protestation au ministre des Affaires étrangères Louis Michel.
 
Le 22 novembre 2008, en réaction à un de mes articles critiquant les pratiques racistes de l'État turc, alors que certains médias turcs incités par l'ambassadeur de Turquie à Bruxelles lançaient une campagne de lynchage à mon encontre, Bruno et Silvana qui se trouvaient en Italie suite à leur retraite, nous envoyèrent ce message de solidarité :
 
"Très chers Inci et Dogan, c'est avec stupeur, indignation et rage que nous apprenons les menaces barbares dont fait l'objet en Belgique notre fraternel ami Dogan. La profonde estime que nous lui portons et les longues années de militance commune que nous avons passées à Bruxelles le situent à tout jamais parmi les personnes les plus significatives que nous avons fréquentées. Intimement solidaires en ce moment difficile, nous vous demandons de nous dire s'il y a des choses que nous pouvons faire pour lui et plus globalement pour vous. Sentez-nous plus proches que jamais en ce moment et recevez toute notre amitié et toute notre estime. Hasta la victoria final !!! Fraternellement.”
 
Cinq jours après cette réunion commune avec des amis avec lesquels je lutte depuis des décennies pour la liberté et l’égalité en Belgique, nous étions réunis avec nos amis qui ont toujours étaient solidaires dans notre combat, à commencer par nos collègues proches, pour la projection du documentaire « Apatride » au Centre culturel Garcia Lorca dans le cadre du Festival du Film d’ATTAC.
 
Après le discours de présentation du dirigeant d’ATTAC Jean Flinker, nous eûmes İnci, moi et notre ami Bahar Kimyongür, une cible constante des pressions et menaces de l’État turc en exil, un entretien chaleureux avec le public.
 
Je partage le texte intégral de mon intervention, résumant notre vie de plus d’un demi-siècle d’exil avec İnci, lors de cet entretien : 
 
“Tout d’abord, je tiens à remercier le centre Garcia Lorca de nous accueillir à nouveau, après 50 ans, à l’occasion de la projection de ce documentaire.

“Après le coup d’état militaire de 1971, nous avons organisé en exil d’abord la Résistance démocratique dans plusieurs pays européens, puis Info-Türk et les Ateliers du Soleil à Bruxelles.

“A l'époque, comme la Turquie, trois autres pays européens, l’Espagne, le Portugal et la Grèce se trouvaient sous la dictature fasciste... Et le Club Garcia Lorca était le centre unique de la résistance antifasciste des immigrés et exilés espagnols en Belgique.

“Nous étions toujours avec le centre Garcia Lorca dans les grandes manifestations du premier mai, à la fête du Drapeau Rouge ou d’autres manifestations pour la défense de la liberté et des droits des classes opprimées. Nous avons également milité ensemble au sein du Comité de liaison des organisations de travailleurs immigrés (CLOTI) pour la reconnaissance des droits socio-politiques des citoyens d’origine étrangère en Belgique.

“Encore un souvenir de notre solidarité avec le peuple espagnol déjà quand nous étions en Turquie… Dans les années 60, quand nous dirigions le plus grand quotidien de gauche de ce pays, Akşam, Inci avait fait un reportage exceptionnel en Espagne avec Isabel la sœur de Federico Garcia Lorca… En même temps, elle avait traduit une des pièces de Garcia Lorca : Mariana Pineda… La lutte légendaire d’une femme de la résistance espagnole. Cette pièce a été représentée dans un des théâtres les plus prestigieux d’Istanbul.

“En ce moment, un des plus heureux de notre vie d’exil, je me trouve devant vous avec un de mes amis de lutte : Bahar Kimyongür.

“Quand j’ai lu son dernier livre, La Nécropole des gens heureux, j’ai remarqué un autre lien qui nous unissait déjà il y a plus d’un demi-siècle. Oui, Bahar est né à Berchem-Saint Agathe le 28 avril 1974. Juste trois jours après cette date, le 1er mai 1974, et à une dizaine de kilomètres de distance, nous avons fondé à Anderlecht Info-Türk et les Ateliers du Soleil.

“A cette occasion, je dois rappeler les noms de trois personnalités belges qui nous ont aidé dans l'organisation de nos activités : le musicien Julos Beaucarne, le juriste démocrate Jacques Bourgaux et l'architecte Marc Brunfaut.

“Avec Bahar, depuis les années 90, nous avons partagé la même lutte antifasciste… Quand il a été pris pour cible par l’Etat turc, nous faisions partie de la résistance organisée par le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association (CLEA).

“Bahar a reçu en 2008 le prix d’Info-Türk, décerné par un jury présidé par la professeure Anne Morelli, pour son premier livre intitulé 'Turquie, terre de diaspora et d’exil'. Il a également traduit en français nos livres, Le Livre noir sur la ‘Démocratie' militariste en Turquie et Une rebelle dans l’encre d’exil sur la vie et les combats d’Inci Tugsavul.

“Malheureusement, dans ce documentaire, on n’a pas parlé des années de répression exercée par les autorités belges contre Inci Tugsavul et moi… En effet, après la fondation d’Info-Türk, sous la pression du régime d’Ankara, les autorités belges ont refusé trois ans durant de nous donner un permis de travail et un permis de séjour.

"Ayant été expulsé vers les Pays-Bas, où je bénéficiais du droit d'asile politique, par la police belge, j'ai dû mener mes activités de publication et d'organisation dans la clandestinité pendant longtemps.

“Après avoir été rendus apatrides par le régime d’Ankara, notre demande d’obtenir la nationalité belge a été empêchée pendant quatre ans par le procureur du Roi suite à la pression du régime d’Ankara. C’est grâce à la grande solidarité des organisations et personnalités progressistes de ce pays, notre citoyenneté a pu être reconnue par le Parlement belge le 3 avril 1995.

“Pourtant, les menaces du régime d’Ankara contre Inci et moi n’ont jamais cessé… Nous avons été la cible de plusieurs campagnes provocatrices des missions diplomatiques et des médias au service de l’Etat turc.

“Soit!

“Quand nous sommes arrivés en Belgique comme exilés clandestins en 1971, j’avais 35 ans et İnci 31… Nous étions relativement jeunes… Aujourd’hui, j’en ai presque 90 et İnci 85, nous sommes proches de la fin d’un long parcours tumultueux.

“Malgré notre âge très avancé, Inci et moi, nous sommes déterminés à poursuivre notre lutte pour les libertés aussi bien en Turquie qu’en Belgique.

“A cette occasion, au nom d'Inci et de moi-même, je tiens à remercier pour leurs travaux exemplaires, toute l’équipe des Ateliers du Soleil, particulièrement la présidente Iuccia Saponara et la directrice Elise Thiry, et tous nos adhérents qui représentent au cœur de l’Europe toute la richesse et la créativité de leurs pays d’origine, d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

« Je tiens également à remercier tout particulièrement l'Institut kurde de Bruxelles, l'Institut assyrien de Belgique, l'Association des Arméniens démocrates de Belgique et la Maison du peuple de Bruxelles.

"Nous sommes fiers de mener depuis des décennies une lutte commune avec eux contre les pressions exercées par le régime d'Ankara tant dans notre pays que dans les diasporas, et nous continuerons à marcher ensemble.

“Je partage avec eux ce que disait Ernesto Che Guevara : Hasta la victoria siempre..."

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN

Trois personnes arrêtées pour espionnage au profit de l'étranger

Trois cadres d'entreprises de défense opérant en Turquie ont été arrêtés mardi dans le pays, soupçonnés d'espionnage au profit de puissances étrangères, a annoncé le parquet d'Istanbul sans préciser la nationalité des suspects.

Le parquet avait affirmé dans un premier temps que les suspects oeuvraient pour le compte des services de renseignement émiratis, avant de supprimer son communiqué et d'en publier une version largement remaniée sur X, sans mention des Emirats arabes unis, a constaté l'AFP.

Un quatrième suspect est toujours recherché, selon la justice turque qui n'a précisé ni la nationalité ni les employeurs des personnes mises en cause.

Selon le parquet d'Istanbul, les suspects interpellés lors d'une opération co-pilotée par les services de renseignement turcs (MIT) "occupent des postes de direction au sein d'entreprises de défense d'importance critique opérant dans notre pays".

Ces individus sont accusés notamment d'avoir voulu fournir des "éléments biographiques" d'employés à des pays étrangers.

La Turquie a considérablement développé ses industries de défense avec une croissance des exportations de 29% en 2024 (7,15 milliards de dollars, soit 6,2 milliards d'euros environ), ce qui la classe au 11ème rang mondial, selon le chef de l'Etat, Recep Tayyip Erdogan.

Cette croissance est portée notamment par le succès de ses drones militaires. (AFP, 25 nov 2025)


Le documentaire "Apatride" a été projeté au centre Garcia Lorca à Bruxelles



Le documentaire d'Esra Yıldız, « Apatride », qui retrace la vie et le combat des journalistes Doğan Özgüden et İnci Tuğsavul, contraints à l'exil de Turquie suite au coup d'État militaire du 12 mars 1971 et déchus de leur nationalité en 1982, a été projeté aujourd'hui au centre Garcia Lorca dans le cadre du Festival du cinéma ATTAC.

La projection a été suivie d’un débat en présence de Doğan Özgüden, Inci Tugsavul et Bahar Kimyongür, journalistes exilés en Belgique.

L'intervention de Doğan Özgüden

“Tout d’abord, je tiens à remercier le centre Garcia Lorca de nous accueillir à nouveau 50 ans plus tard à l’occasion de la projection de ce documentaire.

“Après le coup d’état militaire de 1971, nous avons organisé en exil d’abord la Résistance démocratique dans plusieurs pays européens, puis Info-Türk et les Ateliers du Soleil à Bruxelles.

“A l'époque, comme la Turquie, trois autres pays européens, l’Espagne, le Portugal et la Grèce se trouvaient sous la dictature fasciste... Et le Club Garcia Lorca était le centre unique de la résistance anti-fasciste des immigrés et exilés espagnols en Belgique.

“Nous étions toujours avec le centre Garcia Lorca dans les grandes manifestations du premier mai, à la fête du Drapeau Rouge ou d’autres manifestations pour la défense de la liberté et des droits des classes opprimées. Nous avons également milité ensemble au sein du Comité de liaison des organisations de travailleurs immigrés (CLOTI) pour la reconnaissance des droits socio-politiques des citoyens d’origine étrangère en Belgique.

“Encore un souvenir de notre solidarité avec le peuple espagnol déjà quand nous étions en Turquie… Dans les années 60, quand nous dirigions le plus grand quotidien de gauche de ce pays, Akşam, Inci avait fait un reportage exceptionnel en Espagne avec Isabel la sœur de Federico Garcia Lorca… En même temps, elle avait traduit une des pièces de Garcia Lorca: Mariana Pineda… La lutte légendaire d’une femme de la résistance espagnole. Cette pièce a été représentée dans un des théâtres les plus prestigieux d’Istanbul.

“A ce moment, un des plus heureux de notre vie d’exil, je me trouve devant vous avec un de mes amis de lutte: Bahar Kimyongür.

“Quand j’ai lu son dernier livre, La Nécropole des gens heureux, j’ai remarqué un autre lien entre nous déjà il y a plus d’un demi-siècle. Oui, Bahar était né à Berchem-Saint Agathe le 28 avril 1974. Juste trois jours après cette date, le 1er mai 1974, et à une dizaine de kilomètres de distance, nous avons fondé à Anderlecht Info-Türk et les Ateliers du Soleil.

“A cette occasion, je dois rappeler les noms de trois personnalités belge qui nous aidé dans l'organisation de nos activités: Le musicien Julos Beaucarne, le juriste démocrate Jacques Bourgaux et l'architecte Marc Brunfaut.

“Avec Bahar, depuis les années 90, nous avons partagé la même lutte anti-fasciste… Quand il a été pris pour cible par l’Etat turc, nous faisions partie de la résistance organisée par le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association (CLEA).

“Bahar a reçu en 2008 le prix d’Info-Türk, décerné par un jury présidé par la professeure Anne Morelli, pour son premier livre intitulé 'Turquie, terre de diaspora et d’exil'. Il a également traduit en français nos livres « Le Livre noir sur la ‘Démocratie' militariste en Turquie » et 'Une rebelle dans l’encre d’exil' sur la vie et les combats d’Inci Tugsavul.

“Malheureusement, dans ce documentaire, on n’a pas parlé des années de la répression des autorités belges contre moi et Inci Tugsavul… En effet, après la fondation d’Info-Türk, sous la pression du régime d’Ankara, les autorités belges ont refusé pendant trois ans de nous donner un permis de travail et un permis de séjour.

“Après nous avons été rendus apatrides par le régime d’Ankara, notre demande d’obtenir la nationalité belge a été empêchée pendant quatre ans par le procureur du Roi suite à l’intervention du régime d’Ankara. C’est grâce à la grande solidarité des organisations et personnalités progressistes de ce pays que nous sommes citoyens de Belgique…

“Pourtant, les menaces du régime d’Ankara contre moi et Inci n’ont jamais cessé… Nous avons été la cible de plusieurs campagnes provocatrices des missions diplomatiques et des médias au service de l’Etat turc.

“Soit!

“Quand nous sommes arrivés en Belgique comme exilés clandestins en 1971, j’avais 35 ans et İnci 31… Nous étions relativement jeunes… Aujourd’hui, j’en ai presque 90 et İnci 85, nous sommes proches de la fin d’un long parcours tumultueux.

“Malgré notre âge très avancé, Inci et moi, nous sommes déterminés à poursuivre notre lutte pour les libertés aussi bien en Turquie qu’en Belgique.

“A cette occasion, au nom d'Inci Tugsavul et moi-même, je tiens à remercier pour leurs travaux exemplaires, toute l’équipe des Ateliers du Soleil, particulièrement la présidente Iuccia Saponara et la directrice Elise Thiry, et tous nos adhérents qui représentent au cœur de l’Europe toute la richesse et la créativité de leurs pays d’origine, d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

“Je remercie également l’Institut kurde de Bruxelles, l’Institut assyrien de Belgique, l’Association des Arméniens démocrates de Belgique et la Maison populaire de Bruxelles. 

“Avec eux, nous faisons partie de la lutte commune contre la répression du régime d'Ankara dans notre pays d'origine et dans les diasporas dans le monde.

“Je partage avec eux ce qui disait Ernesto Che Guevara: Hasta la victoria siempre..."

Quand la persécution des « recherchés » prendra-t-elle fin ?


Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 10 novembre 2025
Le processus de « Turquie sans terreur » permettra-t-il de lever le terrorisme
qui pèse sur tous les exilés et les diasporas, quelles que soient leurs opinions ?
L’une des rares joies de notre existence en exil a été le prix décerné la semaine dernière lors du Festival national du film documentaire d’Antalya, dans la catégorie « Meilleur documentaire », de « Comme un roman (Roman Gibi) », une œuvre centrée sur la vie et les luttes de Sabiha et Zekeriya Sertel, figures inoubliables de notre histoire de la presse et de la lutte politique.

Réalisé par Tayfun Belet, ce documentaire est basé sur les mémoires, intitulées « Comme un roman (Roman Gibi) », écrites en exil par Sabiha Sertel et publiées pour la première fois par nos soins aux éditions Ant en 1968, et présenté sous la forme d’un voyage personnel de sa petite-nièce, Nur Deriş, à la découverte de ses racines familiales.

Mon respect et mon admiration pour les Sertel remontent à l’époque de mon enfance durant la Seconde Guerre mondiale. Les petits livres de poche, et surtout les fascicules de l’Encyclopédie pour enfants qu’ils publiaient, ont joué un rôle déterminant dans mon intérêt pour la pensée de gauche alors que j’étais le tout-petit dans les gares isolées où travaillait mon père cheminot dans la steppe d’Anatolie centrale.

Les Sertel furent contraints de quitter la Turquie et de s’exiler le 9 septembre 1950 en raison des procès qui leur furent intentés à la suite de l’attaque ignoble du journal Tan, qu’ils publiaient depuis des années, par une foule fascisante excitée par le CHP le 4 décembre 1945, ainsi que des menaces constantes dont ils faisaient l’objet.

22 ans exactement après l’attaque de Tan, en 1967, nous avions commencé à publier notre revue socialiste Ant dans la même imprimerie. Cependant, cette fois-ci, des magnats de la finance fascistes islamistes s’emparèrent de l’imprimerie et interdirent aussitôt la composition et l’impression de notre revue Ant.

Suite à ce sabotage, les Sertel en exil nous exprimèrent leur solidarité par l’entremise de nos amis écrivains qui se rendaient régulièrement à l’étranger. De notre côté, nous commençâmes à publier les œuvres des Sertel alors que leurs noms étaient encore considérés comme « indésirables » dans les médias. Dans la revue Ant, nous publiâmes d’abord les mémoires de Sabiha Sertel sur Nazım Hikmet, puis le livre « Mavi Gözlü Dev (Le Géant aux yeux bleus) » de Zekeriya Sertel, également consacré à Nazım Hikmet.

Malheureusement, peu de temps après, Sabiha Sertel s’éteint le 2 septembre 1968, il y a 57 ans, à Bakou où elle vivait en exil.

Je n’oublierai jamais… Un matin, alors que la résistance de 68 avait pris une telle ampleur qu’elle ébranlait l’ordre établi, notre célèbre poète Fazıl Hüsnü Dağlarca nous téléphona en disant : « Passez absolument à ma librairie, j’ai un important dépôt à vous confier ». À mon arrivée dans sa librairie d’Aksaray, il me dit : « Voici un document digne de Ant. En exil, Sabiha Hanım admirait vos publications, et souhaitait que vous publiiez ses mémoires en Turquie » et me remit le paquet.    

Ce soir-là, nous dévorâmes « Comme un roman » d’une traite et décidâmes de le publier immédiatement. C’était une grande fierté pour nous de publier les œuvres des Sertel, qui avaient jadis occupé une place prépondérante dans l’histoire de la pensée de gauche.

Un destin similaire… Trois ans plus tard, la chasse aux sorcières menée suite au coup d’Etat du 12 mars 1971 nous prit également pour cible. Nous serions contraints de quitter la Turquie, d’abord en exil politique, puis, après le coup d’Etat de 1980, sur ordre d’Evren Pacha, comme apatrides – autrement dit, des haymatlos – avec plus de 200 autres opposants de Turquie à l’étranger.

Par une curieuse coïncidence, le 29 octobre, le jour même de la projection en première du documentaire « Comme un Roman » sur les Sertel au Festival du Film d’Antalya, ATTAC qui organise de nombreux évènements progressistes, dont des festivals de film, en Belgique, et qui s’est toujours montré solidaire de la lutte antifasciste des exilés de Turquie, a annoncé la projection, le 23 novembre, du documentaire Vatansız (Apatride) d’Esra Yıldız, explorant notre vie et nos combats à İnci et moi, tant en Turquie qu’en exil, dans le cadre de son nouveau festival cinématographique à Bruxelles.

Ce documentaire avait déjà été projeté il y a deux ans dans le cadre du Festival du Film méditerranéen de Bruxelles. Cette fois, c’est au centre culturel Garcia Lorca, en plein cœur de Bruxelles, que le documentaire sera projeté.

Le choix du lieu nous ont particulièrement touché, İnci et moi. En effet, durant la première moitié des années 70, alors que nous fondions en exil l’organisation de la Résistance démocratique et luttions contre la dictature du 12 mars, trois autres pays européens, en dehors de la Turquie – le Portugal, l’Espagne et la Grèce – étaient également sous le joug de dictatures fascistes. Le Chili les rejoignit après le coup d’Etat fasciste de 1973.

Dans ces années, l’un des bastions de notre lutte commune contre le fascisme à Bruxelles était le Club Garcia Lorca, fondé par des exilés politiques espagnols… Notre unité ne se limitait pas à la lutte antifasciste et anti-impérialiste ; elle prit une nouvelle dimension avec les combats visant à garantir l’égalité des droits en faveur et la participation à la vie politique des personnes d’origine étrangère en Belgique.

Alors que dans la seconde moitié des années 70, les dictatures fascistes s’effondraient les unes après les autres en Grèce, en Espagne et au Portugal, une autre dictature fasciste, encore plus oppressive, se forma en Turquie, et cette fois, le nombre des exilés politiques arrivant en Europe s’accrut rapidement, et les diasporas kurdes, assyriennes, arméniennes et grecques, victimes d’oppression nationale et religieuse, se constituèrent en exil.   

Dans cette nouvelle ère, les immigrants espagnols, portugais et grecs, dont les pays n’étaient plus confrontés à des problèmes de régime, tout comme les progressistes et démocrates belges, apportèrent un soutien indéfectible à notre lutte.

Après la projection du documentaire Apatride au centre culturel Garcia Lorca, nous aurons le plaisir d’échanger avec Bahar Kimyongür, notre ami et partenaire dans la lutte antifasciste depuis les années 1990, qui a également réalisé le sous-titre du film en français.

Nous avions fait la connaissance de Bahar – né en 1974, l’année où nous avons fondé Info-Türk à Bruxelles –, alors qu’il était étudiant en histoire de l’art et d’archéologie à l’Université Libre de Bruxelles, lors de manifestations antifascistes organisées par le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association (CLEA).

Kimyongür a reçu en 2008 un prix d’Info-Türk, décerné par un jury présidé par la professeure Anne Morelli, pour son premier livre intitulé « Turquie, terre de diaspora et d’exil ». Il a également traduit en français nos livres « Le Livre noir sur la « Démocratie » militariste en Turquie » et « Une rebelle dans l’encre d’exil ».

Bahar Kimyongür est aussi connu dans le domaine académique pour ses ouvrages intitulés « Syriana, la conquête continue », publié en 2011, « Percligia, Dissidence théologique et révolte sociale dans l’Empire ottoman du XVe siècle », et plus récemment, en 2025, « La nécropole des gens heureux. Souvenirs d’Antioche ».

Le nom de Kimyongür, qui a été arrêté et jugé à plusieurs reprises en Belgique, aux Pays-Bas et en Espagne sous la pression de l’Etat turc pour les actions de résistance qu’il a organisées ou auxquelles il a participé, figure toujours sur la liste des « terroristes recherchés », pour laquelle l’Etat turc a offert une grosse prime en 2018, malgré son acquittement dans toutes les affaires portées à son encontre.

Dans les jours où sa participation était annoncée comme orateur en marge de la projection d’Apatride, Bahar Kimyongür a partagé la déclaration suivante sur les réseaux sociaux :

« Le dictateur Erdoğan publie une nouvelle « Wanted List » avec mon nom et ma photo parmi les « terroristes recherchés ». A la différence de la précédente, la liste jaune regroupe les opposants qui figuraient dans les anciennes listes verte et orange. Une récompense de 4 millions de livres turques (TL), à peu près 82.000 euros, est offerte à toute personne qui aidera la police politique à ma capture. Cette infâme méthode de criminalisation destinée à terroriser les opposants, y compris à l'étranger, devrait être dénoncée avec force par tous les Etats dits de droit. Mais au contraire, par intérêt commercial et stratégique, l'Europe préfère se taire et ménager son dictateur préféré. Si Erdoğan vous parle de pourparlers de paix, ne le croyez pas. Ce qu'il veut, c'est la capitulation de ceux qui le combattent. Ma tête est mise à prix ? Je ne baisserai pas la tête. »

Suite à cette déclaration de Bahar, j’ai réexaminé la Liste des « Recherchés », qui est également disponible sur les réseaux sociaux de l’Etat turc.

Quatre listes distinctes, de couleurs rouge, orange, jaune et grise, assorties de récompenses allant de 2 à 20 millions de livres turques, recensent des centaines d’individus soupçonnés d’appartenir à des organisations de gauche telles que le PKK/KCK, le DHKP/C, le THKP/C, le MLSPB, le TKP/ML, le TİKB, le MKP, le MLKP, le DEVRİMCİ KARARGAH, le DKP/BÖG et le TKEP/L. Parmi eux figurent, à l’instar de Bahar Kimyongür, des figures emblématiques de la résistance nationale kurde en Belgique depuis des années, comme Zübeyir Aydar et Remzi Kartal.

Kartal et Aydar ont tous deux été arrêtés à de multiples reprises dans différents pays européens où ils se rendaient, accusés de faire l’objet d’une notice rouge et détenus durant des semaines.

Notre ami écrivain Doğan Akhanlı, disparu il y a quatre ans, fut arrêté pendant ses vacances en Espagne en vertu d’une notice rouge émise par la Turquie, avant d’être libéré face à l’indignation internationale, mais ne put jamais revoir la Turquie.
La liste des « recherchés » ne comprend pas seulement des organisations de gauche, mais aussi ces organisations de droite : FETÖ/PDY, AFİD, DEAŞ-IŞİD (Daesh), EL KAİDE (Al-Qaida), HİZBULLAH, HTŞ, TEVHİD-SELAM. 

Il est curieux de constater que parmi ses organisations de droite, Ahmed Al-Charaa, chef du Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dont le nom figurait parmi les « terroristes » dont la tête est mise à prix, ne figure plus aujourd’hui sur la liste. Tout comme il figurait depuis des années sur la liste des terroristes recherchés par les USA, et qu’il est reçu aujourd’hui comme un « chef d’Etat respecté » au sein même du Palais présidentiel américain…

Si tous les obstacles au processus de « Turquie sans terreur » seront surmontés et qu’un accord sera conclu, ne sera-t-il pas nécessaire de retirer de ces listes tous les responsables et membres du PKK/KCK figurant sur les listes rouge, orange, jaune et grise, comme cela a été fait pour Ahmed Al-Charaa ?

Dans ce cas, les membres des autres organisations de gauche figurant sur la liste des « recherchés » pourront-ils bénéficier de la même mesure ?

Une dernière question… Quelles mesures seront prises contre les personnes figurant sur la liste des « recherchés » en tant que membres d’organisations de droite, comme les membres et sympathisants du FETÖ/PDY, qui restent toujours la cible de purges et d’arrestations fréquentes au sein de tous les appareils d’Etat, en ce compris les forces armées ?

Je repose la question de manière plus large :

Le processus de « Turquie sans terreur » servira-t-il uniquement à s’assurer les votes d’une partie de l’électorat kurde lors des prochains élections et, par conséquent, à maintenir le système présidentiel pour un mandat supplémentaire, ou à rendre immédiatement la liberté à tous les condamnés et détenus politiques, quelles que soient leurs opinions, et lever le terrorisme d’Etat contre les exilés politiques et les diasporas ? 

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN

Courts refuse to release Gezi Park convict Tayfun Kahraman despite top court ruling

Two courts denied the release of Tayfun Kahraman, an urban planner and one of the jailed defendants in the Gezi Park trial, despite a Constitutional Court ruling that found his right to a fair trial had been violated.

Kahraman, who was sentenced to 18 years in prison in Apr 2022 over his involvement in the 2013 anti-government protests, had applied for release following the Constitutional Court’s Jul 31 decision, which called for a retrial. The high court ruled that legal safeguards stemming from the "right to a fair trial" were not observed during his conviction.

However, on Nov 6, the İstanbul 13th Heavy Penal Court rejected the application, accusing the Constitutional Court of overstepping its authority. “The Constitutional Court acted as if it were an appeals court in an individual application and engaged in a clear usurpation of jurisdiction, in violation of the Constitution and mandatory provisions of the law,” the court stated.

'Tayfun had no involvement in violence'
Kahraman’s legal team appealed the decision, but the İstanbul 14th Heavy Penal Court dismissed the objection. His wife, Meriç Kahraman, shared the rejection on social media today, criticizing the process.

“Our 32-page appeal to the 13th Heavy Penal Court was dismissed by the 14th Heavy Penal Court in just two lines amid a heavy caseload,” she wrote.

