53 rue de Pavie - 1000 Bruxelles
Tél: (32-2) 215 35 76 - Fax: (32-2) 215 58 60
E-mail: editor@info-turk.be
Chief Editor /Rédacteur en chef: Dogan Özgüden - Responsible editor/Editrice responsable: Inci Tugsavul
27e Année - N°292
Décembre/December 2002
La Turquie doit absolument
se débarrasser du diktat de l'Armée
(Turkey must absolutely get rid of theArmy's diktat)Le PE appelle la Turquie à séparer les "compétences civiles et militaires"
*
L'ingérence de l¹armée turque freine la démocratisation du pays
Dogan Özgüden
La république des pachas: Ce pouvoir si pesant des militaires turcs
Eric Rouleau
The Turkish Army's business empire: OYAK
The Turkish Daily News
Manifestation à Istanbul contre une guerre en Irak
Les Etats-Unis demandent soldats, bases et ports à la Turquie
Washington compte sur Ankara pour le front nord contre Bagdad
Le tapis rouge pour Erdogan en échange du soutien à l'opérationcontre l'Irak
L'Armée turque et les islamistes déjà impliqués dans la croisade de Bush!
Irak: L'armée turque reconnaît se préparer à un possible conflit
Manoeuvres aéronavales conjointes entre Israël, les USA et la Turquie
Nord de l'Irak: Talabani pas opposé aux troupes turques en cas de guerre
La Turquie dit "oui" pour des bases, refuse l'arrivée de soldats américains
Turcs et Américains "au moins 5 ans" dans le nord irakien en cas de guerre
La Turquie étend le mandat de la force de surveillance aérienne du nord irakien
Les dirigeants turcs lient leur décision sur une guerre à l'avis de l'Onu
Washington satisfait de la coopération d'Ankara sur l'Irak
Signes d'activité militaire turque à la frontière irakienne
Plus de 2.000 manifestants à Istanbul contre une guerre en Irak
"Nous ne sommes pas un émirat", affirme le Premier ministre turc
Il faut donner une chance à la diplomatie en Irak, selon la Turquie
*
Politique intérieure/Interior Policy
L'analyse du résultat des élections législatives du 3 novembre 2002
Dogan Özgüden
YSK cancels elections in Southeastern city of Siirt
Le gouvernement présente un projet de réformes au Parlement
Le parlement adopte des réformes permettant à Erdogan de devenir PM
Premier bras de fer entre le président et le gouvernement en Turquie
Le parlement confirme sa détermination de voir Erdogan Premier ministre
Le chef de l'Etat ouvre la voie à M. Erdogan pour devenir Premier ministre
Plus de 25 mille citoyens sont toujours privés des droits politiques
Meurtre douteux d'un spécialiste de l'islamisme
Arrestation d'un ancien député turc accusé de fraude
L'ancienne Premier ministre Ciller s'en va, Mehmet Agar chef du parti
Le Terrorisme de l'Etat/State Terrorism
La 6ème victime du régime carcéral lors du pouvoir islamiste; Le bilan: 103 morts
Des policiers turcs condamnés pour torture échappent à la prison
Fondations allemandes en Turquie: mise en garde du président du Bundestag
ONG allemandes accusées d'"espionnage": les accusés plaident non coupable
Fondations allemandes en Turquie: le président du Bundestag hausse le ton
Procès des fondations allemandes en Turquie: Berlin met Ankara en garde
Procès des fondations allemandes: M. Yakis rejette une ingérence allemande
IHD calls measures to prevent violence against women
State terrorism in briefPression sur les médias/Pressure on the Media
Pablo Neruda tried before of a Turkish state security court
Le procès intenté à RSFpar la Turquie pour atteinte au droit à l'image est reporté
Publishers still under State pressure in Turkey
Violence et sexe, deux recettes à audience parfois coûteuses à la télé turque
Pressure on the media in briefKurdish Question/Question kurde
HADEP denounces steps to cut back reforms
La Turquie condamnée pour violation du droit à la liberté et à la sûreté
Dissolution du DEP pro-kurde en 1994: Ankara à nouveau condamné
Leyla Zana invitée à Strasbourg pour la remise du prix Sakharov
Disappointment at absence of Leyla Zana in Strasbourg
Les Pays-Bas n'extraderont pas une responsable du PKK vers la Turquie
La réforme d'émissions en langue kurde qualifiée de "farce"
Kurdish Question in briefAffaires religieuses/Religious Affairs
Le port du foulard redevient d'actualité en Turquie
Pétition des Arméniens de France contre l'adhésion de la Turquie à l'UE
Les Turcs doivent reconnaître le génocide arménien, selon Renaud Muselier
L'église "la plus malchanceuse au monde" sortie de l'oubli en Turquie
Prise de fonction du nouveau grand rabbin de Turquie à IstanbulSocio-économique/Socio-economic
Greenpeace presse l'Italie de rapatrier des déchets dangereux de Turquie
Déficit commercial en hausse de 33,3% sur 10 mois à 11,424 milliards de dollars
Minimum monthly net wage fixed at $ 136 in Turkey
Le gazoduc sous-marin le plus profond du monde a commencé à fonctionner
Feu vert financier pour un tunnel sous le Bosphore
La Turquie compterait plus de 90 millions d'habitants en 2023Relations avec l'Ouest/Relations with the West
European Parliament debated EU strategy towards Turkey
Les conservateurs restent opposés à une entrée de la Turquie dans l'UE
Près de 60% des Français opposés à l'entrée de la Turquie dans l'Europe
Giscard: "La Turquie n'est pas un pays européen"
La Turquie n'adhérera pas à l'UE "avant 2013", selon Verheugen
La Turquie face aux "critères de Copenhague"
Erdogan accuse l'EU de mener une "politique de deux poids, deux mesures"
Turquie et Union européenne: les principaux arguments du débat
Le Parlement turc adopte un nouveau projet de réformes pro-européennes
Le parlement turc reporte un vote sur l'adoption de nouvelles réformes
Bush très insistant pour un geste en faveur de la Turquie
Erdogan souhaite une adhésion à l'ALENA en cas d'un refus de l'UE!
Ankara hausse le ton à la veille de Copenhague
Une chambre de commerce turque envisage un boycottage de produits de l'UE
Réformes: le Conseil de l'Europe attend la Turquie sur le terrain
Les 15 ont manifesté leur irritation après les pressions turques et américaines
Tension entre Paris et Ankara après la décision de l'UE sur la Turquie
La presse turque "déçue" du revers infligé à la Turquie par l'UE
Le gouvernement turc veut accélérer la mise en oeuvre de réformes
La présidence turque "pas surprise" et "pas contente" de Copenhague
L'Islande contre l'entrée de la Turquie dans l'Espace économique européen
Pour les Européens, la Turquie a encore beaucoup à faire
Des "conseillers pré-adhésion" attendus en 2003 dans les ministères turcs
Jacques Delors met en garde contre un rejet de la candidature turqueRelations avec Chypre et la Grèce/Relations with Cyprus and Greece
Après Copenhague, les Chypriotes turcs sont en colère la domination d'Ankara
La Turquie dénonce la décision de l'UE d'inviter Chypre
Turkish Cypriot rally calls for end to division
Denktash menace de démissionner si Ankara lui force la mainRelations régionales/Regional Relations
Poutine et Erdogan pour le renforcement de la lutte antiterroriste
Condamnation des commandos pro-tchéchène preneurs d'otages
Dix ans de prison pour un Arménien, accusé d'espionnage au profit de la Turquie
La Turquie accepte une prolongation de son mandat à la tête de l'IsafLes Turcs d'Allemagne déchirés entre Orient et Occident
Libération d'une dirigeante du PKK aux Pays-Bas
Des immigrés kurdes à leur 16e jour de grève de la faim
Earlier bulletins / Bulletins précédents
La Turquie doit absolument se débarrasser du diktat de l'ArméeL'Union européenne a décidé le 13 décembre à Copenhague un élargissement historique à dix nouveaux pays, dont Chypre, qui va pousser ses frontières jusqu'à la Russie et l'Ukraine, treize ans après la chute du système soviétique en Europe. "Aujourd'hui, nous avons clos un des chapitres les plus sanglants et les plus sombres de l'histoire européenne", a déclaré le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, président en exercice de l'UE, saluant "un jour historique pour les peuples d'Europe et du monde".
L'Union européenne n'a pas voulu discuter plus avant avec la Turquie, qui faisait pression pour obtenir une date très rapide d'ouverture de ses négociations d'adhésion. Les Quinze ont décidé de ne se prononcer qu'en décembre 2004 à ce sujet, en fonction de l'avancement du processus démocratique.
L'UE accepte une Chypre divisée, en dépit des efforts des Nations unies pour mettre fin à une partition de 28 ans, la partie chypriote-turque se refusant à signer les accords proposés par l'Onu.
Encouragés dans tous les azimuts par George W. Bush en échange de d'obtenir la complicité de la Turquie dans sa croisade anti-irakienne, les dirigeants du pouvoir AKP, de mouvance islamiste, avaient haussé le ton à la veille du sommet de Copenhague évoquant d'éventuelles mesures de représailles contre l'Europe.
Ainsi, par leurs décisions relatives à l'adhésion de Chypre et de la Turquie, les dirigeants européens ont infligé un revers cinglant aux dirigeants d'Ankara.
A la veille du sommet de Copenhague, le Parlement turc, qui devait adopter une série de nouvelles réformes démocratiques, notamment en matière de défense des droits de l'Homme et de lutte contre la torture, a brusquement ajourné ses débats en signe de pression sur l'Union européenne.
La presse turque parlait d'un plan "B" du gouvernement turc selon lequel, en cas d'un échec à Copenhague, la Turquie annexerait la partie nord de Chypre.
Selon plusieurs journaux, le gouvernement turc envisagerait également d'exclure les firmes françaises et allemandes d'appels d'offres en Turquie, notamment en matière d'armement, s'il n'obtient pas satisfaction à Copenhague.
La chambre de commerce d'Ankara avait appelé pour sa part au boycottage de produits européens au cas où l'UE s'abstiendrait de fixer à Copenhague une date ferme pour l'amorce des négociations d'adhésion.
Et le chef du parti au pouvoir en Turquie, Recep Tayyip Erdogan, était allé jusqu'à déclarer, lors de sa visite aux Etats-Unis, qu'Ankara chercherait à rejoindre l'ALENA (la zone de libre échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) si son entrée à l'UE était compromise.
Par ailleurs, Ankara avait clairement fait entendre qu'on ne pouvait attendre de progrès sur la question de la réunification de Chypre ou de la politique européenne de sécurité et défense si l'UE ne répondait pas à ses attentes.
En refusant les chantages d'Ankara, les dirigeants européens ont pris le risque de mécontenter à la fois Ankara et Washington mais ils ont aussi clairement signifié leur volonté de résister aux pressions.
Qu'est-ce qu'ils attendaient effectivement de l'Union européenne?
Les dirigeants d'Ankara attendaient la fixation d'une date d'ouverture des négociations d'adhésion même si Ankara n'accomplit pas tous les devoirs formulés dans les critères de Copenhague.
Par contre, la majorité des dirigeants européens souhaitaient, avant donner une date d'ouverture des négociations, connaître mieux les intentions du pouvoir AKP et observer le rythme d'amélioration de la situation des droits de l'homme dans la pratique.
Parmi plusieurs réserves (démographique, économique, sociale, religieuse et culturelle) exprimées tardivement par des personnalités européennes vis-à-vis de l'adhésion turque, la réticence sur la fiabilité du pouvoir islamiste et sur la question des droits de l'homme étaient les plus pertinentes.
Bien que toutes les forces politiques turques semblaient réunies autour du pouvoir AKP (qui ne représente que 34,5% de la population) pour arracher une date de négociation, ces mêmes forces politiques, de gauche ou de droite, déclaraient lors de la campagne électorale qu'une éventuelle victoire de l'AKP constituerait un coup fatal pour le projet européen de la Turquie.
De plus, au cours de quelques semaines de pouvoir absolu, les dirigeants AKP avaient déjà donné plusieurs exemples de la contradiction entre leurs promesses "démocratiques" et leurs pratiques "antidémocratiques" en commençant par leur soumission totale à l'Armée.
