flashfondationeditorsbulletinspublications

INFO-TURK

A non-government information center on Turkey

Un centre d'information non-gouvernemental sur la Turquie

41th Year / 41e Année
Décembre
 
2025 December
N° 568
53 rue de Pavie - 1000 Bruxelles
Tél: (32-2) 215 35 76
Chief Editor /Rédacteur en chef: 
Dogan Ozgüden

Responsible editor/Editrice responsable:

Inci Tugsavul
Human Rights
Pressures on  media
Kurdish Question
Minorities
Interior politics
Armed Forces
Religious affairs
Socio-economics
Turkey-Europe
Turkey-USA
Regional Relations
Cyprus and Greece
Migration

Site searchWeb search

powered by FreeFind


Titres des évènements du mois
Titles of this month's events

La rencontre de deux femmes journalistes révolutionnaires… - Doğan Özgüden


Droits de l'Homme / Human Rights

"La démocratie a été profondément blessée" estime l'épouse du maire d'Istanbul
Thousands of non-political prisoners begin leaving prison under new judicial reform
Several celebrities detained in drug investigation
LGBTI+ groups demand investigation into suspicious death of trans prisoner

Work-related deaths in Turkey hit record high in November, 13 child workers killed
Sixteen students arrested in İstanbul for protesting rising child worker deaths


Pression sur les médias / Pressure on the Media

Journalist Barış Terkoğlu detained over report on prosecutor
Report: Over 8,700 news articles censored in Turkey in 2024

La Turquie épinglée pour des condamnations fondées sur l'usage d'une messagerie (CEDH)
Terrorism' trial begins for journalists over freelance work for pro-Kurdish media
Folk singer Pınar Aydınlar sentenced to over 6 years in prison on 'terrorism' charges
Un journaliste battu à mort en plein centre ville et la suite... - Ragip Duran
Sözcü TV dismisses 15 journalists including editor-in-chief

Kurdish Question / Question kurde

Parliament’s peace process committee extends work
En visite à Damas, le chef de la diplomatie turque met la pression sur les Kurdes syriens
Kurdish band Koma Amed’s concert in İstanbul canceled hours before showtime

La rencontre de deux femmes journalistes révolutionnaires… - Doğan Özgüden
Mise en garde d'Ankara aux forces kurdes de Syrie: nous "perdons patience"
Leyla Zana victime d’insultes sexistes lors d’un match de foot

Les Kurdes déjouent une tentative d'évasion d'un camp de jihadistes en Syrie
"L’ange de la paix" en colère contre Barzani - Ragip Duran

Les Kurdes de Syrie saluent "l'impact positif" du processus de paix en Turquie
Le chef du PKK réaffirme son soutien au processus de paix

Minorités / Minorities


Politique intérieure/Interior Politics

Erdogan n’est toujours pas arrivé à résoudre le problème kurde - Ragip Duran

Forces armées/Armed Forces

Le chef d'état-major libyen tué dans l'accident de son avion en Turquie
Un drone "considéré" comme de fabrication russe retrouvé écrasé en Turquie
La Turquie abat un drone "hors de contrôle" en provenance de la mer Noire

Le soutien "Pomme Rouge" à Tayyip en Europe - Doğan Özgüden

Affaires religieuses / Religious Affairs
 

115 membres présumés de l'EI arrêtés avant les fêtes de fin d'année

La Turquie annonce la capture d'un chef de l'EI entre Afghanistan et Pakistan
L’ombre des islamistes grandit sur Diyarbakir, la grande ville kurde de Turquie

Socio-économique / Socio-economic

Nouvelles arrestations dans le football pour paris truqués

Scandale de paris dans le football turc: 11 joueurs professionnels placés en détention
La compagnie aérienne turque Pegasus va racheter Smartwings et Czech Airlines

Scandale de paris dans le football turc: la justice ordonne l'arrestation de 29 joueurs
En Turquie, des fouilles éclairent d'un jour nouveau la société néolithique

Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

Dix ans de prison pour deux jeunes "mules" françaises
L’influence croissante des partis patriotiques européens incite à un certain optimisme… »
CE: "Turkish authorities should ensure the implementation of human rights standards"

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO

ISIS planning attacks on New Year's Eve in İstanbul, Ankara
  Les Etats-Unis ouvrent un nouveau consulat au Kurdistan irakien

Relations régionales / Regional Relations

Affrontements meurtriers entre forces kurdes et gouvernementales à Alep

Bulgarie: début du déplacement du navire ciblé par des drones fin novembre
Un navire turc endommagé dans une frappe russe près d'Odessa
Poutine, Erdogan et Pezeshkian au Turkménistan, un des pays les plus secrets du monde

La Turquie appelle Kiev et Moscou à épargner leurs infrastructures énergétiques
Attaques en mer Noire: Turquie, Roumanie et Bulgarie appellent au "respect du droit international"

Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece

Les dirigeants chypriotes grec et turc s'engagent à reprendre le processus de paix

Immigration / Migration

Nous avons perdu l'un de nos amis exilés créateurs- Doğan Özgüden

Saint-Josse : le personnel communal est en grève


Droits de l'Homme / Human Rights

"La démocratie a été profondément blessée" estime l'épouse du maire d'Istanbul

La démocratie en Turquie a été "profondément blessée" depuis l'arrestation en mars du populaire maire d'opposition d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, dénonce son épouse dans un entretien à l'AFP.

"C'est une période extrêmement difficile pour nos enfants et pour moi", avoue Dilek Kaya Imamoglu, 51 ans, qui a répondu aux questions par écrit. Mais le principal message de son mari est "de ne jamais perdre espoir", souligne-t-elle.

Ekrem Imamoglu, détenu depuis neuf mois, est considéré comme le principal rival politique du président Recep Tayyip Erdogan et a été désigné candidat du premier parti d'opposition, le CHP, pour l'élection présidentielle de 2028.

Son arrestation le 19 mars a déclenché la pire vague de contestation qu'ait connue la Turquie depuis 2013. Visé par une série d'enquêtes, M.Imamoglu est accusé de piloter un vaste réseau criminel qualifié de "pieuvre" par les autorités judiciaires, allant de la corruption au blanchiment d'argent.

142 chefs d'accusation peuvent lui valoir jusqu'à 2.430 ans de prison, lors d'un procès qui s'ouvrira le 9 mars.

"On ne peut pas faire taire la conscience publique. Ces épreuves ne me portent pas au désespoir mais à la solidarité. J'ai confiance dans la volonté et la conscience du peuple", affirme Dilek Imamoglu qui s'est lancée en pleine lumière pour faire entendre la voix de son époux.

 - "Libre dans ma tête" -

 Le matin de l'arrestation de son mari, "j'ai regardé par la fenêtre et j'ai été choquée de voir des centaines de policiers" se souvient-elle. "J'avais l'impression que mon coeur battait hors de ma poitrine. Je n'oublierai jamais l'inquiétude dans les yeux de nos enfants". Mais Imamoglu s'est tourné vers eux pour leur dire: "Nous garderons la tête haute et nous ne perdrons jamais espoir", raconte-t-elle.

"Et au lieu de nous soumettre, nous avons choisi de lutter", reprend Dilek Imamoglu, autorisée avec sa famille à une visite hebdomadaire à la prison de Silivri, dans l'ouest d'Istanbul, la plus grande du pays. Des moments "très précieux, mais aussi très lourds", précise-t-elle.

Imamoglu "résiste en travaillant, en réfléchissant à l'avenir de notre pays et en lisant. +Ma liberté est dans ma tête+, dit-il. Les messages de solidarité, les lettres et les visites lui donnent une force incroyable. Cela l'aide à sentir qu'il n'est pas seul, mais avec des millions de personnes", assure-t-elle.

 - "Déçue" par le silence de l'Europe -

 Des voix critiques en Turquie ont dénoncé le silence des pays européens, accusés de fermer les yeux sur l'érosion de l'État de droit et de l'indépendance de la justice en Turquie, alors que le gouvernement réprime les opposants et emprisonne ses rivaux politiques.

"Franchement, ce mutisme nous a déçus", regrette Dilek Imamoglu. "Alors que la volonté de millions de personnes en Turquie est bafouée, des pays qui prétendent défendre la démocratie ont souvent choisi de rester silencieux".

Pour Dilek Imamoglu, la démocratie "a été profondément blessée" en Turquie: "La liberté de la presse, l'indépendance de la justice, les droits et libertés fondamentaux sont sous pression. Tout ceci témoigne d'une dérive vers l'autoritarisme", pointe-t-elle.

Mais "la conscience du peuple finira par l'emporter. C'est de là que je tire mon espoir", veut-elle croire.

- "Nous ne sommes pas seuls" -

 Outre Imamoglu, d'autres personnalités dont l'ex-coprésident du parti kurde Selahattin Demirtas, ou le philanthrope Osman Kavala, sont emprisonnées depuis bien plus longtemps que lui, faisant porter le poids de l'absence à leurs familles.

"Je partage aujourd'hui la patience et la résilience des épouses de Selahattin Demirtas et d'Osman Kavala. L'endurance des familles de ceux qui sont injustement et illégalement privés de leur liberté me guide, car nous ne sommes pas seuls", relève Mme Imamoglu.

Craint-elle un destin similaire pour son époux? "En tant qu'épouse, il m'est impossible de ne pas m'inquiéter. Les décisions de la Cour européenne des droits de l'homme et de la Cour constitutionnelle sont ignorées. La Constitution n'est pas appliquée, on tente de normaliser l'illégalité", répond-elle.

À la perspective du procès à venir, elle juge impossible d'en prédire l'issue alors que "tant d'injustices et d'illégalité" ont marqué le processus. "Mais je veux croire que justice sera rendue de manière équitable, et qu'Ekrem et ses collègues seront finalement acquittés. Pour le bien des 86 millions de citoyens de notre pays".