“For years, I have told and documented to the public that Tayfun had no involvement in violence or force,” she noted. “The Constitutional Court validated this fact legally.

“As of today, I am ending the weekly communications I have maintained for 44 months. This is not the end of our words, but from now on, what I share will be no more than the photo album of an ordinary family."

Professional bodies also reacted to the court's refusal to comply with the Constitutional Court's decision. The Union of Chambers of Turkish Engineers and Architects (TMMOB), of which Kahraman is a member, issued a statement demanding that lower courts respect the top court's authority.

“It is unacceptable for the İstanbul 13th Heavy Penal Court to disregard the Constitutional Court’s decision,” the statement said. “These rulings are binding for everyone, including other courts. Repeated noncompliance with the Constitutional Court’s decisions signals a troubling normalization. The Constitution is clear: Constitutional Court rulings are final and binding. Anyone acting otherwise is committing a constitutional violation.” (BIA, 13 nov 2025)

Le maire d'opposition d'Istanbul poursuivi pour 142 infractions

Le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, principal rival du président turc Recep Tayyip Erdogan et emprisonné depuis mars, est poursuivi officiellement pour 142 infractions, selon l'acte d'accusation publié mardi par le parquet de la ville et consulté par l'AFP.

Selon l'agence officielle turque Anadolu, M. Imamoglu, 54 ans, arrêté en mars pour "corruption" et considéré par la justice comme étant à la tête d'une organisation criminelle, risque jusqu'à 2.430 ans de prison.

Le maire de la plus grande ville turque, candidat du principal parti de l'opposition à la prochaine élection présidentielle, est notamment poursuivi pour fraude, blanchiment et trucage d'appels d'offres, selon l'acte d'accusation de plus de 3.700 pages.

M. Imamoglu, figure du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), première force d'opposition, nie toutes les charges pesant contre lui.

"Ce qui s'est passé aujourd'hui est un cas flagrant d'ingérence judiciaire dans la politique", a réagi sur X Özgür Özel, le patron du CHP, affirmant que la justice turque cherche à "entraver la candidature de (M. Imamoglu) à la présidence".

"Cette affaire n'a rien de juridique ; elle est purement politique", a-t-il ajouté, accusant les magistrats d'être des "putschistes".

Au total, 402 suspects sont visés par l'acte d'accusation dans lequel figure dès la quatrième page un schéma montrant M. Imamoglu à la tête d'un réseau qualifié de "pieuvre".
 Parmi ces plus de 400 suspects figurent de proches collaborateurs du maire d'Istanbul, arrêtés en même temps que lui le 19 mars et accusés d'avoir participé à la même "organisation à but lucratif".

Le procureur général d'Istanbul a affirmé mardi que ce réseau a causé un préjudice de 160 milliards de livres turques (3,3 milliards d'euros) et 24 millions de dollars (20,7 millions d'euros) à l'Etat turc sur une décennie.

- "Fonds pour la présidentielle" -

Selon le parquet, le maire d'Istanbul avait créé cette organisation dans le but de "prendre le contrôle du CHP" et de "générer des fonds pour sa candidature à la présidentielle".

Plusieurs maires CHP d'arrondissements d'Istanbul et le président du conseil d'administration de la municipalité d'Istanbul sont également inculpés de diverses infractions dont trucage d'appels d'offre, blanchiment d'argent, tentative d'abus de pouvoir et pots-de-vin.


Le principal avocat de M. Imamoglu, Mehmet Pehlivan, est notamment accusé de "tentatives d'abus de pouvoir" au cours de la "collecte des preuves en faveur" de son client.

L'acte d'accusation a été transmis mardi à un tribunal d'Istanbul qui, s'il l'approuve, fixera une date d'ouverture du procès de M. Imamoglu et de ses co-accusés.

Le procureur d'Istanbul, Akin Gürlek, a souligné mardi devant des journalistes que M. Imamoglu, "en tant que dirigeant d'une organisation, (...) est également tenu responsable des crimes commis par d'autres".

Il a précisé qu'il comparaitrait devant le tribunal installé au sein de la vaste prison de Marmara, à Silivri, dans l'ouest d'Istanbul, où l'édile est incarcéré à l'isolement.

L'arrestation de M. Imamoglu, qualifiée de "coup d'Etat" par le CHP, avait déclenché une vague de contestation en Turquie inédite depuis 2013.
 Mais les manifestations quotidiennes avaient fini par cesser, après près de 2.000 arrestations.

Dans le cadre de ces mêmes investigations, le parquet d'Istanbul a indiqué mardi vouloir poursuivre le CHP pour "violation de la Constitution", affirmant que des listes électorales ont été illégalement transmises par des membres du réseau supposément dirigé par M. Imamoglu.

Le maire emprisonné fait par ailleurs l'objet de plusieurs autres enquêtes et a vu son diplôme universitaire invalidé en mars, rendant de facto impossible sa candidature à une élection présidentielle.

La dernière procédure en date, fin octobre, le vise pour "espionnage" dans le cadre de sa campagne
de 2019.

"Tous ces procès ne visent qu'à maintenir notre candidat en prison" a dénoncé le président du CHP Özgür Özel lors d'un énième comparution du maire en septembre. (AFP, 11 nov 2025)

Le jour de la révolution, la torture et la résitance kurde



Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 6 novembre 2025
  • Le « non » exprimé lors du référendum d’approbation de la présidence d’Evren et de sa constitution il y a 43 ans constitue un tournant historique dans la résistance des Kurdes pour la liberté.
Demain, 7 novembre… Jusqu’à il y a 43 ans, cette date nous rappelait toujours la Révolution d’Octobre 1917 en Russie… En réalité, bien que cette révolution fût connue sous le nom de Révolution d’Octobre conformément à sa date avant la réforme du calendrier, elle était célébrée le 7 novembre selon le nouveau calendrier en Union soviétique.

Alors que nous commencions à nous éveiller intellectuellement et à nous organiser dans les années 1950, nous écoutions le récit de la révolution de la bouche de nos chers amis communistes qui avaient connu la prison, et nous nous efforcions d’apprendre quelque chose à travers les émissions en langue turque diffusées ce jour-là par les radios de Moscou, de Sofia et de Budapest.

Dans les années 1960, grâce aux publications de gauche qui commençaient à paraître en librairie, parallèlement à la structuration du Parti ouvrier de Turquie, la Révolution russe du 7 novembre commença à trouver sa place dans le calendrier politique de la Turquie, entre la Fête de la République du 29 octobre et l’anniversaire de la mort d’Atatürk le 10 novembre.

Lorsque j’étais rédacteur en chef du quotidien Akşam, je prévoyais de consacrer une large place à la Révolution russe dans l’édition du 7 novembre 1966, une première en Turquie. J’avais également demandé à mes amis écrivains Fethi Naci et Hüseyin Baş de préparer chacun un papier sur ce sujet. Mais cela ne put se réaliser après notre éviction du journal sous la pression du gouvernement Demirel et des patrons.

Un an plus tard, avec İnci, nous prîmes notre revanche en fondant la revue Ant…

Le 45e numéro de la revue, daté du 7 novembre 1967, comprenait l’étude de Fethi Naci, intitulée « La Révolution d’Octobre a 50 ans » et illustrée des portraits des penseurs et dirigeants communistes, de Marx à Lénine, et un article de notre spécialiste de politique étrangère Hüseyin Baş, intitulé « Les dix jours qui ébranlèrent le monde », narrant l’histoire de la Révolution russe… Par ailleurs, nos pages sur l’art et la culture contenaient les articles de Sungu Çapan, « Le cinéma soviétique à son 50e anniversaire », et d’Ece Ayhan, « Cinquante ans de littérature en Union soviétique ». Le 46e numéro de Ant, paru une semaine plus tard, consacrait une large place à un article de notre grand peintre exilé depuis des années à Paris, Abidin Dino, sur « Les écrits de Lénine sur la Turquie ».

Cette année-là, de grandes célébrations furent organisées en Union soviétique pour le 50e anniversaire de la révolution. L’ambassade soviétique m’avait aussi invité, en ma qualité de dirigeant d'Ant, à ces célébrations, tout comme les dirigeants du Parti ouvrier de Turquie et du syndicat DİSK [Confédération des Syndicats ouvriers révolutionnaires]. Mais je ne pus m’y rendre, les préparatifs de l’hebdomadaire m’empêchant de quitter Istanbul plus d’un ou deux jours, et comme il n'y avait pas de télévision à l’époque, je ne pus suivre les célébrations que sur les ondes en langue turque de Radio Moscou.

Trois ans plus tard, dans l’édition de Ant du 21 avril 1970, nous consacrâmes à nouveau une large place à la Révolution russe à l’occasion du centenaire de la naissance de Lénine, et publiâmes également son livre « Les Mouvements de Libération nationale en Orient ».

Une grande réception fut donnée à ce moment-là au magnifique consulat de l’Union soviétique à Beyoğlu pour célébrer l’anniversaire de Lénine, et les responsables et écrivains de Ant y furent également conviés.

En raison des travaux prolongés à l’imprimerie, nous arrivâmes au consulat bien après le début de la réception, sans même avoir eu le temps de nous laver les mains, tâchées d’encre, ni de nous changer.

Des centaines de couronnes et de bouquets étaient amoncelés contre le mur en face de la porte d’entrée du salon. Mais au milieu de cette masse de fleurs se dressait une immense couronne entièrement composée de roses rouges. Intrigués, nous nous en approchâmes et restâmes pétrifiés en lisant l’inscription. Celui qui avait envoyé cette couronne rouge pour célébrer l’anniversaire du fondateur du premier État communiste du monde n’était autre que le capitaliste numéro un de Turquie, Vehbi Koç.

L’ambassadeur soviétique et son épouse, en retard, n’étaient pas encore entrés dans le salon principal pour accueillir leurs hôtes. Lorsque le chef du protocole nous présenta comme dirigeants de Ant, l’ambassadeur manifesta un intérêt particulier. Comme nous ne savions pas encore ce qu’était la « realpolitik », je demandai après quelques conversations polies, peut-être avec une pointe d’ironie : « C’est bien beau tout ça, mais que fait Vehbi Koç dans cette soirée, et surtout avec une telle couronne ? »

L’ambassadeur répondit en s’esclaffant : « Si Lénine n’avait pas existé, et si l’Union soviétique qu’il a fondée n’avait pas soutenu le nouvel État turc, Vehbi Koç aurait-il pu devenir le Vehbi Koç d’aujourd’hui ? »

***

Dans les pays européens où nous nous trouvions en exil, comme la Belgique, la France et l’Allemagne, les célébrations du 7 novembre, à l’instar de celles du 1er mai, comptaient parmi les plus importants événements des organisations de la classe ouvrière… Cela perdura jusqu’à la dislocation de l’Union soviétique.

En Belgique, le quotidien du Parti communiste, Le Drapeau Rouge, paraissait chaque 7 novembre rempli d’articles et  de communiqués commémorant la Révolution russe, que nous partagions aussi avec enthousiasme.

Cependant, le 7 novembre 1980, une nouvelle tragique en provenance de Turquie transforma pour nous ce jour de fête en un jour de deuil. Oui, ce jour-là, notre collègue İlhan Erdost, propriétaire des éditions Onur, perdit la vie après avoir été battu des heures durant, avec son frère aîné Muzaffer Erdost, dans la prison de Mamak de la junte militaire fasciste qui prit le pouvoir par un coup d’État militaire deux mois plus tôt.    

Loin de condamner les auteurs de cet odieux assassinat, les médias turcs ne daignèrent même pas rapporter qu’un intellectuel de renom avait été battu à mort dans une prison militaire… Seuls, quelques-uns se contentèrent, quatre jours plus tard, de publier le communiqué du commandement de la loi martiale d’Ankara daté du 11 novembre 1980, annonçant qu’ « İlhan Erdost, dirigeant des éditions de Gauche, est décédé d’une hémorragie cérébrale après avoir reçu un coup à la tête de la part d’un gardien ».

Pourtant, İlhan Erdost fut sauvagement battu à mort par les soldats d’Evren, tout comme les putschistes fascistes chiliens avaient assassiné sept ans plus tôt le célèbre chanteur folk Victor Jara dans un stade, en lui brisant les doigts avec lesquels il jouait de la guitare.

À cette époque, dans le journal Tek Cephe que nous publiions à Bruxelles en tant qu’organe de l’Union pour la Démocratie, nous dévoilâmes sous le titre « Comment İlhan Erdost a-t-il été assassiné ? » le système de torture, à l’origine de la mort tragique d’ İlhan Erdost, qui sévissait dans les prisons militaires de la junte depuis le 12 septembre, et en informâmes aussi l’opinion publique européenne.

Cet article, comme de nombreux autres documents de la résistance, furent traduits en français par notre ami écrivain Yiğit Bener, alors exilé politique à Bruxelles, qui vient de coécrire il y a quelque temps avec Selahattin Demirtaş, emprisonné à Silivri, un roman intitulé « Duo au purgatoire (Arafta Düet) ».

Nous avons également publié dans notre journal le texte intégral du document remis à Amnesty International relatif à cet assassinat par son frère aîné Muzaffer Erdost, arrêté et torturé en même temps que lui.

***
Deux ans s’étaient écoulés depuis cet assassinat, lorsque la Turquie allait connaître, le 7 novembre 1982, un autre évènement parmi les plus honteux de son histoire récente... Le référendum organisé par la junte militaire sous le couvert trompeur d’une “transition vers un régime civil” vit 91,3% des votants approuver par un vote “Oui” non seulement la nouvelle constitution militariste, mais aussi la prolongation pour sept ans du despotisme du chef de la junte, le général Kenan Evren, en qualité de “président civil” doté de pouvoirs extraordinaires.

Après deux années de dictature fasciste à l’ombre des potences, le fait que l’écrasante majorité vote en faveur de la constitution antidémocratique qui lui est imposée et du despote chargé de l’appliquer constitua un choc tant pour ceux qui, deux années durant, soutinrent les forces de résistance démocratique en Turquie, que pour l’opinion démocratique internationale.

J’écrivis ceci à propos des résultats du référendum pour le journal Demokrat Türkiye dirigé à Cologne par notre ami Dursun Akçam, alors en exil :

« Si le 7 novembre a symbolisé dans l’histoire mondiale l’ouverture de l’ère des révolutions socialistes avec la Révolution russe, il est également entré dans l’histoire de la Turquie comme le jour d’ouverture de l’ère du fascisme parlementaire ‘constitutionnalisé' par un référendum truqué. Dans les années à venir, la classe ouvrière de Turquie, les masses laborieuses et le peuple kurde se souviendront du 7 novembre en ces deux aspects, à la fois comme le jour où la voie de la libération sociale et politique s’est ouverte dans le monde entier et comme le jour où un voile d’obscurité s’est abattu sur les droits et libertés fondamentaux en Turquie ».

Cela était vrai pour la Turquie dans son ensemble, mais l’analyse des résultats du référendum province par province révélait une autre réalité éclairant également les luttes actuelles. En effet, contrairement à la capitulation de la Turquie dans son ensemble, les provinces kurdes de l’est votèrent dans des proportions significativement élevées et contre la constitution militariste et contre la présidence d’Evren.

Bingöl %23,5
Diyarbakır %19,7
Tunceli %17,4
Hakkari %17,2
Muş %14,9
Mardin %13,1
Bitlis  %12,7
Siirt %11,9
Van %8,9

Ces taux peuvent paraître faibles en comparaison des scores obtenus par les partis HEP, DEP, HADEP, DEHAP, DTP, BDP, HDP, DBP et DEM, ayant participé aux élections générales ou locales dans ces provinces depuis 1999. Cependant, il ne faut pas oublier que le référendum de 1982 se déroula à une époque où le terrorisme fasciste turco-islamiste régnait de manière brutale et où les prisonniers kurdes de la prison de Diyarbakir subissaient des persécutions et cruautés dignes des films d’horreur les plus horribles.

Evren, qui prit personnellement part à la campagne électorale pour faire approuver sa propre présidence lors du référendum, et s’adressait dans les quatre coins de la Turquie aux masses forcées d’y assister, tout comme le fait aujourd’hui Tayyip Erdoğan, ne cessait de proférer cette menace :

« Si nous ne voulons pas par retourner à la période d’avant le 12 septembre et revivre ces jours et ces années désastreuses, et peut-être même cette fois de manière plus terrible encore et sans le moindre espoir de salut, vous devez aller à l’isoloir voter blanc et accepter la Constitution ».

Même le journal Cumhuriyet dans son édition du 30 août 1982 reprenait en manchette ces mots d’Evren, accusant l’opposition « collaborant avec les puissances étrangères d’avoir lancé une campagne de ‘non' à la constitution », forçant ainsi les citoyens rétifs à aller voter « oui » en faveur de la constitution à adhérer à un complexe de culpabilité.

Un autre exemple de lavage de cerveau orchestré par Evren à cette époque apparaît en manchette du journal Tercüman du 5 novembre 1982 : « Si le 12 septembre n’avait pas eu lieu, Taksim serait une « place rouge » ! »

Outre ce climat de terreur, il est important de rappeler qu’à l’époque, il n’existait aucune organisation légale, comme l’actuel DEM, capable de canaliser les votes kurdes. De même que notre classe ouvrière expérimenta le processus de transition d’une « classe en soi » vers une « classe pour soi » avec les organisations du TİP et de la DİSK dans les années 1960, la nation kurde était en train dans le processus de sortie de la « nation en soi » pour devenir une « nation pour soi » avec la conscience et la clairvoyance ayant émergé à la suite de décennies d’oppression et de répression subies…  

C’est ainsi qu’ils purent dire “non”, même de façon limitée, à Evren et à sa constitution. De plus, malgré le fait que le CHP, qui n’avait jamais contesté les injonctions de l’armée après les coups d’État du 12 mars et du 12 septembre, avait une fois de plus abandonné les Kurdes en soutenant la constitution militariste et la présidence d’Evren lors de ce référendum...

C’est cette détermination, certes limitée, manifestée par les électeurs kurdes lors du référendum de 1982 qui forma les cadres d’avant-garde de la lutte active qui débuta en 1983, et se poursuit jusqu’à nos jours, et de la lutte légale initiée sur le plan législatif par le HEP, et qui a abouti de nos jours à ce que le DEM forme le troisième groupe parlementaire le plus important à l’Assemblée.

Malgré les arrestations et incarcérations de dirigeants politiques, députés et élus municipaux kurdes et la mise sous tutelle des municipalités remportées par des candidats kurdes, ils poursuivent leur juste combat avec une grande détermination.

La résistance nationale kurde, née des urnes du référendum du 7 novembre 1982, surmontera sans aucun doute toutes les difficultés, malgré l’oppression, la répression, les trahisons et les coups bas.

Car, comme l’a si justement proclamé Victor Jara, sauvagement assassiné par les fascistes chiliens en 1973, le peuple organisé ne sera jamais vaincu !

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN

"Cette loi joue avec nos vies": nouvelle menace sur les LGBT+ en Turquie

"Si cette loi passe, elle menacera notre existence". Devant son miroir, Florence, qui s'apprête à entrer en scène dans un club d'Istanbul, redoute un nouveau coup porté à la communauté LGBT+ en Turquie.

Un projet d'amendement au code pénal, proposé par le gouvernement islamo-conservateur d'Ankara, permettrait de poursuivre les personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres pour comportements jugés "contraires au sexe biologique et à la morale générale" ainsi que leur "promotion".

En robe noire et perruque blonde, "Florence Konstantina Delight" - son nom de scène - a tracé une petite moustache bleue sur son maquillage blanc, recourbe ses longs cils avec soin, termine avec une pression de parfum dans le cou et entame sa longue soirée.

"Ce soir c'est Halloween, le jour le plus sûr de l'année pour les artistes drags" avec la floraison de déguisements, se réconforte l'artiste de 27 ans qui a demandé à être identifié par le pronom neutre "iel".

D'un bar à l'autre, sa nuit commence par une session comme DJ avant une performance en dragqueen.

"J'ai commencé à m'habiller en femme il y a huit ans pendant mes études. C'est une façon d'exprimer mes sentiments. Mais j'ai arrêté l'université, le campus était plein de policiers et je n'aime pas les uniformes", se souvient Florence en riant au milieu des robes et perruques qui envahissent sa chambre.

Aujourd'hui, les uniformes lui font encore plus peur: "Cette loi menace notre existence en tant que personne LGBT+. Ils jouent avec nos vies. Cela poussera certains au suicide".

 - "Idéologie déviante" -

 Le texte, qui devrait être soumis au parlement avant la fin de l'année, prévoit également de repousser de 18 à 25 ans l'âge minimum pour toute chirurgie de transition et restreint l'accès aux soins dans ce cadre.

La communauté LGBT+ est fréquemment dans le viseur du président Recep Tayyip Erdogan qui la rend responsable du déclin démographique du pays.

Pour lui, les comportements LGBT+ "importés de l'étranger" sont des

"perversions", une "idéologie déviante" et un "fléau" menaçant la famille et les valeurs turques.

Fin octobre, plusieurs associations ont tenté de mobiliser contre ce projet de loi qui "viole la dignité humaine" selon l'organisation Human Rights Watch (HRW).

Mais les manifestations ont été interdites, notamment à Istanbul.

"Cette loi prévoit un à trois ans de prison pour des motifs vagues: vous pouvez être condamné pour votre apparence ou juste parce que vous êtes LGBT+", s'insurge Irem Gerkus, militante des droits humains,  lors d'une réunion dans les locaux de l'Association des droits de l'Homme pour dénoncer la loi.

Ogulcan Yediveren, jeune directeur de l'ONG SPOD, qui propose un accompagnement psycho-médical aux personnes LGBT+, y voit surtout une tentative de "restreindre leur présence dans l'espace public".

"Le ministère de la Famille affiche des objectifs visant directement les LGBT+ et bénéficie d'un budget renforcé... Ce n'est plus seulement la haine dans le discours des politiciens, mais une véritable politique d'État", dénonce-t-il.

 - Bars et clubs fermés -

 L'homosexualité n'est pas interdite en Turquie, elle a été dépénalisée en 1858, sous l'Empire ottoman. Mais elle reste soumise à l'opprobre sociale et depuis l'arrivée au pouvoir du parti AKP en 2002, les discours anti-LGBT sont allés crescendo.

Depuis 2015, la marche des fiertés est régulièrement interdite et réprimée.

"Une telle loi ne touche pas seulement à la communauté LGBT+. Ses limites s'élargissent progressivement. Que signifient le sexe biologique ou la morale publique? ", reprend Ogulcan Yediveren.

A Istanbul même, pourtant libérale, les lieux de rencontres pour les communautés LGBT+ se réduisent. Plusieurs bars et boîtes de nuit ont fermé ces derniers mois après des descentes de police en pleine nuit.

Sous les néons orange et verts d'un club LGBT+ réputé de la mégapole, une centaine de danseurs se déhanchent sur les mix de Florence, en turc et en anglais.

"Autrefois, je montais sur scène chaque semaine. Je ne le fais plus parce que l'endroit où je travaillais a été fermé", regrette l'artiste.

Entre deux boîtes de nuit, Florence se hâte dans les ruelles du quartier de Taksim, fuyant les regards, sous l'escorte de deux amis par sécurité, vers son prochain spectacle en perruque et robe lamée.

Peut-être un des derniers pour Florence qui songe à quitter la Turquie.

"J'y ai pensé plusieurs fois mais j'ai toujours changé d'avis. Cette fois je veux partir pour de bon. Je me sens de plus en plus seul. Beaucoup de mes amis sont déjà partis". (AFP, 6 nov 2025)

Turkey’s prison population has increased sevenfold under AKP rule

The number of prisoners in Turkey's prisons has reached 420,904, according to Oct 2025 prison statistics released by the Civil Society in the Penal System Association (CİSST). This marks a sevenfold increase from the 59,429 recorded in 2002, the year the ruling Justice and Development Party (AKP) came to power.

CİSST data shows that the total capacity of Turkey’s 402 prisons is 304,964, meaning the prison population now stands at 138% of capacity. Of all prisoners, 120,013 are held in open prisons, while 300,891 are in closed facilities.

Among all incarcerated individuals, 357,646 are convicted and 63,258 are in pretrial detention. Also, 200 identify as LGBTI+, 14,276 are foreign nationals, and 1,453 are serving aggravated life sentences.

There are 269 prisoners with disabilities, including 42 who are visually impaired, 28 with hearing impairments, and 162 with orthopedic conditions.

The data also reveals that 6,543 prisoners are over the age of 65. As of 2025, 77,014 prisoners were continuing their education, and 58,500 were engaged in insured vocational activities. Among the total population are 4,561 minors aged 12 to 18, including 187 girls. Additionally, 434 children aged 0–3 and 388 aged 4–6 are living in prison with their incarcerated mothers, of whom there are 19,290.

CİSST’s report highlights a particularly sharp rise in the number of pretrial detainees. The overall inmate population rose by 0.4% from the previous month and by 4.4% over the past six months. The report attributes this trend in part to the increasing use of pretrial detention as a punitive tool.

Court orders arrest of İmamoğlu, journalist Yanardağ in espionage probe

An İstanbul court has ordered the arrest of İstanbul's suspended mayor, Ekrem İmamoğlu, journalist Merdan Yanardağ, and İmamoğlu’s campaign manager Necati Özkan as part of an ongoing espionage investigation led by the İstanbul Chief Public Prosecutor’s Office. Yanardağ was initially detained on Oct 24. Shortly afterward, a government-appointed trustee took over Tele1 TV, a pro-opposition outlet where he served as editor-in-chief. İmamoğlu and Özkan had already been in pretrial detention since March, implicated in a large-scale corruption investigation targeting the opposition-led İstanbul Metropolitan Municipality.

Yesterday, İmamoğlu was brought on Oct 26 from Marmara Prison, located in Silivri district on the outskirts of İstanbul, to the İstanbul Courthouse in Çağlayan under tight security. Supporters gathered outside the courthouse but were not allowed to approach.

A message from İmamoğlu was relayed to them, stating, “Despite the ban, our fellow İstanbul residents gathered in Çağlayan. I thank them all.”

Rally outside courthouse

After nearly six hours of testimony, prosecutors referred all three suspects to court with a request for their arrest. The court gave a decision in line with the request early today.

While the testimonies were underway, Özgür Özel, leader of the main opposition Republican People’s Party (CHP), held a large rally outside the Çağlayan Courthouse.

He accused the government of continuing what he described as a “coup” against the CHP that began with İmamoğlu’s suspension in March.

“They called him a thief, it didn’t work. They said corruption, it didn’t work. They accused him of supporting terrorism, that didn’t work either. Now they’re calling him a spy. Shame on them,” he said.

Accusations denied

The investigation was launched after written correspondence emerged between Hüseyin Gün, a cybersecurity consultant, in custody ince July on espionage charges, and Özkan, during İmamoğlu’s 2019 mayoral campaign. The messages reportedly include Gün offering data-driven strategic suggestions for İmamoğlu’s campaign and intelligence on groups working for the opposing side.

Authorities claim that Gün unlawfully obtained personal information and private communications about citizens during these activities. He admitted to the conversations in his statement.

Based on Gün’s alleged contacts with former intelligence operatives from countries such as the UK and Israel, prosecutors argue that accessing citizens' personal data to possibly hand over it to foreign countries constitutes an act of espionage. All three suspects are now accused of involvement in this activity.

Özkan, however, has denied authorship of the messages and said he does not use the encrypted messaging app "Wickr" mentioned in the investigation. He also denied acquaintance with Gün and claimed the issue would be clarified once his phone is examined.

Yanardağ was also arrested on charges of espionage and establishing a criminal organization for profit due to his communication with Gün during the 2019 election period. The messages show Gün offering advice and suggestions to Yanardağ on how to approach broadcasting during the campaign.