En effet, le président du parti Tayyip Erdogan et le Premier ministre Abdullah Gül répétaient sans cesse qu'on ne modifiera jamais le statut privilégié des militaires et suivaient les instructions que leur dictent les généraux lors des briefings organisés de manière humiliante dans le quartier général de l'Etat-Major.
L'adoption de quelques amendements cosmétiques dans la législation n'étaient pas suffisante pour une véritable démocratisation.
Qu'est-ce que doivent faire les dirigeants de la Turquie
Après le sommet de Copenhague, les dirigeants d'Ankara ont une nouvelle chance jusqu'à la fin de 2004. Pour qu'on prenne au sérieux leur discours de "démocratisation", ils doivent immédiatement réaliser toutes les réformes indispensables réclamées par les organisations des droits de l'Homme.
Ayant une majorité absolue à l'Assemblé nationale, ils n'ont aucun prétexte pour traîner cette amélioration.
1. Le diktat de l'Armée exercé par le biais du MGK doit être aboli et le chef d'état-major doit subir l'autorité du ministre de la défense nationale.2. Tous les détenus politiques dans les prisons turques, dont le nombre s'élève à plus de 10 milles selon les chiffres donnés par le ministère de la Justice, doit être libérés.
3. La Constitution actuelle imposée par les militaires en 1982 doit être entièrement modifiée en supprimant toutes les références à la suprématie de la nation turque et à la dominance de la pensée atatürkiste sur le système politico-social.
4. L'arsenal pénal du régime répressif doit être détruit par la suppression ou la modification de centaines d'articles incrustés dans toutes les lois.
5. Le système carcéral de Type F, cause d'une centaine de morts tragiques dans la résistance des prisonniers, doit être remplacé par un système plus humain.
6. Toutes les restrictions sur les libertés et les droits fondamentaux du peuple kurde et des minorités (arménienne, assyrienne, grecque etc.) doivent être abolies. Le droit d'enseignement et de publication dans la langue maternelle doit être reconnu sans aucune restriction comme il se pratique en Europe.
7. Le système électoral doit être modifié de sorte que le HADEP, majoritaire dans le Kurdistan turc, ou un autre parti kurde, puisse être représenté à l'Assemblée nationale pour pouvoir défendre les intérêts du peuple kurdes et des autres minorités.
8. La liberté de culte doit être reconnue non seulement aux musulmans sunnites, mais également aux autres catégories confessionnelles ou philosophiques comme musulmans alévites, non-musulmans ou non-croyants.
Tant que ces réformes radicales ne se réalisent pas, la Turquie restera toujours un pays non-démocratique et son adhésion à l'Union européenne sera ajournée sine die. (Info-Türk, 15 décembre 2002)
*
Turkey must absolutely get rid of the Army's diktat
The European Union decided on December 13 in Copenhagen a historical widening with ten new countries, of which Cyprus, that will push its borders to Russia and the Ukraine, thirteen years after the fall of the Soviet system in Europe. "Today, we closed one of the bloodiest chapters and darkest of the European history", declared Danish the Prime Minister Anders Fogh Rasmussen, President-in-Office of the EU, greeting "a historical day for the people of Europe and the world".
The EU accepts divided Cyprus, in spite of the efforts of the United Nations to put an end to a 28 years partition, the Cypriot-Turkish part refusing to sign the agreements suggested by UNO.
The Fifteen also agreed to decide in December 2004 on the possibility of giving a date for the beginning of Turkish-European negotiations, only according to the advance of the democratic process.
Encouraged in all the azimuths by George W. Bush, in exchange to obtain the complicity of Turkey in his anti-Iraqi crusade, the AKP leaders of Islamist background had raised the ton the day before the Summit of Copenhagen by evoking possible reprisals against Europe if an early date is not announced for negotiations.
The day before of Copenhagen, the Turkish Parliament, which was to adopt a series of new democratic reforms as regards respect of the human rights and fight against torture, abruptly deferred its debates as a sign of pressure on the European Union.
The Turkish press spoke about a plan "B" of the Turkish government according to which, in the event of a failure in Copenhagen, Turkey would annex the northern part of Cyprus.
According to several newspapers, the Turkish government would also plan to exclude the French and German firms from invitations to tender in Turkey, in particular as regards armament, if it does not obtain satisfaction in Copenhagen.
The Chamber of Commerce of Ankara had called for its part to boycott European products if the EU would abstain from fixing in Copenhagen a firm date for the starter of the negotiations of adhesion.
What is more, the head of the AKP, Recep Tayyip Erdogan, during his visit in the United States, had gone so far by declaring that Ankara would seek to join the NAFTA (the free trade area between the United States, Canada and Mexico) if the EU did not give a date.
In addition, Ankara had clearly made hear that one could not await progress on the question of the reunification of Cyprus or the European policy of security and defense if the EU did not answer its waiting.
By refusing the blackmails of Ankara, the European leaders took the risk to dissatisfy at the same time Ankara and Washington but they clearly manifested their will to resist the pressures.
What do the European Union leaders await indeed?
The leaders of Ankara waited the fixing of a date of opening of the negotiations of adhesion even if Turkey does not achieve all the duties formulated in the criteria of Copenhagen.
On the other hand, the majority of the European leaders wished, before giving a date of opening of the negotiations, to see better the AKP's real intentions and to observe the rhythm of improvement of the situation of the humans right in practice.
Among many reserves (demographic, economic, social, religious and cultural) expressed lately by European personalities with respect to Turkish adhesion, the reserve on the reliability of the capacity of the Islamist power and the question of the humans right were most relevant.
Although all the Turkish political forces seemed united around the AKP power (which accounts for only 34,5% of the electors) to tear off a date of negotiation, these same political forces, left or right, had declared at the time of the electoral campaign that a possible victory of the AKP would constitute a fatal blow for the European project of Turkey.
Moreover, during a few weeks of their power, the AKP leaders had already given several examples of contradiction between their "democratic" promises and their "antidemocratic" practices in a total submission to the Army.
Indeed, the party leader Tayyip Erdogan and the Prime Minister Abdullah Gül unceasingly repeated that the privileges of the military would never be touched. They promised to adapt themselves to the instructions that the Generals dictate to them in a humiliating way at the briefings organized at the headquarters of the Staff.
What must the Ankara leaders do?
The adoption of some cosmetic amendments in the legislation was not sufficient for a true democratization.
After the Summit of Copenhagen, the leaders of Ankara have a new chance until the end of 2004. So that one takes with serious the their speech on "democratization", they must immediately carry out all the essential reforms claimed by the humans rights organizations.
Since they have an absolute majority in the National Assembly, they do not have any pretext to postpone these indispensable reforms:
1. The Army diktat exerted by the means of the National Security Council (MGK) must be abolished and the head of general staff must undergo the authority of the National Defense Minister.2. All political detainees in the Turkish prisons, of which the number rises to more than 10 thousands according to figures given by the Ministry of Justice, must be released.
3. The Constitution imposed by the military in 1982 must be entirely modified by removing all the references to the supremacy of the Turkish nation and the predominance of the Atatürkist thought on the politico-social system.
4. The penal arsenal of the State terror must be destroyed by the suppression or the modification of hundreds of articles encrusted in all the laws.
5. The prison system of Type F, cause of more than hundred tragic deaths in the resistance of the prisoners, must be replaced by a more human system.
6. All restrictions on freedoms and the basic rights of the Kurdish people and the minorities (Armenian, Assyrian, Greek etc.) must be abolished. The right of teaching and publication in the mother tongue must be recognized without any restriction as it is practiced in Europe.
7. The electoral system must be modified so that the HADEP, majority in Turkish Kurdistan, or another Kurdish party, can be represented in the National Assembly for defending the interests of the Kurdish people and other minorities.
8. The freedom of belief must be recognized not only to the Sunnite Moslems, but also to the other religious or philosophical categories like Alevi Moslems, Non-Moslems or unbelievers.
As long as these radical reforms are not carried out, Turkey will always remain a non-democratic country and its adhesion with the
European Union will be deferred sine die. (Info-Türk, 15 décembre 2002)
L'ingérence de l'Armée turque freine la démocratisation du pays
Dogan Özgüden
(Interviewé par Tim Theunis au début décembre 2002)A 66 ans, Dogan Özgüden est un des plus anciens journalistes de Turquie. Après avoir travaillé pour une dizaine de quotidiens turcs et avoir été menacé de près de 300 ans de prison pour avoir osé critiquer le régime répressif turc, il a dû quitter son pays après le coup d'Etat militaire de 1971. Rédacteur en chef à Bruxelles de l'agence de presse Info-Türk et auteur de nombreux ouvrages sur la Turquie, il nous éclaire sur l'évolution politique et militaire de son pays d'origine.
Quel regard portez-vous sur l'islamisme modéré incarné par le parti de la Justice et du Développement (AKP) au pouvoir en Turquie ?
L'islamisme incarné par l'AKP n'est pas historiquement et socialement comparable à l'islamisme algérien, pakistanais ou afghan. Même s'ils sont tous très attachés sur le fond aux valeurs coraniques, le nationalisme turc est beaucoup plus ancré dans les mentalités. A l'instar des autres formations politiques du pays, l'AKP fait partie des mouvements nationaliste et ultranationaliste qui se réunissent autour d'un même objectif : la suprématie de la nation turque. La nouvelle génération d'islamistes au pouvoir a été éduquée avec cette conception de l'islam. Mais l'AKP s'est rendu compte qu'un discours islamiste traditionnel provoquait des réactions hostiles de la part des occidentaux, des laïcs turcs et de l'armée turque. Il a donc changé de discours en apparence mais l'islamisme traditionnel demeure indéniablement son fonds de commerce.
Comment expliquez-vous dès lors que les autorités turques négocient avec les Américains un partenariat dans le cadre d'une éventuelle guerre contre l'Irak ?
La Turquie a déjà payé un lourd tribut lors de la Guerre du Golfe. Les partis politiques turcs et l'armée turque étaient donc réticents à participer à une éventuelle seconde guerre. L'Irak étant un pays de culture islamique, l'AKP avait encore plus de mal à accepter un tel partenariat. Il ne l'a d'ailleurs pas caché durant sa campagne électorale. Avec l'appui des Américains, l'AKP a toutefois l'occasion de légitimer son pouvoir aux yeux des militaires turcs ainsi que sur la scène politique du pays. La Turquie a en outre besoin du soutien américain pour gagner des points dans les relations qu'elle entretient avec l'Union européenne. Avec une dette avoisinant les 150 milliards de dollars, le pays a également besoin de sceller un accord avec le Fonds monétaire international. En contrepartie, les islamistes se voient donc obligés d'entretenir de bonnes relations avec les Américains. Les militaires et les nationalistes turcs ne voient pas non plus d'un bon ¦il la possible création d'un Etat kurde dans le Kurdistan irakien, conséquence possible d'une seconde intervention militaire à Bagdad. En échange d'un partenariat militaire et par peur que la population kurde en Turquie réclame à son tour l'indépendance, ils exigent donc des Etats-Unis qu'ils empêchent la création d'un tel Etat.
Comment décririez-vous les relations entre le pouvoir politique et l'armée turque ?
En analysant le passé du pays, la nouvelle génération islamiste turque s'est rendue compte que pour pouvoir rester aux commandes politiques du pays, il lui fallait entretenir des liens forts avec l'armée. Après être arrivé au pouvoir, l'AKP a pourtant tenu des discours allant dans un sens démocratique. En faisant allusion à leurs précédentes interventions, les militaires ont toutefois fait pression pour infléchir ces positions. Cela explique notamment les éloges récemment adressées à l'armée par le leader de l'AKP, Tayyip Erdogan, le Premier ministre Abdullah Gul et le président du Parlement, Bülent Arinç. Le Conseil national de sécurité qui est considéré comme le gouvernement de l'ombre est également dominé par l'armée. Malgré qu'ils y soient numériquement minoritaires, les militaires voient toujours leurs exigences rencontrées. La récente convocation du Premier ministre au Quartier Général de l'armée turque démontre également l'hégémonie de cette dernière. Cette ingérence de l'armée est une réalité cachée aux occidentaux. Elle constitue pourtant la clef des relations entre la Turquie et l'Europe.