Sous les projecteurs depuis mars, Dilek Imamoglu s'efforce de participer à des rassemblements et rencontre les familles d'autres responsables du parti emprisonnés. Elle écarte cependant l'idée d'entrer en politique. "Le politique chez nous, c'est Ekrem Bey", classe-t-elle. (AFP, 25 déc 2025)

Thousands of non-political prisoners begin leaving prison under new judicial reform

The release of prisoners across Turkey has commenced after the approval of the 11th Judicial Package, a legislative reform that was passed in the parliament late yesterday.

Justice Minister Yılmaz Tunç announced today that the necessary preparations in correctional facilities have been completed. "As of today, the procedures for convicts who will benefit from the regulation have been initiated," he said.

The legislation expands a conditional release provision originally introduced during the Covid-19 pandemic, known as the "Covid-19 pardon." The regulation allows eligible convicts to be transferred from closed prisons to open facilities earlier or to be released under supervised probation.

Exclusions

While the reform paves the way for the release of thousands, the Justice Ministry clarified that several categories of offenses are excluded:

Intentional homicide, particularly when committed against family members, spouses, children, or women.
Deaths resulting from the collapse or damage of buildings during earthquakes.
Sexual offenses and crimes against "sexual inviolability."
Terrorism-related offenses and crimes committed within the scope of "organizational activities."

Parliamentary vote and opposition

The 11th Judicial Package was approved with 274 votes in favor and 77 against. The ruling Justice and Development Party (AKP) and its ally, the Nationalist Movement Party (MHP), voted for the package.

The main opposition Republican People's Party (CHP) voted to reject the bill.

The pro-Kurdish Peoples' Equality and Democracy (DEM) Party abstained from the vote. It criticized the package for "excluding political prisoners while allowing the release of those convicted of crimes against women and children." (BIA, 25 Dec 2025)

Several celebrities detained in drug investigation

A number of well-known figures in Turkey have been detained as part of a drug-related investigation launched by the İstanbul Chief Public Prosecutor’s Office.

Pop singer Aleyna Tilki, actress İrem Sak and social media personalities Danla Bilic and Mümine Senna Yıldız were taken into custody early this morning. Arrest warrants were also issued for actress Melisa Döngel, siner Yusuf Güney, and social media figure Cihan Şensözlü, but authorities said they were not found at their listed addresses.

The investigation is based on allegations of purchasing, accepting, possessing, or using illegal drugs for personal use. The İstanbul Chief Public Prosecutor’s Office stated that “reasonable suspicion was established that certain celebrities were using narcotic or stimulant substances.”

Search operations were carried out by İstanbul Gendarmerie units on Dec 18 at seven different addresses in the districts of Sarıyer, Eyüp, Şişli, Üsküdar, Bakırköy, and Esenyurt. Authorities said that five grams of cannabis and a grinding device were found at the residence of Mümine Senna Yıldız.

Warrants have also been issued for celebrities Mert Vidinli, Şeyma Subaşı, and Şevval Şahin, who are reportedly abroad.

According to reporting by state-run Anadolu Agency, the investigation is being conducted by the Office for the Investigation of Smuggling, Narcotics, and Economic Crimes. It includes charges of “providing narcotic substances,” as well as “using or facilitating the use of drugs.”

Warrants have also been issued for businesspeople Kasım Garipoğlu and Burak Ateş on similar charges.

Sercan Yaşar, an influencer who was detained earlier in the investigation, was released yesterday under the provisions of effective remorse.

Other individuals detained in connection with the same probe include Mehmet Akif Ersoy, former editor-in-chief of Habertürk TV, news anchor Ela Rümeysa Cebeci, Ufuk Tetik, Ebru Gülan and Mustafa Manaz. (BIA, 18 Dec 2025)

LGBTI+ groups demand investigation into suspicious death of trans prisoner

LGBTI+ and women's rights organizations have called for a full investigation into the suspicious death of a trans man named Poyraz, who died on Dec 1 while in custody at Sincan Women’s Closed Prison in Ankara.

The groups organized press conferences yesterday in several cities, including İstanbul, Ankara, İzmir, Diyarbakır, Mersin, and Aydın, emphasizing that the death should not be dismissed as a suicide without thorough investigation.

Activists also called for an end to solitary confinement and discriminatory treatment of trans prisoners.

Suspicion surrounding the incident

According to KaosGL, Mimar Sinan Fine Arts University’s LGBTI+ student group, Kuir Baykuş, stated, “Based on public information, trans man prisoner Poyraz was found dead under suspicious circumstances in his ward at the Ankara Sincan Penal Institution Campus on Dec 1, 2025.”

The group cited accounts from other trans inmates and their lawyers, claiming that shortly before the incident, four trans prisoners were sent together for psychiatric evaluation for the first time. During this period, Poyraz was reportedly moved into their ward. Upon returning, the prisoners allegedly found Poyraz hanging.

They said medical personnel did not respond for a long time, and prosecutors and crime scene investigators only arrived two days later. No witness statements were taken, they added.

“In addition, it is claimed that the rope used in the hanging had not previously been present in the ward, that Poyraz’s head had been shaved, and that he had recently lost a noticeable amount of weight,” the group said. “These reports make it unacceptable for the incident to be dismissed as suicide.” (BIA, 18 Dec 2025)


Le livre des lanceurs de feux de la révolte...



Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 2 décembre 2025
Souvenirs de l’entretien bruxellois d’Atilla Keskin, condamné à mort aux côtés de Deniz Gezmiş, Yusuf Arslan et Hüseyin İnan, durant lequel il a partagé leurs douleurs et leurs joies
Dimanche dernier, nous nous sommes réunis en Belgique pour un évènement exceptionnel avec nos amis défenseurs de la démocratie, la liberté et l’égalité des peuples. Cette réunion durant laquelle Atilla Keskin, le plus proche camarade des trois jeunes pousses que nous avons sacrifiés à la brutalité du fascisme du 12 mars, il y a tout juste 53 ans, a présenté son livre intitulé « Nous avions allumé un feu de révolte – Des sourires qui ne succomberont jamais aux douleurs », nous a permis de renouer avec la génération de 68, à commencer par Deniz Gezmiş, Yusuf Arslan et Hüseyin İnan.
 
En organisant cette rencontre, nos chers amis Erdinç Utku et Serpil Aygün qui, depuis des années, contribuent grandement au monde des médias et de l’art en Belgique, ont assuré un grand apport au dialogue entre les différentes générations de révolutionnaires et démocrates qui essaient de prendre part à la lutte pour la liberté et la démocratie depuis l’étranger, malgré les pressions exercées depuis des années par le régime d’Ankara.
 
Ce fut particulièrement émouvant pour moi d’assister à cette rencontre en compagnie de Nazım Alfatlı, qui a fait entendre notre voix dans les éditions en langue turque de la radio-télévision belge dans les années 70 et 80, du poète-écrivain Nihat Kemal Ateş qui, depuis des années, partage nos sentiments dans ses poèmes, et du dessinateur Ali Cabbar, auteur d’un magnifique roman-photo documentaire intitulé « Bravo mon enfant » sur la vie et le combat de Deniz Gezmiş. Une émotion qui fut d’autant plus grande lors de l’accolade de ce dernier avec Atilla Keskin, le camarade de Deniz…
 
Atilla figurait au quatrième rang des 18 jeunes révolutionnaires condamnés à mort par le tribunal martial à Ankara lors du procès de l’Armée populaire de libération de la Turquie (THKO). Cependant, le Parti de la justice, dirigé par Demirel et alors majoritaire au Parlement, entendait venger la mort des trois personnes exécutées après le coup d’Etat du 27 mai 1960: le Premier ministre Menderes, le ministre des Affaires étrangères Zorlu et le ministre des Finances Polatkan. En conséquence, la Cour d’appel militaire confirma les exécutions de trois révolutionnaires et commua les peines de 15 jeunes à la prison à perpétuité, permettant ainsi à Atilla de rester en vie.
 
Si j’avais bien connu Deniz Gezmiş, Cihan Alptekin et İbrahim Kaypakkaya en Turquie, je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Atilla Keskin. Je l’ai croisé pour la première fois en exil, lors de nos fréquentes rencontres dans les studios de Med TV, la chaîne de télévision kurde établie en Belgique. Nous nous étions également retrouvés lors la fondation de l’Assemblée des Exilés en Europe (ASM) en Allemagne.
 
Comme je l’ai mentionné lors de la rencontre de dimanche, la participation active des jeunes à la lutte révolutionnaire de gauche en Turquie a débuté bien avant 1968, dès 1962 dans les rangs du Parti ouvrier de Turquie (TIP). Lorsque je suis arrivé à Istanbul en 1963 pour prendre mes fonctions au siège central du parti, après avoir participé à l’organisation du parti  à Izmir, la branche jeunesse du Parti ouvrier de Turquie était déjà en train de s’organiser, non seulement dans les universités, mais aussi dans les quartiers ouvriers. De plus, notre jeune camarade kurde Ali Yaşar occupait la présidence de la branche jeunesse.
 
Lors du 1er Grand Congrès du Parti ouvrier de Turquie en 1964, il fut initialement décidé d’assurer une représentation de la branche jeunesse au sein du conseil exécutif général, mais suite aux objections de certains dirigeants, il fut fait marche arrière et cette décision fut annulée.
 
Quand nous nous opposâmes à l’exclusion des travailleurs intellectuels des élections aux instances dirigeantes ainsi qu’au rejet de la représentation de la branche jeunesse au conseil exécutif général, nous avons été exclus du parti avec le président de la branche jeunesse Ali Yaşar.
 