Denying the espionage charges, Yanardağ said, “My entire life has been spent fighting against imperialism.”

İmamoğlu also denied the allegations, stating that he was not aware of the communication between the three other suspects.

Widely seen as President Recep Tayyip Erdoğan’s most formidable political rival, İmamoğlu was first detained in March while preparing to be declared the presidential candidate of the CHP. He subsequently suspended from his mayoral post and has remained in pretrial detention over the past seven months. More than 100 others, mostly municipal employees and businesspeople, have also been arrested in connection with the same probe.

The corruption investigations have since expanded beyond İstanbul to other cities and districts, including major cities like Adana and Antalya.

The opposition party views the operations as an act of political retribution after it dealt Erdoğan’s ruling Justice and Development Party (AKP) its biggest electoral setback in two decades during the 2024 local elections. The government maintains that the judiciary is acting based on concrete findings and witness testimonies. (BIA, 27 oct 2025)

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Bianet editor Tuğçe Yılmaz to appear before court over interview with Armenian youths

Bianet editor Tuğçe Yılmaz will stand trial due to their interview with Armenian youth in Turkey.

Yılmaz is facing the charges of “insulting the Turkish nation, the state of the Republic of Turkey, and its institutions and organs” under article 301 of the Turkish Penal Code. of her report titled “Turkish Armenian youth speak: A mourning that has lasted 109 years.”

The interview, titled "Armenian youths speak up: A 109-year-long mourning," explored the young people's relationships with Armenian language and culture, their connection to İstanbul, and what April 24, 1915, means to them.

The İstanbul 2nd Penal Court of First Instance previously accepted the indictment and set the first hearing for Dec 2 at 2.30 pm.

'I learned the reason for my detention on the way to the courthouse'
Commenting on the case, Yılmaz said the investigation began after a tip was filed with the Presidential Communication Center (CİMER). She pointed to procedural irregularities in the way she was detained.

“As a journalist, I am being prosecuted because I reported a story. And it all started with a CİMER tip that claimed ‘the website named bianet uses the term "genocide" for the events of 1915 and incites public hatred and hostility, and that the same site engages in terror praise and terror propaganda.’ It is not even clear who filed the complaint, what their intent was, or whether they are criminally responsible.”

Yılmaz said they were stopped by police on the evening of Jun 3 while returning home and held overnight at a police station. She later learned she had been identified through a facial recognition system "if I were a criminal."

“Only one day later, while being taken to the courthouse, I was told that I had been detained because of a report I published on Apr 24, 2024. Until that moment, the reason for my detention had not even been explained. As a result, my right to defend myself was seriously restricted. Although legal limits were exceeded, I was later notified that a case had been filed against me.”

'An explicit act of intimidation'
Yılmaz said being prosecuted solely for a news story sends a deterrent message to the journalism profession. “At a time when debates on democratization continue, the fact that I am being tried only because of a report is an explicit act of intimidation for our profession," said Yılmaz.

"If this all begins with a CİMER complaint, I also question why the same selective approach was not applied to the factory in Dilovası where seven workers, including two children, died in a fire despite repeated complaints.”

She described Article 301 as a “vague” provision and said her reporting never targets individuals. She added that she tries to give space to those who struggle to be heard.

“As someone who simply wants to do the job correctly and continue working every day with the same curiosity and enthusiasm, I do not believe there is any legal basis for prosecuting me under such a vague article. Anyone who looks at my reporting can clearly see that I have never insulted anyone or harmed their dignity. On the contrary, I have always tried to amplify the voices of people and animals who are ignored, unheard, or made to feel humiliated.”

Yılmaz concluded by saying they refuse to become accustomed to journalists being detained and prosecuted and believe they will be acquitted at the hearing. “Because the fact that we are still being prosecuted for our reporting creates a seriously ambivalent situation in terms of social peace.” (BIA, 28 nov 2025)

Manifestations en Turquie: quatre journalistes dont un photographe de l'AFP relaxés

Un tribunal d'Istanbul a relaxé jeudi quatre journalistes turcs, dont le photographe de l'AFP Yasin Akgül, qui étaient accusés d'avoir pris part à une manifestation illégale qu'ils couvraient lors d'une vague de contestation en mars.

Les reporters avaient été interpellés fin mars à leur domicile et incarcérés durant plusieurs jours, après avoir couvert des manifestations de l'opposition en soutien au maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, arrêté quelques jours plus tôt.

"Il n'existe aucun fondement solide permettant de conclure que les prévenus ont commis l'infraction alléguée", a estimé le tribunal dans son jugement, consulté par l'AFP.

Outre le journaliste de l'Agence France-Presse, le photographe indépendant Bulent Kiliç, le reporter de la chaîne Now Haber Ali Onur Tosun, ainsi que la journaliste indépendante Zeynep Kuray étaient également poursuivis.

Les prévenus, absents jeudi matin au tribunal stambouliote de Caglayan, affirmaient depuis le départ n'avoir fait que leur métier en couvrant la contestation à laquelle ils étaient accusés d'avoir participé.

"Ce jugement est le bon, même s'il arrive tard", s'est félicité le photographe Yasin Akgül, se disant "très heureux" de laisser derrière lui "la pression psychologique du procès".

Son avocat, Me Kemal Kumkumoglu, a toutefois jugé que ce type de poursuites "fait peser un grave risque sur la liberté de la presse".

"La relaxe des journalistes est un soulagement, mais elle révèle aussi que leur arrestation était arbitraire", a déclaré à l'AFP Erol Önderoglu, représentant en Turquie de l'ONG Reporters sans frontières (RSF). Cette affaire, selon lui, illustre la manière dont "le droit du public à l'information est bafoué" dans le pays.

Yasin Akgül, 35 ans, était le seul prévenu travaillant pour un média international.

Des milliers de manifestants et plus d'une dizaine de journalistes, ainsi que des avocats, avaient été arrêtés lors de la vague de contestation de mars en soutien à M. Imamoglu, figure de l'opposition et principal rival du président Recep Tayyip Erdogan.

Ils ont été accusés d'avoir violé la loi sur les manifestations et rassemblements publics, une infraction passible de trois ans de prison.

Face à la mobilisation, sans précédent depuis les grandes manifestations antigouvernementales de Gezi en 2013, le président Erdogan avait juré de ne pas céder à la "terreur de la rue". (AFP, 27 nov 2025)

Un journaliste condamné à quatre ans de prison pour "menace" envers Erdogan

Le journaliste turc Fatih Altayli, l'un des commentateurs politiques les plus populaires du pays, a été condamné mercredi à quatre ans et deux mois de prison pour "menace" envers le président Recep Tayyip Erdogan, a rapporté l'ONG de défense des médias MLSA.

M. Altayli avait été arrêté et écroué fin juin après avoir déclaré, à propos d'un sondage indiquant qu'une large majorité des Turcs s'opposerait à une éventuelle présidence à vie de Recep Tayyip  Erdogan, que plusieurs sultans ottomans avaient fini "assassinés" ou "étranglés".

Le journaliste, détenu depuis cinq mois à la prison stambouliote de Silivri, est suivi par 2,8 millions d'abonnés sur X et près de 1,7 million d'abonnés sur YouTube, où il animait jusqu'en juin une émission quotidienne très suivie.

"Ce pays a déjà étranglé ses sultans par le passé. Quand il ne les appréciait pas, quand il ne les voulait pas... Nombre de sultans ottomans ont été étranglés, assassinés ou se seraient suicidés", expliquait M. Altayli sur sa chaine YouTube le 20 juin en commentant les résultats d'une enquête d'opinion.

Un procureur avait requis le placement en détention provisoire du journaliste de 63 ans, affirmant qu'il avait par son commentaire menacé le président turc.

Lors de sa garde à vue, M. Altayli avait dit n'avoir fait que fournir des "éléments de contexte historique", sans volonté de menace, selon plusieurs médias d'opposition citant un procès-verbal d'audition.

"La lourde peine infligée à Fatih Altayli en raison de propos sortis de leur contexte (...) constitue un message antidémocratique et inacceptable visant à intimider", a réagi mercredi Erol Önderoglu, le représentant en Turquie de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), demandant la "libération immédiate" du journaliste.

RSF classe la Turquie à la 159e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela.

Selon l'organisation de défense des médias, vingt journalistes ont été incarcérés en 2025 en Turquie en raison de leur travail, dont trois sont toujours détenus et trois autres assignés à résidence en attendant leur jugement.

Des journalistes et responsables de publications indépendantes ou proches de l'opposition sont régulièrement arrêtés et leurs médias suspendus ou soumis à de lourdes amendes.

Quatre journalistes, dont le photographe de l'AFP Yasin Akgül, comparaîtront de nouveau jeudi devant un tribunal d'Istanbul, accusés de participation à une manifestation illégale en mars en réaction à l'arrestation du maire d'opposition d'Istanbul.

Les quatre journalistes, qui avaient été incarcérés plusieurs jours alors qu'ils couvraient l'événement, dans l'exercice de leur métier, rejettent fermement cette accusation. (AFP, 26 nov 2025)

RSF: Erdogan parmi 34 prédateurs de la liberté de presse

À l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, le 2 novembre, Reporters sans frontières (RSF) a dévoilé le portrait de 34 prédateurs de la liberté de presse en 2025. RSF invite à mieux connaître neuf d’entre eux via un jeu en ligne façon « Qui est-ce ? ».

« Ils tuent, censurent, enferment et violentent les journalistes, asphyxient les rédactions, dénigrent la profession, ou utilisent ses codes pour manipuler l’information à des fins de propagande. » « Ils », ce sont les prédateurs de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières (RSF) a décidé de tirer le portrait, à l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, le 2 novembre.

L’édition 2025 de ce « classement » des prédateurs de la liberté de la presse de RSF présente 34 hommes et femmes, politiques ou d’affaires, et des organisations militaires, notamment, qui, au cours de l’année, se sont violemment attaqués aux journalistes et au droit à l’information. Ces prédateurs sont répartis en cinq catégories : politique, sécurité, économique, légal et social.

On retrouve, ainsi, « ceux qui utilisent l’appareil d’État pour museler les médias » et « ceux qui recourent à la violence physique contre les journalistes ou les enferment » - comme le Russe Vladimir Poutine, le Nicaraguayen Daniel Ortega ou, encore, les forces armées israéliennes, responsables de la mort de près de 220 journalistes sous le gouvernement du Premier ministre Benyamin Netanyahou. « Ceux qui asphyxient financièrement les rédactions » - comme les sociétés Alphabet (Google) et Meta (Facebook, Instagram… ) ou le milliardaire Vincent Bolloré ; « ceux qui instrumentalisent la loi pour enfermer ou censurer » - comme Recep Tayyip Erdoğan - et « ceux qui attisent la haine envers la profession » - comme Elon Musk, le patron de Tesla et de X. (RSF, 13 nov 2025)

Journalist Rahime Karvar sentenced to over two years in prison for ‘aiding a terrorist organization’

The İstanbul 24th Heavy Penal Court has sentenced journalist Rahime Karvar to 2 years and 1 month in prison on charges of “aiding a terrorist organization,” Mezopotamya Agency (MA) reported. The ruling came during the fourth hearing of the case, which was held today with Karvar and her lawyers in attendance.

The prosecutor repeated their request for a sentence previously submitted in the last session. Karvar rejected the allegations and defended her work, saying all her activities fell within the scope of journalism. “Journalism is not a crime,” she said.

Her lawyer, Elif Taşdöğen, argued that the charges were baseless, describing her client as both a journalist and feminist activist. She emphasized that the television program where Karvar worked as a moderator was a journalistic endeavor, and the use of the term “Kurdistan” in her reporting could not be considered criminal.

In her final statement, Karvar maintained her position. “Everything I’ve done is part of my journalistic work. No matter the verdict, I will continue to practice journalism. I request an acquittal and the lifting of judicial control measures,” she said.

The court sentenced Karvar and ruled to lift her electronic ankle monitor and her obligation to check in regularly, but upheld the travel ban preventing her from leaving the country. (BIA, 13 nov 2025)

Caricature en Turquie: le dessinateur détenu depuis juin reste en prison

Le dessinateur turc Dogan Pehlevan, arrêté fin juin pour caricature du prophète Mahomet, a été libéré vendredi sous contrôle judiciaire mais restera en prison pour insulte au président, a appris l'AFP vendredi.

Dogan Pehlevan, arrêté pour "incitation à la haine et à l'humiliation", devait être remis en liberté sous contrôle judiciaire sur décision du tribunal pénal d'Istanbul, dont l'AFP a obtenu copie.

 Mais il restera en prison pour "insulte au président", selon l'organisation de défense des droits MLSA.

Quatre autres salariés du journal ont été libérés dans l'attente d'un réexamen de leur détention, selon MLSA.

Le dessin incriminé, publié le 25 juin dans le mensuel satirique Leman, montre deux personnages se rencontrant dans le ciel au-dessus d'une ville écrasée sous les bombes, l'un appelé Mohammed l'autre Musa (Moïse).

 Dogan Pehlevan nie tout lien entre le dessin et Mahomet.

 Lors de son arrestation le dessinateur s'était défendu en expliquant: "J'ai juste voulu souligner l'absurdité de la guerre; montrer que les âmes peuvent s'entendre. Mais faut-il être mort pour s'en rendre compte? C'est mon seul message", insistait-il.

"Je dessine en Turquie depuis de nombreuses années. La première règle que l'on apprend est de ne pas aborder les questions religieuses et de ne pas se moquer de la religion", ajoutait-il.

Outre le dessinateur, l'accusation visait le directeur de publication Ali Yavuz, le rédacteur en chef Zafer Aknar, le graphiste Cebrail Okçu et le rédacteur en chef Aslan Özdemir.

 Leur interpellation avait déclenché une série d'incidents violents autour des locaux du journal. (AFP, 4 nov 2025)

RSF dénonce la "persécution judiciaire" d'un journaliste turc

L'organisation Reporters sans Frontière réclame la libération immédiate du journaliste turc Merdan Yanardag, rédacteur en chef d'une chaine de télévision d'opposition, "poursuivi pour la quatrième fois en cinq ans".

Dans un communiqué publié mercredi, RSF dénonce une "persécution judiciaire" à son encontre destinée, selon l'organisation, à "faire taire" ce journaliste chevronné et qui menace également la survie de sa chaine, Tele1, visée par de fortes amendes.

Merdan Yanardag, 66 ans, a été arrêté pour la troisième fois le 24 octobre pour "espionnage", dans le cadre d'une enquête contre le maire d'Istanbul et figure de l'opposition Ekrem Imamoglu, détenu depuis le 19 mars accusé de "corruption", ainsi que son directeur des campagnes municipales de 2019 et 2024.

Le journaliste est détenu depuis dix jours dans la grande prison de Silivri, à Istanbul, qui abrite de nombreux opposants au gouvernement dont M. Imamoglu, principal rival du président turc Recep Tayyip Erdogan pour la présidence.

Simultanément, les autorités ont pris le contrôle de sa chaîne Tele1, entraînant la démission de dizaines de ses employés.

"L'accumulation des poursuites contre Merdan Yanardag pour des charges absurdes et visant clairement sa couverture journalistique indépendante, les sanctions et mesures prises contre sa chaîne (...) révèlent l'ampleur du harcèlement judiciaire de la part des autorités pour tenter de le faire taire", dénonce Erol Onderoglu, représentant de RSF en Turquie.

"Les autorités judiciaires doivent mettre un terme définitif à cette persécution judiciaire et libérer Merdan Yanardag", insiste-t-il.

D'autant, relève Erol Onderoglu, que la Cour constitutionnelle vient d'accorder 166.500 livres turques (environ 3.400 euros) de dommages-intérêts à M.Yanardag, pour "détention injustifiée" du 27 juin au 4 octobre 2023.

Le journaliste a notamment été accusé de "dénigrement de l'Etat" et "insulte au président", "charge récurrente pour museler les médias" souligne RSF.

Le cas de M. Yanardag n'est pas isolé, insiste l'organisation de défense de la presse : depuis le début de l'année, vingt journalistes ont été incarcérés en Turquie en raison de leur travail, dont trois sont toujours détenus et trois autres ont été assignés à résidence.

Quatre journalistes, dont le photographe de l'AFP Yasin Akgül, arrêtés et détenus alors qu'ils couvraient les manifestations de l'opposition en mars, doivent de nouveau comparaitre le 27 novembre.

La Turquie est 159e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2025 établi par RSF. (AFP, 5 nov 2025)

Kurdish musician Hakan Akay taken into custody upon arrival in Turkey

Kurdish musician Hakan Akay was detained yesterday at İstanbul Airport upon returning to Turkey from abroad on allegations of “terrorist propaganda." He was released today.

His lawyers said Akay was detained around 7.30 pm based on an outstanding arrest warrant issued as part of the investigation, according to Mezopotamya Agency (MA).

He was taken to the airport police station, where authorities initiated proceedings against him on allegations of “terrorist propaganda."

The musician is expected to testify today before the prosecutor via videoconference according to the lawyers.

The lawyers added that they were unable to access the case file and therefore could not determine the specific acts attributed to their client.

The lawyers noted that the investigation contradicts the government's discourse in the face of the ongoing Kurdish peace process.  (BIA, 3 nov 2025)

Prise de contrôle d'une télévision d'opposition et arrestation de son rédacteur-en-chef

Les autorités turques ont pris le contrôle de la chaîne de télévision d'opposition Telel et ont arrêté son rédacteur-en-chef Merdan Yanardag, a annoncé samedi celui-ci sur le compte X de ses avocats.

L'arrestation du journaliste et la prise de contrôle par une holding gouvernementale se sont produites vendredi, le jour même de l'ouverture d'une enquête pour espionnage contre le maire d'opposition d'Istanbul Ekrem Imamoglu, incarcéré depuis mars pour des accusations de corruption, qu'il rejette.

Le rédacteur-en-chef a annoncé samedi la prolongation pour 24 heures de sa garde à vue. "C'est un signe que le pays se dirige vers un régime totalitaire. C'est une grave atteinte à la liberté de la presse", a écrit M. Yanardag.

"C'est du harcèlement. On élimine la presse et la liberté d'expression. C'est de l'intolérance contre un média indépendant et les opinions d'opposition", a-t-il encore dénoncé.

La prise de contrôle de Tele1 vendredi soir a été immédiatement suivie par la diffusion de documentaires au lieu des informations, ont constaté des journalistes de l'AFP.

De la même manière, nombre de reportages de Telel ont été retirés des publications sur sa chaîne YouTube avant que ce seul message n'apparaisse : "cette chaîne n'est pas disponible".

M. Ozgur Ozel, le dirigeant du parti du maire d'Istanbul, le CHP (social-démocrate, principale force d'opposition), a qualifié sur X de "tout à fait absurdes" les accusations d'espionnage lancées contre M. Imamoglu.

Pour le chef du CHP, Telel a été visée parce qu'elle a "rapporté les faits", et il a dénoncé une "tentative de semer la peur" dans la classe politique, la société civile, les milieux d'affaires, ainsi que dans les médias et les milieux artistiques. (AFP, 25 oct 2025)

Kurdish Question / Question kurde

Des députés ont rencontré le chef kurde Öcalan

Des députés turcs membres d'une commission parlementaire chargée du processus de paix avec la guérilla kurde ont rendu visite pour la première fois lundi en prison à Abdullah Öcalan, chef historique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

L'entretien entre la délégation parlementaire et le leader kurde incarcéré sur l'île-prison d'Imrali, au large d'Istanbul, "a permis d'aboutir à des résultats positifs", a affirmé la présidence de l'Assemblée nationale turque dans un communiqué.

Les députés et M. Öcalan ont notamment abordé les modalités de la dissolution du PKK et du dépôt des armes, ainsi que la mise en oeuvre d'un accord d'intégration des forces kurdes au sein de l'armée syrienne, selon le communiqué.

Le gouvernement turc est engagé depuis l'automne 2024 dans un processus de paix avec le PKK, après quatre décennies d'une guérilla qui a coûté la vie à 50.000 personnes.

Depuis sa cellule où il est à l'isolement depuis 1999, Abdullah Öcalan, 76 ans, a appelé fin février les combattants du PKK à renoncer à la lutte armée.

Le PKK, qui a annoncé en mai sa dissolution, a affirmé la semaine passée avoir achevé le retrait de ses forces d'une zone stratégique située dans le nord de l'Irak, à la frontière de la Turquie, une mesure visant à consolider le processus de paix en cours avec Ankara.

Le PKK avait déjà annoncé fin octobre le retrait vers le nord de l'Irak de ses derniers combattants présents en Turquie, après que plusieurs dizaines de combattants en treillis avaient symboliquement brûlé leurs armes lors d'une cérémonie organisée en juillet au Kurdistan irakien. (AFP, 25 nov 2025)

Parliament committee votes to hold direct talks with PKK leader on İmralı Island

A committee within parliament responsible for overseeing the Kurdish peace process voted today to send a delegation to meet with Abdullah Öcalan, the imprisoned leader of the Kurdistan Workers' Party (PKK), on İmralı Island.

The decision marks the first time that a parliamentary body will formally visit Öcalan, a turning point in the peace process that has been going on for over a year now.

The vote was held after weeks of political debate and public discussion. The committee, which has been working since August to establish a legal framework for the process, passed the motion with 32 votes in favor, 3 against, and 2 abstentions. Eleven members, all from the main opposition Republican People’s Party (CHP), did not participate.

The ruling Justice and Development Party (AKP), its ally the Nationalist Movement Party (MHP), and the pro-Kurdish Peoples’ Equality and Democracy (DEM) Party supported the motion.The CHP declared it would not join the delegation either.

Abdullah Öcalan has been serving a life sentence on İmralı Island since 1999. While pro-Kurdish MPs and intelligence officials have had talks with him, a formal visit by a parliamentary committee would be an unprecedented official engagement.

The peace process, which seeks to end four decades of armed conflict, was initiated after Bahçeli proposed in October last year that Öcalan could benefit from the “right to hope,” potentially leading to his release, in exchange for dissolving the organization.

Öcalan called for the disbandment of the group in late February, and the group announced in May that it would complied with this call. The PKK has since held a symbolic disarmament ceremony and announced its withdrawal from Turkey, as well as parts of the frontline in the Kurdistan region in Iraq's north. (BIA, 21 Nov 2025)

Le PKK annonce son retrait d'une région stratégique dans le nord de l'Irak

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé lundi avoir achevé la veille le retrait de ses forces d'une zone frontalière stratégique située dans le nord de l'Irak, une mesure visant à consolider le processus de paix avec le gouvernement turc.

Ce retrait intervient six mois après que le PKK a officiellement renoncé à sa lutte armée contre la Turquie, mettant ainsi un terme à quatre décennies de violences qui ont coûté la vie à plus de 50.000 personnes.

"Le 16 novembre au soir, nos forces susceptibles de déclencher un conflit dans la région de Zap ont effectué un retrait vers d'autres zones appropriées", a affirmé le PKK dans un communiqué publié par l'agence de presse Firat, proche du mouvement.

"Ce retrait dans la région de Zap constitue une contribution concrète et significative au développement et au succès du processus de paix et de société démocratique initié par le leader Abdullah Öcalan. Il démontre une fois de plus de notre engagement envers ce processus", a précisé le PKK.

À la suite de discussions indirectes entamées avec la Turquie en octobre 2024, le PKK, considéré comme terroriste par Ankara, a annoncé en mai sa dissolution, répondant à un appel en ce sens d'Abdullah Öcalan, son chef historique, emprisonné depuis 1999.

Lors d'une cérémonie en juillet dans le nord de l'Irak, au coeur de la région autonome du Kurdistan, une trentaine de combattants en treillis, avaient brûlé leurs fusils pour marquer une première phase de désarmement.

Dans la foulée, en août, une commission parlementaire turque chargée de préparer un cadre légal au processus de paix a démarré ses travaux qui devront entre autres décider par exemple du sort d'Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999 sur l'île-prison d'Imrali au large d'Istanbul, et de possibles garanties de sécurité pour ses combattants.

Le mouvement kurde a aussi annoncé fin octobre qu'il retirait toutes ses forces de Turquie vers le nord de l'Irak.

- Drones et bergers -

 Le PKK dispose depuis longtemps de bases dans la région de Zap, dans le nord de l'Irak, qui a été la cible d'une opération terrestre menée par les troupes turques en 2008 et qui a souvent subi des frappes aériennes.

Cette région revêt une importance symbolique pour le PKK, car elle abritait initialement son quartier général avant son transfert plus à l'est, dans les monts Qandil, et y maintenait jusqu'à récemment une forte présence.

L'armée turque a constamment concentré ses opérations sur la zone de Zap, qui a connu d'intenses affrontements au fil des ans, malgré les difficultés opérationnelles liées à la progression sur un terrain montagneux.

Un habitant des environs a déclaré à l'AFP que la région de Zap était très peu peuplée et que seuls des militants du PKK et des soldats turcs y opéraient, hormis quelques bergers qui s'y rendaient pendant l'été.

En raison du relief montagneux, le PKK utilisait parfois des drones pour livrer de la nourriture et des vêtements à ses combattants, a-t-il ajouté. (AFP, 17 nov 2025)

Kurdes tués à Paris fin 2022: un témoin présumé obtient finalement l'asile

Un ressortissant turc, témoin présumé lors de l'assassinat en 2022 de trois Kurdes à Paris, a obtenu en appel le statut de réfugié que lui avait contesté l'Ofpra, ce qui avait conduit à demander son expulsion de France, selon une décision consultée par l'AFP .

"Face à la décision indigne et éminemment politique du directeur général de l'Ofpra, la CNDA (Cour nationale du droit d'asile) a, elle, fait du droit", a réagi jeudi auprès de l'AFP Me David Andic, avocat de Ercan Ekin.

Au printemps 2025, l'Office de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) avait refusé la demande d'asile de M. Ekin, en France depuis quatre ans et demi, estimant "peu crédibles ses assertions" quant à sa présence rue d'Enghien le jour des meurtres.

M. Ekin avait par la suite reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

"L'instruction, notamment les déclarations particulièrement précises, personnalisées et étayées de M. Ekin lors de l'audience, corroborées par les pièces versées à l'appui de sa demande de réexamen, permet de regarder comme établie sa présence lors de l'attaque", écrit la CNDA dans sa décision consultée jeudi par l'AFP.

William Malet, cheminot à la retraite de 72 ans, a reconnu avoir ouvert le feu devant un centre culturel du Conseil démocratique kurde (CDK-F), le 23 décembre 2022 à Paris. L'été dernier, il a été renvoyé aux assises pour avoir tué trois personnes, dont la combattante du PKK Emine Kara, et avoir fait trois blessés.

Partie civile dans l'information judiciaire, Ercan Ekin, bénévole au CDK-F, a raconté au juge d'instruction en décembre 2024 qu'il faisait la vaisselle derrière le comptoir le jour des faits quand il a entendu des coups de feu, selon des documents consultés par l'AFP. Il dit avoir vu le tireur monter les marches du centre et les trois victimes mortellement blessées.

Il affirme avoir connu ensuite "un état de stress post-traumatique de forte intensité" et "un épisode dépressif", d'après un rapport d'examen psychiatrique daté de mars 2025.

A la suite de la tuerie, interrogé par la presse kurde, M. Ekin avait émis l'hypothèse d'une complicité du gouvernement turc, l'exposant à "la prison et des traitements inhumains et dégradants" s'il retournait en Turquie, d'après son avocat.