L'armée turque, qui prétend s'ériger en gardienne du dogme nationaliste et laïc d'Atatürk, défend-t-elle le caractère laïc de l'Etat turc ?
En raison des problèmes économiques et sociaux du pays, l'islam reste le dernier refuge pour les grandes masses populaires. La laïcité est toutefois présente en Turquie par le mode de vie quasi occidental de sa population. En ce sens, on peut affirmer que le pays est laïc. Mais l'armée turque se prétend avec une grande hypocrisie être la défenderesse de cette laïcité. C'est elle a qui en effet encouragé l'influence de l'islam dans la société turque. Après le coup d'Etat militaire de 1980, il lui fallait un soutien de masse pour pouvoir contrecarrer le mouvement de gauche. La junte militaire a dès lors beaucoup investi dans la promotion de l'islam. Elle a encouragé la construction de mosquées et a instauré l'organisation de cours coraniques dans toutes les écoles du pays. Les enfants de familles non musulmanes ont également dû s'y soumettre.
Que faudrait-il pour mettre fin à cet interventionnisme militaire ?
Toute tentative par le passé de réduire le pouvoir de l'armée a été un échec. C'est toutefois la première fois dans l'histoire récente du pays qu'un parti politique est arrivé au pouvoir avec une telle majorité. L'AKP peut modifier la Constitution mais je ne crois plus en la sincérité des propos de ses dirigeants. Si l'armée ne touche pas à certaines promesses électorales tenues par l'AKP, ce parti peut parfaitement s'entendre avec elle. L'armée met en outre tout en ¦uvre pour qu'on ne touche pas à son projet de créer une industrie de guerre. Et cette industrie n'est pas seulement l'enjeu des militaires, c'est également celui des milieux capitalistes turcs. Un changement n'est possible que si le peuple turc comprend que la présence des militaires n'améliore pas la situation économique désastreuse du pays. Les médias turcs ont donc un rôle important à jouer. Il faut qu'ils cessent de relayer la propagande militariste en magnifiant le pays. La conjoncture internationale et l'évolution future du Moyen-Orient pourront peut-être y aider.
Les minorités ethniques du sud-est de la Turquie bénéficient-elles actuellement des mêmes droits que la population turque ?
La législation a été modifiée en ce sens mais tant que les mentalités ne changent pas, ces réformes ne servent à rien. Il est ainsi pour l'instant inconcevable qu'un Assyrien, un Arménien ou un Grec devienne officier de profession dans l'armée turque. L'accès aux professions en rapport avec la sûreté nationale ou dans l'administration publique leur est en effet refusé. Et cela parce que la Constitution est entièrement consacrée à la nation turque. Il est également impossible de créer une télévision privée kurde. Cette minorité s'est seulement vue octroyer récemment le droit à une représentation de quelques heures sur la télévision publique turque contrôlée par le gouvernement. Les restrictions relatives à l'éducation sont également nombreuses. La population du Kurdistan turc n'a par exemple pas encore le droit de fréquenter les écoles dans sa langue maternelle. Seuls certains cours privés se donnent. De même, les minorités arménienne, assyrienne et grecque peuvent restaurer leurs églises et monastères mais l'intention politique est plutôt d'attirer les touristes européens. La man¦uvre du pouvoir consiste donc à faire semblant de reconnaître des libertés aux minorités. Sur le fond, rien n'a changé.
La justice turque vous a récemment inculpé pour "insulte à l'armée" concernant un article écrit dans une revue turque à l'occasion du 30ème anniversaire de l'exécution de trois leaders de la jeunesse progressiste. Les autorités turques prétendent pourtant avoir éradiqué le délit d'opinion de ses lois.
Un autre journaliste-écrivain ainsi que l'éditeur responsable de la revue ont également été inculpés pour "insultes à l'armée". Je n'ai pourtant fait que critiquer la position prise par l'armée à la fin des années 1960 et la répression qu'elle a menée de 1980 jusqu'en 2000. Je n'ai à aucun moment insulté au sens propre du terme les militaires. Mais les procureurs et les juges turcs décident arbitrairement si une opinion constitue une insulte ou une simple critique. La séparation des pouvoirs en Turquie est une gageure. Affirmer que la justice turque est indépendante est mensonger. C'est l'armée qui oriente la justice comme les autres institutions publiques du pays. Son ingérence freine la démocratisation de la Turquie. La formation de l'élite bureaucratique civile ou militaire se fait de manière à ce que les intérêts suprêmes de la nation turque soient assurés.
Que vous inspirent les déclarations de certains politiques qui ne considèrent pas la Turquie comme un pays européen et n'envisagent pas en conséquence de lui proposer une date pour négocier une éventuelle adhésion à l'Union européenne ?
La Turquie fait indéniablement partie de l'Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais c'est seulement si la Turquie respecte les critères de Copenhague que l'Europe se doit d'ouvrir des négociations d'adhésion, pas avant. Je comprends donc très bien les réticences européennes. Personne ne peut encore prédire l'attitude future de l'AKP. Durant la campagne électorale, les partis politiques de droite et de gauche l'ont accusé d'être le 5ème colon de l'islamisme mondial. Même si je ne pense pas qu'ils vont se diriger vers un intégrisme ou un fondamentalisme islamique, ce n'est que lorsque le leader du parti sera nommé Premier ministre que le vrai visage de l'AKP apparaîtra. Quoi qu'il en soit, sans une Constitution réellement démocratique et sans une armée en retrait de la vie politique, il est trop risqué de vouloir entamer des négociations. Il me paraît également inconcevable que des négociations puissent s'ouvrir alors même que le problème chypriote n'est pas résolu. Mais un éventuel refus d'ouverture des négociations pourrait provoquer d'une part, un durcissement du discours intégriste vis-à-vis de l'Europe, et d'autre part, une récupération d'une partie de l'électorat turc par les néo-fascistes évincés du pouvoir. L'Europe a donc plus que jamais l'avenir de la Turquie entre ses mains.
*
The Turkish Army's business empire: OYAK
OYAK is one of Turkey's biggest companies with approximately 180,000 military officers as members. It has stakes in 26 companies in automotive, cement, finance, food, chemical and service sectors
Armed Forces Pension Fund (OYAK) revealed its 2000 activity report last week for the first time in its 40 year history. As it celebrates its 40th anniversary, OYAK has launched an ambitious restructuring program in order to become a more efficient and effective organization that provides superior service to its members.OYAK is one of Turkey's biggest companies, with approximately 180,000 military officers as members. It has stakes in 26 companies in automotive, cement, finance, food, chemical and service sectors.
General Manager Coskun Ulusoy says the company has become a rising star on the business scene. By law, OYAK could only serve military members, but the management now wants to serve the civilian populace as well, which Ulusoy thinks could be possible through private pension funds.
OYAK indeed has developed itself into an industrial and financial group in order to be able to deliver social security services to its members. It sees an opportunity to share its experience as a pension fund at a time when private pension funds are on the agenda.
So far this year the company has increased its income by 250-300 percent on a lira basis, which corresponds to 50 percent in U.S. dollar terms. The company's annual profit is climbing towards TL 600 trillion.
"Turkey's armed forces command not only the second biggest army in NATO but also one of the country's most successful business empires," Financial Times'(FT) Leyla Boulton has written in an Oct. 9 article.
The board of the company consists largely of members with military roots, but Ulusoy stresses that OYAK doesn't belong to the army.
"The military is responsible for protecting the borders, as it should be. As a private institution we are offering professional service to our members who would put some of their earnings and ask us to operate it."
"OYAK has no role in the army organization. It's a social security institution for people who work in the army," Ulusoy says.
The company has been increasing its concentration in the financial sector and withdrawing from other areas and plans to demonstrate its 40-year experience through pension funds.
OYAK Menkul Degerler A.S., the brokerage arm of the group, has recently acquired a 91.5 percent stake in Yasar Yatirim, previously owned by bailed out Yasarbank. The plan is to merge the two brokerages by the beginning of 2002, to achieve a transaction volume that would put the enterprise on the fifth rank among Turkish brokerage firms.
Earlier in August, OYAK acquired Sumerbank from the Savings Deposit Insurance Fund, pledging to immediately contribute TL 27 trillion of capital. OYAK took over TL 2,000 trillion of Sumerbank's balance sheets, or one-third of the bank's assets, and plans to merge Sumerbank with the retirement fund's Oyakbank by Jan. 15, 2002, at the latest. The combined entity will have 150 branches nationwide.
OYAK takes further interest in Etibank, which is another problem bank under state receivership and is presently examining its accounts to make a possible bid. If the group decides on acquiring Etibank as well the newcomer will be merged with Oyakbank and Sumerbank.
Ulusoy predicts Sumerbank's net earnings by the end of this year will reach three-digit trillions. "The Sumerbank acquisition was obviously a correct move," he adds.
Unlike some of its peers in the banking industry, however, Oyakbank seeks no alliance with a foreign partner.
Coskun Ulusoy took his OYAK post in June 2000 and the company has since expanded its investments in the financial sector. Although it has evolved into a conglomerate on the Turkish business scene in recent years, the company is not very well known to the public, as it hasn't opted to reveal its results so far. Excluding its affiliated stakes and banking arm Oyakbank, the group's turnover has been estimated to exceed $5 billion this year.
"OYAK has failed to achieve its potential because of a complacent and slow-moving management culture. That, however, may be about to change. At a time when most Turkish companies are struggling simply to survive the worst economic crisis in the country's postwar history, Ulusoy, a U.S.-educated banker appointed chief executive and president just over a year ago, has a mission to modernize OYAK. His mandate from the generals who picked him is to make OYAK "grow faster in a fast-changing world and Turkey." If he succeeded, he could change the balance of power in corporate Turkey," Bouton said in the FT.
In the same boat
OYAK has successfully dealt with the ongoing economic crisis, managed to preserve its existence in the worst hit sectors and to post substantial earnings in some others. A swift and timely decision-making mechanism has helped a lot.
"Turkey is a boat. It doesn't mean anything in the long term if only our -----??? is clean. We will all go down if the boat sinks. We would like to make appropriate use of opportunities, work harder and fulfill our responsibility toward our members," Ulusoy says.
Ulusoy sees no reason to despair, at least from the viewpoint of the company, which has approximately TL 500 trillion in cash and no debt. The management had anticipated the February crisis and the devaluation and bought hard currency. Further, the company introduced cost cutting measures and halted investments that could be hurt by the crisis.
As far as new investments are concerned, OYAK plans to focus on the telecommunications and energy sectors. In a recent interview to Ekonomist magazine which was posted on the company website, OYAK Insaat Chairman Celalettin Caglar said OYAK was interested in Turk Telekom and was probing possible positive and negative aspects of a telecom investment. In addition it is also examining Turk Telekom's mobile arm Aycell.
In the energy sector the company might make bids for power contracts or seek alliances with companies that have won contracts in this sector, but Caglar said that wouldn't happen in the immediate future.
Ulusoy expects 2002 to be a more difficult year than 2001. "We are in a state of alarm for 2002. It seems next year will be more complicated. There's no certainty and it's difficult to predict the direction in which things will develop. Therefore we will be more cautious and careful," he says.
OYAK has developed an interest in privatizations and eyes national carrier Turkish Airlines (THY). "We will look into it when THY comes back on the privatization agenda. After all, why shouldn't we be interested as long as we can afford its price and conditions," Ulusoy says.
Results for 2000
According to company results which were revealed for the first time ever last week, the Armed Forces Pension Fund has posted a gross profit of TL 287 trillion in 2000.
In the same year it paid TL 87 trillion in taxes, exported $1.2 billion worth of goods. Total sales amounted to TL 3 quadrillion at end-2000. OYAK employs 12,572 people.
------------------------------------------------------------------------Founded in 1961 OYAK, (Ordu Yardimlasma Kurumu/ Armed Forces Pension Fund) is a supplementary social security institution for military and civilian employees of the Turkish Armed Forces. According to information posted on the company website, OYAK is incorporated as a private entity under its own law subject to Turkish civic andcommercial code.