Malgré cela, une grande partie de la jeunesse universitaire, tout comme le journal Akşam dont j’étais le rédacteur en chef, soutenait la campagne du Parti ouvrier de Turquie. Deniz Gezmiş, alors âgé de 18 ans, s’était inscrit durant cette campagne dans la section du TİP du district d’Üsküdar, et y avait assumé des responsabilités. Atilla Keskin, inscrit à l’Université Technique du Moyen-Orient (ODTÜ) en 1964, avait rejoint le Parti ouvrier de Turquie la même année.
 
Dans l’un de ses entretiens, Atilla décrit l’orientation des jeunes vers la résistance de 68 en ces termes :
 
« Tout d’abord, le monde était en ébullition. Les luttes anti-impérialistes, les combats de guérilla, les luttes de classe en Europe et en Amérique, Cuba et la révolution chinoise… Tous nous ont marqués. Par ailleurs, en 1965, 15 députés socialistes ont fait leur entrée au Parlement. Il y avait de grandes manifestations de masse, la fondation de la DİSK (Confédération des Syndicats ouvriers révolutionnaires), etc., et une Turquie en ébullition. Les Kurdes commençaient à s’élever contre les propriétaires terriens. A côté de cela, nous étions tous dans le monde de la littérature, du cinéma, de la culture et du théâtre. Nous avions lu Nazım [Hikmet], Yaşar Kemal et Orhan Kemal. Il y avait un tel bagage culturel ».
 
En effet, la jeunesse de cette époque, et en particulier les intellectuels kurdes à Istanbul et la jeunesse kurde dans les universités, fit entendre sa voix avec une force croissante, et influencée par l’entrée de candidats kurdes à la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM) lors des élections générales de 1965, puis dans les assemblées municipales lors des élections locales suivantes, devint plus sensible à la question kurde.
 
L’éveil politique initié par le TİP prit une ampleur plus retentissante encore avec les « Meetings de l’Est » organisés à Silvan, Diyarbakır, Siverek, Batman, Dersim, Ağrı et Erzurum en 1967. Les « Meetings de l’Est » et les « Soirées de l’Est », organisés en 1969, aboutirent à la création des Foyers culturels révolutionnaires de l’Est (DDKO), une étape majeure de l’histoire politique kurde.
 
L’organisation stambouliote du DDKO était l’œuvre de notre camarade et ami proche Necmettin Büyükkaya, de la même génération que Deniz. Necmettin allait lui aussi être torturé à mort dans la prison de Diyarbakır après le coup d’Etat du 12 septembre.
 
L’éminent intellectuel kurde Mehmet Emin Bozarslan, qui prononça le discours d’ouverture du DDKO, avait à cette époque traduit en turc à la fois l’œuvre de Nayef Hawatmeh, La guerre populaire en Palestine et le Moyen-Orient, et l’Histoire kurde de Cheref-Khan, que nous avions tous deux publiés aux éditions Ant.     
 
L’attitude constante du Parti ouvrier de Turquie sur la question kurde, malgré les divisions internes au sein du parti, atteint son paroxysme avec l’adoption, lors du 4er Grand Congrès, d’une résolution qui, sous les insistances des délégués kurdes, affirmait pour la première fois noir sur blanc les droits et revendications du peuple kurde en Turquie.
 
Toutefois, cette décision allait entraîner la fermeture du Parti ouvrier de Turquie par la Cour constitutionnelle, sous les ordres des putschistes après le coup d’Etat du 12 mars 1971.
 
Dans son entretien, Atilla a clairement montré comment leur détention de huit mois dans la prison de Diyarbakir, après leur entraînement à la guérilla auprès du Fatah en février 1970 et leur arrestation à leur retour en Turquie, leur permit, en côtoyant de plus près les Kurdes, de se libérer de leur conditionnement chauviniste et de favoriser leur solidarité avec le juste combat de la nation kurde.
 
En écoutant Atilla, je me suis souvenu de ces jours de quête et de rébellion, il y a d’ici 55 ans. En effet, la seule véritable solidarité avec le peuple palestinien depuis la Turquie n’était venue que de notre jeunesse révolutionnaire à la fin des années 1960. De nombreux jeunes révolutionnaires, comme Deniz Gezmiş, Hüseyin İnan, Yusuf Aslan et Atilla Keskin, s’étaient rendus en Palestine et combattu dans les rangs de la guérilla.
 
Les gtans médias et la Radio-Télévision turque (TRT), s’appuyant sur les mensonges propagés par la police ayant arrêté et torturé ces jeunes à leur retour de Palestine, le 1er février 1970, les attaquaient en les accusant d’être « des terroristes formés en Palestine arrêtés en flagrant délit ».
 
A cette époque, Hüseyin İnan, Atilla Keskin et leurs amis déclaraient dans un message envoyé à Ant : « Le gouvernement collaborateur a envoyé ses agents à nos trousses en Palestine, où nous étions allés soutenir la juste lutte des peuples arabes. A notre retour, ils nous ont fait capturer grâce à un stratagème ingénieux prémédité et ont tenté de nous faire passer pour des saboteurs et des agents stipendiés ».
 
En effet, durant ces années, le gouvernement Demirel, loin de soutenir le peuple palestinien, était plus occupé par la traque des révolutionnaires solidaires, allant jusqu’à soutenir les islamistes qui, comme lors du « Dimanche sanglant », organisaient des attaques sanglantes à coups de bâton et de couteau contre les manifestations et rassemblements de travailleurs et étudiants en résistance contre l’impérialisme US protecteur d’Israël.
 
J’avais alors publié un éditorial en défense de la jeunesse révolutionnaire dans le numéro du 10 février 1970 de la revue Ant, demandant :
 
« Ceux qui ont envoyé des dizaines de milliers de soldats à des milliers de kilomètres de là combattre le peuple coréen dans les années 1950 pour défendre les intérêts de l’impérialisme américain en Extrême-Orient ont-ils le droit d’accuser ceux qui se sont rangés du côté du peuple arabe, lequel mène l’une des guerres les plus justes au monde ? Bien sûr, les 47 dernières années écoulées ont amplement démontré qu’ils n’en ont aucun droit depuis ce jour. La seule chose qu’ils connaissent de la Palestine, c’est le cintre palestinien [Filistin Askısı] qu’ils infligent lors des séances de torture des révolutionnaires qu’ils arrêtent ! »
 
Immédiatement après, Yusuf Aslan, le camarade d’Atilla Keskin, nous avait envoyé un message que j’avais publié dans le numéro du 24 février 1970 de la revue Ant : « Dans la situation qui est celle d’aujourd’hui, l’une des conditions permettant de porter un coup fatal à l’impérialisme est que les peuples du Moyen-Orient que l’impérialisme, particulièrement, a transformé en région ravagée par la guerre, les peuples de Turquie, d’Iran, arabe, chypriote et kurde, forment un front anti-impérialiste et constituent un cercle révolutionnaire moyen-oriental. C’est la raison pour laquelle je suis allé rejoindre le Fatah pour acquérir la pratique de la lutte révolutionnaire qui sévit depuis des années au Moyen-Orient et pour apporter mon concours, en tant que soldat, à la guerre de libération des peuples arabes écrasés ».
 
Les derniers mots de Deniz Gezmiş sur la potence – « Vive l’indépendance des peuples de Turquie. Vive la sublime idéologie du marxisme-léninisme. Vive la lutte pour l’indépendance des peuples turc et kurde. A bas l’impérialisme ! » – furent l’expression la plus concise et indéniable de cette évolution.
 
Dans son ouvrage « Des sourires qui ne succombent jamais aux douleurs », Atilla Keskin relate avec sincérité ses propres aspirations et celles de sa génération, leurs quêtes, leurs sacrifices et leur détermination, ainsi que leurs passions pour la littérature, le cinéma, la culture et le théâtre, leurs enthousiasmes exprimés par le concerto pour guitare de Joaquin Rodrigo, si cher à Deniz, et leurs sourires reflétés par les « moqueries » que Deniz affectionnaient aussi.
 
Erdinç Utku, qui a permis notre rencontre, a écrit le lendemain sur sa page de réseau social :
 
« Lorsqu’Atilla Keskin a pris la parole, l’atmosphère de la salle a changé. Il a comparé le mouvement étudiant de 68 en Turquie avec sa vague sœur européenne. Les vagues s’écrasaient sur le rivage avec la même force, mais les rochers offraient une résistance différente. Dans les rangs, un regard de Deniz Gezmiş et une parole de Cihan Alptekin ont été évoqués. Une femme au premier rang de la salle s’est essuyée les yeux, tandis qu’une autre, au fond, baissait la tête avec un sourire amer. Tels étaient les souvenirs de Keskin : à la fois un poignard et un baume. « Ne cherchez pas de sauveur. Questionnez. Vous êtes la solution. Nous tombons dans le découragement quand nous apprenons plus tard qui étaient ceux que nous prenions pour nos sauveurs », et ces mots ont résonné dans la salle comme une douce vague : un peu d’espoir, un peu de reproche, mais surtout la responsabilité. En terminant son allocution, il nous a rappelé que sa génération avait toujours gardé son sens de l’humour, même dans les moments les plus difficiles. C’est peut-être pour cela qu’ils arrivaient encore à garder le sourire ».
 
Oui, malgré la douleur, la défaite et le temps…
 
Cher Atilla, dans le titre de ton livre dans lequel tu racontes les sourires qui ne succombent jamais aux douleurs, tu dis : « Nous avons allumé le feu de la révolte »… Je crois que ce feu ne s’éteindra jamais…

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN



Work-related deaths in Turkey hit record high in November, 13 child workers killed

Turkey recorded its highest number of work-related deaths in November since 2011, excluding months significantly impacted by the coronavirus pandemic, the 2023 earthquakes, and the 2014 Soma mining explosion. At least 216 workers died on the job last month, according to the monthly report released by the Health and Safety Labor Watch (İSİG), which monitor work-related deaths across the country.