"Il résulte (...) que M. Ekin craint avec raison (...) d'être persécuté en cas de retour dans son pays en raison de ses opinions politiques. Dès lors, il est fondé à se prévaloir de la qualité de réfugié", juge la CNDA. (AFP, 6 nov 2025)

Le chef kurde Öcalan veut agir avec "sérieux et responsabilité"

Le chef emprisonné de la guérilla kurde Abdullah Öcalan appelle à agir avec "sérieux et sens des responsabilités" pour mener le processus de paix en cours avec la Turquie à son terme, dans un message publié mardi par des députés turcs.

"Pour passer à une phase positive, il est essentiel que chacun agisse avec sensibilité, sérieux et sens des responsabilités", écrit le leader historique du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), auquel une délégation du parti prokurde DEM a rendu visite lundi.

Abdullah Öcalan, qui a appelé en février son mouvement à se dissoudre, est détenu à l'isolement depuis 1999 sur l'île prison d'Imrali, au large d'Istanbul.

Le PKK a annoncé le 26 octobre le retrait vers le nord de l'Irak de ses derniers combattants présents en Turquie, complétant ainsi la première phase du processus de paix initié un an auparavant par Ankara.

Lors d'une cérémonie en juillet, une trentaine de combattants en treillis avaient symboliquement brûlé leurs armes.

Le parti prokurde, troisième force au Parlement, a appelé à "passer à la deuxième phase, à savoir les étapes juridiques et politiques".

"Nous nous efforçons de développer une phase positive, et non une phase destructrice et négative", poursuit M. Öcalan. "L'intégration du phénomène kurde dans toutes ses dimensions dans le cadre légal de la République et un processus de transition solide doivent en constituer le fondement", écrit-il.

Une commission parlementaire transpartisane planche depuis août sur une traduction légale et encadrée de cette transition vers la paix.

Elle doit notamment décider du sort d'Abdullah Öcalan et de possibles garanties de sécurité pour ses combattants.

La libération du leader kurde âgé de 76 ans est au coeur des demandes du PKK. Il a été autorisé en septembre à rencontrer ses avocats pour la première fois en six ans.

Selon des analystes, le PKK est affaibli par des décennies de guérilla qui ont fait au moins 50.000 morts, selon un bilan officiel. Et la communauté kurde, qui représente selon des estimations 20% de la population turque sur 86 millions d'habitants, est épuisée par un long conflit. (AFP, 4 nov 2025)

Trois Kurdes tués à Paris fin 2022: un témoin présumé conteste le refus de sa demande d'asile

Un ressortissant turc, témoin présumé lors de l'assassinat en 2022 de trois Kurdes à Paris, a contesté jeudi devant une juridiction spécialisée le rejet de sa demande d'asile, qui l'a placé sous le coup d'une mesure d'expulsion du territoire français.

Ercan Ekin, lui-même kurde, dit avoir assisté à la tuerie de la rue d'Enghien, une déclaration "corroborée par la balistique et par absolument tous les éléments de l'enquête", a indiqué à l'AFP son avocat David Andic.

William Malet, cheminot à la retraite de 72 ans, a reconnu avoir ouvert le feu devant un centre culturel du Conseil démocratique kurde (CDK-F), le 23 décembre 2022. L'été dernier, il a été renvoyé aux assises pour avoir tué trois personnes, dont la combattante du PKK Emine Kara, et avoir fait trois blessés.

Partie civile dans l'information judiciaire, Ercan Ekin, bénévole au CDK-F, a raconté au juge d'instruction en décembre 2024 qu'il faisait la vaisselle derrière le comptoir le jour des faits quand il a entendu des coups de feu, selon des documents consultés par l'AFP. Il dit avoir vu le tireur monter les marches du centre et les trois victimes mortellement blessées.

Il était resté caché 20 à 25 minutes, selon son récit, et avait développé par la suite "un état de stress post-traumatique de forte intensité" et "un épisode dépressif", d'après un rapport d'examen psychiatrique daté de mars 2025.

L'Office de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) a, au printemps 2025, refusé la demande d'asile de M. Ekin en jugeant "peu crédibles ses assertions" quant à sa présence rue d'Enghien le jour du drame, d'après la décision consultée par l'AFP.

M. Ekin a par la suite reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

En France depuis quatre ans et demi, M. Ekin a fait appel de la décision de l'Ofpra jeudi devant la Cour nationale du droit d'asile, lors d'une audience à huis clos.

Le CNDA communiquera son délibéré le 6 novembre, a indiqué Me Andic.

A la suite de la fusillade, interrogé par la presse kurde, M. Ekin avait émis l'hypothèse d'une complicité du gouvernement turc dans la tuerie, l'exposant à "la prison et des traitements inhumains et dégradants" s'il retournait en Turquie, d'après l'avocat.

M. Malet a été renvoyé aux assises pour assassinats et tentatives d'assassinats en raison de la race, mais les juges d'instruction ont écarté la qualification terroriste, au grand dam des parties civiles. (AFP, 30 oct 2025)

PKK a achevé la première phase du processus de paix, estime le parti prokurde DEM

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui a annoncé dimanche le retrait de ses derniers combattants présents en Turquie vers le nord de l'Irak, a achevé la première phrase du processus de paix avec Ankara, a jugé lundi un dirigeant du principal parti prokurde turc.

"La première phase du processus est terminée", a affirmé Tuncer Bakirhan, vice-président du parti DEM, lors d'une déclaration à la presse à Ankara. "Il est temps de passer à la deuxième phase (...), à travers des étapes juridiques et politiques", a-t-il ajouté.

"C'est une étape qui ouvre la voie à une solution et à la paix", a affirmé M. Bakirhan, estimant que "nous sommes à un moment charnière de l'histoire turque".

Selon lui, le Parlement turc doit désormais "faciliter et développer ce processus", initié il y a un an par Ankara pour mettre fin à quatre décennies de guérilla.

"Des dispositions juridiques doivent être prises (...). Il ne doit pas s'agir uniquement de dispositions techniques, mais aussi d'éléments constitutifs de la paix", a-t-il souligné, exhortant les députés turcs à "agir avec responsabilité".

À la suite de discussions indirectes entamées en octobre 2024, le PKK, considéré comme terroriste par Ankara, a annoncé en mai sa dissolution, répondant à un appel en ce sens d'Abdullah Öcalan, son chef historique, emprisonné depuis 1999.

Selon le président turc Recep Tayyip Erdogan, le conflit entre le PKK et les forces de sécurité turques a fait depuis 1984 quelque 50.000 morts dont 2.000 soldats et causé des milliards de dollars de pertes à l'économie turque. (AFP, 27 oct 2025)

Le PKK affirme retirer ses forces de la Turquie vers le nord de l'Irak


Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé dimanche qu'il retirait toutes ses forces de Turquie vers le nord de l'Irak, pressant aussi Ankara de prendre "sans délai" des mesures juridiques pour sauver le processus de paix entamé il y a un an.

La Turquie a salué cette annonce, y voyant des "résultats concrets" des efforts visant à mettre fin à un conflit de quatre décennies.

"Nous mettons en oeuvre le retrait de toutes nos forces à l'intérieur de la Turquie", a déclaré le PKK dans une déclaration lue lors d'une cérémonie dans le nord de l'Irak, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Le mouvement kurde a simultanément diffusé une photo montrant selon lui 25 combattants, dont huit femmes, se trouvant désormais dans le nord de l'Irak après avoir quitté la Turquie. Il n'y avait pas de confirmation dimanche du nombre de combattants impliqués dans ce retrait, mais des observateurs l'estiment à 200 ou 300.

Un dirigeant du mouvement kurde, Devrim Palu, a affirmé à l'AFP que la libération du chef historique emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, était une condition "cruciale" pour le succès du processus de paix. Il a ajouté qu'avec ce retrait, le PKK cherchait à préserver la paix en empêchant des "provocations".

A la suite de discussions indirectes entamées en octobre 2024, le PKK, considéré comme terroriste par Ankara, a annoncé en mai sa dissolution, répondant à un appel en ce sens d'Abdullah Öcalan.

Selon le président turc Recep Tayyip Erdogan, ces violences ont fait 50.000 morts, dont 2.000 soldats et causé des milliards de dollars de pertes à l'économie turque.

 - Voie démocratique -

 Le PKK dit désormais vouloir défendre les droits de la minorité kurde en Turquie par la voie démocratique comme l'a demandé M. Öcalan, figure tutélaire du mouvement malgré ses années de détention, lors de son "appel à la paix" en février.

Lors d'une cérémonie en juillet dans le nord de l'Irak, au coeur de la région autonome du Kurdistan, une trentaine de combattants en treillis, avaient brûlé leurs fusils pour marquer une première phase de désarmement.

Dans la foulée, en août, une commission parlementaire turque chargée de préparer un cadre légal au processus de paix a démarré ses travaux qui devront entre autres décider par exemple du sort d'Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999 sur l'île-prison d'Imrali au large d'Istanbul, et de possibles garanties de sécurité pour ses combattants.

 - Plus qu'une amnistie? -

 Lors de sa cérémonie dimanche, le PKK a ainsi appelé la Turquie à prendre les mesures juridiques nécessaires à la poursuite du processus de paix et à permettre l'intégration de ses militants dans la vie politique.

"Les mesures juridiques et politiques voulues par le processus" et les lois "nécessaires à la participation à la vie politique démocratique doivent être mises en place sans délai", a souligné le PKK dans sa déclaration.

"Nous voulons des lois spécifiques à ce processus (de paix), pas simplement une amnistie" pour les membres du PKK, a déclaré sur place à des journalistes Sabri Ok, un cadre du mouvement, en soulignant l'importance que ces mesures garantissent la "liberté".

M. Öcalan, dont la libération est au coeur des demandes du PKK dans ce processus avec Ankara, a été autorisé en septembre, pour la première fois depuis six ans, à rencontrer ses avocats.

Selon des analystes, le PKK est affaibli par des décennies de guérilla et la population kurde, qui représente selon des estimations 20% de la population de ce pays de 86 millions d'habitants, épuisée par un long conflit, ce qui a favorisé ces pourparlers indirects de paix.

Le parti pro-kurde DEM, troisième force au Parlement turc, a joué un rôle clé pour ce processus, en servant notamment d'intermédiaire entre Ankara et le PKK. Selon des médias turcs, une délégation du DEM doit à nouveau rencontrer le président Erdogan dans les prochains jours avant de se rendre sur l'île-prison d'Imrali pour s'entretenir avec M. Öcalan.

Pour Sabri Ok, la commission parlementaire turque doit "se rendre immédiatement" à Imrali pour "écouter" le chef historique du PKK. "C'est la clé", a-t-il dit dimanche à des journalistes. (AFP, 25 oct 2025)


Minorités / Minorities

À Iznik, le pape Léon XIV face à l’effacement du christianisme en Turquie

Guillaume Perrier, Le Point, 27 novembre 2025
L'Asie mineure, berceau du christianisme, accueille le pape Léon XIV, pour célébrer le 1 700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée (en l'an 325). Pourtant, cette ville, désormais baptisée Iznik et située en Turquie, sur la rive orientale de la mer de Marmara, est aujourd'hui plus connue pour ses céramiques à motifs que pour ses débats théologiques. À l'image d'une présence chrétienne qui s'est peu à peu dissoute dans la Turquie moderne et républicaine.

D'ailleurs, même le lieu où s'est tenu le 7e concile de Nicée en 787, a été effacé. L'église Sainte-Sophie d'Iznik, qui avait été transformée en musée en 1935 par l'ancien président turc Mustafa Kemal, comme sa « grande sœur », la basilique d'Istanbul, a été reconvertie en mosquée en 2011 par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Celle d'Istanbul suivra en 2020, ainsi que de nombreux autres édifices byzantins.

Contrairement à Benoît XVI, venu en 2006, Léon XIV ne visitera pas Sainte-Sophie, mais il se rendra juste en face, à la mosquée du sultan Ahmet, surnommée la mosquée bleue pour ses faïences bleues d'Iznik. Le chef d'État du Vatican a d'abord été reçu à Ankara ce jeudi, déposant une gerbe de fleurs au mausolée de Mustafa Kemal « Atatürk », le père de la laïcité turque, puis rendant visite au président Erdogan. Le chef de l'Église ira ensuite à la rencontre des communautés chrétiennes du pays. Ou de ce qu'il en reste.

La présence chrétienne en Anatolie s'est réduite comme peau de chagrin. De près de 20 % de la population ottomane à l'aube de la Première Guerre mondiale, elle est passée à moins de 0,5 % de la population actuelle. Sur le plan démographique, les estimations les plus optimistes recensent environ 100 000 chrétiens en Turquie, en comptant les immigrés récents.

Les Arméniens, qui étaient au nombre de 1,5 à 2 millions avant le génocide de 1915, sont à peine 50 000 aujourd'hui, autour du patriarcat arménien de Constantinople. Les Syriaques et les Assyriens, descendants des premières Églises orientales enracinées en Mésopotamie, ne sont plus que 20 000 à 25 000. Les monastères historiques de la région du « Tour Abdin » , « la montagne des serviteurs de Dieu », sont l'objet d'un harcèlement incessant de la part de l'État turc. Celui de Mor Gabriel, près de Mardin, dans le sud-est du pays, est victime d'expropriations dénoncées par la Cour européenne des droits de l'homme dans un arrêt de 2023.

La communauté grecque orthodoxe réduite à peau de chagrin

Mais la diminution la plus spectaculaire est celle qui frappe la communauté grecque orthodoxe. De près d'un million et demi au début du XXe siècle, sa population est tombée à à peine 2 000 âmes, au gré des crises politiques, des pogroms et des confiscations de fondations religieuses qui ont émaillé le siècle dernier. Le premier acte de cet exode fut le transfert forcé de populations en 1923, qui a poussé 1,2 million de Grecs d'Anatolie – les « Roums » – vers la Grèce. Ce fut ensuite les tensions ethniques de septembre 1955, à Istanbul, puis les soubresauts de la crise à Chypre, en 1964 puis en 1974.

La survie des communautés religieuses dépend en grande partie de celle de leurs Églises. Mais la Turquie laïque ne reconnaît pas « le patriarcat œcuménique orthodoxe de Constantinople, nouvelle Rome ». Pour Ankara, le chef du monde orthodoxe n'est que le dirigeant de l'Église locale. Bartholomée Ier, qui occupe cette fonction depuis 1991, est aujourd'hui âgé de 85 ans. Et la succession est un enjeu majeur. Pour occuper des postes hiérarchiques au sein du clergé, grec comme arménien, la Turquie exige que les prétendants aient la nationalité turque.

Le grand séminaire orthodoxe adossé au patriarcat, fondé en 1844 sur l'île de Halki, reste désespérément fermé depuis 1971, à la suite d'un coup d'État militaire. La question de la réouverture de l'école théologique est un serpent de mer depuis l'arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan. Le président américain Donald Trump a demandé à ce dernier de le rouvrir, au cours d'une entrevue à la Maison-Blanche. Erdogan a promis d'y « prendre sa part ».


Le pape appelle la Turquie à jouer un rôle de "stabilisateur"

Le pape Léon XIV a entamé jeudi sa visite de quatre jours en Turquie en appelant le pays à jouer un rôle de "stabilisateur" dans un contexte mondial "fortement conflictuel".

Arrivé à la mi-journée à Ankara, première étape de ce voyage qui le mènera ensuite au Liban, le pape a été accueilli au palais présidentiel par le président Recep Tayyip Erdogan au son des hymnes du Vatican et de la République turque, rythmés de coups de canon, encadré par une garde en uniformes historiques, symbolisant les 16 États turcophones de l'histoire.

"Puisse la Turquie être un facteur de stabilité et de rapprochement entre les peuples, au service d'une paix juste et durable", a déclaré le souverain pontife devant son hôte, en rappelant que par sa position géographique, "ce pays constitue un pont entre l'Orient et l'Occident, entre l'Asie et l'Europe et un carrefour de cultures et de religions".

Soutien de l'Ukraine tout en maintenant ses liens avec la Russie, Ankara s'implique avec l'Europe dans les négociations en cours, menées par les Etats-Unis, pour parvenir à un accord de paix entre les deux pays.

Célébrant par ailleurs, dans un discours empreint de retenue - à l'image de ses six premiers mois de pontificat - un pays "carrefour de sensibilités", dont les chrétiens représentent à peine 0,1% des 86 millions d'habitants, le pape a également prévenu que son "homogénéisation représenterait un appauvrissement".

"La Turquie, où 99% des citoyens sont musulmans, encourage le respect de toutes les confessions, y compris les communautés chrétiennes", a assuré le président Erdogan.

"Nous ne permettons à aucun d'entre nous d'être victime de discrimination", a-t-il insisté devant son hôte, affirmant ne pas voir "les différences culturelles, religieuses et ethniques comme une source de division mais d'enrichissement".

Le président turc a en outre salué la position du pape sur "la cause palestinienne", appelant à la "justice" pour le peuple palestinien et à la mise en oeuvre "dès que possible" d'une solution à deux Etats.

 - "Un beau message pour le monde" -

 Dans l'avion qui le menait de Rome à Ankara, le premier pape américain de l'Histoire a confié aux 80 journalistes qui l'accompagnent pour ce premier voyage à l'étranger, son impatience pour ce périple qu'aurait dû effectuer son prédécesseur François, décédé en avril.

"J'ai beaucoup attendu ce voyage en raison de ce qu'il signifie pour les chrétiens mais c'est aussi un beau message pour le monde entier", a-t-il dit.

Accueilli à son arrivée par le ministre turc de la Culture, Mehmet Nuri Ersoy, Léon XIV a traversé une capitale verrouillée par les forces de sécurité jusqu'au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne.

Malgré la montée du nationalisme religieux dans le pays et la politisation de symboles comme l'ex-basilique Sainte-Sophie d'Istanbul, reconvertie en mosquée en 2020, le Vatican cherche à maintenir un dialogue avec Ankara, considéré comme un acteur clé pour la paix dans la région.

Le Saint-Siège reconnaît aussi l'effort consenti par la Turquie pour accueillir sur son sol plus de 2,5 millions de réfugiés, en grande majorité syriens.

Le chef des 1,4 milliard de catholiques s'est inscrit dans les pas de son prédécesseur François en critiquant récemment le traitement "extrêmement irrespectueux" des migrants par l'administration américaine de Donald Trump.

 - Concile de Nicée -

 Au terme de cette journée à la tonalité politique, le pape s'est envolé pour Istanbul en début de soirée.

Son programme vendredi embrassera un aspect plus religieux: la célébration à Iznik, ancienne Nicée, des 1.700 ans du premier concile oecuménique qui avait réuni en l'an 325 quelque 300 évêques de l'Empire romain, un moment considéré comme fondateur pour le christianisme.

Invité par le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, figure majeure et interlocuteur privilégié du Vatican chez des orthodoxes divisés, Léon prendra part sur les rives du lac d'Iznik à une prière oecuménique.

Après Paul VI (1967), Jean-Paul II (1979), Benoît XVI (2006) et François (2014), Léon est le cinquième pape à se rendre en Turquie.

De dimanche à mardi, il sera au Liban, rongé par une crise économique et politique dévastatrice depuis 2019 et régulièrement bombardé par Israël ces derniers jours, malgré un cessez-le-feu. (AFP, 27 nov 2025)

Politique intérieure/Interior Politics

Big Brother enregistre en turc!

Ragip Duran, TVXS.GR, 23 novembre 2025
Les régimes turcs, désirent depuis très longtemps réprimer toute manifestation d’opposant pour la survie du système autoritaire en vigueur. Auparavant, ils se servaient de la force physique des policiers et des militaires pour lutter contre les opposants pacifiques. Alors que désormais la police turque est très bien équipée de toute une technologie sophistiquée, en particulier grâce à des caméras capable de reconnaître les visages appelés MOBESE en turc (Intégration des Systèmes Electroniques Mobiles).

Pendant l’ère avant Internet, le gouvernement turc, qui qualifie de “séparatisme terroriste” toute revendication démocratique des Kurdes, avait acheté de l’Iran (Et Téhéran l’avait obtenu de la Chine) un système électronique pour brouiller les émissions des chaînes de télévision et de radio kurde qui émettaient depuis l’Europe.

Le ministère de l'Intérieur a déjà annoncé que les MOBESEs sont en fonction dans l’ensemble des 81 départements du pays sans donner de chiffres détaillés. Selon une information d’Euro News, il y avait déjà en 2020, 190 milles caméras de surveillance pour une population de 15.5 millions d’habitants à Istanbul.

Le pouvoir se défend toujours invoquant les mesures de sécurité : “Si vous êtes innocent pour quoi donc vous êtes contre les MOBESEs. Ces derniers sont pour poursuivre les voleurs, les terroristes, les hors-la-loi. C’est donc pour votre sécurité” disent-ils. Mais l’assassinat en plein centre ville du journaliste arménien Hrant Dink, le 19 janvier 2007 a montré qu’il s’agissait essentiellement de la sécurité des assaillants et de ses complices. Car les policiers avaient tout d’abord mis la main à l’ensemble des caméras et films qui se trouvaient sur la scène du meurtre et puis ce matériel a été totalement détruit.

La police turque se sert désormais des caméras et films enregistrés qui ont la capacité de reconnaissance des visages et réalisent des descentes au petit matin chez les manifestants. Plusieurs dizaines d’étudiants qui soutiennent le maire emprisonné d’Istanbul, M. Ekrem Imamoglu ont été arrêtés et inculpés à la suite des manifestations non-violentes. Le Barreau d’Istanbul estime que ces images ne peuvent pas être utilisées juridiquement par le Parquet comme des preuves légales.

NETAS, une compagnie turque productrice du matériel électronique, dont 48 % appartient à ZTE, société chinoise déjà qualifiée par l’Union Européenne de “fournisseur à haut risque” est le principal vendeur du ministère de l'Intérieur. NETAS et deux autres compagnies turques avaient reçu des fonds de recherche de l’UE.

Les activistes des Droits de l’Homme ainsi que les opposants déclarent que “la police viole la vie privée” pour obtenir des preuves qui sont en général admises par les tribunaux, alors que “seule la présence d’une personne dans une manifestation pacifique n’est pas du tout un crime”.

Le site internet “Follow the Money” (FTM), un site indépendant de journalisme d’investigation basé à Amsterdam, a publié une enquête détaillée (La Turquie renforce la surveillance de ses citoyens, avec l'aide de Bruxelles, https://www.ftm.eu/articles/turkey-survelliance-tech-eu-funds-brussels) sur ce problème dans laquelle il se concentre sur la complicité de l’UE et la carence d’un contrôle  sérieux des fonds de recherche attribués à ces compagnies électroniques.

“Le régime Erdogan a tellement peur de l’opposition c’est-à-dire peur de perdre le pouvoir qu’il dépense des millions d’Euros juste pour reconnaître les visages des jeunes manifestants. C’est avec nos propres impôts qu’il nous surveille. Nous, on le connaît, et lui aussi désire nous connaître !” ironise un professeur de finances publiques en exil.

Atatürk : le tabou mythique populaire et immortel, aujourd’hui le chef virtuel de l’opposition

Ragip Duran, TVXS.GR, 16 novembre 2025

En Turquie, partout, il y a ses statues et ses portraits. Son nom est mentionné dans le Préambule de la Constitution. De plus, une loi spéciale datée de 1951 interdit toute critique envers lui. Plusieurs centaines de livres ont été publiés, plusieurs dizaines de films et de programmes de TV ont été réalisés pour glorifier le fondateur de la République de Turquie et "Le Grand Révolutionnaire".

Le Kémalisme, idéologie inventée après sa disparition en 1938, est devenu et l’est encore l’idéologie officielle de l’Etat turc, bien qu’il ne propose aucune solution aux problèmes politiques, économiques ou sociaux de nos jours.

Mélange de nationalisme coloré légèrement de racisme, d’Étatisme et un peu d'européanisation cette idéologie est assez vague, voire floue est en tout cas une pensée de droite et de pouvoir, estime ses détracteurs.

"C’est une religion laïque" observait le sociologue Prof. Kadir Cangizbay.

À l’exception d’une grande partie des Kurdes, des islamistes radicaux et les membres des anciens minorités (Arméniens, Assyriens, Roums, Juifs...) de l’Empire Ottoman qui ne peuvent pas d’ailleurs ouvertement et publiquement s’opposer librement contre Atatürk, la population turque, gauche, droite, centre, libéral, conservateur confondus surtout depuis l’avènement du régime islamiste d’Erdogan devient de plus en plus Kémaliste.

Ceux qui osent critiquer Kemal risquent d’être lynchés sur les médias sociaux et si c’est un fonctionnaire, il peut très facilement perdre son emploi.

Il s’agit d’un phénomène psycho-politique qui n’existe nulle part sur la terre même pas en Corée du Nord. Le culte de la personnalité est érigé dans le cœur et dans la conscience des citoyens. Ces Turcs, fidèles  disciples de l’ancien Homme Unique ne se satisfont pas simplement de rendre hommage à un militaire, à un d’homme d’Etat très probablement exceptionnel, mais transforment Moustapha Kémal en un icône, un sauveur voire un prophète de nos jours. Il est élevé au rang d’un chef divin et vénéré comme un magicien tout-puissant.

Pendant les fêtes officielles, Déclaration de la République (29 Octobre 1923), premier pas de la Guerre de Libération Nationale (19 Mai 1919) et surtout la commémoration de la mort de Kemal (10 Novembre 1938), lors des manifestations officielles et populaires, la réaction des Kémalistes atteint le niveau d’hystérie. Pas très démocratique en tout cas...

Le 10 novembre n’est plus depuis 1988 une journée de deuil national, mais à 09 h 05, l’heure de la mort d’Atatürk (Le Père/L’ancêtre des Turcs), le pays tout entier est encore complètement immobilisé, 3 minutes de silence, la circulation qui s’arrête, les sirènes et les klaxons des véhicules créent une atmosphère des films de science-fiction. Avant 1988, les salles de cinéma, de théâtre, de jeux et les stades étaient fermés et la vente des boissons alcoolisées était interdite pendant toute la journée.

La propagande pro-Kémaliste est encore et toujours en vigueur alors que depuis 87 ans, une biographie critique d’Atatürk n’a pas été rédigée et publiée. Car, observe Prof. Taner Akcam, grand spécialiste du problème arménien, ‘’les principes fondateurs de la République peuvent être alors interrogés voire mis en cause à commencer par le Génocide de 1915, le désastre Pontos 1919-1923, le problème kurde de 1925 jusqu’à nos jours’’.

Les millions de citoyens qui défilent dans les rues, qui manifestent très chaleureusement leur amour pour Kemal ne savent pas et ne veulent pas savoir les pages noires de l’histoire récente. Pour eux, le tabou est sacré et doit être conservé.

"Erdogan aussi provoque les opposants. Il avait traité Kemal d’ivrogne, mais il est apparemment très jaloux d’Atatürk" constate le Prof. Cengiz Aktar, politicologue en exil. Vu la carence actuelle d’un leader charismatique, les opposants se réfugient chez Kemal, qui est encore intouchable même par le régime de l’Homme Unique d’aujourd’hui.

Turquie: à la recherche d’un Mamdani local
 
Ragip Duran, TVXS.GR, 9 novembre 2025
La victoire électorale de Zohran Mamdani pour la mairie de la plus grande ville des Etats Unis a inspiré, et même encouragé plusieurs chroniqueurs des médias turcs.
 
Hasan Cemal, ancien directeur de la publication du quotidien Cumhuriyet (Kémaliste, à son époque libéral, un peu de gauche et 150 milles ex.), aujourd’hui chroniqueur du site d’information indépendant T24 prévoit : “Nous aussi, nous dirons un jour à la une, Une belle journée en Turquie : Erdoğan battu aux élections !”. Car il titre son papier : “Une belle journée à New York : Trump battu, Mamdani a gagné!”.
 