OYAK provides its members with "supplementary social benefits" apart from the official retirement fund, T.C. Emekli Sandigi / SSK, to which they are primarily affiliated.
OYAK serves as a life insurance company that pays death and dismemberment benefits and annuities, a social security institution that provides lump sum and retirement packages, a credit union that extends loans at subsidized rates and a housing cooperative that assists members buy homes for its 180,000 members, who are required by law to contribute 10 percent of their monthly base pay during their years of active service.
Having no other source of income than the contributions paid by its members, OYAK transfers a part of this income to investments so as to raise maximum income to provide efficient social benefits.
OYAK, with its headquarter in Ankara, functions as a holding company for a portfolio of equity investments in 26 companies, concentrated in the automotive, cement, financial and service sectors. Many of the investments are joint ventures with well-known international names, such as Renault and AXA.
OYAK functions
* in automotive and tire Industry with OYAK Renault, Mais and Goodyear,
* in transport Industry with Omsan,
* in fuel-oil industry with Selyak,
* in cement industry with Adana, Bolu, Unye, Mardin, Elazig, OYSA Nigde, OYSA Iskenderun cement factories,
* in finance and insurance sector with AXA-OYAK Holding, OYAK Menkul Degerler, OYAK BANK, Sumerbank and Halk Leasing,
* in agrochemical medicine industry with Hektas,
* in food industry with Tukas, Tam Gida, Eti Pazarlama,
* in construction Industry with OYAK Insaat,
* in tourism sector with OYTUR,
* in trade sector with OYTAS,
* in retailing sector with OYPA,
* in security sector with OYAK Guvenlik.
1961: Oyak was formed with the participation of 65,000 members on March 1, 1961 in an attempt to form an extra social security service to counter the social and physical risks that could be encountered by its members. That same year, it started making death and invalidity aid payments to its members as well as retirement aid payments, and by way of a providing a social service, started a Loans Service. OYAK gave importance to joint investments when making the best use of funds so as to develop and fulfill its aid and other services. Its first such venture took place in partnership with Goodyear Tyres.
1963: OYAK bought the building it still uses today. It started up Turkey's first chainstore with Ordu Pazarlari (Army Markets) opening its first store in Tandogan, Ankara. It also transferred its practices to computer in order to present its customers with a contemporary service. OYAK was in partnership at this time with Cukurova Cement and the Hektas Company.
1967: Continuing to make the best of investment opportunities, OYAK formed MAIS (Import and Sales of Motor Vehicles) Company and began investing in the automotive sector, which was and is extremely important not just for itself but for the Turkish economy. It also began working on automobile production that same year. Another investment project made by OYAK that year was in OYAK Sigorta (Insurance) and Tukas Turgutlu Conserves.
1969: Formed with a technical deficit according to Insurance regulations, OYAK began making profits from its activities within eight years. It also achieved actuary profit for the first time and switched to the profit sharing system to distribute the profit to its members. It had earlier secured an agreement with France's Renault Group over automobile production and now began construction on factories by founding the OYAK Automobile Factories Company. OYAK also accelerated investment in the cement business and became a partner in the cement plants at Bolu, Unya and Mardin.
1971: OYAK-Renault began production of the Renault 12.
1975: Continuing to develop its partnership portfolio in accordance with prevailing conditions, OYAK made an important investment in the Turkish electronics industry by becoming a partner in Turkish Military Electronics (ASELSAN).
1978: OYAK became a partner in the OMSAN office, which today occupies a respectable place in the transport sector.
1981: The Capital Markets Law was passed and OYAK's partners Goodyear, Hektas and Oytas became subject to it.
1982: Continuing to make joint investments, OYAK became a partner in Eti Marketing and Tam Foodstuffs (part of the Eti Group, one of Turkey's two major concerns in the biscuit sector. That same year, OYAK founded the OYAK Construction Company in order to offer its members housing under more appropriate conditions.
1984: OYAK started selling fresh chicken in special packaging, which was a first for Turkey, using a new joint concern Entas Integrated Poultry Industry. That same year, the Istanbul Bourse was founded and OYAK's partners Goodyear and Hektas began seeing business on the Bourse. Keeping pace with the rapid developments in the stock markets, OYAK founded the Oyak Stocks and Shares Company.
1985: One OYAK joint concern OYAK-Renault made an investment that brought movement to the Turkish automobile market and that could be considered the foundation for today's multi-brand competition. It started producing the Renault 9 model, which had been chosen European car of the year in 1984. The rapid competition environment in Turkey's automobile markets that this investment provided the foundations for created the opportunity for Turkish consumers to own quality European products.
1987: Adding tourism to its investment portfolio, OYAK purchased the Izmir Etap Hotel.
1990: OYAK's membership reached 177,000. In dollar terms, the retirement aid provided by the members had increased by 320 percent when compared to the day OYAK was founded. OYAK also went into partnership with Selyak, which acts in the petroleum sector with the Elf company, and with the First National Bank of Boston, which forms the foundation of today's OYAK Bank. That same year saw OYAK concerns Unye, Mardin and Bolu Cement Factories floated on the Istanbul Bourse.
1991: Shares in Adana Cement began to see transactions on the Istanbul Bourse. Keeping a close eye on innovations in the economy field, OYAK went into partnership with the Halk Financial Renting Company.
1992: OYAK went into partnership with te Nide and Iskenderun Cement Plants as part of the privatization scheme. It also began issuing cashpoint machine cards so as to enable its members to make better use of the Loans Service.
1994: Tukas was sold to the public. Also that year, all the shares in OYAK's partner the First National Bank of Boston were bought up and the OYAK Bank began operating.
1995: Continuing to invest in partnerships, OYAK teamed up with the French Axa Group and formed the AXA-OYAK Life Insurance Company. Not limiting its investments solely to joint concerns, OYAK also formed the OYAK Fund in parallel with developments in the finance sector.
1997: By means of a share exchange in OYAK's automotive partners OYAK-Renault and MAIS, OYAK's and Renault's shares became equal. Keeping a close eye on technological developments in its membership services, OYAK opened a website. By way of providing another service to its members, OYAK started paying dividends. It also abolished the inflation-linked system and switched to the average yield rate system.
1998: In accordance with the market needs at the time, OYAK parted ways with Turkey's first chain store Army Markets and became a joint partner in OYPA. Production of the Renault Megane-Wagon, built for the first time anywhere and only in Turkey, began at OYAK-Renault.
2000: OYAK's membership reached 179,000. The retirement aid it cold afford its members had increased 10-fold since it was founded. It also founded the OYAK Security Company that year. Still looking for ways to create more funds for its members, OYAK took an important step by going into cooperation with Vakifbank in order to benefit from funds other than the Loans Service Board.(Turkish Daily News, 27 November 2001)
*
LA REPUBLIQUE DES "PACHAS"
Ce pouvoir si pesant des militaires turcsEric Rouleau
(Le Monde diplomatique, septembre 2000, Pages 8 et 9)
DURANT le mois d'août [2000], le président turc, M. Ahmet Necdet Sezer, ancien président du Conseil constitutionnel, a refusé de ratifier le décret gouvernemental destiné à licencier, sans autre forme de procès, les fonctionnaires suspects de sympathie pour les « séparatistes » kurdes ou [ ]les «fondamentalistes » musulmans. Ce veto a été interprété comme un défi lancé au haut commandement des forces armées, peu habitué à de telles résistances. Car les militaires continuent de peser de tout leur poids sur un système politique qui correspond peu aux normes de l'Union européenne.
Le spectacle serait jugé pour le moins insolite dans n'importe quel pays démocratique : d'anciens putschistes célébrant l'anniversaire de leur coup d'Etat. Une vingtaine d'anciens officiers turcs ont marqué le quarantième anniversaire de la « révolution démocratique » du 27 mai 1960 par diverses manifestations, qui retinrent à peine contre l'attention des médias locaux, tant l'événement leur parut banal : couronne de fleurs déposée solennellement au mausolée d'Atatürk ; conférence publique organisée par l'ex-capitaine Numan Esin, devenu un grand homme d'affaires, en sa qualité de président de la Fondation de la Constitution de 1961 ; discours apologétiques, empreints de fierté et de nostalgie, suivis d'un banquet typiquement républicain - fraternel, chaleureux, militant - couronné par des chants patriotiques entonnés en choeur par une centaine de personnalités militaires et civiles ayant largement dépassé l'âge de la retraite.
L'étonnement ne serait de mise que pour ceux qui ignorent la culture dominante forgée au rythme des siècles, la place privilégiée qu'ont toujours occupée les forces armées dans le paysage politique, sous la République comme à l'ère de l'empire ottoman : la troupe de la Sublime Porte, notamment celle des janissaires avant le XIXe siècle, ne se privait pas d'assassiner, de renverser ou d'introniser les sultans. Selon le cas, elle agissait en faveur des privilèges ou, rarement, dans le sens du progrès.
Ainsi le général Kemal Atatürk s'appuya-t-il sur une partie des forces armées, à la fin de la première guerre mondiale, pour chasser les occupants et fonder, en 1923, une république résolument tournée vers la modernité. Sur les dix présidents qui se sont succédé à la tête de celle-ci, six furent des militaires de haut rang. Depuis la prise du pouvoir par de jeunes officiers « radicaux », en mai 1960, la Turquie a connu une succession de complots militaires, de coups d'Etat, dont le dernier en date, en février 1997, fut qualifié de « virtuel » : vingt « recommandations » de l'état-major général suffirent pour liquider le gouvernement de coalition présidé par l'islamiste Necmetin Erbakan. C'est à cette époque que certains médias turcs, dans un élan d'enthousiasme, se mirent à désigner leurs héros, les officiers de haut rang, par le vocable déférent de « pachas », le titre auquel avaient droit autrefois les généraux de l'Empire (1)
Les pachas de la République, de « droite » ou de « gauche », ont immanquablement fait irruption sur la scène politique en se drapant de l'étendard du « kémalisme ». Le terme est d'ailleurs omniprésent, depuis la mort d'Atatürk, en 1938, dans les textes constitutionnels successifs établis par les militaires, les lois qui s'en inspirent, les discours politiques et aussi dans le serment prêté par le président de la République, les parlementaires, les juges, les grands commis de l'Etat. Toute opinion ou initiative relevant de la politique intérieure ou extérieure doit nécessairement correspondre aux concepts et aux voeux, réels ou supposés, du fondateur de la République.
Il serait hasardeux de qualifier le kémalisme d'idéologie quand on connaît le pragmatisme d'Atatürk, visionnaire et homme d'Etat, qui s'inspira tout à la fois de l'expérience de la Révolution française et des structures étatiques de puissances totalitaires de l'époque pour propulser la Turquie dans le monde développé. D'ailleurs, si son comportement s'était fondé sur une idéologie, ses successeurs n'auraient pas pris le contre-pied de certains aspects majeurs de sa politique, en remplaçant par exemple le système du parti unique par un régime multipartite, en substituant à l'économie étatisée celle du marché, en prenant la défense de minorités turques à l'étranger (Chypre, Bulgarie, Grèce, etc.) ou de peuples musulmans (bosniaque, kosovar, tchétchène, etc.), malgré le principe d'Atatürk selon lequel la République ne devait surtout pas prendre en charge la défense de Turcs, encore moins de musulmans, citoyens de pays étrangers. Surtout, le « père des turcs » interdisait aux militaires en activité toute ingérence dans les affaires publiques (2).
Les successeurs d'Atatürk choisirent malgré tout de le statufier, après avoir gommé de son héritage ce qui leur paraissait anachronique ou gênant. Ils firent du « kémalisme » un dogme de l'Etat, dont ils s'attribuèrent le monopole d'interprétation. Ils purent ainsi définir systèmes de gouvernement et comportements politiques selon leur convenance et sanctionner, au passage, ceux qui les contesteraient. Le dogme, simple dans son énoncé, flou à souhait dans son contenu, est présenté comme ayant une valeur absolue. Il tient en quelques mots : intégrité du territoire, unité de la nation, laïcité de la République. Principes honorables auxquels tout un chacun ne peut qu'adhérer, mais dont l'armée se veut la gardienne exclusive.