This figure marks the highest monthly loss since 2011, outside of the noted extraordinary periods. The total number of workers who died on the job in the first 11 months of the year reached 1,956.

In the months preceding November, the number of deaths were 180 in January, 129 in February, 158 in March, 156 in April, 178 in May, 161 in June, 207 in July, 192 in August, 208 in September, and 171 in October.

High number of child worker fatalities
Of the 216 workers who lost their lives last month, 73 were in the construction sector, 68 in industry, 41 in services, and 34 in agriculture. The 71 deaths in the construction sector represent an all-time high for this industry in the İSİG Assembly's records.

The İSİG Assembly noted the severity of the situation in construction, stating, “We had never recorded such a high number of deceased construction workers. The deaths of 71 construction workers summarize the state of precarious employment.”

The statistics included 13 minors, four of whom were under the age of 14, forced into work. The İSİG noted that recent policies on education and impoverishment have made child labor a mass phenomenon, shifting its focus from rural to urban areas.

“Hundreds of thousands of child workers are now employed in urban factories, workshops, construction sites, shops, and shopping malls under the guise of apprentices or interns," the Assembly said. "The result is clear: the 71 child worker deaths we recorded in 2024 was the highest year for child occupational homicides. As of the end of November this year, the number of deceased child workers is 85.”

Among those killed in November were 19 women and 12 migrant workers. Only four of the deceased were members of a trade union. (BIA, 5 Dec 2025)


Sixteen students arrested in İstanbul for protesting rising child worker deaths

Sixteen students who protested the Education Minister Yusuf Tekin over student worker deaths in vocational training programs were arrested yesterday. The students, all members of the Workers’ Party of Turkey (TİP), were taken into custody after the Dec 2 protest in İstanbul.

The students who gathered outside a vocational training event attended by the minister displayed a banner reading, "The blood of the children is on your hands" in protest of fatalities among student workers enrolled in the Vocational Education Center (MESEM) program, which falls under the National Education Ministry.

Seventeen people were initially detained following the protest. Prosecutors sought the arrest of the students without first taking their statements.

The Bakırköy Duty Penal Judgeship of Peace ordered the arrest of 16 individuals on charges of “resisting a public officer to prevent them from performing their duty” and “damaging property.”

The court justified the arrests by claiming there was “concrete evidence indicating a strong suspicion of crime,” based on the on-site inspection report and video footage of the protest. The court contended that the arrests were a proportional measure.(BIA, 4 Dec 2025)


Pression sur les médias / Pressure on the Media

Journalist Barış Terkoğlu detained over report on prosecutor

Journalist Barış Terkoğlu, a columnist for daily Cumhuriyet and programmer for Onlar TV YouTube channel, has been detained following a broadcast yesterday. His colleague Barış Pehlivan, announced the detention.

In the broadcast, Terkoğlu alleged that police encountered a prosecutor during a past raid on a venue named 'Kütüphane,' which has been linked to drug operations. The report further claimed that a notification was filed with the Council of Judges and Prosecutors (HSK) for a disciplinary investigation regarding the official.

Pehlivan criticized the move on social media. "They want to silence journalists who work for a clean society and decipher dirty public officials instead of investigating them. The chief prosecutor's office is doing this through a report that it personally confirmed." (BIA, 25 Dec 2025)

Report: Over 8,700 news articles censored in Turkey in 2024

A new report titled What Do the Numbers Say? 2024 Internet Censorship Report has revealed the scale of online censorship in Turkey throughout 2024, highlighting a broad crackdown on digital content ranging from news articles to social media posts.

According to the report prepared by journalist Ali Safa Korkut, access to a total of 758,716 URLs was blocked over the year. This included 740,624 domain names, 8,762 news articles, 7,218 social media posts, and 1,897 social media accounts.

In addition to these, authorities also blocked 73 Google Maps reviews, 71 advertisements, 36 Google search results, 34 mobile applications, and one Google Drive file.

Websites of 12 newspapers among blocked domains

Among the more than 740,000 blocked domain names were the websites of several newspapers. In 2024, 22 different domain names belonging to 12 newspapers were restricted by orders from 16 separate penal courts of peace.

AirportHaber was the most targeted online outlet, with five domain names blocked, followed by Mezopotamya Agency with four. The stated justification for these blocks was “the protection of national security and public order.”

Most censored content involved corruption allegations

The majority of blocked news stories dealt with allegations of corruption and misconduct. Of the censored articles, 1,834 were related to corruption and irregularities, followed by 1,559 on celebrity news, 1,458 on other forms of misconduct, and 891 covering violence against women.

Among the 1,834 corruption-related articles, the accused individuals were predominantly public officials (804), companies (325), and businesspeople (322). Public officials were also the main subjects of articles about general misconduct.

In nearly half of the 891 articles on violence against women, the alleged perpetrators were individuals reportedly close to the ruling Justice and Development Party (AKP).

Public officials topped list of subjects in blocked news

A broader look at the 8,762 censored news stories shows that public officials were the most frequently reported group in relation to by content removals.

İstanbul courts issued most censorship orders

In 2024, a total of 288 censorship decisions affecting news content were issued by 127 different authorities. Nine of the top ten institutions issuing the most censorship orders were penal courts of peace located in İstanbul.

The only exception in the top ten was the 6th Penal Court of Peace in Adana. Of the top 30 authorities issuing censorship decisions, only 13 were located outside İstanbul.

‘Violation of personal rights’ most common reason for blocking

The primary legal basis for blocking content was the “violation of personal rights,” cited in 8,587 of the cases involving news articles.

This justification was enabled by a specific legal article, which was annulled by a Constitutional Court ruling on Oct 10, 2024. Following this change, many applicants began citing “protection of national security and public order” instead. Of the 133 articles blocked for this reason in 2024, 96 were targeted after the Oct 10 ruling.

Nearly half of blocked social media posts focused on abuse

Social media posts were the third most censored content type after domain names and news articles. In 2024, 120 court decisions led to the blocking of 7,218 posts.

These posts covered 14 different topics, with the most prominent being content related to the abuse of women and children. Posts on this issue accounted for 3,177 of the blocked items—nearly half the total.

The report included a breakdown of alleged perpetrators in these abuse-related posts, though specific figures were not detailed.

Censorship of journalists' accounts

A total of 1,897 social media accounts were blocked in 2024, across 14 categories.

The most significant action was taken by the Trade Ministry, which blocked 1,426 accounts for posting property and vehicle listings outside its Electronic Listing Verification System (EİDS).

The second-largest category included accounts accused of committing or promoting organized crime. This was followed by accounts allegedly involved in illegal betting, fraud, obscene content, market manipulation, terrorist propaganda, illegal sports broadcasts, or financing terrorism.

Among the blocked accounts, 51 belonged to journalists, newspapers, or television channels, spread across 45 individuals or institutions. The most common justification cited was “the protection of national security and public order.”

Even censorship reports were censored

Notably, news stories reporting on the very censorship of digital content were themselves also censored in 2024.

One of the most striking cases involved a censorship order requested by President Recep Tayyip Erdoğan’s son, Bilal Erdoğan, on Aug 20, 2024. The order, issued by the 5th Penal Court of Peace in İstanbul, was the sixth in a chain of censorship rulings targeting stories about a public tender won by Erdoğan’s high school friend.

In 2020, businessman Aykut Emrah Polat, a classmate of Erdoğan from Kartal İmam Hatip High School, won a 280 million lira tender for the Ataşehir Modern Project held by the Savings Deposit Insurance Fund (TMSF). Following media coverage of the tender, news articles were successively blocked by court orders, prompting further articles reporting the censorship itself—each of which also faced censorship.

By Jan 1, 2021, the censorship extended to a Gerçek Gündem article titled Access ban on report about access ban on tender won by Bilal Erdoğan’s friend. This marked the sixth successive court decision blocking reports on earlier censorship.

In essence, each round of censorship led to a new round of reporting, which in turn triggered additional bans. The latest decision, from Aug 20, 2024, continued this cycle.

Google Maps reviews blocked at business request

As in the previous year, comments posted on business profiles on Google Maps were also targeted. In 2024, 73 such reviews were blocked, all upon requests filed by the respective businesses.

Each of these reviews reportedly involved allegations of malpractice. (BIA, 22 Dec 2025)

La Turquie épinglée pour des condamnations fondées sur l'usage d'une messagerie (CEDH)

La Turquie a une nouvelle fois été épinglée par la CEDH, mardi, pour avoir condamné des centaines de personnes pour appartenance à une organisation terroriste armée en se fondant sur leur simple utilisation de l'application cryptée ByLock.

Dans plusieurs arrêts rendus mardi, la cour, qui siège à Strasbourg, a condamné la Turquie pour violation de la Convention européenne des droits de l'homme dans ses articles 7 (pas de peine sans loi) et/ou 6 (droit à un procès équitable).

Les 2.420 requérants à qui la CEDH a donné raison ont été condamnés par la justice turque pour appartenance à "l'organisation terroriste" fondée par le prédicateur Fetullah Gülen, ennemi juré du président Recep Tayyip Erdogan.

Leur condamnation a reposé dans une mesure déterminante sur leur utilisation alléguée de ByLock, souligne la CEDH.

Cette application cryptée est considérée par Ankara comme l'outil de communication privilégié des responsables présumés du putsch manqué de 2016, qui a fait 250 morts et a été suivi d'arrestations massives ainsi que de purges d'une ampleur sans précédent dans l'histoire moderne de la Turquie.