Mme Evren Balta, professeure de Relations Internationales, résidant aux Etats Unis, dans son article intitulé “Un Conte de New York: La Ville de Mamdani, de l’Inégalité à la Justice” analyse l’anatomie politique de la ville et les objectifs socio-politiques des nouvelles générations. Elle étudie la puissance de l’autoritarisme Trumpienne, la force des milieux pro-Israel et enfin les perspectives de Mamdani. “Un très bon exemple pour les autres villes et pays, conclut-elle.
 
Mme Fusun Sarp Nebil, dans sa chronique hebdomadaire “Teknopolitik” dévoile le rôle de la technologie, en particulier de la Toile, dans la campagne du candidat victorieux. “Mamdani a travaillé avec une équipe de volontaires de plus de 20 milles jeunes. Il a fait une campagne sur les médias sociaux en 12 langues. Et ses messages, ses priorités étaient tous très concrets comme le chômage, les logements, les bas salaires, le racisme…etc. “ a-t-elle écrit. “Pas comme les nôtres” précise-t-elle.
 
Gursel Goncu, ancien directeur de la publication du mensuel Tarih (Histoire) aujourd’hui chroniqueur du même site T24, analyse l’âge et la religion de Mamdani dans son article intitulé “ Nouveaux Présidents, une politique rajeunie et le monde qui change”. Il estime que Mamdani peut être un bon exemple pour la Turquie dont la majorité de la population est en dessous de 35 ans.
 
Plusieurs autres “spécialistes” des Etats Unis ont également publié des papiers sur “les musulmans socialistes américains” et ont essayé de trouver l’équivalent turc de ce mouvement.
 
Ertuğrul Ozkok, aujourd’hui “le roi des journalistes people” a découvert que le père de Zohran Mamdani, un universitaire, était entre 2007 et 2010 le voisin d’Orhan Pamuk, écrivain turc (Prix Nobel de la Littérature 2006), quand ils enseignaient à l’Université de Columbia à New York.

Ozkok écrit également que la victoire de Mamdani à New York et celle des candidats pour le poste de Gouverneur du Parti Démocrate au New Jersey, en Virginie et en Californie est un signe de la défaite de l’Homme Unique, référence directe à Trump, mais aussi à Erdogan, croit-on.
 
Vivette Kanetti, journaliste et romancière, constate les 5 caractères les plus importants de Mamdani. Selon elle, Mamdani est:
 
- Contre le racisme et les ennemis des immigrés
 
- Contre l’islamophobie
 
- Contre les pro-Israéliens
 
- Contre le capitalisme dévastateur et injuste
 
- Contre les activistes anti-LGBT
 -
De leur côté, les Kurdes, qui ont déjà leur Mamdani, attendent avec impatience la libération de Selahattin Demirtas (52) en prison depuis maintenant 9 ans. La Cour Européenne des Droits de l’Homme et la Cour Constitutionnelle turque avaient plusieurs fois demandé sa libération, car il n’y a aucune preuve concrète pour l’accuser de “terrorisme”.

Plaintes du président turc contre l'opposition pour "outrage" et "préjudice moral"

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déposé deux plaintes contre le chef du premier parti d'opposition pour "outrage" et "préjudice moral", a annoncé jeudi l'avocat du chef de l'Etat.

Ces deux plaintes, devant le tribunal d'Ankara, s'accompagnent d'une demande d'indemnités de 500.000 livres turques, soit près de 10.300 euros, précise sur X le défenseur, Hüseyin Aydin.

L'avocat accuse le président du CHP (social-démocrate), dans un discours prononcé la veille, d'avoir tenu des "déclarations inappropriées et des accusations sans fondement visant notre président".

S'adressant aux partisans du CHP dans un district excentré d'Istanbul mercredi soir, le responsable du principal parti d'opposition, Özgür Özel, avait accusé les autorités d'empêcher l'affichage de posters du maire d'Istanbul emprisonné, Ekrem Imamoglu.

"Ils ont peur de son image. On ne devient pas un héros en s'en prenant à son image ou à sa famille" avait-il lancé à propos de l'édile, arrêté le 19 mars et détenu depuis pour "corruption" - ce qu'il nie.

"Retiens désormais ceux qui sont à tes ordres et tes chiens qui nous importunent", avait-il martelé en s'adressant au président turc.

M. Imamoglu est le principal rival de M. Erdogan pour la prochaine élection présidentielle.

Selon l'avocat du chef de l'Etat, "une plainte pour préjudice moral d'un montant de 500.000 TL a été déposée devant le tribunal civil de première instance d'Ankara" et "une plainte pénale pour outrage au président a également été déposée auprès du parquet d'Ankara".

M. Erdogan avait déposé une plainte similaire l'an dernier, le 1er novembre 2025, à l'encontre du maire d'Istanbul pour insulte et diffamation lors d'un rassemblement.

M. Imamoglu se voyait alors reproché d'avoir porté des "accusations infondées, notamment des diffamations, qui ont violé les droits d'Erdogan", et d'avoir "agi dans le but d'humilier le président devant le public".

Le maire de la mégapole croule sous les procédures et les plaintes: outre celles pour corruption, diffamation et insulte au président, il a été récemment accusé d'espionnage. (AFP, 6 nov 2025)

L' espoir de libération pour l'opposant Demirtas après une décision européenne

Après tant d'espoirs déçus, ses partisans se reprennent à espérer mardi la libération de l'opposant kurde Selahattin Demirtas, détenu depuis 2016, suite à la décision définitive de la Cour européenne des droits de l'homme en sa faveur.

Ses avocats et l'opposition parlementaire turque ont aussitôt réclamé mardi la remise en liberté de cette figure toujours charismatique et populaire, arrêté il y a exactement neuf ans le 4 novembre 2016 et condamné en mai 2019 à 42 ans de prison.

Ce rebondissement intervient parallèlement aux progrès du processus de paix initié depuis un an par Ankara avec la guérilla kurde du PKK: le Parti des Travailleurs du Kurdistan a annoncé sa dissolution en mai, à l'appel de son chef historique Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999.

Selahattin Demirtas, 52 ans, a été accusé, entre autres, de propagande terroriste en faveur du PKK (interdit), d'insulte au président et d'avoir appelé à manifester en soutien aux combattants kurdes qui affrontaient les djihadistes à Kobane, en Syrie.

Au terme d'un long processus initié en 2019 et de multiples appels, la CEDH a rejeté lundi soir l'ultime demande du ministère turc de la Justice et rendu un arrêt définitif confirmant la violation de ses droits et ordonnant sa libération.

Le parti DEM (ex-HDP) de M. Demirtas, troisième force au parlement, a aussitôt réclamé sa "libération immédiate".

"Au regard des nombreuses décisions de la CEDH et de sa décision FINALE (...) nos amis devraient être libérés sans délai", écrit le DEM dans un communiqué, réclamant également la libération de son ancienne coprésidente, Figen Yüksekdag et d'autres responsables.

Le CHP (social démocrate), premier parti d'opposition, a fait de même: "La décision est devenue définitive et doit être mise en oeuvre immédiatement", a plaidé sur X le député du CHP à Diyarbakir (sud-est, principale ville à majorité kurde) Sezgin Tanrikulu.

"Selahattin Demirtas aurait dû être libéré depuis longtemps et pouvoir reprendre sa place dans la sphère politique", a aussi estimé le président du petit parti islamiste Saadet, Mahmut Arikan.

Et l'Association des Droits humains a "exigé la libération de M. Demirtas et de tous les prisonniers politiques détenus illégalement".

Le signal le plus encourageant vient du parti nationaliste MHP, allié du président Recep Tayyip Erdogan dont le leader, Devlet Bahceli, a estimé que "la libération (de Selahattin Demirtas) sera de bon augure pour la Turquie".

 - "Sans délai" -

 Les avocats de l'opposant ont déposé sans tarder une demande de remise en liberté auprès du tribunal d'Ankara.

"La chambre d'appel peut faire deux choses : libérer immédiatement M. Demirtas et les autres personnalités politiques sur la base de l'arrêt définitif de la CEDH, ou examiner l'affaire au fond", a expliqué en direct sur la chaîne privée turque Ilke TV l'un de ses défenseurs, Mahsuni Karaman, rappelant que celle-ci est déjà en appel de longue date.

Le président du barreau turc, Erinç Sagkan, a prié sur X la justice d'agir "sans délai", "plutôt que de recourir à des manoeuvres dilatoires et à des évaluations accessoires qui aggravent la violation des droits de Selahattin Demirtas".

Les proches de Demirtas et ses défenseurs n'ont cessé de dénoncer une "décision politique". D'autant qu'il est détenu à Edirne (nord-ouest), obligeant son épouse et ses deux filles à parcourir 1.200 km pour le visiter, depuis son fief de Diyarbakir.

Tous, alors que le gouvernement turc est engagé dans un processus de paix avec la PKK, après quatre décennies de guerilla meurtrière, espéraient ces derniers mois un geste en faveur de "Selo", comme l'appellent ses amis.

"Pour le bien de ce processus, ces procès de complot doivent cesser. Si la paix doit prévaloir, ce complot doit prendre fin", a insisté mardi le co-président du parti DEM, Tuncer Bakirhan. (AFP, 4 nov 2025)

Accusé d'espionnage, le maire d'Istanbul convoqué par la justice

Le maire d'opposition d'Istanbul Ekrem Imamoglu, emprisonné depuis mars, a été convoqué dimanche devant un juge dans le cadre d'une nouvelle enquête lancée contre lui, cette fois pour espionnage, tandis qu'un millier de personnes manifestaient devant le palais de justice pour lui apporter leur soutien, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Cette nouvelle enquête visant Ekrem Imamoglu, considéré comme le plus sérieux rival du président Recep Tayyip Erdogan, intervient alors qu'un tribunal d'Istanbul l'a relaxé vendredi dans une affaire portant sur des accusations de trucage d'un appel d'offres réalisé lorsqu'il était maire de Beylikdüzü, un district d'Istanbul, en 2015.

M. Imamoglu fait l'objet de nombreuses autres poursuites qui l'empêchent en l'état de pouvoir candidater à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2028, pour laquelle il a été investi par son parti, le CHP (social-démocrate), principale force d'opposition.

Le maire d'Istanbul a été amené en fin de matinée au palais de justice de Caglayan mais n'avait pas encore été entendu cinq heures plus tard, selon des informations de la presse locale.

Son directeur de campagne lors des élections municipales de 2019 et 2024, Necati Özkan, et le rédacteur en chef de la chaîne d'opposition Tele1, Merdan Yanardag, également visés par l'enquête pour espionnage lancée par le parquet général d'Istanbul étaient également cités à comparaître.

M. Yanardag a été arrêté vendredi et les autorités turques ont pris le contrôle de sa chaîne de télévision le même jour.

Le dirigeant du CHP Ozgul Ozel s'est adressé aux manifestants massés devant le palais de justice, qui scandaient des slogans et agitaient des drapeaux sous l'oeil de policiers anti-émeute.

"Ils l'ont qualifié de voleur, ça n'a pas marché. Ils l'ont accusé de corruption, ça n'a pas marché. Ils l'ont accusé de soutenir le terrorisme, ça n'a pas marché", a-t-il martelé en parlant de M. Imamoglu.

"Maintenant, comme dernier recours, ils ont essayé de dire qu'il était un espion. Honte à eux!" a tonné le dirigeant du CHP devant la foule.

"Honte à ceux qui empêchent de diffuser normalement une télévision (...) Nous n'abandonnerons pas Merdan Yanardag et le personnel de Tele1. Ils ne peuvent pas réduire au silence la presse libre", a-t-il ajouté.

"Ce n'est pas juste une enquête ordinaire. Ils ont ouvert cette enquête pour espionnage comme prétexte car ils ne pouvaient trouver rien d'autre", s'indignait dans la foule Ali Sacli, un partisan du CHP âgé de 50 ans. "Ils font cela pour nous intimider et nous avoir à l'usure", a-t-il dénoncé. (AFP, 26 oct 2025)

Forces armées/Armed Forces

La Turquie suspend les vols des C-130 après l'accident d'un avion militaire

La Turquie a suspendu les vols de ses avions C-130 jusqu'à nouvel ordre, après l'accident d'un de ces appareils dans lequel 20 militaires ont trouvé la mort, a annoncé jeudi le ministère de la Défense.

Le ministère a également indiqué que le dernier des 20 corps avait été retrouvé et que toutes les dépouilles seraient rapatriées dans la journée.

L'appareil en provenance d'Azerbaïdjan et à destination de la Turquie s'est écrasé mardi dans l'est de la Géorgie, tuant les 20 personnes à son bord.

Les deux enregistreurs de vol ont été retrouvés sur le site de l'impact et rapportés à Ankara, précise le ministère dans un communiqué, soulignant qu'il "est trop tôt pour se prononcer sur les causes de l'accident, qui seront élucidées après l'enquête en cours".

"L'avion transportait du personnel et des équipements de maintenance aéronautique. Il n'y avait pas de munitions à bord", insiste-t-il néanmoins.

Des vidéos amateurs montrent un appareil qui chute en tournoyant, comme déjà en partie désintégré, laissant un panache de fumée blanche dans son sillage, avant de s'écraser au loin en dégageant une épaisse colonne de fumée noire.

L'avion en cause avait été acheté à l'Arabie saoudite en janvier 2012, révisé et gardé en réserve: "Il a été modernisé et mis en service à partir de 2022 et, depuis cette date, a fait l'objet d'entretiens réguliers", affirme le ministère.

"Contrairement à ce qui a été affirmé, il ne s'agit pas d'un avion mis hors service par le pays d'origine", insiste-t-il.

"Les vols de nos avions ont été suspendus par précaution depuis le 12 novembre. Après des inspections techniques détaillées et des contrôles, les vols reprendront", indique-t-il.

Les militaires turcs rentraient d'Azerbaïdjan où ils avaient participé aux célébrations du Jour de la Victoire, marquant la prise de la ville de Choucha dans le Haut Karabakh, le 8 novembre 2020. (AFP, 13 nov 2025)

Vingt militaires turcs tués dans le crash d'un avion en Géorgie

Vingt militaires turcs sont morts dans le crash mardi d'un avion cargo militaire turc dans l'est de la Géorgie, a annoncé mercredi le ministère turc de la Défense.

Les autorités turques, qui ont publié les noms et portraits des vingt victimes, n'ont pas communiqué pour l'heure sur les possibles raisons du crash de l'appareil C-130.

Il n'y a aucun survivant, selon la Turquie, qui avait indiqué mardi que 20 militaires se trouvaient à bord de l'appareil.

L'avion avait décollé de Gandja, dans l'ouest de l'Azerbaïdjan, en direction de la Turquie. Il s'est écrasé peu après être entré dans l'espace aérien géorgien mardi après-midi.

L'épave de l'appareil avait été localisée en fin d'après-midi à quelques kilomètres de la frontière azerbaïdjanaise.

Des vidéos amateurs filmées par des témoins du crash montrent un appareil qui chute en tournoyant, laissant un panache de fumée blanche dans son sillage, avant de s'écraser au loin en dégageant une épaisse colonne de fumée noire.

Sur ces images, l'appareil apparaît déjà en partie désintégré lors de sa chute.

Le président Recep Tayyip Erdogan avait évoqué dès mardi après-midi des "martyrs", sans toutefois faire état d'un bilan.

Les autorités géorgiennes ont annoncé l'ouverture d'une enquête pour éclaircir les circonstances du crash.

Les C-130 Hercules sont des avions militaires de fabrication américaine développés par Lockheed Martin et produits depuis les années 1950. Ils sont encore très populaires à travers le monde. (AFP, 12 nov 2025)


La livraison d'Eurofighter à la Turquie renforcera l'Otan, juge Merz

La livraison de vingt avions de combat européens Eurofighter à la Turquie renforcera l'Otan, a jugé jeudi à Ankara le chancelier allemand Friedrich Merz, après l'accord signé lundi entre la Turquie et le Royaume-Uni.

"Nous sommes tous d'accord pour dire que ces avions serviront la sécurité collective de l'Alliance", a déclaré M. Merz au cours d'une conférence de presse avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

L'Allemagne, qui avait mis son veto à cette vente en raison du soutien de la Turquie au Hamas, l'avait levé en juillet.

M. Merz a également dit vouloir "ouvrir la voie" à une adhésion de la Turquie à l'Union européenne mais a souligné que ce pays ne répondait "pas encore aux normes de l'État de droit et de la démocratie telles que nous les concevons d'un point de vue européen".

Interrogé par les journalistes sur le sort du maire d'opposition d'Istanbul Ekrem Imamoglu, emprisonné depuis mars pour des accusations de corruption qu'il rejette, le chancelier a dit avoir "exprimé [sa] préoccupation (...) en ce qui concerne l'indépendance du pouvoir judiciaire" en Turquie.

Les deux dirigeants ont publiquement exprimé leur désaccord sur le conflit entre Israël et le Hamas, M. Merz affirmant que "la guerre aurait pris fin immédiatement" si ce groupe palestinien avait déposé les armes et libéré les otages emmenés dans la bande de Gaza.

Le chef du gouvernement allemand a toutefois salué le rôle joué par Ankara dans le cessez-le-feu en vigueur depuis le 10 octobre.

"Le Hamas ne possède pas de bombes. Le Hamas ne possède pas d'armes nucléaires. En revanche, Israël possède toutes ces armes et les a utilisées notamment la nuit dernière, en frappant Gaza", a répliqué le président turc.

"L'Allemagne ne le voit-elle pas ? L'Allemagne ne suit-elle pas cela ?", s'est interrogé M. Erdogan. (AFP, 30 oct 2025)

Affaires religieuses / Religious Affairs

En Turquie, le pape appelle à l'unité entre chrétiens de toutes confessions 

Le pape Léon XIV a appelé vendredi en Turquie à l'unité et la fraternité entre chrétiens de différentes confessions lors de la célébration des 1.700 ans du Concile oecuménique de Nicée, un évènement fondateur pour le christianisme.

Au deuxième jour de sa visite dans le pays à large majorité musulmane, le pape américain s'est rendu à Iznik, l'ancienne Nicée, au sud d'Istanbul, pour une grande prière sur les vestiges d'une basilique immergée du IVe siècle, en présence de dignitaires religieux, orthodoxes et protestants.

Côte à côte, sur les rives du lac d'Iznik, ces derniers ont récité le Credo de Nicée, un texte toujours utilisé par des millions de chrétiens de différentes confessions dans le monde, qui avait été rédigé lors du même Concile en l'an 325, ayant réuni 300 évêques de l'Empire romain.

Lors d'une cérémonie riche en symboles, Léon XIV a insisté sur "la recherche de la fraternité". "Nous sommes tous invités à surmonter le scandale des divisions qui malheureusement existent encore, et à nourrir le désir de l'unité", a-t-il lancé en anglais.

Divisés depuis le grand schisme de 1054 entre les Églises d'Orient et d'Occident, catholiques et orthodoxes maintiennent un dialogue et des célébrations communes (oecuméniques), malgré des divergences doctrinales.

La cérémonie, marquée par des prières en plusieurs langues, des chants polyphoniques et byzantins a capella, était présidée par le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, figure majeure du monde orthodoxe.

En présence de représentants de nombreuses Églises (copte, grecque, arménienne, syriaque, anglicane), ce dernier a invité à "suivre le chemin de l'unité chrétienne qui nous est tracé", malgré les "divisions" des siècles passés.

 - "Rejeter le fanatisme" -

 Dans une époque où "le monde est troublé et divisé par les conflits et les antagonismes", la venue de Léon XIV "est particulièrement importante et significative", avait déclaré plus tôt à l'AFP le patriarche de Constantinople, qui exerce une primauté honorifique et historique sur les autres patriarches du monde orthodoxe.

Les catholiques reconnaissent l'autorité universelle du pape comme chef de l'Église, tandis que les orthodoxes, plus fragmentés que jamais, sont organisés en Églises autocéphales.

En 2018, le puissant patriarcat de Moscou, dirigé par Kirill, soutien du président russe Vladimir Poutine, avait rompu avec le patriarcat de Constantinople après que celui-ci avait reconnu une Église indépendante en Ukraine.

Moscou, qui ne figure pas parmi les quatre patriarcats anciens invités à Iznik, redoute que le Vatican renforce le rôle de Constantinople comme interlocuteur privilégié et fragilise son influence.

Dans sa déclaration, le pape a également appelé à "rejeter avec force" l'"utilisation de la religion pour justifier la guerre et la violence, comme toute forme de fondamentalisme et de fanatisme", sans jamais citer ouvertement aucun responsable d'aucune religion.

Le patriarche Kirill a soutenu l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, qu'il a qualifiée de "guerre sainte".

 - Accueil chaleureux -

 Vendredi matin, Léon XIV a été accueilli avec ferveur par les chants et les applaudissements des quelques centaines de fidèles réunis à la cathédrale du Saint-Esprit d'Istanbul, dont beaucoup s'étaient levés à l'aube pour l'apercevoir.

Cette visite est "une bénédiction pour nous", a confié à l'AFP Ali Günüru, Stambouliote de 35 ans, l'un des quelque 100.000 chrétiens du pays de 86 millions d'habitants (0,1% environ).

"Le monde a besoin de paix, partout. Nous avons de graves problèmes, surtout dans notre région, dans notre pays: les étrangers, les réfugiés (...) Je crois que le pape aura le pouvoir de les aider et qu'il fera tout son possible. C'est mon plus grand souhait", a-t-il ajouté.

Visiblement ému par l'accueil, le pape de 70 ans a encouragé les prêtres, religieux et fidèles en assurant que la "logique de la petitesse est la véritable force de l'Église", dans un pays où les chrétiens luttent toujours contre un sentiment d'exclusion.

Arrivé jeudi en Turquie pour son premier voyage à l'étranger, le pape a été reçu par le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan à Ankara, où il a appelé la Turquie à jouer un rôle de "stabilisateur" dans un contexte mondial "fortement conflictuel".

Après Paul VI (1967), Jean-Paul II (1979), Benoît XVI (2006) et François (2014), Léon est le cinquième pape à se rendre en Turquie.

Samedi, le pape se rendra à la mosquée bleue, l'une des icônes d'Istanbul construite au 17e siècle, sur le site de l'ancien palais des empereurs byzantins, avant de présider une grande messe devant 4.000 fidèles.

De dimanche à mardi, il poursuivra son voyage avec une visite très attendue au Liban. (AFP, 28 nov 2025)

L'auteur de l'attentat contre Jean Paul II éloigné du pape Léon

L'auteur de l'attentat contre le pape Jean Paul II en 1981, Mehmet Ali Agca, a dû quitter la ville d'Iznik (nord-ouest) où est attendu vendredi le pape Léon XIV au deuxième jour de son voyage en Turquie, rapportent jeudi soir les médias turcs.

L'homme, citoyen turc, qui espérait rencontrer le souverain pontife "deux ou trois minutes", comme il l'a confié toute la journée aux médias locaux, a été escorté hors de la ville avant l'arrivée du souverain pontife.

Selon l'agence DHA, "Mehmet Ali Agça a expliqué qu'on lui avait demandé de partir", mais plusieurs sites d'informations ainsi que la chaîne de télévision privée Halk TV, proche de l'opposition, assurent qu'il a été escorté par la police jusqu'à Istanbul.

En mai 1981, Mehmet Ali Agça avait tiré à plusieurs reprises sur le pape Jean-Paul II place Saint-Pierre, au Vatican, le blessant grièvement.

Condamné à la prison à perpétuité en Italie il avait finalement achevé sa peine à Ankara, en Turquie et, après vingt-neuf ans d'emprisonnement, avait été libéré en janvier 2010.

En décembre 1983, il avait reçu la visite et le pardon de Jean Paul II en prison et s'était repenti, sans avoir jamais éclairci les mobiles de son acte.

Aux médias turcs qui lui ont tendu le micro jeudi à Iznik, il a expliqué vouloir "souhaiter la bienvenue au pape" Léon.

"J'espère que nous pourrons nous asseoir et discuter à Iznik, ou à Istanbul, pendant deux ou trois minutes", a-t-il ajouté.

Léon XIV, qui effectue son premier voyage pontifical, à l'étranger est attendu vendredi après-midi dans l'ancienne Nicée, petite ville à 200 km au sud-est d'Istanbul, pour célébrer les 1.700 ans du Concile du même nom, considéré comme un rendez-vous fondateur de la chrétienté. (AFP, 27 nov 2025)



Socio-économique / Socio-economic

Over 800,000 children in Turkey are out of education, report finds

The Education Reform Initiative (ERG), which has published annual Education Monitoring Reports since 2007 to track developments in the education sector, released its 2025 edition at an event held at the Sabancı Center in İstanbul.

The report evaluates Turkey’s education policies under six main categories: “Governance in Education,” “Access to Education,” “School,” “Educational Content,” “Teachers,” and “Multiple Crises and Education.” Each area is analyzed using current data and trends.

'Every data point is a chance for policy change'

Burcu Meltem Arık, ERG’s Education Observatory Coordinator, underlined that the 2025 report reiterates on every page that education is not only a fundamental right but also a child protection issue.

“A child who cannot access education or continue schooling is also a child not reached by the protection system,” Arık said. “From earthquakes and economic downturns to forced migration, the climate crisis, the global teacher shortage, and digital transformation, education is trying to survive amid multiple crises.”

“This report is not meant to paint a hopeless picture,” she added. “On the contrary, it shows what is possible, what can change, and what must change. Every data point is a chance for policy change, and every problem is a call to seek solutions.”

Following the opening remarks, key findings from the report were presented by its contributors, including Senior Policy Analysts Özgenur Korlu and Ekin Gamze Gencer, Policy Analyst Kayıhan Kesbiç, and Researcher Gülen Naz Terzi.

Over 192,000 refugee children out of school

According to the report, approximately 804,250 school-aged children were out of formal education during the 2024–25 academic year. Of these, 611,612 were Turkish citizens, while 192,638 were foreign nationals.

When factoring in additional categories, 273,557 children under 18 enrolled in open high schools and 392,887 students in vocational training centers (MESEMs) who spend most of their time in workplaces rather than schools, the total number of children outside the formal education system rises to 1,470,694.

The report notes that the rate of children aged 14–17 not in school has remained above 8% for the past two years. In the provinces of Muş, Ağrı, and Urfa, nearly one in three children in this age group is not enrolled in school.

One in four teenagers in the workforce

Addressing the economic impact on education, the report reveals that 39.5% of children in Turkey are at risk of poverty or social exclusion as of 2024. This is significantly higher than the EU average of 24.2%. Among children aged 15–17, 24.9%, or one in four, are participating in the labor force.

This trend, coupled with the fact that nearly one-third of all children live in material deprivation, suggests that socioeconomic conditions are a key factor pushing children out of the education system.

‘Non-formal education should not be an alternative to formal education’

The report stresses that schools within the formal education system are more effective in protecting children from harmful risks such as child labor and early, forced, or child marriages, compared to non-formal education programs. Therefore, it argues that under no circumstances should non-formal education be considered an alternative for children of compulsory school age.

In the 2024–25 academic year, 392,887 students under 18 spent four to five days a week at workplaces through the MESEM program. The report highlights that inadequate workplace safety inspections expose these students to serious risks including child labor, neglect, and abuse.

The number of students under 18 enrolled in open high schools decreased by 14.2% compared to the previous year. However, the number of students transitioning from formal schools to open education rose by 30.3%.

Decline in preschool enrollment

The report also provides data on school enrollment by level. It emphasizes that preschool is still not part of compulsory education in Turkey. Total preschool enrollment has declined noticeably over the past two years, dropping from 1,954,202 students in 2023–24 to 1,741,314 in 2024–25, a decrease of 10.9%.

The provinces with the lowest preschool enrollment rates for children aged 3–5 are Urfa (36.9%), Mardin (37.2%), Diyarbakır (38.6%), Şırnak (38.8%), and Maraş (39.8%).