Son instrument, le corps des officiers, constitue une caste d'élite par excel lence (3). Les candidats à la carrière des armes sont pris en main dès leur adolescence, sélectionnés selon de stricts critères, subissent une formation intensive dans des écoles qui leur sont consacrées. Les cours ne sont soumis ni à l'agrément ni au contrôle du ministère de l'éducation nationale. Outre l'entraînement militaire, les cadets accomplissent des études de niveau universitaire, en histoire, en sciences politiques, en économie, en sociologie, et apprennent, au choix, diverses langues étrangères.
Officiers d'active, ils touchent des soldes bien supérieures à celles de fonctionnaires civils assimilés ; s'approvisionnent au rabais dans les magasins de l'armée ; bénéficient de prêts immobiliers avantageux; fréquentent des lieux de vacances, des hôtels et des clubs qui leur sont exclusivement réservés.
Un coup d'Etat virtuel
LA Constitution de 1982 actuellement en vigueur, confectionnée par les généraux qui s'étaient emparés du pouvoir deux ans auparavant, institutionnalise le pouvoir politique des forces armées. Le Conseil national de sécurité, surnommé parfois « gouvernement de l'ombre », qui réunit une fois par mois six militaires - cinq généraux et un amiral - en grand uniforme et cinq dirigeants civils (4), est habilité à présenter au gouvernement des « avis » - dans la pratique, des ordres sans appel - sur des questions relevant de la « sécurité nationale ». Celle-ci, précisait une récente circulaire de l'état-major général, « couvre virtuellement toutes les affaires d'intérêt public », tant en politique étrangère qu'en politique intérieure (5).
Les délibérations - et même parfois les décisions - du Conseil sont tenues secrètes. L'islamiste Necmetin Erbakan signa l'arrêt de mort de son gouvernement en février 1997 quand il tenta de soumettre au Parlement les dix-huit « recommandations » du Conseil visant à éradiquer la « réaction islamiste ». Il avait eu le tort de feindre ne pas comprendre qu'il s'agissait d'un ultimatum ouvrant la voie au coup d'Etat « virtuel », oubliant ainsi que, sous l'Empire ottoman, les sultans savaient que leurs jours étaient comptés quand les janissaires renversaient leurs chaudrons pour manifester leur colère.
La Constitution accorde, en outre, aux forces armées une autonomie qu'aucun Etat démocratique n'aurait admise (6). Le chef de l'état-major général « coiffe » son ministre de la défense ainsi que tous les autres membres du gouvernement : il se situe dans l'ordre protocolaire après le premier ministre, dont l'autorité est d'ailleurs moindre que la sienne dans les domaines les plus sensibles. Il lui revient, entre autres, de procéder aux nominations et promotions au sein des forces armées, de veiller à la sécurité intérieure et extérieure, de déterminer la politique de défense, de gérer la production et l'acquisition d'armements, dont les coûts ne figurent pas dans le budget de l'Etat.
C'est incidemment, par exemple, que l'on apprenait, par la revue Defense Week du 14 février 2000, que la modernisation des forces armées coûtera quelque 70 milliards de dollars au cours des quinze prochaines années. La tra dition veut cependant que le budget des dépenses courantes de l'armée (présenté sous une forme elliptique bien qu'il s'attribue un tiers ou davantage des recettes de l'Etat) soit adopté sans débat, par acclamation, avant que l'assemblée unanime n'adresse au chef de l'état-major ses « félicitations » et ses « voeux ».
Par ailleurs, la Constitution ainsi que les lois qui en découlent assurent, directement ou indirectement, le contrôle par l'état-major général de l'enseignement supérieur ainsi que l'essentiel du système judiciaire - les délits et les crimes d'opinion relèvent des tribunaux de sécurité de l'Etat, dans lesquels siégeaient il y a peu des militaires de haut rang. Les législateurs, les recteurs des universités, les substituts de parquet, les procureurs et les juges sont tenus de s'inspirer de la définition restrictive des libertés que donne la Constitution dans son préambule : « Aucune opinion ou pensée ne peut être protégée si elle va à l'encontre des intérêts nationaux turcs (...) des valeurs traditionnelles et spirituelles du peuple turc (...), principes et réformes modernistes d'Atatürk.
» Celles-ci sont précisées, si l'on peut dire, dans l'article 13 : « L'unité indivisible de l'Etat, la souveraineté nationale, la République, la sécurité nationale, le maintien de l'ordre, l'intérêt public, les bonnes moeurs, la santé publique.» L'article 14 va encore plus loin en interdisant l'« abus » des droits et des libertés, même reconnus comme légitimes. On l'aura relevé, non seulement les actes, mais aussi les « opinions » et les « pensées » répréhensibles sont passibles des tribunaux. L'article 130 stipule même que les « recherches et les publications de caractère scientifique » peuvent être interdites par les doyens d'université si elles étaient jugées contraires aux valeurs précitées (7). Promulgués dans la foulée de la Constitution de 1982, la loi électorale, celle qui régit les partis politiques comme les associations professionnelles et les syndicats, comporte des restrictions qui se veulent conformes au même dogme kémaliste.
Le pouvoir politique des « pachas » serait moins enraciné s'il ne s'appuyait pas également sur des moyens économico-financiers considérables (8). L'armée possède un holding tentaculaire, l'OYAK, composé d'une trentaine de grandes entreprises de production, de distribution, d'exportation dans des secteurs aussi variés que l'automobile, les cimenteries, l'agroalimentaire, les pesticides, le pétrole, le tourisme, les assurances, la banque, l'immobilier, les supermarchés, la haute technologie. Ces entreprises emploient quelque trente mille personnes, sans compter la main-d'oeuvre de sociétés en partenariat. L'un des fleurons du groupe, l'OYAK-Renault, dispose d'une capacité de production de cent soixante mille voitures par an (9).
Acteur majeur de l'économie, l'OYAK, qui figure parmi les trois ou quatre premiers holdings de Turquie, est bien doté. Il bénéficie des cotisations des membres des forces armées (qui versent obligatoirement 10 % de leurs soldes), des profits engendrés par ses propres entreprises, dont le taux de rentabilité est réputé être l'un des plus élevés du pays. Et pour cause : l'OYAK est exempté de tous impôts et taxes, privilège que d'autres acteurs du secteur privé jugent sans doute comme une forme de concurrence déloyale.
Le grand capital, cependant, s'en accommode puisque l'OYAK l'a associé, tant par intérêt que par calcul, à ses activités. Dans ses recherches, M. Taha Parla, professeur à l'université du Bosphore, a relevé parmi les partenaires de l'OYAK les noms de plusieurs puissants holdings dont ceux des familles Koç et Sabanci, « empereurs » de l'industrie et du commerce, et Taskent, « baron » des banques privées. En outre, les entreprises privées cooptent à des postes de direction des officiers supérieurs à la retraite, manière de les récompenser pour services rendus ou/et par souci de pérenniser les liens avec les officiers en activité. Ainsi a été scellée l'alliance de l'élite militaire avec le grand capital (national et transnational) et la bureaucratie étatique, constituant les trois piliers de l'OYAK.
Soeur jumelle de ce dernier, la TSKGV - ce sigle désigne la Fondation pour le renforcement des forces armées turques - compte une trentaine d'entreprises industrielles, appartenant elles aussi à l'armée, qui bénéficient des mêmes privilèges que l'OYAK. Vouée exclusivement à la production d'ar mements, la fondation emploie une vingtaine de milliers de salariés et fournit indirectement du travail à d'autres dizaines de milliers employés dans les entreprises de sous-traitance. Plus de 80 % des revenus sont versés à un fonds de réserve évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Une manière originale, note le professeur Taha Parla, de procéder à l'accumulation du capital (militaire) autre que celui engendré par le secteur privé (civil).
Désastreuse guerre du Kurdistan
Protégé par un arsenal de dispositions constitutionnelles et législatives, le triumvirat armée-grand capital-bureaucratie étatique bénéficie d'un bonus d'influence lorsque le rapport des forces politiques lui est favorable, lorsque s'affaiblissent les contre-pouvoirs au sein de la société, quand s'accroît - comme ce fut le cas ces dernières années - le discrédit de la classe politique. Les partis, le Parlement, le gouvernement, les médias, s'inclinent alors quand la haute hiérarchie militaire fait fi de la légalité.
Ils n'élèvent, par exemple, aucune objection quand les « pachas » refusent de communiquer au Parlement les textes des accords qu'ils ont conclus avec Israël ou quand les forces turques interviennent massivement - sans en avertir le gouvernement - dans le nord de l'Irak pour combattre les nationalistes kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ou encore lorsqu'ils s'opposent à l'ajournement d'élections, souhaité pourtant par une majorité députés, ou quand ils jugent inopportune la suppression d'articles du code pénal contraires aux droits de la personne ou font obstacle à la progression d'enquêtes sur des scandales (notamment sur des aspects particulièrement répugnants de la guerre antikurde), qui risquent de ternir la réputation des forces armées. Les apparences, il est vrai, sont sauves : les injonctions se présentent le plus souvent comme des « avis » ou des « voeux » exprimés par tel ou tel autre membre de l'état-major général, ce qui n'exclut pas des pressions en coulisse par des moyens moins subtils.
Deux problèmes d'envergure se sont opportunément substitués à ceux qui, naguère, avaient donné un rôle de premier plan aux forces armées. Aux hantises que suscitaient l'Union soviétique et le communisme, durant la guerre froide, ont succédé les peurs du « fondamentalisme islamique » et du « séparatisme kurde », l'un et l'autre confirmant la légitimité et la popularité des « pachas », défenseurs attitrés de la laïcité et de l'intégrité territoriale de la République.
Les combattants du PKK donnèrent, il est vrai, consistance aux thèses officielles en ayant recours aux armes pour obtenir l'instauration d'un Etat indépendant kurde dans les provinces du sud-est de la Turquie et en se réclamant encore du marxisme-léninisme. L'abandon par l'organisation de M. Abdullah Öcalan (dit Apo) de ses prétentions maximalistes, ses offres répétées depuis quelques années de négocier un statut fédéral ou d'autonomie, voire seulement une démocratisation qui reconnaîtrait aux Kurdes des droits élémentaires, les trêves qu'elle observa unilatéralement, furent ignorés ou présentés comme étant autant de ruses (10). Les intellectuels kurdes ou turcs qui prônaient la reconnaissance des seuls droits culturels furent traduits en justice pour « séparatisme » et « connivence » avec le PKK.
Ainsi la guerre déclenchée en 1984 se poursuivra-t-elle quinze ans durant - jusqu'à l'arrestation d'Apo, au Kenya en février 1999 -, avec son cortège d'atrocités, commises de part et d'autre, de destructions de quelque deux mille agglomérations kurdes et l'expulsion de centaines de milliers de leurs habitants, d'arrestations massives, de tortures, d'assassinats commis par des« escadrons de la mort » vraisemblablement patronnés par l'Etat, lui-même gangrené par des groupes mafieux.
Vaine - le problème kurde demeurant entier -, cette guerre fut aussi désastreuse à plus d'un égard : tandis que l'exercice des libertés régressait sensiblement, les coûts, évalués à 150 milliards de dollars, portaient atteinte au développement économique et au niveau de vie des citoyens. Surtout, loin de « cimenter l'unité de la nation », elle creusa le fossé entre Kurdes et Turcs.
Le conflit avec le PKK n'est pas sans rapport avec celui qui oppose l'armée aux islamistes. Parallèlement à la lutte déclenchée par les putschistes de 1980 contre l'extrême gauche, à laquelle appartenait l'organisation kurde, des gages étaient donnés à la mouvance islamique, perçue comme un rempart contre le « communisme ». L'enseignement de la religion a été dès lors rendu obligatoire dans les écoles publiques, primaires et secondaires, tandis qu'était légalisé le parti islamisant Refah, celui-là même qui devint l'ennemi à abattre dès ses premières victoires électorales en 1994-1995.