Selon la cour, l'approche catégorique adoptée par les juridictions turques quant à l'utilisation de l'application de messagerie chiffrée ByLock - notamment le fait que toute personne ayant utilisé l'application pourrait, en principe, être reconnue coupable sur ce seul fondement de l'infraction d'appartenance à une organisation terroriste armée - a porté atteinte au droit des requérants à une protection effective contre les poursuites, les condamnations et les sanctions arbitraires, ainsi qu'à leur droit à un procès équitable.

Les 2.420 requêtes examinées figurent parmi des milliers d'affaires reçues par la cour ayant trait aux mêmes questions.

La Grande chambre de la CEDH, sa formation la plus solennelle, a déjà condamné la Turquie pour une affaire similaire, en septembre 2023. Elle avait alors relevé "un problème systémique". (AFP, 16 déc 2025)

Terrorism' trial begins for journalists over freelance work for pro-Kurdish media

Seven people stood before a judge today in a "terrorism" trial over copyrighted work they published in the pro-Kurdish newspaper Yeni Özgür Politika and the magazine PolitikArt over the last decade.

bianet editor Tuğçe Yılmaz, journalists Erdoğan Alayumat, Suzan Demir, Taylan Abatan, and Gülcan Dereli, translator Serap Güneş, and sociologist Berfin Atlı attended the hearing at the İstanbul 13th Heavy Penal Court with their lawyers. A large crowd of observers also followed the session.

The hearing began with the identification of the defendants. During this process, the panel of judges left the courtroom, returning after the court clerk completed the identification procedure.

Berfin Atlı was the first to speak against the indictment, which accused the defendants of "making propaganda for a terrorist organization" and "financially aiding a terrorist organization." Stating, “I am here because I wrote articles and received royalties,” Atlı said she also writes for other outlets. “These are newspapers that do not have access restrictions and are announced with an open call. I am a sociologist. The work I do does not have a strict definition. It includes writing. The source of the accusation is a royalty payment for two articles. The amount was not even enough to cover one person’s rent.”

‘I am being criminalized for doing journalism’

Erdoğan Alayumat then presented his defense against the indictment. He stated, “I am here today not as the perpetrator of a crime, but as a person who is being criminalized for doing journalism for years.”

Alayumat stated that the indictment is primarily based on the prosecution's interpretation of money sent by a Germany-based media company in the name of the two outlets as “activities within the scope of a terrorist organization.” He added, “Presenting the income I earned from journalism as a criminal activity is not only an approach detached from reality but also reveals a dangerous understanding that turns a journalist’s labor into a crime. All my communication is via email, all payments are within the banking system, and I sent my news with my open identity, as I have for years.”

Alayumat asserted that the indictment contradicts itself, saying, “The indictment states that there is ‘insufficient evidence to establish an organic link with the armed terrorist organization.’ If there is no organic link, there is no criminal intent. If there is no criminal intent, the material element of the crime does not exist at all. Despite this, journalistic activity is being shown as a crime through mind-reading.”

Alayumat denied the charges against him and requested his acquittal. (BIA, 9 Dec 2025)

Folk singer Pınar Aydınlar sentenced to over 6 years in prison on 'terrorism' charges

Folk music artist Pınar Aydınlar has been sentenced to 6 years and 3 months in prison on the charge of “membership in a terrorist organization.”

Aydınlar, known for her political activism, was standing trial in a case related to the Peoples' Democratic Congress (HDK), an umbrella group for pro-Kurdish and leftist organizations. She had been arrested in February and remained in custody for nearly three months as part of this case. Prosecutors claim that the HDK, which is a legal entity, operates under the guidance of the Kurdistan Workers’ Party (PKK).

Aydınlar attended the hearing today at the İstanbul 13th Heavy Penal Court today alongside her lawyer, Fırat Alan Ayıldız.

A large audience was present at the courthouse to follow the proceedings. The hearing was scheduled to begin at 11.10 am but started 40 minutes late.

At the hearing, the prosecuting attorney reiterated the final opinion, requesting that Aydınlar be sentenced for “membership in an armed terrorist organization” and “making propaganda for a terrorist organization.”

Taking the floor against the final opinion, Aydınlar criticized the manner of her detention. Aydınlar stated, “I was pinned to the floor by armed law enforcement officers in the house where I was staying with my children, and a gun was held to my head. My daughter was forced to undress in front of the cameras.”

'Being a HDK member is not a crime'

Aydınlar noted that she was listed as a member of the HDK by prosecutors despite not being a member. “Being a member of the HDK is not a crime; it is a legal entity. I am not a member of the HDK, but I would not deny it if I were," she said.

Aydınlar also commented on the social media posts cited to request her punishment. “My page is constantly under public surveillance. Mehmet Şirin Aydın was murdered along with two others in an armed attack on the Ahmet Kaya Kurdish Culture Center in Paris, the capital of France. He was my colleague. Have some empathy.

"All I did was share the photo of the three people in a tweet and say, ‘With respect.’ That was all I did. Respect for the dead. How could I have made propaganda for an organization, the identity of which is a big question mark, by sharing the photographs of the people who were killed? There is no flag, no weapon in the photo. Only the faces of the murdered individuals are present.”

Aydınlar also said that she did not make one of the posts subject to the accusation but only “retweeted” it.

Requested acquittal

Rejecting the accusations, Aydınlar then recalled the judicial control measure imposed on her. Stating that she goes to sign documents on the 1st of every month, Aydınlar said, “As an artist who gives concerts in Europe, I go abroad after signing on the first of every month. If I had the intention to flee, I would not have come back from abroad.”

Aydınlar requested the lift of the judicial control measures and her confiscated tablet, which contains her repertoire. She concluded her statement by requesting her acquittal. Subsequently, her lawyer, Fırat Alan Ayıldız, took the floor.

Ayıldız provided examples from the decisions and case law of the European Court of Human Rights (ECtHR) and the Constitutional Court, arguing that the posts fell within the scope of freedom of expression.

The verdict

The court issues a recess to deliberate the verdict. Following the recess, only Aydınlar and her lawyer were allowed back into the courtroom.

Announcing its decision, the court sentenced Pınar Aydınlar to 6 years and 3 months in prison for organization membership.

In a statement she made inside the courthouse after the decision, Aydınlar noted:

“I have been sentenced to prison. My sentence for propaganda was lifted, but a travel ban was imposed. They tried to make me out to be a member of an organization. As an artist who has sung the songs and folk tunes of oppressed peoples for years, and as a friend who openly shares every aspect of my life with you, I have faced an unacceptable result. We do not accept it, and we will appeal.” (BIA, 9 dec 2025)

Un journaliste battu à mort en plein centre ville et la suite...

Ragip Duran, TVXS.GR, 30 novembre 2025

Hakan Tosun (50), journaliste-documentariste, spécialiste des mouvements écologistes a été battu à mort, le 10 octobre dernier, à Esenyurt, le plus grand district d’Istanbul.

Sa sœur, ses avocats, ses collègues et amis ont expliqué en détail le déroulement de cet assassinat, mais en particulier l’attitude des policiers, des responsables de l’hôpital et du Parquet à la suite de ce meurtre. Le site d’information générale T24 a publié sur Youtube un vidéo de 32 minutes sur l’affaire Hakan Tosun.

Technicien dans les radios et télévisions privées depuis 1993, Tosun s’est lancé à produire des documentaires à partir de 2009. Il en a réalisé 5 sur les mouvements et luttes des écologistes. ‘’Mon frère était un résistant. Il résistait pour l’ensemble des vivants’’ affirme sa sœur Oznur.

Hakan Tosun a été agressé par au départ deux et plus tard par trois assaillants aux environs de 22 h 30 dans une rue commerciale à Esenyurt. Les caméras de surveillance des boutiques du quartier le confirment. Mais les parents du seul inculpé sont allés mettre la main aux films des autres caméras qui ont été déjà vus par les policiers. Ces parents ont été repérés en train de déjeuner avec les policiers dans le même quartier.

Les assaillants ont pris le sac à dos de Tosun dans lequel se trouvait la carte d’identité et la caméra du journaliste. C’est pourquoi quand il était transporté à l’hôpital personne ne le connaissait. Et les responsables de l’hôpital n’ont pas intervenu médicalement pendant environ 20 heures. Le cours des choses ont commencé à changer grâce à une campagne sur la Toile. L’avocat de Tosun Me. Onur Cingil, son ami Koray Turkay et sa sœur Oznur croient qu’il s’agit d’une bande criminelle qui a le soutien de la police, de l’hôpital et des parents des assaillants.

L’affaire a été le sujet d’une question orale par un député à l'Assemblée nationale. Le ministre de la Justice a répondu se basant sur une déclaration du Parquet qu’il s’agit d’un crime individuel, isolé. Et que Tosun aurait insulté ses agresseurs alors qu’il n’y a pas de son sur les films des caméras de surveillance.

Par ailleurs, un autre député a demandé au Parlement l’ouverture d’une enquête sur "les bandes criminelles qui agissent dans les rues des grandes villes", requête refusée par les membres du pouvoir. Le député Dr. Turhan Comez a montré à ses collègues les captures d’écran diffusées sur l’application Telegram Web des annonces des bandes criminelles qui désirent recruter des assaillants (obligation de savoir manier des revolvers et de conduire une moto). Il y a également sur cette même application les annonces des assaillants qui cherchent de l’emploi ("Je peux exécuter qui vous voulez où vous voulez !").

Les journalistes, les écologistes et les défenseurs des droits humains ont manifesté en masse contre l’assassinat de Hakan Tosun. Mais ni la police ni le Parquet n’a pu éclairer les motifs, le déroulement et les vrais auteurs de cet assassinat.