In secondary education, the number of provinces where girls’ net enrollment rate remains below 80% has increased. These provinces include Urfa, Muş, Şırnak, Siirt, Ağrı, Bitlis, Mardin, Hakkari, Diyarbakır, Van, and Batman. According to the report, this indicates that a significant number of girls of high school age are either still in lower secondary school due to delayed schooling or are entirely out of education.

Why the protective role of schools matters

The report emphasizes that schools not only deliver education services but also serve as key connection points to protective resources for children. For the 2024–25 academic year, issues such as child poverty, juvenile delinquency, and substance abuse among children are identified as major policy concerns related to schools.

In 2024, Turkish security units recorded 202,785 children in contact with the justice system. The report suggests that this figure should also be understood in the context of weakened resilience networks, including schools.

Highlighting the impacts of material deprivation, the report states that one in ten children in Turkey cannot eat fresh fruits or vegetables daily, and one in four lacks regular protein intake. It calls for the introduction of free and nutritious school meals as a policy response.

Structured with data and analysis on educational developments over the past year, the report begins with a foreword by Seda Akço, focusing on the role of schools in building an effective child protection system. It concludes with an afterword by Başak Abdula, summarizing recent field research on bullying in schools. (BIA, 27 nov 2025)

"Ni oubli ni pardon" pour les violences contre les femmes

Environ deux mille personnes, en majorité des femmes et des membres de la communauté LGTBT, se sont retrouvées mardi soir à Istanbul pour dénoncer les féminicides dont la moitié environ ne sont pas élucidés en Turquie.

Privées de l'emblématique place Taksim, barricadée depuis la veille, les manifestantes ont été néanmoins autorisées par la police à se réunir dans le calme pour célébrer la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Elles ont même pu marcher quelques dizaines de mètres sur une portion de la populaire avenue Istiklal, sans violence ni essuyer de gaz lacrymogènes, en chantant "Ni oubli, ni pardon: nous n'avons pas d'autre vie!".

"Qu'est-il arrivé à Nadira, Hande, Dina..." ont-elles scandé, énumérant les prénoms des victimes:  "Chaque mort dissimulée ouvre la voie aux prochaines violences".

Selon les chiffres collectés par la plate-forme "We Will Stop Femicides", de janvier à octobre 2025, 235 femmes ont été tuées par un homme 247 autres sont mortes dans des "conditions suspectes" - elles étaient 452 au total sur les douze mois de 2024 selon la même source.

La Turquie s'est retirée en juillet 2021 de la Convention pour la prévention et la lutte des violences contre les femmes et les violences domestiques.

Cette Convention, dite d'Istanbul, engage les Etats signataires à enquêter et à poursuivre les auteurs de violences.

Depuis lors, le nombre de décès de femmes qualifiés de "mort suspecte" ou de "suicide" a bondi, dénoncent les organisations féministes.

Les années précédentes, la célébration de cette journée, comme celle du 8-Mars pour les droits des femmes, avait été régulièrement marquée par de nombreuses arrestations et des interventions policières musclées à l'encontre des manifestantes. (AFP, 25 nov 2025)

2020–2025: Men killed at least 1,923 women and injured 4,436

According to news compiled by bianet from local and national newspapers, news sites, and agencies, men killed at least 262 women in various provinces across Turkey during the 324-day period between Jan 1 and Nov 21, 2025.

In addition, according to data from bianet’s Male Violence Monitoring Reports, men killed at least 1,923 women between 2020 and 2025 (as of Nov 21, 2025), while the deaths of 1,624 women were reported in the press as “suspicious.” During the same period, men injured 4,436 women.

According to data from media reports between Jan 1 and Nov 21, men killed 262 women, harassed 182 women, abused 198 children, subjected 668 women to violence, and raped at least 10 women. Men also forced at least 1,000 women into sex work. Furthermore, the deaths of 408 women were reported in the press as “suspicious,” and men killed at least 58 children.

Who killed the women?

At least 172 women were killed by men such as their husbands or boyfriends, 55 women were killed by male family members such as fathers or sons, five women were killed by their sons-in-law, eight by neighbors, two by employers, and two by male burglars. In addition, five women were killed by male friends, and one woman was killed by a non-commissioned officer. The identities of the men who killed at least 12 women were not reported in the media.

How did men kill the women?

Men shot 178 women, stabbed 58, and beat 14 to death. Eight women were strangled. In addition, two women were beaten to death and one was thrown from a balcony. The method used to kill one woman was not reported in the press.

Where did men kill the women?

Men killed 174 women in domestic settings and 86 women outside the home. The location of the killings of two women was not reported in the media.

What “reasons” did men give for killing the women?

Men killed 109 women because they wanted to break up or refused to reconcile. The motives for the killings of 143 women were not reported in the media. Five women were killed during robberies, and five were killed out of jealousy.

Legal process

There were at least 299 male perpetrators who killed women. Only 199 of them were arrested. At least 52 perpetrators committed suicide. Thirty-four were detained. Twelve fled. The legal status of one perpetrator was not reported in the press, while another was released under judicial control.

No news has been heard from Gülistan Doku, a student at Munzur University, since Jan 5, 2020. (BIA, 24 nov 2025)

L'accord sur l'organisation de la COP31 par la Turquie suscite l'indignation dans le Pacifique

Plusieurs figures des îles du Pacifique ont dénoncé jeudi la décision de l'Australie de renoncer à co-organiser la COP l'année prochaine avec plusieurs de ces Etats insulaires touchés par le dérèglement climatique, au profit de la Turquie.

"Nous sommes tous mécontents. Et déçus que cela se termine de cette façon", a déclaré le ministre des Affaires étrangères de Papouasie-Nouvelle-Guinée Justin Tkatchenko à l'AFP.

L'Australie avait insisté pour accueillir la COP31 en 2026 aux côtés de ses voisins, menacés par la montée des eaux et les catastrophes liées au changement climatique.

Elle a finalement cédé et s'est dite prête lors d'une réunion à Belem, au Brésil, à ce que la Turquie accueille le sommet. Un accord était nécessaire car selon les règles des COP, un consensus est requis pour désigner les pays-hôtes.

"Les pays du Pacifique devraient sérieusement repenser leur relation avec l'Australie", a déclaré jeudi à l'AFP Bikenibeu Paeniu, ex-Premier ministre de l'archipel des Tuvalu, déjà en partie submergé par la montée des eaux.

Les experts craignent que les Tuvalu ne soient plus habitables d'ici la fin du siècle.

"Alors que les regards se tournent vers la Turquie, les habitants du Pacifique continuent de se battre tous les jours pour la sécurité de nos îles", a rappelé Suluafi Brianna Fruean, militante écologiste samoane.

Justin Tkatchenko a critiqué l'ensemble du processus. "Qu'est-ce que la COP a accompli au fil des ans ? Rien", a-t-il lâché.

"Ce n'est qu'un festival de discussions qui ne fait pas porter leurs responsabilités aux grands pollueurs", a ajouté le ministre.

Malgré son retrait, l'Australie réclame la présidence des négociations durant l'année 2026, un partage des tâches qui serait très inhabituel.

Les nations insulaires du Pacifique s'étaient presque toutes montrées enthousiastes à propos de l'organisation de la COP par l'Australie.

"Faire venir la COP dans le Pacifique permettrait au monde de voir la crise, mais aussi les solutions réelles, locales et adaptables que nos îles proposent", avait estimé plus tôt dans l'année le président de Palau, Surangel Whipps Jr. (AFP, 20 nov 2025)

L’Australie et la Turquie s’accordent pour l’organisation de la Cop 31

La Turquie et l’Australie ont finalisé, vendredi 21 novembre, leur partage des tâches pour l’organisation de la 31e conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP31) dans un an, pour laquelle les deux nations sont en compétition. Finalement, l’île Continent en présidera les négociations. Le sommet se déroulera, lui, a Antalya.

L’arrangement, qui a été validé par le groupe régional auquel l’Australie et la Turquie appartiennent et doit encore être entériné par l’ensemble des nations réunies à Belem pour la Cop 30, est hautement inhabituel mais met un terme à l’embarrassant bras de fer entre les deux gouvernements.

La Cop 31 prendra place, du 9 au 20 novembre 2026, en Turquie, à Antalya, station balnéaire de la côte méditerranéenne. L’Australie sera "présidente des négociations" et aura un vice-président, tandis que le titre formel de président de la Cop 31 reviendra à la Turquie.

"Mieux que rien"
L’île Continent organisera aussi la conférence pré-COP, traditionnellement plus technique que la Cop que Canberra voulait impliquer dès le départ afin de focaliser l’attention sur les États insulaires menacés par l’élévation de l’océan.

Mais la grande "Cop du Pacifique" initialement prévue n’aura donc pas lieu.

"Les pays du Pacifique devraient sérieusement repenser leur relation avec l’Australie", a déclaré jeudi à l’AFP Bikenibeu Paeniu, ex-Premier ministre de l’archipel des Tuvalu, déjà en partie submergé par la montée des eaux. Mais "pour nous, c’est bien mieux que de ne rien avoir du tout", tempère Ralph Regenvanu, ministre du Climat de Vanuatu, à Belem.

Ce sera la première Cop en Turquie. Le pays a ratifié son adhésion à l’accord de Paris sur le climat fin 2021. Les analystes jugent sévèrement ses engagements climatiques. Elle s’est engagée à la neutralité carbone d’ici 2053, trois ans après les pays européens, mais sa feuille de route actuelle est jugée "insuffisante de façon critique" par Climate Action Tracker.

Le pays ne prévoit pas de baisse des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035, seulement une croissance plus faible de ces émissions par rapport à la trajectoire actuelle.

Comment sont désignés les pays hôtes ?

Les conférences climatiques de l’ONU sont organisées à tour de rôle parmi cinq blocs régionaux qui doivent désigner par consensus en leur sein le pays hôte, ce qui a déjà occasionné des bras de fer, mais rarement aussi intenses que celui-ci.

Pour cette année, le Brésil avait été choisi au nom des États d’Amérique latine et des Caraïbes. La Cop avait déjà désigné l’Éthiopie pour l’Afrique en 2027. Mais les blocages persistaient pour 2026, au sein du groupe "Europe de l’ouest et aux autres États", qui comprend les pays européens, la Turquie, l’Australie, le Canada, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande.

L’Australie avait le soutien d’une grande majorité des pays du groupe mais la Turquie refusait de s’avouer vaincue. Selon les règles des Cop, le consensus était indispensable. Si aucun pays ne cédait, la Cop 31 aurait par défaut pris place en Allemagne, où se situe le siège de l’ONU Climat. (AFP, 21 nov 2025)

Une famille d'Allemagne intoxiquée par des produits chimiques

Quatre membres d'une famille turco-allemande décédés la semaine dernière à Istanbul ont probablement succombé à une intoxication due à des produits chimiques, selon le rapport d'autopsie cité mercredi par les médias turcs.

Une intoxication alimentaire avait été évoquée dans un premier temps comme la cause du décès des parents et de leurs deux enfants de trois et six ans, citoyens turcs habitants en Allemagne en vacances à Istanbul.

Ils étaient tombés malades le 12 novembre après avoir consommé des plats populaires dans des kiosques du quartier touristique d'Örtakoy, sur la rive européenne du Bosphore.

Le procureur d'Istanbul a ouvert une enquête soupçonnant un empoisonnement alimentaire après le décès des deux enfants jeudi, puis de la mère vendredi, suivi du père le lendemain.

Selon les prélèvements effectués sur la mère et les enfants, l'intoxication alimentaire semble "peu probable", rapporte le quotidien Cumhuriyet citant le rapport médico-légal.

"La cause principale de la mort serait consécutive à un empoisonnement chimique dans l'hôtel où ils séjournaient" ajoute-t-il.

Les médias turcs ont mentionné une pulvérisation effectuée dans une chambre de l'hôtel où ils résidaient pour lutter contre une invasion de punaises de lit.

Le produit aurait pu contaminer la chambre de la famille, située au-dessus, par une bouche d'aération de la salle de bain.

L'hôtel a été fermé et à ce stade 11 personnes ont été arrêtées. De nouvelles analyses sont en cours. (AFP, 19 nov 2025)

Près de 3.000 vaches bloquées au large de la Turquie

Près de 3.000 vaches en provenance d'Uruguay sont bloquées depuis trois semaines à bord d'un cargo au large de la Turquie faute de certificats sanitaires et commerciaux en règle, selon les autorités turques.

Le cargo Spiridon II, parti d'Uruguay le 19 septembre, est stationné au large du port de Bandirma (ouest de la Turquie) depuis le 21 octobre, a indiqué mercredi à l'AFP le service de communication du gouvernement turc.

Au moins 48 animaux, en mer depuis plus de 50 jours, sont déjà morts à bord, assurent plusieurs ONG et des médias turcs.

"Une demande d'importation a été déposée le 21 octobre auprès du poste de contrôle vétérinaire du port de Bandirma pour l'importation de 2.901 têtes de bétail en provenance d'Uruguay, pour le compte de 15 entreprises", explique le gouvernement dans un communiqué.

"Les inspections ont révélé que certains animaux ne portaient ni boucles auriculaires, ni puces d'identification électronique, et que 469 animaux n'étaient pas conformes aux listes fournies", détaille-t-il. "En raison de ces non-conformités, l'entrée du chargement sur le territoire national a été refusée et la mention +REJET+ ajoutée aux 15 certificats" défaillants.

La décision a été communiquée à la direction des douanes le 23 octobre.

Le bateau avait quitté l'Uruguay le 19 septembre. Depuis tout ce temps, les vaches, dont l'état se dégrade, sont restées à bord du cargo Spiridon II, déplorent plusieurs ONG qui relèvent l'état lamentable du bâtiment.

Selon la Fondation pour le bien-être animal (Animal Welfare Fondation, AWF), qui demande que les animaux soient débarqués, 48 d'entre eux étaient déjà morts la semaine dernière.

"Nous n'avons observé le débarquement d'aucun animal, vivant ou mort. Cela signifie que les près de 3.000 animaux sont toujours à bord - et ce, depuis 53 jours maintenant", écrit la fondation sur son site.

Selon AWF et l'ONG française Robin des Bois, cette cargaison était destinée aux marchés turc et du Moyen-Orient dont Israël.

Le bateau a pu accoster brièvement dimanche au port de Bandirma pour charger de la paille et de la nourriture, indique AWF.

Les médias turcs, dont le site HarberDenizde, ont fait état d'une odeur pestilentielle entourant le bâtiment.

Les exportateurs ont contesté la décision des autorités vétérinaires turques et engagé des poursuites judiciaires, affirme le gouvernement.

Selon Robin des Bois, le Spiridon II, un "ex-cargo polyvalent russe converti en 2011 en bétaillère maritime, est âgé de 52 ans et aurait dû être envoyé à la casse depuis une bonne vingtaine d'années".

L'ONG précise que le bateau bat pavillon du Togo et que son exploitant est basé au Honduras.

"Le Togo est sur la liste noire des pavillons établie par le Mémorandum d'entente de Paris sur le contrôle des navires par l'État du port", accord international visant à améliorer la sécurité et le contrôle maritimes, rappelle-t-elle. (AFP, 12 nov 2025)

Des arbitres de foot en prison, le scandale des paris s'élargit

Un tribunal d'Istanbul a ordonné lundi le placement en détention provisoire de six arbitres turcs soupçonnés d'être impliqués dans une vaste affaire de paris, au moment où la Fédération turque de football élargissait ses investigations à plus de 1.000 joueurs.

Un juge a également décidé de l'incarcération du président d'Eyüpspor, un club de première division turque, dans le cadre des mêmes investigations.

Onze arbitres gardés à vue depuis vendredi ont eux été remis en liberté sous contrôle judiciaire lundi par la justice turque, qui enquête notamment sur des soupçons de matches truqués.

Les six arbitres envoyés en détention officiaient en tant qu'arbitres assistants en troisième et quatrième divisions, selon le site de la Fédération turque de football (TFF).

En parallèle, la TFF a annoncé lundi soir la convocation devant son conseil de discipline de 1.024 footballeurs du pays accusés d'avoir parié sur des matches en dépit de l'interdiction qui leur en est faite.

Les championnats de troisième et quatrième divisions du pays, dans lesquels évoluent plus de 900 des joueurs incriminés, sont suspendus pendant deux semaines, a annoncé la TFF, qui prévoit de tenir une réunion extraordinaire mardi.

Vingt-sept des joueurs soupçonnés d'avoir placé des paris évoluent en première division, dont l'international turc Eren Elmali, défenseur de Galatasaray.

Le 27 octobre, une enquête de la Fédération turque de football sur 571 arbitres des ligues professionnelles de football turques avait révélé que 152 d'entre eux, dont 22 officient en première division, "pariaient activement" sur des matches.

La TFF a suspendu dans la foulée 149 arbitres pour des durées allant de huit à douze mois, promettant de "nettoyer" le football turc.

Dans un communiqué commun, ces arbitres ont affirmé qu'aucun d'entre eux n'avait jamais parié sur un match qu'il dirigeait. Certains assurent également que leurs paris remontent à une époque où ils étaient arbitres amateurs.

En 2011, un scandale de matches truqués sans précédent en Turquie avait déjà secoué les championnats de première et deuxième divisions, éclaboussant notamment le grand club stambouliote de Fenerbahçe. (AFP, 10 nov 2025)

Six morts dans un incendie dans un dépôt de parfumerie

Six personnes, dont deux mineurs, ont été tuées et sept personnes ont été blessées dans un incendie survenu samedi matin dans un dépôt de parfumerie à Dilovasi, dans le nord-ouest du pays, ont annoncé les autorités turques.

"Six de nos concitoyens ont perdu la vie dans un incendie qui s'est déclaré dans le district de Dilovasi vers 9 heures du matin (6 heures GMT)", a affirmé le gouverneur de la province de Kocaeli Ilhami Aktas, dont dépend la ville de Dilovasi, sur la chaîne publique turque TRT Haber.

"L'un des blessés est dans un état critique en raison de ses brûlures. L'incendie a été rapidement maîtrisé et éteint (...) Nos pompiers, en coordination avec le parquet, procèdent aux investigations nécessaires pour déterminer les causes de l'incendie", a précisé le gouverneur.

Deux étages d'un immeuble utilisé comme dépôt et usine de parfumerie ont été carbonisés par les flammes, selon les images diffusées par les médias turcs.

Deux jeunes filles âgées de 16 et de 17 ans sont parmi les victimes, ont annoncé les autorités turques, sans pour l'instant préciser si elles faisaient partie des ouvriers de l'établissement.

"Des mineurs figurent parmi les victimes, comme en témoignent leurs dates de naissance. Mais nous ne sommes pour l'instant pas capable de dire ce qu'ils faisaient à l'intérieur", a affirmé aux journalistes le maire de Kocaeli Tahir Buyukakin.

Trois personnes, dont le propriétaire de l'établissement et les chefs d'équipe, ont été interpellées dans le cadre de l'enquête, a affirmé le ministre de la Justice Yilmaz Tunç.

Sept employés de la Sécurité sociale et de la Direction du travail ont été suspendus de leurs fonctions "pour mener à bien l'enquête en cours" sur l'incendie, a de son côté annoncé le ministère du Travail.

"Il y a eu une explosion vers 9h. J'ai regardé par le balcon et j'ai vu que les vêtements d'un collègue était en feu. J'ai pris un tuyau d'arrosage, j'ai éteint ses vêtements. J'ai ensuite vu des flammes s'élever de l'usine. Il y avait des cris", a raconté un témoin sur la chaîne privée NTV.

Ville industrielle située à environ 70 km au sud-est d'Istanbul, Dilovasi accueille de nombreuses usines et dépôts. (AFP, 8 nov 2025)


Men killed 22 women in October in Turkey

According to data compiled by bianet from local and national newspapers, news websites, and agencies, men killed at least 22 women and three children in October.

Men subjected at least 79 women to violence in October, abused at least 14 girls and boys, and harassed 14 women. Men forced 150 women into sex work.

At least 35 women and 2 children died in October in suspicious cases where it could not be clearly determined that the deaths were caused by male violence.

Provinces of suspisious deaths of women

Adıyaman (1), Aksaray (1), Antep (1), Antalya (1), Aydın (3), Balıkesir (1), Bartın (1), Bursa (2), Çankırı (1), Denizli (2), Edirne (1), Hakkari (1), Isparta (1), İstanbul (1), Kayseri (1), Konya (1), Malatya (3), Maraş (1), Muğla (1), Nevşehir (2), Ordu (2), Sakarya (1), Samsun (1), Siirt (1), Tekirdağ (1), Uşak (1), Van (1).

Provinces of suspicious deaths of children

İzmir (1), Mardin (1). (BIA, 4 nov 2025)

Le Monde Du Football Aussi Pourri Que…

Ragip Duran, TVXS.GR, 2 novembre 2025

Quand Ibrahim  Haciosmanoglu (59), Président de la Fédération Turque de Football (TFF) a annoncé le 27 octobre dernier que “Sur les 571 arbitres des ligues professionnelles 371 ont des comptes sur les sites de jeux et de pari. Et 152 parmi eux sont des joueurs permanents”, le sujet est devenu le problème le plus débattu sur les médias et dans l’opinion publique.

Du Président Erdogan aux ministre de la Justice et celui des Sports, des Présidents des clubs de foot aux spécialistes, chroniqueurs et commentateur même l’homme de la rue ne parle que de ce scandale depuis mardi dernier.

Le Parquet d’Istanbul a fait savoir qu’il a ouvert une enquête suite aux déclarations de Haciosmanoglu.

Mehmet Demirkol, spécialiste du foot, estime “qu’il faut tout de suite mettre fin au championnat”. Les autres chroniqueurs demandent “qu’il faille revoir les titres de champion de ces 5 dernières années”. Rasim Ozan Kutahyali Youtubber très proche d’Erdogan, prétend que “des centaines d’arbitres seront inculpés”.

Le Président de la TFF, homme d’affaires proche d’Erdogan, ancien Président de Trabzonspor a également déclaré “qu’ils vont tous ensemble lutter jusqu’au bout” et que “les arbitres mises en cause seront expédiés à la PFDK (La Commission de Discipline du Football Professionnel).

Le sport le plus populaire, le plus médiatique en Turquie, il y a déjà plusieurs critiques de fond contre la gestion du monde de foot. La chaîne Qatarie Bein qui diffuse en exclusivité les matchs de la Super Ligue, “Les barons des jeux, des sites de pari”, le Palais Présidentiel, certains arbitres enfin une certaine “Structure” qui désigne les forces des ténèbres (!) sont accusés d’intervenir et d’influencer les résultats des matchs. Le fait que Galatasaray a gagné le championnat les trois dernières années de suite renforce également les théories de complot.

Les déclarations du Président de la TTF ne sont pas une grande surprise pour les connaisseurs. Car plusieurs journalistes et Présidents de clubs se plaignaient depuis au moins 5 ans “des manœuvres illégaux et illégitimes dans le monde du foot”.

Il serait très difficile, selon les spécialistes d’approfondir l’enquête et de dénoncer l’ensemble des personnes et des organisations qui sont responsables. Car il s’agit des milliards de livres turques qui sont en jeu et il y a beaucoup de complicité entre les différents acteurs du secteur.

M.Haciosmanoglu qui parle aujourd’hui d’enquêter et de sanctionner les arbitres abonnés des sites de pari, avait le 28 octobre 2015 enfermé à clef les arbitres dans les vestiaires à la suite du match entre Trabzonspor et Gaziantepspor (2-2). A l’époque, il était Président de Trabzonspor. Ceux qui s’opposent contre le Président actuel de la TFF, rappellent que M. Haciosmanoglu se comporte en général “comme un parrain de mafia” et qu’il possède seulement un diplôme d’école primaire.

La TFF a informé les instances responsables de l’UEFA et de la FİFA. Ces deux organisations peuvent à la rigueur imposer des sanctions contre les arbitres dont certains ont été choisis pour des matchs de l’UEFA et ceux de la FİFA. La TFF ou bien certains clubs peuvent être également pénalisés par ces organisations internationales selon le cours et les résultats de l’enquête de la TFF et celle du Parquet d’Istanbul.

“Rien d’anormale” estime Asena Ozkan, chef du service sport de Power FM, “En Turquie à cause du régime actuel presque tout est déjà pourri, rien ne fonctionne plus. Alors pourquoi donc le monde du football serait à l’abri de cette dégénérescence ?” conclut-il.

Prison à perpétuité en Turquie pour les responsables d'un incendie meurtrier

Onze personnes ont été condamnées à des peines de prison à perpétuité pour l'incendie d'un hôtel de montagne en Turquie, dans lequel avait péri en janvier 78 personnes dont une trentaine d'enfants, a annoncé vendredi le tribunal de Bolu (nord).

Parmi les condamnés figurent le propriétaire, le directeur et des membres du conseil d'administration de l'établissement, dont l'enquête a fait apparaître les très nombreux manquements aux normes de sécurité, selon les médias turcs présents au procès.

Un adjoint au maire de Bolu et le chef des pompiers de la ville ont également écopé d'une peine de prison à perpétuité. Le tribunal doit détailler les peines.

Trente-deux personnes, dont 20 en détention provisoire, ont comparu au total au cours du procès, où des proches des victimes avaient affiché les visages des leurs à l'extérieur d'un gymnase réquisitionné pour accueillir les débats.

L'enquête avait révélé que l'alarme incendie du Grand Kartal, hôtel haut de gamme de la station de ski de Kartalkaya, n'avait pas fonctionné la nuit du drame, et que certaines de ses installations de gaz n'étaient pas aux normes.

"Nous avions des inspections régulières", s'est défendu lors du procès Halit Ergül, le propriétaire du Grand Kartal, condamné à vie, qui a rejeté la faute sur le fournisseur de gaz.

"Je n'autorisais même pas les feux d'artifice devant l'hôtel lors des mariages pour empêcher que les oiseaux ne meurent", a-t-il lancé face aux juges, selon l'agence de presse privée DHA.

Les rescapés et proches des victimes ont défilé à la barre, souvent en larmes, livrant chacun leur récit de l'incendie parti d'un restaurant de l'hôtel peu avant 03H30 dans la nuit du 21 janvier.

"Je vais au cimetière tous les matins. Aucun psychologue ne peut apaiser une telle douleur", a confié mardi à la barre Hilmi Altin, qui a perdu son épouse et sa fille de neuf ans cette nuit-là, selon le récit de plusieurs médias.

Des familles entières avaient péri dans l'hôtel, dont la façade noircie avait fait la une de la presse mondiale. 137 personnes ont également été blessées.

Le très lourd bilan, et la présence d'une trentaine d'enfants parmi les 78 victimes, avait provoqué une vive émotion et une profonde colère, nourrie par les accusations de négligences. (AFP, 31 oct 2025)


Quatre membres d'une famille tués dans l'effondrement d'un immeuble

Quatre membres d'une même famille, les parents et deux enfants, ont trouvé la mort dans l'effondrement inopiné de leur immeuble dans le nord-ouest de la Turquie, a rapporté jeudi le ministère de l'Intérieur.

Seule la fille âgée de 18 ans a pu être extraite vivante des ruines de cet édifice de sept étages, à Gebze, en périphérie est d'Istanbul sur la rive nord de la mer de Marmara, qui s'est effondré mercredi matin aux alentours de 07H00 (04H00 GMT).

Pour la presse turque, qui précise que des travaux sur le métro étaient en cours dans le quartier, cet incident illustre une nouvelle fois les négligences des pouvoirs publics quant aux contrôles des bâtiments.