Deux paradoxes brouillent la compréhension du conflit. Le premier porte sur le sens donné en Turquie au terme de laïcité, qui ne signifie pas la séparation de l'Etat de la religion, mais bien l'intégration et le contrôle de celle-ci par l'autorité publique, qui, au besoin, l'instrumentalise (11) . La direction des affaires religieuses, financée généreusement par le budget de l'Etat, gère entre autres quelque cinq cents lycées (nommés Imam Hatip) - distincts de l'école publique -, destinés à former des imams mais qui, dans la pratique, dispensent une éducation religieuse à des centaines de milliers de futurs cadres de l'Etat et du secteur privé.
Cette même institution étatique a notamment édifié des milliers de mosquées, toujours aux frais du contribuable, l'objectif global étant de promouvoir un islam « éclairé » conforme aux principes kémalistes, entreprise qui s'est révélée pour le moins douteuse. On peut s'interroger encore sur l'inscription obligatoire de la religion sur les cartes d'identité, alors que la constitution stipule que « nul ne peut être astreint à divulguer ses convictions religieuses ». « Etatisation de l'islam », comme le prétendent les défenseurs du système, ou « islamisation de l'Etat », comme le soutiennent les contestataires ?
Autre paradoxe de taille, la nature duparti "islamiste" que l'on diabolise à souhait : l'actuel Fazilet, successeur du Refah, interdit après le coup d'Etat « virtuel » de 1997. La formation de M. Necmetin Erbakan, vétéran de la politique, parlementaire de longue date, vice-président du conseil des ministres à deux reprises dans des gouvernements de coalition de droite ou de gauche, est tout sauf « fondamentaliste ». De sensibilité musul mane, certes, le parti - à la manière des chrétiens -démocrates en Occident - se réclame de la République, défend les principes de la laïcité « à la française » - selon les termes de son fondateur -, du pluralisme parlementaire et des droits de la personne.
Comblant le vide politique qu'a laissé une gauche atomisée par des décennies de répression (12) , il prétend en outre défendre les « laissés-pour-compte », les travailleurs, la petite-bourgeoisie des campagnes et des villes, en particulier celle de la « Turquie profonde », de culture anatolienne et musulmane. Le bât blesse d'autant plus que ce parti conteste - implicitement, il est vrai - le pouvoir politique de l'armée, la négation de l'identité des Kurdes, dont le parti recueille massivement les suffrages là où une formation pro-kurde est empêchée de se présenter. Les véritables enjeux de la confrontation n'ont rien à voir avec la défense de la laïcité.
On comprend dès lors pourquoi l'état-major général estime que les menaces qui mettent la République en péril - celles des aspirations convergentes des Kurdes et des « anatoliens » - ne sont pas révolues, malgré la déroute du PKK et la défaite du Fazilet aux dernières élections. Ces « menaces » persistantes éclairent aussi la raison pour laquelle les autorités compétentes n'ont pas ébauché la démocratisation exigée par l'Union européenne depuis de longues années et notamment en décembre 1999 au sommet d'Helsinki. Or la Turquie est tenue de se conformer aux critères politiques, dits de Copenhague, dans un délai de cinq ans, après quoi seulement les négociations en vue de son adhésion à l'Union européenne pourraient commencer (13) . La tâche sera particulièrement rude, à supposer qu'elle soit assumée sérieu sement : il s'agirait en effet de mener à son terme une révolution consistant à démanteler un système étatique cohérent et solidement ancré.
(1) Lire Panayotis Gavras, « The role of the military in turkish society », thèse présentée au département des études proche-orientales de l'université de Princeton, avril 1989.(2) A une exception près, le chef de l'état-major général assistait, de plein droit, aux réunions du conseil des ministres.
(3) Lire Mehmet Ali Birand, Shirts of Steel. An anatomy of the turkish armed forces, publié par Taurus (Londres) en
1991. L'ouvrage, une étude de terrain, unique en son genre, lève le voile sur certains aspects de la vie interne, et secrète, des forces armées.(4) Le chef de l'état-major général, les commandants des forces terrestres, navales, aériennes, et de la gendarmerie ainsi qu'un général agissant en qualité de secrétaire général du Conseil, d'une part, et de l'autre : le président de la République, le premier ministre, les ministres de la défense, des affaires étrangères et de l'intérieur. On devine comment sont prises les décisions « consensuelles ».
(5) Los Angeles Times, 9 mars 2000.
(6) Voir l'étude d'Umit Sakallioglu, professeur à l'université de Bilkent, Ankara, intitulée « The anatomy of the turkish military's autonomy» et publiée dans Comparative Politics, New York, vol. 29, n° 2 1997.
(7) Ainsi, on ne s'étonnera pas outre mesure de ne pas trouver un ouvrage ou une thèse universitaire d'auteurs turcs analysant globalement
le rôle politique de l'armée. L'absence de transparence et aussi la prudence des chercheurs en sont sans doute responsables.(8) Taha Parla, « Mercantile militarism in Turkey 1960-1998 », dans la revue New Perspectives on Turkey, Istanbul, automne 1998.
(9) OYAK, sigle du nom du holding Ordu Yardumlasma Kurumu (organisme de fonds de pension des forces armées), fondé en janvier 1961 par les auteurs du coup d'Etat de mai 1960. Ses activités industrielles et commerciales ont pris leur essor après le putsch de 1980, à la
faveur de la libéralisation économique.(10) Lire Kendal Nezan, « L'injustice faite aux Kurdes », et Michel Verrier, « En Turquie, un procès au peuple kurde », Le Monde diplomatique, respectivement mars et juin 1999.
(11) Umit Sakallioglu : « Parameters and strategies of Islam-State interaction in republican Turkey », essai publié par le Journal of Middle East Studies, Cambridge (Royaume-Uni), n° 28, 1996. L'auteur rapporte qu'Atatürk avait inauguré l'instrumentalisation de l'islam en appelant au « djihad » lorsqu'il menait la guerre de libération nationale contre les forces alliées et l'Empire ottoman, et ce afin de rallier à sa cause les notables
anatoliens, les dirigeants religieux et la paysannerie.(12) Lire Wendy Kristianasen, « La gauche entre militaires et islamistes », Le Monde diplomatique, février 1999.
(13) Lire Niels Kadritzke, « Prudente détente gréco-turque », Le Monde diplomatique, juin 2000.
Le PE appelle la Turquie à séparer les "compétences civiles et militaires"Le Parlement européen a adopté jeudi un texte réclamant que la Turquie sépare définitivement "les compétences civiles et militaires" du pouvoir, avant que l'UE puisse engager avec elle des négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE).
Dans une résolution consacrée au sommet de Copenhague, les députés européens demandent à la Commission européenne de présenter une "liste d'objectifs concrets" pour que la Turquie puisse satisfaire aux "critères politiques" voulus par l'Union pour entamer des négociations d'adhésion.
Ces "critères politiques" portent sur le respect de la démocratie, de l'état de droit et des droits de l'Homme, ainsi que sur le respect des minorités, tels qu'ils ont été définis par les Européens, en juin 1993 à Copenhague.
La résolution du parlement n'a qu'une portée consultative.
A l'initiative du président du groupe socialiste au Parlement, Enrique Baron Crespo, un amendement spécifie en outre que "la séparation définitive des compétences civiles et militaires dans l'exercice du pouvoir" figure parmi les objectifs concrets à atteindre par la Turquie et que doit définir la Commission européenne.
L'amendement a été déposé par le groupe socialiste, mais aussi par le groupe PPE (centre-droit), celui des libéraux et celui des Verts.
Enrique Baron Crespo avait appelé mercredi devant l'hémicycle européen à ce que le "pouvoir civil ait la suprématie sur le pouvoir militaire" en Turquie. "C'est là, la question clef. C'est la question que nous devons poser à nos amis turcs", avait-il lancé.
L'armée turque s'exprime sur le principales questions touchant à la sécurité intérieure et extérieure du pays par l'intermédiaire du Conseil national de sécurité.
Les recommandations de cet organisme, en théorie purement consultatif, sont toujours scrupuleusement suivies par le gouvernement turc.
Les Quinze ont décidé au sommet de Copenhague le week-end dernier de se décider fin 2004 sur l'ouverture éventuelle de négociations d'adhésion avec la Turquie, qui dépendra des progrès dans les réformes réalisés par Ankara d'ici là.
Le gouvernement turc réclamait une échéance beaucoup plus proche. (AFP, 19 décembre 2002)
Manifestation à Istanbul contre une guerre en Irak
Quelque 5.000 personnes ont manifesté dimanche à Istanbul contre une participation de la Turquie à une éventuelle offensive militaire américaine contre l'Irak.
Les manifestants se sont rassemblés sur la place de Caglayan, dans la partie européenne de la métropole, sous un important dispositif policier, à l'appel de partis politiques, syndicats et de nombreuses ONG.
Brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait notamment lire: "Non à la guerre", "La paix maintenant" ou "Vive la fraternité des peuples", les manifestants ont entonné les mélodies d'un groupe folklorique local venu se produire, selon la chaîne d'information NTV.
Un communiqué lu à la foule demande au gouvernement turc de ne pas prendre part à une action militaire contre l'Irak et de ne pas mettre ses bases à la disposition des Etats-Unis.
Selon l'agence Anatolie, quelque 140 ONG et de petits partis de gauche participaient à la manifestation, rapporte l'agence Anatolie.
La Turquie, alliée stratégique des Etats-Unis et seul pays musulman membre de l'Otan, est opposée à une éventuelle attaque contre l'Irak, craignant qu'un effondrement du régime irakien n'ouvre la voie à la formation d'un Etat kurde dans le nord de l'Irak, menaçant la stabilité régionale.
Les forces américaine et britannique utilisent la base aérienne turque d'Incirlik pour leurs patrouilles de surveillance de la zone d'exclusion du nord de l'Irak imposée à Bagdad après 1991 pour protéger la minorité kurde de la région.
Deux hauts responsables américains, le numéro deux du département de la Défense, Paul Wolfowitz, et le numéro trois de la diplomatie américaine, Marc Grossman, sont attendus mardi à Ankara pour obtenir le soutien des autorités turques en cas d'intervention militaire contre l'Irak. (AFP, 1 décembre 2002)
Irak: Les Etats-Unis demandent soldats, bases et ports à la Turquie
Les Etats-Unis ont demandé à la Turquie, leur principal allié dans la région, de lui fournir des soldats et d'autoriser l'ouverture de ses bases aériennes et de ses ports en cas d'intervention militaire contre l'Irak, rapporte mardi la presse turque.
Dans une lettre de sept pages remise récemment à l'ambassadeur de Turquie à Washington, l'administration américaine demande la permission de déployer une centaine de milliers de soldats américains à la frontière entre l'Irak et la Turquie, souligne le journal à gros tirage Hurriyet.
Washington demande également à la Turquie de contribuer quelque 35.000 hommes à cette force et de lui ouvrir certaines bases aériennes et ports, précise ce journal.
Le ministère turc des Affaires étrangères interrogé par l'AFP s'est refusé à tout commentaire.
Le numéro deux du département américain de la Défense, Paul Wolfowitz, et le numéro trois du département d'Etat, Marc Grossman, étaient attendus mardi à Ankara pour des entretiens sur la question irakienne.
Selon le journal de centre-gauche Cumhuriyet, Washington demanderait également à Ankara de lui fournir une division armée, soit entre 17.000 et 20.000 soldats, pour pénétrer en territoire irakien à partir de la Turquie.
En contrepartie de son soutien logistique et militaire aux Etats-Unis, la Turquie verrait sa dette militaire de six milliards de dollars effacée, selon Cumhuriyet.
L'assistance à la Turquie, seul pays musulman de l'Otan, constituera le dossier clé de la visite des responsables américains. La presse américaine affirmait la semaine dernière que Washington pourrait proposer une aide financière de 700 à 800 millions de dollars dans le cadre d'une aide pluri-annuelle totalisant plusieurs milliards de dollars.
MM. Wolfowitz et Grossman s'entretiendront mardi et mercredi avec le Premier ministre Abdullah Gul et d'autres dirigeants du nouveau gouvernement issu de la mouvance islamiste.