"Hakan luttait avec sa caméra contre l’histoire falsifiée, il documentait la vérité" croit Oznur. "Il a été tué, car il voulait mettre des bâtons dans les roues des patrons de rente" estime Koray Turkay.

Albert Camus disait « Une manière commode de faire la connaissance d'une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt ». A Istanbul, les gens meurent, victimes des accidents de route, de leurs maris, de la torture, des bandes criminelles ou bien, ils se suicident par carence d’espoir, à côté des morts naturels.

Le Pape Léon 14 actuellement en visite officielle en Turquie n’y peut rien.

Sözcü TV dismisses 15 journalists including editor-in-chief

Sözcü TV, a secular-nationalist leaning news channel, has dismissed 15 staff members, including senior editors, presenters, and reporters, following a leadership shake-up, according to sources close to the organization.

The network’s editor-in-chief Özgür Çakmakçı, who had held the position since the channel launched on Mar 1, 2023, announced his departure in a farewell message to colleagues earlier in the day.

“During a time when independent journalism and broadcasting have never been more difficult, each of you shone with your work and gave hope to the country,” Çakmakçı wrote. “There would be no brand or success without you. It was an honor to work with you.”

“As of today, I am stepping down as Editor-in-Chief of Sözcü TV," he added. "We may not belong to the towers, but the streets are ours. We’ll meet and talk again.”

Soon after Çakmakçı’s announcement, reports emerged that 14 other staff members had also been dismissed. According to sources from the outlet who spoke to bianet, the dismissals were linked to an upcoming leadership change, with Yılmaz Özdil, a columnist for Sözcü newspaper, expected to take charge of the group's TV channel.

Those laid off include Program Director Hakan Durmuş, News Director Emel Okaygün, anchor and host Gülşah İnce, News Manager Dora Mengüç, İstanbul News Manager Cem Özkeskin, General Manager’s Assistant Deniz Akbulut, reporters Ozan Kelleci, Fırat Fıstık, Meral Danyıldız, and Mehmet Bal, editor Serkan Alan, and cameraman Onurcan Kankal.

Some of the journalists confirmed their dismissals on social media. (BIA, 1 Dec 2025)

Kurdish Question / Question kurde

Parliament’s peace process committee extends work

The National Unity, Solidarity, and Democracy Committee, established in parliament to prepare the legal framework for the ongoing Kurdish peace process, has extended its work by an additional two months to complete its final report, Parliament Speaker Numan Kurtulmuş announced today at the committee’s 20th meeting, which he chaired.

Since early August, the committee has listened to activists, academics, and representatives of civil society organizations. Earlier this month, it concluded the hearings phase and moved on to drafting its report.

“Our committee has now reached its final threshold,” Kurtulmuş said. “That is the drafting of a joint report, submitting this report to the General Assembly of parliament, and leading the process for turning the proposals into law and implementing other recommendations.”

Kurtulmuş noted that political parties represented on the committee had already submitted their own reports during the drafting process. “I hope that we will soon be able to complete our final report and share with the public a text we jointly agree on. For this, it appears that some additional time will be needed,” he added.

The speaker described the peace process as a historic opportunity, saying, “I hope that we will bring these efforts to a beneficial conclusion.”

Kurtulmuş put to a vote the extension of the committee’s mandate, which was originally set to expire on Dec 31, until Mar 2026. The extension was approved unanimously.

Background

Turkey launched a new initiative in Oct 2024 to address the Kurdish issue. Devlet Bahçeli, leader of the Nationalist Movement Party (MHP), a government ally, said Abdullah Öcalan, the imprisoned leader of the Kurdistan Workers’ Party (PKK), could benefit from the “right to hope” if he dissolved the organization.

In this context, Öcalan called on the group to lay down its arms in late February. The organization announced its dissolution after a congress held in May. The group’s disarmament process is ongoing.

However, there have been few concrete developments so far. This is thought to be linked to stalled integration talks between the Kurdish-led autonomous administration in Syria and Damascus. Ankara says Öcalan’s call also applies to the Syrian Democratic Forces (SDF) and that the group should disarm and its members should join the Syrian army.

The SDF, which controls about 25 percent of Syria, says it has no organic ties to the PKK and that the call does not apply to them. The group envisages an integration where it can maintain administrative and military autonomy. (BIA, 24 Dec 2025)

En visite à Damas, le chef de la diplomatie turque met la pression sur les Kurdes syriens

Le chef de la diplomatie turque Hakan Fidan, en visite à Damas, a exhorté lundi les forces kurdes syriennes à intégrer l'armée nationale et à ne pas être un "obstacle à la stabilité du pays", au moment où les négociations patinent.

"Il est important que les FDS (Forces démocratiques syriennes, NDLR) s'intègrent dans l'administration syrienne par le dialogue et la réconciliation, de manière transparente, et qu'elles n'agissent plus comme un obstacle à l'intégrité territoriale syrienne et à la stabilité à long terme", a déclaré M. Fidan lors d'une conférence de presse avec son homologue syrien.

Damas et les FDS, bras armé de l'administration kurde dans le nord-est de la Syrie, ont conclu le 10 mars un accord prévoyant l'intégration des forces à majorité kurde dans l'armée et les institutions syriennes dans un délai d'un an, mais les négociations patinent.

Le chef de la diplomatie syrienne Asaad al-Shaibani a annoncé de son côté que ses services avaient reçu une réponse des FDS sur une proposition d'intégration dans l'armée syrienne. "Nous étudions cette réponse et la façon dont elle va dans le sens de l'intérêt national et d'un territoire syrien unifié", a-t-il dit.

Hakan Fidan, proche des nouveaux dirigeants syriens, avait mis en garde la semaine dernière les FDS contre tout nouveau report de leur intégration dans l'armée syrienne, et prévenu que les partenaires de l'accord "perdaient patience".

La Turquie partage 900 km de frontière avec la Syrie et a lancé entre 2016 et 2019 trois offensives dans le nord du pays contre les combattants kurdes syriens et le groupe jihadiste État islamique.

La permanence des combattants kurdes des FDS à sa frontière est considérée comme une menace par Ankara.

Les Kurdes, importante minorité ethnique, contrôlent de vastes étendues du nord-est de la Syrie riches en pétrole et en blé.

Depuis la chute de l'ex-président Bachar al-Assad, renversé le 8 décembre 2024 par une coalition menée par l'ancien jihadiste Ahmad al-Chareh, devenu chef de l'Etat, la Turquie entretient de bonnes relations avec Damas.

Cette visite du chef de la diplomatie turque, accompagné du ministre de la Défense Yasar Güler, visait selon Ankara à faire "une évaluation générale" des relations entre les deux pays.

La stabilité en Syrie est importante pour celle de la Turquie, a fait valoir M. Fidan, qui a également rencontré le président syrien.

Lors de leurs discussions, les responsables turcs et syriens ont également évoqué "la lutte contre le terrorisme" et la résurgence du groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie. (AFP, 22 déc 2025)

Kurdish band Koma Amed’s concert in İstanbul canceled hours before showtime

A planned concert by the Kurdish folk band Koma Amed in İstanbul on Dec 20 was blocked just hours before it was set to begin by the Küçükçekmece District Governor’s Office.

The group, whose members have lived abroad since the late 1990s due to political reasons, had returned to the stage for the first time in many years on Oct 25 in Diyarbakır. Their İstanbul concert was scheduled to take place at the Yahya Kemal Beyatlı Performance Center in Küçükçekmece.

Koma Amed announced the cancellation on its social media account, citing bureaucratic hurdles:

“The concert we were to hold on Dec 20 at the Yahya Kemal Beyatlı Cultural Center has unfortunately been cancelled due to permit procedures. We have to postpone our meeting to another date. We will share the new concert date as soon as possible. We are sorry and apologize for all the inconvenience caused."

“We remain committed to our belief in peace. We want our songs to contribute to this process. We believe peace will offer a better future for everyone. With this hope, we look forward to meeting again soon," the group said, referencing the ongoing Kurdish peace process.

The Küçükçekmece District Governor’s Office released an official statement, saying that it had deemed the association's application for the allocation of the performance center "was not deemed appropriate.”

Organizers criticize ban

Sanatça Organization and the Mesopotamia Culture Center (MKM), which were behind the event, issued a written statement confirming the district governor's decision. They argued that the concert’s cancellation contradicted the ongoing Kurdish peace process:

“Despite all obstacles, the Peace and Democratic Society Process has led to the expansion of cultural spaces for Kurdish art. In this context, Koma Amed, who had been unable to perform in their homeland for 30 years due to bans, sang songs of freedom and peace to hundreds of thousands in Diyarbakır’s Newroz Square on Oct 25, 2025.

“Since yesterday, all our efforts to ensure that the Koma Amed concert could proceed in İstanbul have gone unanswered. As an organization focused on Kurdish cultural and artistic events, we categorically reject this ban.

"At a time when more freedom of expression, production in one’s mother tongue, and the right to create art rooted in one’s culture are needed in the Peace and Democratic Society Process, such obstacles to free art do not serve peace.

“It is well known that such bans and obstructions are imposed by forces outside of ‘normal’ processes. Cultural destruction against Kurdish art continues at the hands of anti-peace elements. We apologize to our community and Koma Amed listeners for this injustice. We will soon announce details about a concert in another venue.