Les fouilles, qui se sont achevées jeudi à l'aube après la découverte des corps sans vie des parents, dix-neuf heures après l'accident, ont été retransmises en direct par les chaînes de télévision.

Les corps des deux enfants avaient été rapidement dégagés.

Douze bâtiments voisins ont été évacués par précaution.

"Au total, 913 personnes, dont 628 secouristes, ont travaillé sans relâche lors d'une course contre la montre", a déclaré jeudi matin le vice-ministre de l'Intérieur, Mehmet Aktas, annonçant la fin des recherches.

Les opérations de déblaiement se poursuivront après la fin de l'enquête menée par le parquet régional de Kocaeli, a-t-il ajouté, sans avancer d'explication à cet écroulement.

Pour le journal BirGün, proche de l'opposition, "ces événements mettent une fois de plus en lumière les lacunes en matière de sécurité et de contrôle des bâtiments".

Selon les médias turcs, des travaux étaient en cours dans le métro et les autorités avaient été averties, la veille, de fissures et de dégâts causés à l'immeuble et à une pharmacie située au rez-de-chaussée.

Le sujet est particulièrement sensible dans le pays, traversé par deux failles sismiques majeures.

Le dernier tremblement de terre d'ampleur, en février 2023, avait causé la mort d'au moins 53.500 personnes dans le sud-est, ensevelies dans les décombres de leurs habitations tombées parfois comme des châteaux de cartes. (AFP, 29 oct 2025)


Séisme de magnitude 6,1 dans l'ouest de la Turquie

Un séisme de magnitude 6,1 est survenu lundi dans la ville de Sindirgi, située dans la province de Balikesir (ouest de la Turquie), a annoncé l'Agence turque de gestion des catastrophes (AFAD).

Le séisme, enregistré à 22H48 (19H48 GMT) a été également ressenti dans de nombreuses villes de l'ouest du pays, dont Istanbul et Izmir, selon les autorités qui n'ont pas fait état de victimes.

"Trois bâtiments et un magasin évacués après le précédent séisme se sont effondrés. Il n'y a eu aucune victime", a précisé le ministre turc de l'Intérieur Ali Yerlikaya sur la chaîne privée turque CNN Türk.

Une personne avait été tuée et vingt-neuf personnes avaient été blessées lors d'un séisme de la même magnitude survenu en août à Sindirgi.

"Notre gendarmerie a terminé la première phase de recherches. Aucune zone effondrée n'a été constatée dans les villages. Il n'y a eu aucun impact négatif sur la vie des habitants", a ajouté le ministre.

La Turquie est traversée par plusieurs failles qui ont causé de nombreux drames par le passé.

Le sud-est du pays a subi un violent tremblement de terre en février 2023 qui a fait au moins 53.000 morts et dévasté Antakya, l'ancienne Antioche. (AFP, 27 oct 2025)


Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

La Suède rejette deux demandes d'extradition de la Turquie

La Suède a rejeté deux demandes d'extradition turques visant deux hommes pour leur implication présumée dans le mouvement guléniste, du nom du prédicateur accusé d'avoir fomenté une tentative de coup d'Etat en 2016, ont indiqué jeudi les autorités.

Ankara accuse ce mouvement d'être à l'origine de la tentative de coup d'Etat dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016 en Turquie.

Le président Recep Tayyip Erdogan a fait des extraditions une exigence clé avant d'accepter de ratifier l'adhésion de la Suède à l'Otan en 2024, accusant la Suède d'être un refuge pour des "terroristes".

"Le 13 novembre, le gouvernement a décidé de rejeter deux demandes d'extradition de la Turquie après que la Cour suprême a constaté des obstacles", a dit à l'AFP un responsable du ministère suédois de la Justice.

Il fait référence aux décisions de la Cour suprême concernant les citoyens turcs Muharrem Özad, 36 ans, et Abdullah Bozkurt, 54 ans, datant respectivement du 3 juillet et du 29 octobre.

La Turquie accuse M. Özad de faire partie d'une "organisation terroriste armée" - le mouvement guléniste, selon elle - à cause d'un compte en banque dans une banque liée à l'organisation, de liens avec des personnes liées à celle-ci et parce qu'il avait vécu et travaillé dans un logement étudiant appartenant à ce mouvement, selon la cour.

M. Bozkurt, un journaliste, est lui accusé d'avoir "dirigé une organisation terroriste armée", "diffusé de la propagande pour une organisation terroriste", "violé la confidentialité" et "révélé des informations relevant de la sécurité nationale et des intérêts politiques", a relevé l'institution dans sa décision.

Dans les deux cas, les hommes ne peuvent être extradés car les crimes dont la Turquie les accuse ne sont pas passibles d'une peine de prison de plus d'un an en Suède.

En Suède, le gouvernement a le dernier mot sur les extraditions mais ne peut l'accorder si la Cour suprême s'y oppose.

La Turquie a bloqué l'adhésion du pays scandinave à l'Otan pendant 17 mois.

Le bras de fer a pris fin lorsque Stockholm a accepté de sévir contre les groupes qualifiés de terroristes par Ankara (militants du PKK, gulénistes...), de lever l'embargo sur les armes imposé depuis l'incursion militaire turque en Syrie en 2019 et de s'engager à examiner rapidement les demandes d'extradition turques. (AFP, 20 nov 2025)

PES condemns move to seek more than 2,000 years of prison for Ekrem İmamoğlu

What you’d expect from a comedy sketch is now reality: prosecutors in Istanbul want cumulative prison terms of more than 2,000 years for CHP (Republican People’s Party) mayor of Istanbul, Ekrem İmamoğlu, on 142 counts of corruption. The PES condemns this and urges immediate scrutiny and action from the European institutions following this grave injustice.

This news builds on İmamoğlu’s 8-month unlawful pre-trial detention by President Recep Tayyip Erdoğan which has since seen a wave of arbitrary arrests of CHP representatives across Türkiye, sparking protests across the country, all of which has been noted in the European Commission’s report on Türkiye.

PES President Stefan Löfven said:

‘‘We are witnessing autocracy in action from Ankara. Ekrem İmamoğlu, a democratically elected mayor, is now facing a minimum sentence of 828 years in prison and a maximum of 2352 years on unfounded charges, simply for daring to challenge the sitting President, Recep Tayyip Erdoğan, in a democratic election. This is a full-scale attack on democracy. We stand by our member parties and democratic pluralism in Türkiye and will continue to support them.”

PES Secretary General Giacomo Filibeck said:

“If it weren’t so tragic, it would sound like a bad joke: facing up to 2352 years in prison for daring to challenge the President in an election. This stresses how far Erdoğan’s regime has moved away from any democratic norm. We stand in full solidarity with Ekrem İmamoğlu, his family and all those unjustly targeted. This politically motivated indictment cannot be ignored in the context of EU–Türkiye relations. We call upon the European Commission and the European External Action Service (EEAS) to take the necessary steps. Democracy in Türkiye deserves more than silence. The world is watching.”

The PES remains unwavering in its commitment to democracy and human rights in Türkiye. We will continue to stand with those who fight for political freedom and justice. (BIA, 13 nov 2025)

Paris préoccupé par le sort du maire d'Istanbul

La France a exprimé jeudi "sa profonde préoccupation" après la décision du parquet d'Istanbul de poursuivre le maire de la ville pour 142 infractions, déplorant une décision portant "atteinte à la démocratie et au pluralisme politique".

Ekrem Imamoglu, principal rival du président turc Recep Tayyip Erdogan et emprisonné depuis mars, est poursuivi officiellement pour 142 infractions, selon l'acte d'accusation publié mardi par le parquet de la ville et consulté par l'AFP.

"Cette décision nous inquiète car elle semble porter atteinte à la démocratie et au pluralisme politique", a souligné Pascal Confavreux, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, lors d'un point presse.

"Le respect des droits des élus locaux et des parlementaires de l'opposition, le droit à un procès équitable, la liberté de manifester et d'expression constituent des pierres angulaires de l'État de droit", a-t-il ajouté, rappelant que c'étaient des "engagements que la Turquie a pris comme État membre du Conseil de l'Europe".

Selon l'agence officielle turque Anadolu, M. Imamoglu, 54 ans, arrêté en mars pour "corruption" et considéré par la justice comme étant à la tête d'une organisation criminelle, risque jusqu'à 2.430 ans de prison.

Le maire de la plus grande ville turque, candidat du principal parti de l'opposition à la prochaine élection présidentielle, est notamment poursuivi pour fraude, blanchiment et trucage d'appels d'offres, selon l'acte d'accusation de plus de 3.700 pages.

M. Imamoglu, figure du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), première force d'opposition, nie toutes les charges pesant contre lui. (AFP, 13 nov 2025)

Un avion turc de lutte contre les incendies s'écrase en Croatie, le pilote tué

Un avion turc de lutte contre les feux de forêt s'est écrasé jeudi en Croatie, causant la mort du pilote, a indiqué le ministre turc des Forêts, deux jours après le crash d'un C-130 de l'armée turque qui a fait 20 morts en Géorgie.

L'accident est survenu alors que deux avions turcs de lutte contre les incendies se dirigeaient vers Zagreb par mauvais temps. L'un des appareils a pu se poser sur un aérodrome en Croatie mais l'autre s'est écrasé, a indiqué sur X le ministre, Ibrahim Yumakli.

"La carlingue de notre avion de lutte anti-incendie (...) a été trouvée près de la ville croate de Senj", a précisé le ministre, faisant référence à une ville située sur la côte ouest de la Croatie.

"Notre pilote a été tué dans cet accident tragique", a-t-il ajouté.

Il avait précédemment écrit sur X que deux appareils AT-802, des avions monomoteurs de fabrication américaine, avaient quitté la Turquie mercredi matin pour des opérations de maintenance à Zagreb, mais qu'en raison d'une mauvaise météo ils avaient dû passer la nuit sur l'aéroport de Rijeka, dans l'ouest de la Croatie.

Ils avaient redécollé pour Zagreb jeudi matin à 17H38 locales, mais avaient dû faire demi-tour en raison du mauvais temps, selon lui.

"L'un de nos appareils a atterri à l'aéroport de Rijeka, mais le contact radio avec l'autre a été perdu à 18H25", a-t-il expliqué.

Cet accident intervient quelques heures à peine après le rapatriement des corps de 20 militaires turcs tués mardi dans le crash en Géorgie de leur avion de transport de fabrication américaine C-130, qui revenait d'Azerbaïdjan, un pays du Caucase allié de la Turquie.

Une enquête est en cours sur les causes de ce crash, et tous les vols de C-130 de l'armée turque ont été suspendus. (AFP, 13 nov 2025)

La Turquie réaffirme son objectif de participer à un programme de défense de l'UE

Le chef de la diplomatie turque, en déplacement à Helsinki, a réaffirmé mercredi la volonté de son pays de rejoindre un dispositif européen de financement de la défense, mettant en avant le rôle crucial joué par la Turquie pour la sécurité de l'UE.

Lors d'une rencontre avec son homologue finlandaise, Hakan Fidan a réitéré le souhait de la Turquie de participer au programme européen de fonds communs d'armement (SAFE), doté de 150 milliards d'euros et destiné à faciliter les achats en commun d'armements par les États membres de l'Union européenne.

"La Turquie est un membre de l'Otan qui apporte une contribution essentielle à la sécurité de l'Europe. Dans ce cadre, il est d'une grande importance que la Turquie soit incluse dans les initiatives de défense et de sécurité de l'Union européenne, y compris le mécanisme SAFE", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

L'inclusion de la Turquie dans ce dispositif nécessite l'approbation des 27 pays membres de l'UE - une démarche que la Grèce a menacée de bloquer si Ankara continuait à remettre en question sa souveraineté en mer Égée.

"La Finlande soutient la possibilité pour la Turquie de participer en tant que partenaire à part entière à la coopération dans le domaine de l'industrie de défense, dont nous avons grandement besoin en ce moment", a souligné la ministre finlandaise des affaires étrangères Elina Valtonen.

Ankara espère obtenir l'aide de l'Allemagne pour accéder à ce programme européen malgré l'opposition de la Grèce, selon une source au ministère turc de la défense. (AFP, 5 nov 2025)

Erdogan signe avec Starmer un méga-contrat pour 20 Eurofighters

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a signé lundi un contrat pour 20 avions de combat Eurofighter Typhoon en recevant à Ankara le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au côté de M. Starmer, le président Erdogan s'est félicité de cet accord, qui représente selon lui "un nouveau symbole" des relations stratégiques entre Ankara et Londres.

Le ministère britannique de la Défense a lui souligné qu'il s'agissait du "plus gros contrat d'avions de combat depuis une génération", précisant que "les premières livraisons devraient intervenir en 2030.

Le dirigeant britannique a justifié ce contrat, estimé par Londres à huit milliards de livres (9,2 milliards d'euros), en soulignant lors d'une cérémonie de signature que la Turquie défendait "le flanc sud-est de l'Otan". Cette commande garantira selon Londres 20.000 emplois au Royaume-Uni.

"Cet accord va bien au-delà de l'acquisition d'avions. Il constitue l'élément clé du partenariat industriel et de défense croissant entre nos deux nations", a de son côté souligné le ministre britannique de la Défense John Healey, qui s'est rendu à Ankara avec le Premier ministre pour finaliser l'accord.

"La Turquie est un allié important de l'OTAN et le gardien de la mer Noire. En l'équipant d'avions de combat Typhoon haut de gamme, cet accord renforcera la dissuasion de l'OTAN et contribuera à notre sécurité à tous", a-t-il ajouté.

Le chef de l'Etat turc, désireux de moderniser la flotte aérienne de son pays, souhaite acquérir une quarantaine de ces appareils construits par un consortium de quatre pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, Italie et Espagne).

Son ministre de la Défense, Yasar Güler, a indiqué que la Turquie souhaitait en acquérir 12 auprès du Qatar et autant auprès d'Oman.

Dans le cadre de la visite du Premier ministre britannique, trois avions Eurofighter de la Royal Air Force sont arrivés en Turquie, a affirmé le ministère turc de la Défense.

À leur entrée dans l'espace aérien turc, les avions ont été accueillis par des F-16 turcs et escortés jusqu'à Ankara, selon le ministère.

A part ces trois avions qui se trouvent temporairement à Ankara, deux autres Eurofighters sont aussi arrivés en Turquie selon une source sécuritaire turque interrogée par l'AFP et s'exprimant sous couvert d'anonymat.

Les autorités turques n'ont pas immédiatement précisé si ces deux avions seront définitivement livrés à la Turquie ou si leur usage sera limité à la formation des pilotes turcs.

 - Eurofighters VS F-35 -

 Ankara, qui avait d'abord privilégié les F-35 américains, a orienté ces dernières années son intérêt vers les Eurofighters après avoir été exclu du programme américain pour avoir fait l'acquisition du système russe de défense antiaérienne S-400.

L'Allemagne, qui s'opposait initialement à la vente d'Eurofighters à la Turquie en raison du soutien inconditionnel d'Ankara au Hamas dans sa guerre face à Israël, a levé son veto en juillet.

Le chancelier allemand Friedrich Merz doit être reçu jeudi à Ankara par M. Erdogan.

La semaine dernière, le chef de l'Etat turc avait également discuté de l'acquisition d'Eurofighters d'occasion à Doha avec l'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani.

Le dirigeant qatari doit lui aussi se rendre mardi à Ankara pour aborder ce sujet, a indiqué la source sécuritaire turque interrogée par l'AFP.

Le Qatar avait en 2017 commandé 24 Eurofighters, et les deux derniers appareils devaient être livrés à Doha d'ici la fin de l'année, selon des experts. (AFP, 27 oct 2025)


Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO


Relations régionales / Regional Relations

Près de 3.000 bovins débarquent en Libye, après avoir été refusés en Turquie

Près de 3.000 bovins uruguayens, bloqués pendant un mois sur un navire au large des côtes turques, ont débarqué en Libye en bonne santé, a annoncé lundi le gouvernement uruguayen.

Les autorités turques avaient bloqué le débarquement, invoquant des incohérences dans les certificats sanitaires requis pour l'entrée du bétail sur leur territoire.

L'Uruguay a évoqué un désaccord entre l'exportateur et l'importateur et avait indiqué la semaine dernière que le navire avait entamé son voyage de retour, tout en précisant qu'il tenterait de réacheminer le bétail vers une autre destination.

Avec le débarquement des 2.901 animaux, cette situation qui était suivie par les autorités sanitaires, les organisations internationales et le public "est définitivement résolue", a souligné le ministère uruguayen de l'Élevage, de l'Agriculture et de la Pêche.

Le ministère a précisé que "les animaux ont débarqué en bonne santé".

La Fondation pour la protection des animaux avait mis en garde contre les risques sanitaires liés au blocage du bétail en mer.

Le cargo transportant les animaux était ancré au large du port de Bandirma (ouest de la Turquie) depuis le 21 octobre.

À cette date, "des inspections ont révélé que certains animaux n'étaient pas munis de boucles auriculaires ni de puces d'identification électronique, et que 469 d'entre eux ne correspondaient pas aux listes fournies", ce qui a conduit à l'interdiction d'entrée du bétail, a indiqué le gouvernement turc.

Lundi Montevideo a réaffirmé que "cette affaire ne soulève aucune préoccupation sanitaire concernant le bétail exporté" et qu'il s'agit d'un différend entre parties privées.

À ce jour, l'Uruguay a exporté plus de 269.000 têtes de bétail vers la Turquie en 2025, selon les données officielles.

L'Uruguay, qui compte 3,5 millions d'habitants et environ 12 millions de têtes de bétail, est un grand pays exportateur de produits agricoles. (AFP, 25 nov 2025)

La justice turque émet des mandats d'arrêt pour "génocide" contre Netanyahu

La justice turque a émis vendredi des mandats d'arrêt pour "génocide" contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et plusieurs responsables israéliens parmi lesquels le ministre de la Défense, Israël Katz, et le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

Le ministre des Affaires étrangères israélien Gideon Saar a rejetté "fermement, avec mépris" ces mandats, qu'il a qualifiés de "dernier coup de pub du tyran Erdogan", en référence au président turc Recep Tayyip Erdogan.

Un total de 37 suspects sont visés par des mandats d'arrêt, a précisé le parquet général d'Istanbul dans un communiqué, sans toutefois fournir de liste complète.

Parmi eux figurent également le chef d'état-major israélien, Eyal Zamir, indique le parquet d'Istanbul qui dénonce le "génocide et les crimes contre l'humanité perpétrés de manière systématique par l'Etat israélien à Gaza".

La justice turque cite également le cas de l'"Hôpital de l'amitié turco-palestinienne" de la bande de Gaza -- construit par la Turquie --, frappé en mars par l'armée israélienne qui affirme qu'il servait de base à des combattants du mouvement islamiste palestinien Hamas.

La Turquie, pays parmi les plus critiques de la guerre menée par Israël à Gaza
à la suite de l'attaque du mouvement islmaiste palestinien Hamas sur le sol israélien le 7 octobre 2023, s'était déjà jointe l'an passé à la procédure pour génocide contre Israël engagée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ).

Un plan de paix proposé par le président américain, Donald Trump, a permis l'entrée en vigueur le 10 octobre d'un cessez-le-feu fragile dans la bande de Gaza, après plus de deux ans de guerre dévastatrice.

- Force de stabilisation -

Dans un communiqué, le Hamas a salué la décision du parquet général stanbouliote, qu'il a qualifiée de "mesure louable [confirmant] les positions sincères du peuple turc et de ses dirigeants, qui sont attachés aux valeurs de justice, d'humanité et de fraternité qui les lient à notre peuple palestinien opprimé".

Au contraire, "dans la Turquie d'Erdogan, le système judiciaire est depuis longtemps devenu un outil pour réduire au silence les rivaux politiques et détenir des journalistes, des juges et des maires", a déclaré M. Saar, dans un message en anglais sur X mentionnant le cas du maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, rival du président turc emprisonné depuis mars et visé par de nombreuses poursuites judiciaires.

"Les mandats d'arrêt d'Erdogan contre de hauts responsables israéliens expliquent clairement pourquoi la Turquie ne doit pas être présente dans la bande de Gaza - directement ou indirectement", a déclaré pour sa part Avigdor Lieberman, ex-ministre des Affaires étrangères israélien et chef du parti nationaliste Israël Beiteinou (opposition), sur son compte X.

La Turquie souhaite participer à la force de stabilisation internationale appelée à jouer un rôle dans l'après-guerre à Gaza aux termes du plan présenté en septembre par le président américain Donald Trump.

Mais les efforts d'Ankara, qui multiplie les contacts diplomatiques avec les pays de la région et cherche à infléchir la position pro-israélienne des Etats-Unis, sont vus d'un mauvais oeil par Israël qui juge Ankara trop proche du Hamas.

Les dirigeants israéliens ont exprimé à plusieurs reprises leur refus de voir la Turquie participer à la force internationale de stabilisation à Gaza.

Accusé par une commission mandatée par l'ONU, plusieurs ONG et certains pays de commettre un génocide à Gaza, Israël rejette ces allégations comme "mensongères" et "antisémites". (AFP, 7 nov 2025)

Des séries télé à la diplomatie, la Turquie déploie son influence au Bangladesh

Déjà très courues au Moyen-Orient, en Amérique latine ou en Afrique, les séries télévisées turques ont fait une entrée remarquée dans le paysage audiovisuel du Bangladesh, dopées par l'offensive diplomatique d'Ankara dans le pays à majorité musulmane.

"Yasmine ! Yasmine ! Je suis tombée amoureuse, (...) tu ne devineras jamais de qui..." Derrière le micro, les yeux accrochés à l'écran, Rubaiya Matin Gity prête sa voix à l'une des héroïnes du dernier feuilleton produit à Istanbul en vogue, "Kara Sevda" (Un amour infini).

A la porte de ce studio de la capitale bangladaise Dacca, d'autres acteurs se pressent pour doubler les répliques des personnages. Des millions d'amateurs attendent le prochain épisode avec impatience...

"Nous avons toute une équipe de traducteurs, de scénaristes, de doubleurs et de monteurs", explique Ezaz Uddin Ahmed, 47 ans, qui dirige les programmes de la chaîne privée Deepto TV, la première à avoir diffusé des feuilletons stambouliotes au Bangladesh.

Un coup d'essai vite transformé en coup de maître.

Diffusé à partir de 2017, le "Siècle magnifique", épopée romancée de la vie de l'empereur ottoman Soliman le Magnifique, a fait un tabac dans le pays d'Asie du Sud.
 Sa popularité "a dépassé (celle de) tous les autres" programmes, se rappelle M. Ahmed. "On le repasse tous les vendredis et il reste l'un de nos programmes les plus regardés."

- Opportunité -

Depuis ce succès d'audience, les productions turques ont le vent en poupe et font même de la concurrence à celles des Indiens de Bollywood, qui régnaient sur les écrans bangladais en maîtresses absolues.

D'autant que le climat politique du moment leur est particulièrement favorable.

Les relations entre le Bangladesh et l'Inde se sont singulièrement rafraîchies depuis la chute à l'été 2024 de l'autoritaire ex-Première ministre Sheikh Hasina, exilée à New Delhi.

La Turquie en a profité pour pousser ses pions au Bangladesh, dont elle s'était éloignée en même temps qu'elle réservait son soutien au Pakistan depuis la séparation des deux pays en 1971.

"Les liens (entre Ankara et Dacca) se sont renforcés aujourd'hui", constate Md Anwarul Azim, professeur de relations internationales à l'université de Dacca.

Le commerce bilatéral reste modeste. Pendant l'année fiscale 2023-2024, le Bangladesh a exporté pour 581 millions de dollars de biens vers la Turquie et en a importé pour 424 millions, selon la Fédération bangladaise des chambres de commerce et d'industrie (FBCCI).

Le chef du gouvernement provisoire au pouvoir depuis 2024, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, a exprimé la volonté de se "rapprocher" de la Turquie islamo-conservatrice de Recep Tayyip Erdogan.

- Inspiration ottomane -

"Le Bangladesh est prêt à travailler main dans la main avec la Turquie pour explorer de nouvelles opportunités au bénéfice des deux populations", a-t-il dit en recevant ce mois-ci une délégation parlementaire d'Ankara.

L'une d'entre elles vise le secteur de la défense.

A la visite en juillet au Bangladesh du patron de l'Agence des industries de défense (SSB) turques, Haluk Gorgun, doit répondre en novembre celle du chef d'état-major de l'armée bangladaise, le général Waker-Uz-Zaman.

Elle vise, selon l'armée, à "collaborer avec la Turquie pour produire des équipements militaires modernes". Dacca s'est ainsi montrée intéressée par l'achat de drones turcs, très prisés notamment en Afrique.

Sur le plan culturel, ce rapprochement politique et le succès des séries turques ont aiguisé l'appétit des Bangladais pour la langue turque.

Avec d'autres institutions, l'institut des langues modernes de l'université de Dacca propose désormais des cours. "J'ai une vingtaine d'étudiants (...) et la demande ne cesse d'augmenter", note Sheikh Abdul Kader, qui l'enseigne à l'université Jagannath.

Dans les rues de Dacca, les restaurants turcs ont eux aussi le vent en poupe, tout comme la nostalgie de l'Empire ottoman.

Consommatrice avide de séries turques, Tahiya Islam, 33 ans, a créé une ligne de vêtements inspirés de cette époque et confie avoir appris à monter à cheval.

"Sous l'Empire ottoman, les couples sortaient à cheval", explique-t-elle. "Mon mari a fait de même et j'ai même maintenant ma propre monture." (AFP, 13 nov 2025)

Reprise des vols de Turquie vers Souleimaniyeh, en Irak, après une interdiction liée au PKK

 Les vols entre la Turquie et la ville de Souleimaniyeh, dans la région autonome du Kurdistan irakien, ont repris lundi après deux ans et demi d'interdiction par Ankara qui dénonçait une recrudescence des activités du PKK dans la province, a indiqué un responsable aéroportuaire.

"A 1h50 (22h50 GMT), le premier vol Turkish Airlines en provenance de Turquie a atterri à l'aéroport de Souleimaniyeh avec 105 passagers à bord (...) avant de repartir pour Istanbul avec 123 passagers à son bord", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'aéroport, Dana Mohammed.

La Turquie avait annoncé en avril 2023 une interdiction des vols à destination et en provenance de l'aéroport international de Souleimaniyeh, au motif que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme terroriste par Ankara, aurait infiltré l'aéroport et intensifié ses activités dans la province autonome du Kurdistan irakien.

La Turquie est le principal point de transit pour les vols à destination et en provenance de cette ville clé de la région autonome du Kurdistan irakien.

Les vols de lundi marquent "la fin de l'interdiction" sur l'aéroport, a déclaré M. Mohammed, ajoutant que "l'espace aérien turc a été rouvert à partir d'aujourd'hui" aux liaisons entre l'Europe et l'aéroport de Souleimaniyeh.

Turkish Airlines compte assurer quatre vols hebdomadaires vers la ville, tandis que la compagnie aérienne low-cost turque AJet commencerait à proposer des vols à partir de décembre, a-t-il précisé.

Quelques jours après l'annonce de l'interdiction par Ankara, l'Irak avait accusé la Turquie d'avoir mené des frappes près de l'aéroport lors d'une visite des forces américaines aux côtés de Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes.

La Turquie a affirmé à plusieurs reprises que les Unités de protection du peuple (YPG), principale composante des FDS, étaient liées au PKK.

Le PKK a officiellement renoncé à sa lutte armée contre la Turquie en mai dernier, mettant ainsi fin à quatre décennies de violence, et a commencé le mois dernier à retirer toutes ses forces du territoire turc vers le nord de l'Irak. (AFP, 3 nov 2025)


550.000 Syriens sont rentrés chez eux depuis la chute d'Assad

Un total de 550.000 Syriens réfugiés en Turquie sont rentrés dans leur pays depuis la chute en décembre 2024 du régime de Bachar al-Assad, a annoncé samedi le ministre turc de l'Intérieur, Ali Yerlikaya.