Il rencontreront également des représentants de l'état-major turc, dont le chef, le général Hilmi Ozkok, a récemment effectué une tournée aux Etats-Unis.
Le nouveau gouvernement turc est opposé à une opération militaire contre l'Irak --tout comme l'était le gouvernement précédent-- estimant qu'elle déstabiliserait la région et accroîtrait les difficultés économiques du pays.
La Turquie a participé à la guerre du Golfe en 1991 et, depuis lors, autorise les forces américaines et britanniques à mener des patrouilles de surveillance au-dessus du nord de l'Irak depuis sa base aérienne d'Incirlik (sud). (AFP, 3 décembre 2002)
Washington compte sur Ankara pour le front nord contre Bagdad
La possibilité d'utiliser la Turquie pour une offensive à partir du nord donnerait aux forces américaines, déjà mobilisées au sud dans le Golfe, une flexibilité militaire accrue en cas d'intervention en Irak.
Ankara demeure certes réservé sur son degré de coopération avec les Etats-Unis en cas de guerre, mais le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz, qui s'est rendu sur place cette semaine, a affirmé que "le soutien de la Turquie est assuré".
Comme en 1991 avant la guerre du Golfe, les Américains ont obtenu de leurs vieux alliés turcs de l'OTAN, le principe de l'utilisation de bases militaires, dont la base aérienne d'Incirlik (est), ainsi que des droits de survols militaires essentiels, estiment des experts à Washington.
"Cela donne une flexibilité fantastique aux Etats-Unis pour planifier toute opération jugée nécessaire", a déclaré jeudi Jay Ferrar, un spécialiste militaire.
De plus, "cet appui politique et moral" à l'action de déstabilisation américaine contre Saddam Hussein "est aussi important que la souplesse tactique ou stratégique que confèrent les possibilités d'utilisation de bases ou de survols", ajoute M. Ferrar, vice-président du Center for Strategic & International Studies (CSIS).
Une cinquantaine d'avions américains, surtout des chasseurs, sont stationnés à Incirlik, d'où partent les appareils américains et britanniques imposant une zone d'exclusion aérienne dans le nord de l'Irak. 2.000 soldats américains y seraient stationnés, mais le nombre total des forces américaines en Turquie n'est pas connu.
Un ancien officier de l'armée de Terre, le général David Grange, estime lui aussi que le tremplin turc "a une valeur incalculable". "Pour les avions d'attaque, mais aussi les missions de sauvetage et de ravitaillement, la Turquie, qui connaît nos procédures et où nous avons une longue expérience, est vraiment idéale", a-t-il dit sur la chaîne CNN.
A défaut, selon ces spécialistes, le Pentagone disposerait de solutions de rechange mais moins adaptées. Par exemple l'utilisation d'aérodromes en Géorgie, mais cela impliquerait un accord tacite de Moscou. Ou des bombardements à partir des bases qu'ont établi les Américains en Asie centrale pendant la guerre en Afghanistan (Ouzbékistan, Kirghizstan), mais elles sont trop éloignées pour des opérations tactiques.
Les autorités d'Ankara paraissent réticentes au passage vers l'Irak d'effectifs importants d'infanterie, bien que, selon le quotidien Washington Post, cette question ainsi que le stationnement de commandos de forces spéciales américaines soient en discussions depuis des mois.
Pourtant, déclare Jay Ferrar, un feu vert turc n'est pas primordial dans ce cas: "En cas de conflit, la coalition neutraliserait de vastes secteurs des zones d'exclusion aériennes nord et sud pour établir des bases avancées" en vue d'opérations contre Bagdad. En fait, assure ce responsable de la CSIS, les Américains ont déjà pris pied militairement dans les zones kurdes du nord et à l'ouest dans le désert entre l'Irak et la Jordanie.
Le Pentagone a déployé plus de 65.000 militaires dans la région.
Tout n'est pas encore entièrement réglé entre Washington et Ankara. Le ministre turc des Affaires étrangères Yasar Yakis s'est dit "prêt à coopérer avec les Etats-Unis", sous la forme de "l'ouverture de l'espace aérien et de l'utilisation de bases". Mais le Premier ministre turc Abdullah Gul a ensuite précisé que son gouvernement "n'avait pas pris de décision politique finale".
La Turquie, à qui Washington a promis un soutien financier et réitéré son appui diplomatique à la candidature d'Ankara à l'Union européenne, veut aussi que le Conseil de sécurité de l'Onu entérine tout recours à la force. (AFP, 5 décembre 2002)
Le tapis rouge pour Erdogan en échange du soutien à l'opération contre l'Irak
L'administration Bush a déroulé mardi le tapis rouge pour recevoir le chef du parti turc au pouvoir Recep Tayyip Erdogan alors que les Etats-Unis ont besoin du soutien d'Ankara dans le cadre d'une éventuelle guerre contre l'Irak.
M. Erdogan, qui n'est ni chef d'Etat, ni chef de gouvernement, a rencontré George W. Bush à la Maison Blanche, le secrétaire d'Etat Colin Powell, le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz et la conseillère du président pour la sécurité nationale Condoleezza Rice.
"Nous vous remercions pour votre attachement à la démocratie et à la liberté", a indiqué M. Bush à son interlocteur avant le début de leurs entretiens à la Maison Blanche.
M. Erdogan est le chef du parti de la Justice et du Développement (AKP), qui représente un courant islamiste modéré et détient depuis les élections de novembre la majorité absolue au Parlement turc.
Tant d'honneurs s'expliquent par le désir de Washington d'obtenir de la Turquie l'autorisation d'utiliser des bases militaires en cas d'un conflit avec l'Irak.
La Turquie, seul pays musulman de l'Otan, avait participé à la guerre du Golfe contre l'Irak en 1991. Elle autorise actuellement aux avions américains et britanniques qui patrouillent la zone d'interdiction aérienne du nord de l'Irak d'utiliser sa base aérienne d'Incirlik, dans le sud du pays.
Mais les dirigeants turcs redoutent qu'une nouvelle guerre contre Bagdad ne provoque une déstabilisation régionale, notamment par ses effets sur les Kurdes répartis surtout en Turquie et en Irak.
Lors d'une visite début décembre à Ankara, Paul Wolfowitz avait tenté de convaincre les dirigeants turcs de mettre leurs bases à la disposition des troupes américaines et affirmé que "le soutien de la Turquie est assuré".
Mais le Premier ministre turc Abdullah Gul s'était montré beaucoup plus circonspect en déclarant le 4 décembre que son pays ne s'était pas engagé formellement à coopérer en cas de guerre.
MM. Bush et Erdogan n'ont pas évoqué publiquement l'Irak mardi mais le porte-parole de la Maison Blanche Ari Fleischer a indiqué qu'ils avaient tous deux estimé que ce pays représentait "une menace" et "devait être désarmé".
Les réticences d'Ankara incitent l'administration Bush à courtiser M. Erdogan, dont le rôle est essentiel, même s'il n'est pas membre du gouvernement en raison d'une ancienne condamnation pour "incitation à la haine religieuse".
Pour mieux convaincre les Turcs, Washington leur offre son appui dans leur offensive pour adhérer à l'Union européenne (UE). "Nous nous tenons à vos côtés dans votre désir de rejoindre l'Union européenne", a déclaré M. Bush en recevant M. Erdogan.
Recep Tayyip Erdogan avait rencontré lundi à Copenhague le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, président en exercice de l'UE. Il a ensuite accusé l'UE de mener une "politique de deux poids, deux mesures" en rejetant la demande turque tout en acceptant d'examiner celles d'autres pays.
A deux jours d'un sommet à Copenhague, les dirigeants européens n'ont toujours pas fixé de date pour l'adhésion de la Turquie, candidate depuis 1999 et qui réclame une date fixe dès 2003 pour l'ouverture de négociations d'adhésion.
La France et l'Allemagne ne lui ont proposé jusqu'à présent qu'une clause "de rendez-vous" en décembre 2004.
"Nous pensons fortement que la Turquie devrait se voir offrir une date rapprochée pour entamer des négociations d'adhésion", avait déclaré la semaine dernière le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher. Certains responsables américains souhaitent que l'UE fixe une date à Copenhague. (AFP, 10 décembre 2002)
L'Armée turque et les islamistes déjà impliqués dans la croisade de Bush!
Une cinquantaine de camions, transportant des armes américaines légères, sont entrés en Irak du nord alors que la Turquie a déployé des troupes à la frontière irakienne pour parer "à toute éventualité", rapporte lundi la presse turque.
Milliyet, qui ne précise pas ses sources ou le nombre de soldats déployés, affirme qu'une force suffisante a été déployée le long des 400 kilomètres de frontière avec l'Irak pour parer à un afflux éventuel de réfugiés en cas d'opération militaire américaine en Irak.
Les autorités turques se sont refusées à tout commentaire.
Les soldats turcs sont également en force suffisante pour contrer une offensive de rebelles kurdes du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), réfugiés de l'autre côté de la frontièrer, ou s'opposer à l'éventuelle création d'un Etat kurde dans le nord de l'Irak, selon Milliyet.
La Turquie dispose également, depuis plusieurs années, d'une force de plusieurs centaines d'hommes stationnés dans le nord de l'Irak.
Selon plusieurs autres journaux, une cinquantaine de camions ont récemment passé le poste frontière de Habur avec suffisament d'armes pour équiper quelque 2.000 Kurdes entrainés par quelque 500 Américains dans le nord de l'Irak.
Selon la presse, le gouvernement turc pourrait répondre, dès cette semaine, à une demande de Washington pour l'ouverture à ses avions de plusieurs bases aériennes dans l'est et le sud-est anatolien, dont Incirlik, Diyarbakir, Batman, Mus et Malatya, pour d'éventuelles missions de guerre.
Selon le quotidien Cumhuriyet, une mission technique américaine arriverait cette semaine en Turquie pour inspecter ces aéroports.
Le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz, avait affirmé lors d'une récente visite à Ankara que Washington envisageait d'investir quelque 700 à 800 millions de dollars, notamment pour la modernisation de ces aéroports.
Milliyet affirme lundi que la Turquie envisage une "coopération et coordination" avec les Etats-Unis en cas d'opération militaire contre l'Irak, mais demeure opposée au déploiement de dizaines de milliers de soldats américains sur son territoire.
Selon la presse, le Pentagone aurait souhaité déployer quelque 30.000 hommes en Turquie et 60.000 dans le nord de l'Irak. (AFP, 15 décembre 2002)
Irak: L'armée turque reconnaît se préparer à un possible conflit
L'armée turque a reconnu mercredi se préparer à un possible conflit en Irak, tout en démentant avoir déployé des milliers de troupes à la frontière avec son voisin.
Il est "naturel" que les forces armées turques "revoient leurs préparatifs et procèdent à des exercices d'entraînement et des manoeuvres du fait des événements dans la région" concernant une possible opération américaine contre le régime irakien, selon un communiqué de l'état-major des armées.
"Il n'y a pas de mesures extraordinaires prises ou de déploiement massif de troupes en dehors de préparatifs de routine pour parer aux développements qui pourraient se produire dans notre région", ajoute le communiqué.
Depuis plusieurs jours, la presse turque fait état de mouvements de troupes à la frontière irakienne, certains journaux évoquant des renforts turcs de 40.000 hommes.
Le communiqué à mis en garde contre la désinformation et des "informations erronées susceptibles de provoquer des craintes parmi la population".
Il s'agit de la première déclaration officielle de l'armée turque concernant des préparatifs pour une éventuelle opération militaire contre l'Irak.
Selon la presse turque, le Pentagone souhaiterait déployer quelque 60.000 soldats américains dans le nord de l'Irak et 30.000 sur des bases arrière en Turquie. Ankara, pour sa part, souhaiterait également déployer des troupes dans le Kurdistan irakien.
La Turquie est opposée à une opération militaire contre son voisin, craignant une déstabilisation de la région et de lourdes pertes économiques.
Mais, elle craint tout autant la mise en place d'un Etat kurde dans le nord de l'Irak en cas de désintégration du régime de Bagdad, estimant que ceci pourrait encourager des aspirations séparatistes de sa propre minorité kurde.