“Finally, as Kurdish artists, we will continue singing our songs more powerfully and passionately than ever. With our songs and zılgıts, we will bring peace to this country. Peace will prevail.” (BIA, 22 Dec 2025)

La rencontre de deux femmes journalistes révolutionnaires…



Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 15 décembre 2025
  • Gültan Kışanak et İnci Tuğsavul, deux femmes journalistes qui ont toutes deux joué un rôle pionnier dans les médias de leur époque, se sont rencontrées samedi dernier à Bruxelles.
Samedi dernier, à Bruxelles, ce fut une journée riche en émotions tant pour İnci que pour moi-même. Nous étions en compagnie de Gültan Kışanak, l’une des figures les plus importantes de la résistance kurde, à l’occasion d’une conférence sur « Le processus de paix et de société démocratique » organisée par nos amis kurdes dans un local situé juste en face de la Gare centrale de Bruxelles.
 
Tant pour İnci, éprouvée à son grand âge par les lourds examens et traitements nécessités par une maladie impitoyable qui la frappe depuis des jours, que pour moi-même, ce fut une joie d’être avec une femme qui est non seulement une figure des plus précieuses de notre lutte pour la liberté et l’égalité, mais aussi de notre profession journalistique.
 
Pour İnci, qui a joué un rôle des plus déterminants pour faire du quotidien Akşam (Le Soir) et de la revue Ant (Le Serment) la voix du mouvement socialiste dans la seconde moitié des années 1960, être aux côtés d’une femme journaliste ayant occupé la direction des journaux Özgür Ülke (Le Pays Libre) et Özgür Gündem (L’Actualité Libre) dans les années 1990, revêtait une signification particulière.
 
Nous savions déjà, grâce aux rapports sur les droits humains qui nous étaient parvenus, que Gültan Kışanak était une militante courageuse, ayant vaillamment résisté à la torture et l’isolement infligés par la junte fasciste du 12 septembre dans la prison de Diyarbakır dans les années 1980. Elle décrivit plus tard son calvaire :
 
« Il y avait le directeur de la prison, le commandant Esat Oktay Yıldıran… Un jour, il est entré dans notre quartier des femmes… Tout le monde s’est levé, sauf moi… Juste parce que je ne m’étais pas levée à son entrée, pour cette seule raison, il m’a fait enfermer dans la niche de son chien Jo. C’était une niche minuscule et immonde où même son chien ne voulait pas rester… J’ai dû y rester, pas un jour, pas deux jours, pas un mois, pas deux mois, mais exactement six mois. Dans cette niche, où même prendre sa respiration était difficile, ils m’ont battu tous les jours, et m’ont torturé tous les jours. »
 
Journaliste engagée dans les années 1990, Gültan Kışanak fut la cible de multiples attaques terroristes fascistes, et le 3 décembre 1994, le journal Özgür Ülke où elle travaillait fut incendié. Trente et un ans après cet évènement, dans un discours prononcé lors d’une cérémonie de commémoration à Istanbul, elle a raconté cet acte odieux en ces termes :
 
« Özgür Ülke a commencé sa vie éditoriale avec le slogan : « Les réalités ne resteront pas dans l’ombre ». Malheureusement, sur les ordres du Premier ministre de l’époque, Tansu Çiller, tous les exemplaires du journal étaient confisqués. Malgré les pressions, les journalistes et tous ceux qui croyaient dans la vérité continuèrent à l’écrire. C’est Tansu Çiller qui ordonna de faire exploser le journal Özgür Ülke. Notre journal a été dynamité en pleine nuit. Ils ont voulu éliminer les journalistes qui croient en la vérité. Mais l’histoire a démontré une fois encore que ceux qui écrivent la vérité ne peuvent être réduits au silence ».
 
Dans les années qui suivirent, elle assuma également de grandes responsabilités dans l’organisation politique de la résistance nationale kurde. Elue députée de Diyarbakır et de Siirt dans les années 2007-2014, elle fut aussi coprésidente du Parti de la Paix et de la Démocratie. Nous avions rencontré Kışanak en personne, pour la première fois, à l’occasion de conférences internationales organisées au Parlement européen à Bruxelles pour soutenir le juste combat du peuple kurde.
 
Toutefois, le calvaire de Kışanak n’allait pas s’arrêter là. Après avoir été élue co-maire de la municipalité métropolitaine de Diyarbakır en 2014, elle fut arrêtée et emprisonnée le 25 octobre 2016, et ne fut libérée de la prison de type F de Kandıra qu’au bout de 7,5 ans.
 
Cette fois, avant de se rendre à Bruxelles, Kışanak était à Paris pour assister à un évènement très important. Cette année, le prix attribué au nom de Danielle Mitterand qui, pendant des années, apporta un grand soutien à la résistance nationale kurde, a été décerné conjointement à Gültan Kışanak et Ruken Ay Aydın au nom du Mouvement des Femmes libres (TJA) qui, depuis des années, lutte pour la démocratie locale, l’émancipation des femmes et un mode de vie écologique au Kurdistan.
 
Débutant son discours lors de la cérémonie par un hommage à Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez, odieusement assassinées à Paris en 2013, Kışanak a déclaré : « Ce prix que nous recevons aujourd’hui s’inscrit aussi dans la continuité de leur combat inachevé pour la liberté… Ce prix n’est pas seulement dédié à nous, mais à toutes les femmes qui résistent dans les prisons, dans les rues, dans les villages et dans les communes. La lutte pour la paix et une société démocratique se poursuivra sous l’impulsion des femmes et dans une perspective de libération des femmes ».
 
Lors de notre rencontre avec Kışanak à Bruxelles, nous étions également accompagnés de l’une journaliste kurde, Filiz Koçali, et de Zeynep Görgü, une de nos plus proches camarades de lutte, directrice de l’Union des Femmes socialistes (SKB) et de la Maison du Peuple de Bruxelles.
 
Pour İnci, qui s’était engagée dans le journalisme et le combat de gauche au début des années 1960, à une époque où les femmes étaient encore exclues des postes de direction dans les médias et le mouvement de gauche, et qui a grandement contribué à faire du journal Akşam, le plus ancien journal de Turquie, la voix quotidienne de la gauche grâce à ses innovations dans l’analyse de l’actualité et la mise en page, puis à la création de la revue socialiste Ant, cette rencontre en exil, plus d’un demi-siècle plus tard après cette période, fut un véritable moment de joie…
 
Un message reçu sur nos ordinateurs à notre retour de la réunion combla plus encore İnci de bonheur… Au Salon international du livre TÜYAP, l’un des évènements les plus importants de la vie éditoriale et intellectuelle de Turquie, qui s’ouvrait ce jour-là, le stand des éditions Belge présentait mes ouvrages écrits sur l’exil, ainsi que mon livre intitulé « Une rebelle dans l'encre d'exil », sur la vie et les combats d’ İnci.
 
Mes mémoires, relatant notre vie et notre combat tant en Turquie qu’en exil, ont été publiés en deux volumes sous le titre de « Journaliste ‘apatride’ », tandis qu’une sélection de mes articles parus dans divers journaux, agences de presse et revues, dont Artı Gerçek, au cours de mon exil, a été publiée en huit volumes sous le titre « Écrits d’Exil ».
 
À l’aube de mes 90 ans, je me consacre à la préparation du neuvième volume des « Écrits d’Exil ». Une sélection de ces écrits traduits en français dans le cinquième volume des Écrits d’Exil [en français dans le texte] paraîtra simultanément.
 
Bien évidemment, la plus grande responsabilité dans la préparation de ces nouveaux volumes repose une fois de plus sur les épaules d’İnci Tuğsavul avec qui je partage ma vie depuis 63 ans, avec qui j’ai codirigé Akşam et la revue Ant dans les années 1960, et avec qui j’ai cofondé, durant notre exil, Info-Türk et les Ateliers du Soleil, tout en menant la résistance démocratique contre les juntes fascistes du 12 mars et du 12 septembre…
 
Nous nous étions rencontrés avec İnci pour la première fois durant l’été 1962, au moment où la lutte socialiste commençait à s’organiser dans la légalité sous l’égide du Parti ouvrier de Turquie. Je revenais tout juste d’un premier exil, auquel je fus contraint pour gagner ma vie, car je me trouvais sur la liste noire des propriétaires de journaux en raison de mon militantisme syndical. Je participais à l’organisation du Parti ouvrier de Turquie (TIP) tout en assumant la fonction de représentant pour la région égéenne du journal Öncü (L’Avant-Garde) qui soutenait le parti.
 
Quant à İnci, elle était la plus brillante correspondante du journal d’opposition Hür Vatan (La Patrie Libre), publié à Ankara, dont les articles faisaient régulièrement la Une. Nous fîmes connaissance pour la première fois à Izmir, où elle était venue rendre visite à un parent, dans le bureau délabré d’Öncü, qui ne ressemblait en rien à un bureau de journal, et discutâmes longuement des problèmes urgents du pays.
 
Après mon installation à Istanbul en 1963, à la demande d’Aybar, président du TIP, pour prendre des responsabilités au siège du Parti ouvrier de Turquie, İnci venait me rendre visite et discuter au journal Gece Postası (Les Nouvelles du Soir), où je travaillais, à chacun de ses passages à Istanbul.
 
1963 fut l’année où İnci, qui n’avait pas encore deux ans d’expérience dans le journalisme, fut primée pour son travail par la plus grande organisation de presse de Turquie. Le 16 juillet 1963, lors d’une cérémonie, elle reçut le premier prix dans la catégorie « Actualités » du concours du « Journaliste de l’Année » de l’Association des Journalistes d’Istanbul. Elle était la seule femme journaliste à recevoir cette distinction…
 
Notre collaboration professionnelle et notre camaraderie dans la lutte socialiste débutèrent 1964 au journal Akşam. Alors qu’elle travaillait au bureau ankariote de ce journal, je quittais le Gece Postası, où j’étais rédacteur en chef, pour occuper la fonction de secrétaire de nuit à Akşam. Quelques mois plus tard, je fus promu rédacteur en chef…
 
Après avoir pris la direction du journal, je constituai à Akşam une équipe éditoriale véritablement dynamique, en ouvrant ses pages à des auteurs de gauche reconnus, à commencer par Çetin Altan, Yaşar Kemal, Aziz Nesin et Fethi Naci.
 