Près de 2,4 millions de Syriens demeurent réfugiés en Turquie, où leur nombre dépassait les 3,5 millions au plus fort de la guerre en Syrie, selon les autorités turques.

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a indiqué vendredi qu'un total de 1,16 million de Syriens ont regagné leur pays depuis le 8 décembre 2024.

Plus de 1,9 million de déplacés internes ont également pu regagner leur ville d'origine, a ajouté le HCR.

Selon le HCR, plus de sept millions de Syriens restent déplacés à l'intérieur du pays, et 4,5 millions environ toujours réfugiés à l'étranger.

La guerre civile qui a éclaté après la répression par l'ex-président Bachar al-Assad d'un soulèvement populaire en 2011, a entraîné l'exode de millions de syriens.

Le conflit a pris fin en décembre 2024 avec la prise du pouvoir par une coalition islamiste dirigée par Ahmad al-Chareh. (AFP, 1 nov 2025)


Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece

En Grèce, un citoyen belge menacé d'extradition vers la Turquie

La Cour de cassation grecque a enfin annulé l’extradition d’Isgender Göçmen. Détenu depuis le 7 mai dernier (soit depuis 6 mois et 20 jours), il va être libéré dans les prochaines heures et pourra rentrer en Belgique auprès de sa femme et de sa fille.
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Le citoyen belge Isgender Göçmen, d’origine turque, est emprisonné en Grèce depuis le 7 mai 2025 et menacé d’extradition. Contactées par « Le Soir », les autorités grecques semblent mal à l’aise dans ce dossier qui touche aux difficiles relations gréco-turques.

Le 14 novembre dernier, à la sortie de la Cour suprême grecque, à Athènes, Hayriye Göçmen affichait une mine triste et anxieuse. Son mari, Isgender Göçmen, emprisonné en Grèce depuis le 7 mai 2025, est menacé d’être extradé vers la Turquie, son pays natal. Pour justifier cette décision, les autorités grecques s’appuient sur l’inscription de l’homme sur la liste rouge d’Interpol. Elle est abusive aux yeux de son avocat et de ses proches. Mais pas de quoi faire plier le procureur grec. Dans son réquisitoire devant la Cour suprême, il a confirmé la demande d’extradition. Une réponse doit être apportée le 27 novembre. L’inquiétude grandit tant les autorités grecques semblent jouer un jeu trouble.

Tout commence le 3 mai quand Isgender et Hayriye Göçmen débarquent à Thessalonique pour célébrer leur anniversaire de mariage. Le 7 mai, Isgender est arrêté en pleine rue lors d’un « contrôle aléatoire ». En aparté, un membre de la police évoque les « réseaux sociaux » pour justifier l’arrestation.

Isgender Göçmen y est actif et a posté des photos de son voyage. Le doute s’installe quand il est emprisonné. Isgender Göçmen est né en Turquie le 10 février 1972. Originaire de Hozat, dans le Dersim, il est kurde, de la minorité religieuse alévie… Or, les Kurdes et les alévis sont des cibles privilégiées de Recep Tayep Erdogan depuis son arrivée au pouvoir en 2002 comme Premier ministre d’abord, puis comme président de la République à partir de 2014.

Les problèmes d’Isgender Göçmen ont commencé à la même époque. Devenu métallurgiste, il lui est reproché d’appartenir au DHKP-C, le « Front révolutionnaire de libération du peuple », une organisation d’extrême gauche, défendant l’idéologie marxiste-léniniste considérée par les autorités turques comme organisation terroriste. Au début des années 2010, il est condamné à trois peines de six ans de prison, dans trois dossiers différents. Les charges retenues contre lui sont : participation à des funérailles d’opposants politiques, fréquentation d’un centre culturel proche de l’opposition et collaboration à une organisation qui défend des prisonniers politiques.

 « Mon mari n’a jamais été dans une organisation terroriste », affirme Hayriye Göçmen. « Il essayait de défendre les droits du peuple kurde et ses propres droits », souligne son avocat, maître Christos Papasotiriou. Face à la persécution subie en Turquie, Göçmen décide de s’exiler en Belgique en 2012. Sa demande d’asile examinée, il sera reconnu réfugié en 2017. En 2021, il obtient la nationalité belge. Pour autant, le régime d’Ankara ne laisse pas le citoyen belge tranquille. Il émet une « notice rouge » auprès d’Interpol, c’est-à-dire une demande de « localiser une personne et de procéder à son arrestation provisoire dans l’attente de son extradition, de sa remise ou d’une mesure similaire conforme au droit », selon le site d’Interpol. Il est précisé que cette notice « n’est pas un mandat d’arrêt international » et que « les personnes concernées sont recherchées par le pays membre à l’origine de la notice ou par un tribunal international. Les pays membres appliquent leur propre droit pour décider d’arrêter ou non la personne. »

Une extradition qui interroge le respect du droit international

Les autorités grecques, qui refusent de répondre aux questions du Soir, semblent avoir fait leur choix : se plier à la demande de la Turquie en accédant à l’extradition d’un homme. Le ministère des Affaires étrangères belge indique « suivre ce dossier de très près ». Le porte-parole poursuit : « Dans ce genre de situation, nous faisons des démarches, via notre ambassade, auprès des autorités locales pour les informer que cette personne a bénéficié du statut de réfugié et encourrait donc un risque important si elle était renvoyée vers son état d’origine qu’elle a fui. Ceci serait en outre non conforme à la Convention de Genève. »

Le gouvernement dirigé par Kyriakos Mitsotakis (Nouvelle Démocratie, droite conservatrice) est-il prêt à bafouer le droit international pour envoyer des gages à la Turquie ? « Tous les rapports montrent que le régime d’Erdogan réprime tout ce que le pays compte d’opposition. Dans des cas comme celui-ci, il instrumentalise même les mécanismes d’Interpol pour favoriser l’extradition d’opposants », dénonce Alexis Deswaef, le président de la FIDH (Fédération internationale pour les droits humains).

D’ailleurs, saisi du dossier, Interpol a décidé de bloquer « l’accès aux données concernant Isgender Göçmen durant l’étude de son dossier », selon un courrier que Le Soir s’est procuré. L’institution suspend son signalement car les données le concernant ne seraient pas « conformes aux règles d’Interpol ». Alexis Deswaef conclut : « On ose espérer que la justice grecque refusera la demande d’extradition des autorités turques et que, dans la plus vieille démocratie du monde, le pouvoir judiciaire montrera son indépendance. » (Le Soir, Fabien Perrier, 27 nov 2025)

Erdogan défend les "deux Etats" en recevant le nouvel élu de Chypre Nord

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a défendu "la coexistence de deux Etats" pour Chypre en recevant jeudi le nouvel élu à la tête de la République autoproclamée de Chypre nord qui prône une réunification de l'île.

Tufan Erhürman, qui effectuait sa première visite à Ankara depuis son élection le 19 octobre à la tête de la République turque de Chypre nord (RTCN), reconnue par la seule Turquie, avait souhaité en campagne la relance des négociations en vue d'une réunification de l'ile sous un Etat fédéral.

"Pour nous la solution la plus réaliste à la question chypriote réside dans la coexistence de deux États sur l'île", a déclaré M. Erdogan lors d'une conférence de presse conjointe.

"Nous continuons de penser qu'une solution dans laquelle les deux peuples de l'île peuvent vivre côte à côte dans la paix, la prospérité et la sécurité est possible, et nous poursuivrons nos efforts sincères dans cette direction".

A ses côtés, M. Erhüman a défendu l'identité du "peuple chypriote turc, l'un des deux partenaires fondateurs égaux de Chypre" affirmant que "ce statut n'est pas sujet à discussion, négociation ou compromis".

"Le peuple chypriote turc détient des droits souverains sur l'ensemble de l'île de Chypre", a-t-il martelé, en assurant que "l'une de (ses) priorités sera de renforcer encore davantage les liens indéfectibles de fraternité entre la RTCN et la République de Turquie".

Avocat de profession, ancien Premier ministre de la RTCN, personnellement impliqué dans les négociations en vue de résoudre le différend chypriote, Tufan Erhürman avait tenu à rassurer Ankara le soir de son élection.

"Que personne ne s'inquiète", avait-il lancé.

Situé dans sa partie nord, la RTCN occupe moins d'un tiers de l'île méditerranéenne.

Reconnue que par la seule Turquie, elle a proclamé son indépendance le 15 novembre 1983, neuf ans après l'intervention militaire turque de 1974 justifiée par Ankara en réaction à la tentative de rattachement de Chypre à la Grèce par un groupe d'officiers putschistes.

Elle vit depuis sous la perfusion de la Turquie qui y a dépéché un nombre non défini de colons. (AFP, 13 nov 2025)

Erdogan battu, son Quisling chypriote renversé

Ragip Duran, TVXS.GR, 29 octobre 2025

M.Tufan Erhurman, Président du CTP (Parti Républicain Turc, social-démocrate) a été élu le 19 octobre dernier président de la République Turque de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par Ankara. Il a remporté 62.7% des votes contre le Président sortant M.Ersin Tatar, très proche d’Erdogan, resté à 35.8%.

Le nouveau Président, 55 ans, docteur en droit public de la Faculté de Droit d’Ankara, député depuis 2013 était le Premier ministre du RTCN entre 2018 et 2019. Il était également membre de la délégation qui poursuivait le dialogue avec les représentants de la République de Chypre, suspendu à cause essentiellement de l’attitude de la délégation Chypriote turque sous les stricts ordres d’Ankara. L’élection de M.Erhurman peut, selon les observateurs, encourager la reprise des pourparlers entre les responsables turcs de l’île et les dirigeants de la République de Chypre. 

Les résultats des élections sont analysés par les médias d’opposition chypriotes turcs et ceux de la Turquie comme ‘’une grande défaite’’ d’Erdogan. Car Ankara via son ambassade à Nicosie avait largement soutenu politiquement et financièrement la campagne électorale de M.Tatar, le candidat malheureux. Le Palais Présidentiel à Ankara a du obligatoirement féliciter le nouveau Président Erhurman, mais M.Devlet Bahceli, le principal allié d’Erdogan, fou de rage, a déclaré qu’il ne reconnaît pas les résultats des élections et voir qu’il faut annexer Chypre du nord dans les territoires de la Turquie : ‘’Après 81 (le code officiel du département turc) de Duzce, la RTCN doit être le 82e département de la République de Turquie. C’est désormais une question de vie ou de mort’’ a-t-il proclamé. Nouveau conflit entre Erdogan et Bahceli, après la carence d’entente sur la politique à mener concernant le problème kurde.

La RTCN créée à la suite de la conquête par l’armée turque en été 1974 est désormais ‘’une colonie turque, paradis des casinos illégaux, havre de paix pour les mafias du monde entier, centre de blanchiment d’argent’’ selon la députée Dogus Derya (CTP).

Il y a eu lors des deux années des assassinats inter-mafia en Chypre. L’économie, en grande partie soutenue par Ankara est en berne. Erdogan a fait construire un Palais Présidentiel luxueux pour M.Tatar, ce qui n’était pas très apprécié par les électeurs chypriotes. De plus, les républiques turcophones d’Asie Centrale ont récemment, avec l’encouragement de l'Union européenne, reconnue la République de Chypre comme seule représentante de l’île, comme d’ailleurs l’ensemble de la communauté internationale. Alors qu’Ankara désirait voir ces pays reconnaître diplomatiquement la RTCN. Ces facteurs ont provoqué la chute du régime pro-Erdogan dans la partie turque de Chypre.

La RTCN, ‘’bâtiment de guerre navale’’ turc en Méditerranée orientale avait également une importance stratégique pour Erdogan et les milieux nationalistes. La Turquie a déjà des bases militaires dans 15 pays (Afghanistan, Albanie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Iraq, Katar, Kosovo, RTCN, Liban, Libye, Mali, République Centre Africaine, Syrie, Somalie et Soudan.) Ces bases militaires, symboles du ‘’Fütuhat’’ (Conquêtes militaires et territoriales en Islam) sont les éléments du grand projet d’expansion islamo-turc.

Dogan Özgüden, journaliste en exil, doyen de la presse turque estime que la chute de M.Tatar, ‘’Quisling’’ duu nom du collaborateur norvégien des Nazis) du régime turc, n’est pas un simple changement de Président dans la partie sous l’occupation turque en Chypre.

Immigration / Migration


La famille turco-allemande victime d'une intoxication à la phosphine

Les quatre membres d'une famille turco-allemande décédés mi-novembre à Istanbul ont succombé à une intoxication à la phosphine, selon le rapport d'autopsie soumis mardi au procureur, selon des médias turcs.

"Aucune trace de poison n'a été trouvée dans le sang, l'estomac ou les aliments consommés par la famille, tandis qu'une forte présence de phosphine a été détectée", rapportent le site d'information T24 ainsi que la chaine de télévision privée Halk TV, citant le rapport de l'Institut de médecine légale.

"Des preuves solides ont été trouvées indiquant que la famille Böcek est décédée à cause du gaz phosphine", ajoutent-ils.

Le rapport semble confirmer qu'un traitement antiparasitaire effectué dans l'hôtel où séjournait les parents et les deux enfants pourrait être à l'origine des décès.

"Des preuves ont été trouvées que ce produit chimique a été utilisé par l'hôtel".

La phosphine, également connue comme l'hydrure de phosphore ou phosphure d'aluminium, est un insecticide hautement toxique pour l'homme et les mammifères; à l'état gazeux elle pénètre dans l'organisme par inhalation, se distribue essentiellement dans le foie, le système nerveux et le coeur, précise sur son site l'INRS, Institut français de Santé et de sécurité au travail.

L'INRS prévient que "l'exposition par inhalation à de fortes doses de phosphine provoque des atteintes neurologiques, respiratoires et cardiaques sévères pouvant aller jusqu'à la mort du sujet".

Les quatre membres de la famille Böcek sont décédés en quelques jours - les enfants de trois et six ans, puis la mère puis le père - après être tombés malades le 12 novembre.

Une intoxication alimentaire avait été évoquée dans un premier temps comme la cause du décès, après une visite dans le quartier touristique d'Ortakoy, où ils avaient consommé des plats populaires.

Le procureur d'Istanbul avait ouvert une enquête soupçonnant un empoisonnement alimentaire.

Mais cette piste avait été rapidement écartée, les médias turcs faisant état d'un "empoisonnement chimique dans l'hôtel où ils séjournaient", qui avait selon eux eu à lutter contre une invasion de punaises de lit.

Le produit aurait pu contaminer la chambre de la famille, située au-dessus, par une bouche d'aération de la salle de bain.

L'hôtel a été fermé et onze personnes ont été arrêtées. (AFP, 25 nov 2025)

Au CBAI, une plaque commémorative dédiée à notre ami Bruno Ducoli
 
Le Centre bruxellois d’action interculturelle (CBAI), à l’occasion d’une rencontre entre ses membres de l’Assemblée générale et ses travailleuses/travailleurs le 18 novembre, a dévoilé une plaque commémorative dédiée à Bruno Ducoli, son fondateur-président, qui s’est éteint en 2013.
 
Lors de la cérémonie, au nom de la direction du CBAI, la présidente Christine Schaut, le directeur Alexandre Ansay, et les membres de l’Assemblée général Bruno Vinikas, Christine Kulakowski et Doğan Özgüden, ont rappelé la ténacité et la combativité de Bruno Ducoli dans les actions interculturelles et la défense des droits socio-politiques des citoyens d’origine étrangère.
 
A cette occasion, Doğan Özgüden a présenté comme souvenir à ses amis une photo de Bruno Ducoli prise devant le stand des Ateliers du Soleil lors de la visite du Roi Baudouin au CBAI en 1984 et le témoignage suivant évoquant la lutte commune et la solidarité de Bruno Ducoli.
 
MÉMOIRES SUR LA LUTTE ET LA SOLIDARITÉ DE BRUNO DUCOLI
 
Exilés politiques depuis 1971, nous avons rencontré pour la première fois, en 1975, Bruno Ducoli avec Silvana Panciera et Roberto Pozzo, fondateurs du Centre d'Animation Sociale Italien (CASI) et de la chorale Bella Ciao.
 
Cette année-là, nous étions actifs au sein du Comité de liaison des centres de formation immigrée de l'agglomération de Bruxelles, créé par la Commission française de la Culture (CFC).
 
Dans ce comité chargé d'encourager la participation des migrants –de plus en plus nombreux– à la vie sociale et culturelle de Bruxelles, nous avons coopéré également avec Christine Kulakowski, Alain de Wasseige, Thérèse Mangot, Silvana Pavone et Jacqueline Sottiaux.
 
Un des plus importants projets concrétisés par ce comité a été la publication d’une série de brochures destinées aux habitants d’origine étrangère de Bruxelles. Ces brochures les informaient sur divers sujets et principalement sur leurs droits et devoirs de citoyens. Inci Tugsavul et moi étions chargés de la traduction et de la publication de la version turque de ces brochures rédigées en français. Hormis les questions relatives aux immigrés, les brochures les plus significatives ont été consacrées à la reconnaissance de droits politiques aux immigrés non naturalisés, à la défense des droits des femmes et à une participation plus active des immigrés au mouvement syndical.
 
A cette époque, nous étions également membres actifs du Comité de liaison des organisations des travailleurs immigrés (CLOTI) qui rassemblait toutes les associations progressistes d’immigrés en Belgique, du Conseil consultatif immigré dans les communes de Bruxelles et Etterbeek, du Conseil consultatif des travailleurs immigrés de la Communauté française, de la Plateforme des travailleurs immigrés de la Région flamande (VOCOM) et de l’information-Diffusion-Immigrés (IDI).
 
Nos associations progressistes étaient également mobilisées pour la reconnaissance des droits politiques aux citoyens d’origine étrangère autour de l’Objectif 82. Bien que cet objectif n’ait pas été atteint aux élections locales de 1982, une nouvelle mobilisation s’est lancée contre le racisme et pour cette reconnaissance.
 
Le 22 janvier 1982, nous étions ensemble avec tous nos amis à la grande manifestation contre le projet de loi Martens-Gol dans les rues de Bruxelles.
 
La même année, la création du Centre socio-culturel immigré de Bruxelles (CSCIB) sous la présidence de François Rigaux a été un tournant dans la vie associative immigrée et la désignation de Bruno Ducoli pour la direction de cette nouvelle institution marquait une victoire pour les citoyens d’origine étrangère dans la capitale européenne.
 
Toujours en 1982, nous avons inauguré les nouveaux locaux des Ateliers du Soleil à la rue Franklin entre les quartiers immigrés et les institutions européennes. Afin de faire connaître la culture populaire anatolienne, nous avons organisé la même année quatre représentations de théâtre d’ombres Karagöz. A la demande de Bruno Ducoli, une de ces représentations a eu lieu dans les locaux du CBAI situés à l’Avenue de Stalingrad. 
 
En 1984, à l'occasion de la visite du Roi Baudouin au CBAI, les Ateliers du Soleil étaient présents et cités comme une des organisations représentatives de l'immigration. Les années suivantes, nous avons organisé au CBAI plusieurs réunions et expositions.

 
En 2003, un tribunal d'Istanbul a lancé un mandat d'arrêt à mon encontre suite à un article que j’avais écrit pour une revue turque. L'article critiquait la répression exercée par l'Armée turque.
 
Je n’oublierai pas la solidarité dont le CBAI a fait preuve à mon égard le 11 avril 2003 suite à cette menace.  Il s’est adressé au ministre des affaires étrangères Louis Michel en ces termes: "Le Centre Bruxellois d'Action Interculturelle entend manifester son inquiétude et son mécontentement de voir l'un de ses membres-fondateurs, Dogan Özgüden, poursuivi par la justice turque en raison de ses articles. La direction et le conseil d'administration du CBAI entendent rappeler qu'Özgüden, qui est aussi rédacteur en chef de la revue Info-Türk, a largement contribué à ce qu'est aujourd'hui le CBAI, apportant un éclairage précis et compétent sur les réalités vécues par la communauté turque de Belgique, mais aussi, celles vécues en Turquie et jouant efficacement son rôle de passeur de cultures entre la société belge et la population turque vivant dans notre pays."
 
Le 10 avril 2003, une vaste campagne sous la devise "La paix, ça commence entre nous!" a été lancée dans les locaux des Ateliers du Soleil par le CBAI, la Ligue belge des Droits de l’Homme, le MRAX, Amnesty International et le CNAPD.
 
Quelques années plus tard, le 22 novembre 2008, en réaction à un de mes articles critiquant les pratiques racistes de l'Etat turc, certains médias turcs incités par l'ambassadeur de Turquie à Bruxelles ont lancé une campagne de lynchage à mon encontre. Comme tous mes amis en Belgique, Bruno Ducoli et Silvana Panciera qui se trouvaient en Italie suite à leur retraite, ont manifesté leur solidarité avec ce message commun:
 
"Très chers Inci et Dogan, C'est avec stupeur, indignation et rage que nous apprenons les menaces barbares dont fait l'objet en Belgique notre fraternel ami Dogan. La profonde estime que nous lui portons et les longues années de militance commune que nous avons passées à Bruxelles le situent à tout jamais parmi les personnes les plus significatives que nous avons fréquentées. Intimement solidaires en ce moment difficile, nous vous demandons de nous dire s'il y a des choses que nous pouvons faire pour lui et plus globalement pour vous. Sentez-nous plus proches que jamais en ce moment et recevez toute notre amitié et toute notre estime. Hasta la victoria final !!! Fraternellement.”
 
L’amitié et la solidarité de Bruno et Silvana restent toujours un de mes souvenirs inoubliables dans ma vie d’exil de plus d’un demi-siècle en Belgique et je reste toujours fidèle à leur appel: Hasta la victoria final!


Un belge emprisonné en Grèce sous la menace d’une extradition vers la Turquie

Depuis le 7 mai dernier, le citoyen belge travailleur métallo d’origine turco-kurde Isgender Göçmen, 52 ans, est incarcéré à la prison de Thessalonique sur la base d’une notice rouge d’Interpol émise abusivement à l’initiative du régime Erdogan.

Il a été arrêté dans la rue alors qu’il célébrait avec son épouse, Belge elle aussi, le 20e anniversaire de son mariage.

C’est suite à cette interpellation choquante qu’il apprend l’existence d’un mandat d’arrêt international émis à son encontre.

Le 18 juin, un tribunal grec a considéré qu’il n’y avait aucun obstacle légal à son extradition. Isgender Göçmen a pourtant trouvé refuge en Belgique en 2012 après avoir subi plusieurs années de persécutions et, en 2017, il a été reconnu réfugié, précisément à cause de la répression qu’il a subie en Turquie.

Il a finalement obtenu la nationalité belge, caressant l’espoir de commencer une nouvelle vie, avec son épouse et leur fille qui a 18 ans aujourd’hui, loin de la violence du régime d’Ankara. 

Après plus de 6 mois de temps perdu et de cauchemar pour la famille Göçmen, ce vendredi, on attendait que la Cour suprême grecque va mettre un terme à la machine infernale de l’extradition, du signalement abusif et politiquement motivé qui pend au-dessus de la tête d’Isgender Göçmen telle une épée de Damoclès.

Toutefois, la Cour suprême grecque a reporté aujourd'hui l'audience au 27 novembre.

Le ministère belge des Affaires étrangères a en effet pris contact avec le ministère grec de la Justice pour faire savoir sa préoccupation en cas d’extradition d’Isgender Göçmen vers la Turquie.

La diplomatie belge envisage même de réclamer le rapatriement en Belgique de son citoyen.

Monténégro : rétablissement des visas pour les Turcs, après des incidents

Le Monténégro a provisoirement mis fin lundi au régime d'exemption de visa avec la Turquie à la suite de violents incidents dans la capitale Podgorica qui ont entraîné l'arrestation de dizaines de Turcs et d'Azerbaïdjanais.

La police a dit avoir arrêté un Turc et un Azerbaïdjanais en liaison avec un affrontement au cours duquel un homme a été poignardé samedi soir.

Plus de quarante ressortissants de Turquie et d'Azerbaïdjan ont été interpellés dans le cadre de l'enquête. Huit ont été expulsés et sept se sont vu infliger une amende.

Selon les médias, la police a également dû empêcher une vaste foule scandant des slogans antiturcs de s'approcher du bâtiment où les personnes interpellées étaient détenues dans la banlieue de Podgorica.

Deux véhicules et un local commercial appartenant à un Turc ont subi des dégâts au cours des violences, a affirmé le bureau du procureur.

Le parquet a en outre annoncé qu'il enquêtait sur des crimes présumés inspirés par la haine pour des considérations ethniques et racistes en lien avec les incidents.

A la suite des violences, le Premier ministre Milojko Spajic a annoncé que le Monténégro suspendrait son régime d'entrée sans visa avec la Turquie, en vigueur depuis 2008.

Cette mesure tiendra compte "des intérêts et du statut des quelque 14.000 ressortissants turcs actuellement au Monténégro".

Le président Jakov Milatovic a condamné les violences ainsi que les messages antiturcs et a appelé au calme.

"Il ne doit y avoir aucune place pour (...) la stigmatisation de tout un peuple", a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Selon des données officielles de février, le Monténégro reçoit chaque année 230.000 visiteurs russes, 320.000 Turcs et 15.000 personnes en provenance d'Azerbaïdjan. (AFP, 27 oct 2025)

Grèce: quatre morts dans un nouveau naufrage de migrants

Quatre migrants ont été retrouvés morts au large de l'île grecque de Lesbos lundi après le naufrage de leur embarcation, a-t-on appris auprès des garde-côtes, ce qui porte à dix le nombre de décès similaires dans cette zone de la mer Egée depuis octobre.

"Quatre hommes ont été repêchés sans vie au large de Lesbos tandis que sept ont été secourus par les patrouilleurs", a indiqué à l'AFP une responsable du bureau de presse des garde-côtes grecs.

Sur la côte proche du naufrage, les garde-côtes ont également retrouvé 24 autres naufragés, tous des hommes, qui avaient réussi à débarquer de l'embarcation, selon la même source.

Selon les premières informations, la majorité des rescapés sont des ressortissants du Soudan.

Des vents puissants de 60km/h soufflaient dans cette zone proche des côtes turques, selon la responsable.

"Les recherches des garde-côtes continuent dans la zone pour retrouver éventuellement d'autres personnes", a-t-elle ajouté, soulignant qu'il n'y avait pas pour l'instant d'information sur le nombre total de migrants à bord de l'embarcation naufragée.

Proche des côtes occidentales de la Turquie voisine, Lesbos constitue, comme d'autres îles grecques telles que Chios, Kos, Leros ou Samos, l'une des principales portes d'entrée des migrants en quête d'asile dans l'Union européenne.

Ces traversées périlleuses sont souvent fatales des deux côtés de la frontière maritime de la mer Egée qui sépare la Grèce et la Turquie dans l'est du bassin méditerranéen.

Le naufrage de lundi à Lesbos est le troisième dans les eaux grecques depuis le début du mois d'octobre: il y a dix jours, deux femmes avaient été retrouvées mortes sur une côte rocheuse de Chios où leur embarcation transportant 29 migrants au total s'était échouée.

Le 7 octobre, quatre migrants avaient été retrouvés morts au large de Lesbos.

Vendredi, 17 personnes avaient péri noyées après le naufrage de leur embarcation au large de Bodrum, ville dans le sud-ouest de la Turquie à 5 km de l'île grecque de Kos.

Au total, près de 1.400 migrants ont disparu ou sont morts en Méditerranée en 2025, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). (AFP, 27 oct 2025)




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