L'armée turque sort à peine de 15 ans de lutte contre une rébellion kurde menée par le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, rebaptisé Kadek) dans le sud-est du pays.
La Turquie, qui a déployé depuis plusieurs années quelque 2.000 soldats dans le nord de l'Irak pour surveiller les activités du PKK, a déjà fait savoir qu'elle envisage de mettre en place une "zone tampon" dans le nord de l'Irak pour éviter un afflux massif de réfugiés sur son sol en cas de guerre comme celui qui avait suivi à la fin de la guerre du Golfe en 1991. (AFP, 18 décembre 2002)
Manoeuvres aéronavales conjointes entre Israël, les USA et la Turquie
Israël, les Etats-unis et la Turquie procéderont le 1er janvier à des manoeuvres aéronavales conjointes au large des côtes israéliennes, a indiqué jeudi l'armée israélienne dans un communiqué.
Ces manoeuvres seront centrées sur des exercices de sauvetage en mer et la coordination des commandements militaires des trois pays dans ce cas de figure, précise le communiqué.
Des hélicoptères, des avions de reconnaissance et des bâtiments de la marine des trois pays y participeront, ajoute le texte.
Israël et les Etats-Unis, son principal allié, doivent par ailleurs procéder en janvier dans la région à des manoeuvres militaires conjointes dans la perspective d'une éventuelle attaque américaine contre l'Irak et d'une riposte irakienne contre l'Etat hébreu.
Ces manoeuvres auxquelles doivent prendre part des navires de guerre américains et des batteries de missiles antimissiles Patriot de fabrication américaine avaient été évoquées lors de la visite la semaine dernière en Israël du sous-secrétaire américain à la Défense Douglas Feith.
L'Irak avait tiré 39 missiles sol-sol Scud sur Israël pendant la guerre du Golfe en 1991.
La Turquie est le principal allié régional d'Israël depuis 1996, date de la signature d'un accord de coopération militaire qui a soulevé la colère de la plupart des pays arabes et de l'Iran.
Depuis, les deux pays organisent régulièrement des manoeuvres militaires conjointes et ont noué d'importants liens économiques. (AFP, 19 décembre 2002)
Nord de l'Irak: Talabani pas opposé aux troupes turques en cas de guerre
Le chef de l'Union patriotique du Kurdistan irakien (UPK) Jalal Talabani a dit mardi qu'il n'était pas opposé à un déploiement au Kurdistan irakien (nord de l'Irak) de soldats turcs en cas de guerre menée par Washington et de participation d'Ankara, selon l'agence turque Anatolie.
"Si la Turquie coopère avec la coalition internationale (dirigée par les Américains contre l'Irak), nous accueillerions favorablement (ce déploiement)... Nous n'avons pas peur de la Turquie, ni de ses soldats", a déclaré Jalal Talabani en visite à Ankara où il a rencontré le Premier ministre turc Abdullah Gul et des diplomates de haut rang.
Massoud Barzani, le chef du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), l'autre principale faction kurdes d'Irak du nord, a reporté à la semaine prochaine pour des raisons de santé sa visite à Ankara qu'il devait initialement effectuer en même temps que M. Talabani. Il doit également rencontrer le Premier ministre.
Le PDK et l'UPK contrôlent le Kurdistan irakien, qui échappe au contrôle du pouvoir central de Bagdad depuis la guerre du Golfe en 1991.
L'Etat turc, confronté aux velléités indépendantistes des Kurdes de l'est de la Turquie, a menacé de recourir à la force si les deux principales factions kurdes profitent de la guerre pour proclamer un Etat indépendant dans le nord de l'Irak.
Jusqu'à présent, les chefs kurdes n'étaient pas reçus par les chefs de gouvernement turc mais par des hauts responsables du ministère des Affaires étrangères.
De source diplomatique turque, on précise que la Turquie entend ainsi faire passer le message à l'administration irakienne qu'elle songe elle aussi à l'après-Saddam Hussein. (AFP, 24 décembre 2002)
La Turquie dit "oui" pour des bases, refuse l'arrivée de soldats américains (presse)
Les dirigeants civils et militaires turcs ont donné leur feu vert, lors d'une réunion au sommet lundi soir, à l'ouverture de plusieurs bases militaires aux Américains en cas d'opération contre l'Irak, mais ont refusé un pré-positionnement massif de troupes américaines en Turquie, a rapporté mardi la presse turque.
Un communiqué officiel publié lundi soir alors que le sommet des dirigeants turcs se poursuivait indiquait qu'une décision politique pour un engagement turc aux côtés des Etats-Unis lors d'une guerre contre l'Irak voisin n'avait pas encore été arrêtée.
Un conseil des ministres consacré à la question devait se tenir mardi soir.
Outre la base d'Incirlik (sud), utilisée massivement par les appareils britanniques et américains lors de la guerre du Golfe en 1991, Ankara mettrait à la disposition des Etats-Unis lors d'une éventuelle guerre ses aérodromes militaires de Diyarbakir (sud-est), Batman (sud-est), Mus (est) et Malatya (est), rapporte le journal Milliyet.
Incirlik accueille actuellement une cinquantaine de chasseurs-bombardiers américains et britanniques dans le cadre de la force "Northern Watch" chargée de faire respecter la zone d'exclusion aérienne mise en place au nord du 36e parallèle en Irak depuis 1991.
La réunion de lundi entre le Premier ministre Abdullah Gul, le chef d'état-major des armées, le général Hilmi Ozkok, le ministre des Affaires étrangères Yasar Yakis et d'autres hauts responsables s'est toutefois prononcée contre l'accueil de "dizaines de milliers de troupes d'infanterie" visant à ouvrir un "front nord" contre l'Irak, selon la presse locale.
Seulement des petites unités américaines seraient autorisées à stationner en Turquie, précise Milliyet.
Washington souhaiterait prépositionner jusqu'à 100.000 soldats en Turquie, selon la presse turque.
Toute décision concernant une aide militaire aux Etats-Unis doit obtenir l'aval du parlement à Ankara.
Les journaux soulignent que la Turquie exige que tout recours à la force bénéficie d'une légitimité internationale.
Selon le quotidien Radikal, la réponse de la Turquie aux demandes militaires de Washington pourrait être rendue publique à l'issue d'un Conseil national de sécurité (MGK), organe politico-militaire, qui doit se réunir vendredi.
Toujours selon les médias, des officiers américains opérant dans le cadre de l'Office de coopération de défense (ODC) basé à Ankara, ont commencé à inspecter des bases et ports turcs dans l'éventualité d'une guerre.
Le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz avait indiqué lors d'une récente visite à Ankara que son pays pourrait investir plusieurs centaines de millions de dollars pour aider à la modernisation de bases militaires en Turquie.
La Turquie, seul pays musulman membre de l'Otan, est opposée à une opération militaire contre son voisin, craignant une déstabilisation de la région et de lourdes pertes économiques. Mais le gouvernement américain exerce une forte pression sur Ankara pour obtenir une "participation active" de l'armée turque à une opération en Irak. (AFP, 24 décembre 2002)
Turcs et Américains "au moins 5 ans" dans le nord irakien en cas de guerre
Les forces armées turques et américaines resteraient "au moins cinq ans" dans le nord de l'Irak dans le cas d'une opération militaire internationale contre le régime irakien, rapporte mercredi la presse turque.
Les Etats-Unis ont demandé à la Turquie d'ouvrir un "front nord" contre l'Irak avec le pré-positionnement de quelque 80.000 soldats américains dont le quartier général (QG) sera situé à Diyarbakir (sud-est), selon le journal Milliyet.
Si la Turquie -qui n'a pas encore arrêté sa décision politique sur son engagement lors d'une éventuelle opération militaire contre son voisin du sud- accepte cette demande, son armée devrait elle aussi entrer en force sur quelque 70 km en territoire irakien pour contrer un éventuel afflux de réfugiés, précise le quotidien.
Afin d'empêcher la création d'un éventuel Etat kurde dans le Kurdistan irakien -hantise de la Turquie- dans le cas d'un renversement du régime irakien, l'armée turque projette de rester aussi longtemps que les Américains seront présents dans la région, souligne le journal.
Cette durée est estimée à "au moins cinq ans", selon Milliyet et le journal à gros tirage Hurriyet.
Ce dernier affirme en outre que la Turquie a décidé d'augmenter considérablement le nombre de ses soldats déployés dans le nord de l'Irak. Elle envisage de déployer un corps d'armée, c'est-à-dire jusqu'à 30.000 hommes dans cette région, souligne le journal.
Ankara a déployé depuis plusieurs années des centaines de soldats dans le nord de l'Irak pour surveiller les activités des rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
La Turquie a déjà fait savoir qu'elle envisage de mettre en place une "zone tampon" dans le nord de l'Irak, qui échappe à Bagdad depuis la fin de la guerre du Golfe en 1991, pour éviter un afflux massif de réfugiés sur son sol en cas de guerre.
Toute décision concernant une aide militaire aux Etats-Unis, allié stratégique de la Turquie, doit obtenir l'aval du Parlement à Ankara.
La Turquie exige que tout recours à la force bénéficie d'une légitimité internationale.
Jalal Talabani, le chef de l'Union patriotique du Kurdistan irakien (UPK), l'une des deux factions kurdes qui contrôlent le nord de l'Irak, a dit mardi à Ankara qu'il n'était pas opposé à un déploiement dans cette zone de soldats turcs en cas de guerre menée par Washington et de participation d'Ankara. (AFP, 25 décembre 2002)
La Turquie étend le mandat de la force de surveillance aérienne du nord irakien
Le parlement turc a étendu mercredi pour une nouvelle période de six mois à partir du 31 décembre le mandat de la force aérienne américano-britannique chargée de la surveillance de la zone d'exclusion aérienne dans le nord de l'Irak, a annoncé l'agence turque Anatolie.
L'opération de surveillance de la zone d'exclusion aérienne située au nord du 36ème parallèle, baptisée "Northern Watch", a débuté en janvier 1997 et met en jeu une quarantaine d'avions de combat américains et britanniques basés à Incirlik, en Turquie. Son mandat a été renouvelé tous les six mois par le parlement de Turquie.
Cette force est destinée à protéger les populations kurdes du nord de l'Irak d'une attaque irakienne. Bagdad a perdu le contrôle de cette région désormais administrée par les Kurdes depuis la guerre du Golfe.
Une zone d'exclusion similaire a été créée dans le sud de l'Irak, afin de protéger les minorités chiites.
Par ailleurs, le débat au sujet de l'éventuel soutien du pays à une opération américaine en Irak et des formes qu'il pourrait prendre s'est poursuivi sans résultat mercredi.
A l'issue d'une réunion ministérielle, le porte-parole du gouvernement turc, le Premier ministre adjoint Abdullatif Sener a souligné qu'aucune décision n'avait encore été prise. "Nous avons évalué les derniers développements dans les relations américano-irakiennes et discuté des diverses possibilités qui nous sont offertes", a-t-il déclaré.
La question irakienne devrait dominer vendredi l'ordre du jour de la réunion mensuelle du Conseil National de Sécurité turc, l'organe exécutif suprême contrôlé par les militaires. Une décision favorable à un soutien à une opération contre l'Irak devrait ensuite être avalisée par le Parlement.
Ankara craint qu'une éventuelle guerre en Irak n'amplifie ses difficultés économiques et ne débouche sur la création d'un Etat kurde indépendant dans le nord de l'Irak, risquant d'entrainer des soubresauts parmi l'importante minorité kurde de Turquie. (AFP, 25 décembre 2002)
Les dirigeants turcs lient leur décision sur une guerre à l'avis de l'Onu
Les dirigeants turcs, réunis au sein du Conseil de sécurité nationale (MGK) pendant plus de cinq heures et demie, ont annoncé vendredi soir vouloir "chercher des solutions pacifiques" avant de s'engager dans une guerre contre l'Irak.
Les responsables civils et militaires turcs ont annoncé dans un communiqué publié à l'issue de leur réunion mensuelle vouloir "poursuivre leurs efforts