1965 fut l’année où İnci et moi unîmes nos vies, et celle où débuta notre combat commun de toute une vie dans le journalisme de gauche. À compter du 30 janvier 1965, nous avons avec İnci non seulement partagé notre vie, mais aussi toute la créativité, les défis, les convictions et la douleur de l’exil du journalisme de gauche.
 
Notre rôle dans la transformation du journal Akşam pendant deux ans en voix quotidienne de la gauche en Turquie, la publication de la revue et les éditions socialistes Ant jusqu’à leur interdiction après le coup d’Etat de 1971, et l’organisation avec nos camarades du Mouvement de Résistance démocratique contre la junte du 12 mars, puis de l’Union pour la Démocratie contre la junte du 12 septembre, dans les 20 premières années de nos 54 années d’exil, appartiennent désormais au passé.
 
Nous poursuivons sans interruption la publication des bulletins et des livres d’Info-Türk en plusieurs langues, débutée il y a 51 ans, malgré les nouvelles poursuites judiciaires qui nous ont été intentées, notre déchéance de la nationalité turque, le harcèlement dont nous faisons l’objet de la part des instances diplomatiques turques et des organes de lobbying à leur solde, ainsi que notre âge avancé et nos problèmes de santé croissants.
 
La fondation et la pérennisation des Ateliers du Soleil à Bruxelles, qui offrent des services éducatifs et culturels aux immigrants et exilés du monde entier, sont en grande partie le fruit de la créativité d’İnci.
 
J’ai tenté de décrire en détail les combats, les œuvres, les peines et les joies d’İnci durant ses six années en Turquie et ses cinquante-quatre années d’exil, dans les deux volumes de mes mémoires intitulées « Journaliste ‘apatride’ », puis dans mon livre « Faire patrie de l’apatridie ».
 
Tous deux, à nos âges avancés, avons conscience que les feuilles du calendrier tombent à une vitesse de plus en plus élevée. Le nombre de nos proches, amis et camarades de lutte encore en vie diminue rapidement.
 
Alors que nos problèmes de santé, de plus en plus graves, ralentissent notre rythme de travail, passer quelques heures avec notre collègue révolutionnaire Gültan Kışanak au cœur de Bruxelles, à écouter ses réflexions sur les méthodes de lutte pour la liberté de nos peuples et ses réponses à nos questions sur les sujets qui nous préoccupent, a été une grande joie pour İnci et moi.
 
Par ailleurs, les réponses données hier par Gültan Kışanak à notre ami journaliste kurde Erdal Er sur Medya TV, concernant les développements du processus actuel, en mettant par moment de côté sa qualité de « politicienne », en parlant en qualité de journaliste, ont été extrêmement éclairantes. Elle a notamment insisté sur la nécessité de reconnaître l’identité nationale kurde, le droit des Kurdes à participer à la gouvernance, la fin immédiate du système de tutelle et la pleine libération et l’égalité des droits pour les plus de deux millions de Kurdes criminalisés de différentes manières depuis un demi-siècle.
 
Comment pourrait-on être en désaccord ?
 
Merci à toi, notre chère collègue Gültan Kışanak, combattante infatigable des causes justes… Que le chemin te soit ouvert…

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN


Mise en garde d'Ankara aux forces kurdes de Syrie: nous "perdons patience"

Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a mis en garde jeudi les forces kurdes de Syrie contre tout nouveau report de leur intégration dans l'armée syrienne qui, selon lui, "menace l'unité nationale" du pays.

Les partenaires des Forces démocratiques syriennes (FDS) "perdent patience", a prévenu M. Fidan dans un entretien à la télévision publique turque TRT World.

Les Kurdes, importante minorité ethnique qui contrôle de vastes étendues du nord-est de la Syrie riches en pétrole et en blé, ont conclu le 10 mars un accord prévoyant leur fusion, dans un délai d'un an, avec les institutions syriennes dont l'armée nationale.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le gouvernement a noué des liens étroits avec les nouveaux dirigeants à Damas, soutenus par Ankara lors de la chute de Bachar al-Assad, a souhaité à plusieurs reprises une intégration des troupes kurdes dès que possible.

Entre 2016 et 2019, la Turquie a lancé trois offensives dans le nord de la Syrie contre les combattants kurdes syriens et le groupe État islamique. (AFP, 18 déc 2025)


Leyla Zana victime d’insultes sexistes lors d’un match de foot

Hier, les supporters de Bursaspor, un club de football turc célèbre pour son fascisme anti-kurde se sont de nouveau pris aux Kurdes en proférant des insultes sexistes envers la femme politique kurde Leyla Zana lors d’un match qui l’opposait au club kurde Vanspor.

Hier, lors du match Vanspor-Bursaspor, les supporters de Bursaspor ont arboré une affiche du célèbre tueur à gage (Yesil) responsable de nombreux massacres de civils kurdes dans les années 1990 et celle d’une « Toros blanche » tout en criant des insultes sexistes ciblant la femme politique kurde Leyla Zana, première députée kurde du parlement turc qui a passé 10 ans dans les geôles turques pour avoir parlé en kurde au parlement turc.

 Continuer la lecture sur le site d'origine...

Alors que la fédération de football turque joue les trois singes devant le fascisme des hooligans de Bursaspor qui veut étouffer l’affaire, de nombreuses voix kurdes s’élèvent pour dire « #LeylaZanaOnurumuzdur » (Leyla Zana est notre fierté) et demander que le Bursaspor soit sanctionné pour la conduite ignoble de ses supporters.

En mars 2023, lors du match Bursaspor – Amedspor également les supporters de Bursapor avaient déployé des affiches du paramilitaire sanguinaire Mahmut Yıldırım, alias « Yeşil » [Vert], et celles d’une Toros blanche (Beyaz Toros), un modèle de voiture Renault, utilisée par les paramilitaires turcs (JITEM) dans les années 1990 pour le kidnappings et la disparition forcées des milliers de Kurdes et jeté des projectiles sur les joueurs kurdes, sans que les autorités turques, ni la fédération turque de football réagissent…

L’impunité fait pousser des ailes aux fascistes turcs qui s’en prennent aux Kurdes à la moindre occasion. A quand la justice pour les Kurdes en Turquie? ( Kurdistan Au Féminin, 17 décembre 2025 )

Les Kurdes déjouent une tentative d'évasion d'un camp de jihadistes en Syrie

Dix-huit femmes et enfants de différentes nationalités ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de s'échapper d'un camp du nord-est de la Syrie, où sont détenus des proches présumés de jihadistes, a déclaré jeudi à l'AFP la directrice du site.

Plus de six ans après la défaite du groupe jihadiste Etat islamique (EI), les camps et prisons gérés par l'administration autonome kurde dans le nord-est de la Syrie abritent encore des dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup ont des liens présumés avec l'EI ou sont soupçonnés d'en avoir.

Al-Hol est le plus grand camp de la région et les détenus y vivent dans des conditions notoirement difficiles.

Selon sa directrice, Jihan Hanan, 18 femmes et enfants "de diverses nationalités, y compris russe" ont tenté mercredi soir de s'échapper de la zone de haute sécurité du camp.

Elle a indiqué que la région se trouvait dans un épais brouillard depuis plusieurs jours et que le nombre de tentatives d'évasion "augmentait généralement par mauvais temps".

En septembre, les forces de sécurité kurdes avait déjà déjoué une tentative d'évasion de 56 personnes du camp d'al-Hol.

Selon sa directrice, le camp abrite actuellement plus de 24.000 personnes, dont environ 15.000 Syriens, 3.500 Irakiens et 6.200 autres étrangers.

De nombreux pays occidentaux refusent toujours de rapatrier leurs ressortissants.

En février 2025, l'administration autonome kurde syrienne avait annoncé son intention d'évacuer d'ici la fin de l'année les Irakiens et les Syriens des camps sous son contrôle dans le nord-est de la Syrie, où sont retenus notamment des proches de jihadistes.

L'EI s'était emparé en 2014 de vastes portions de territoires en Syrie et en Irak, avant sa défaite en 2019 en Syrie. Mais des cellules jihadistes restent présentes, notamment dans le vaste désert du pays. (AFP, 11 déc 2025)

"L’ange de la paix" en colère contre Barzani

Ragip Duran, TVXS.GR, 7 décembre 2025

M. Devlet Bahceli, Président du Parti d’Action Nationaliste (MHP, extrême-droite, Loups Gris, 47 sièges au Parlement sur 592, allié d’Erdogan), initiateur et voire architecte du Projet de ‘’La Turquie Sans Terrorisme’’ a violemment protesté contre le déroulement de la visite en Turquie de M. Massoud Barzani dimanche dernier.

M. Bahceli, croit que son projet ‘’mettra fin à la violence terroriste grâce à la fraternité turco-kurde’’.

La 4e édition du symposium international rendait hommage à l’imam-philosophe-poète kurde  Melaye Ciziri  (1567-1640), né et mort à Cizre, capitale de la grande tribu Botan, dans la région frontalière turco-syrienne.

M. Erdogan ainsi que plusieurs ministres ont envoyé des messages de soutien au symposium.

Leader historique des Kurdes d’Irak, M. Barzani était l’invité d’honneur du symposium co-organisé par la préfecture et l’Université de Sirnak.

Il était accompagné d’une petite dizaine de garde de corps en uniforme, portant des armes lourdes. La présence de ces soldats/policiers a provoqué une protestation de la part de presque l’ensemble des partis politiques turcs, gauche, droite, libéral tous confondus, à l’exception du DEM (parti de l’Égalité et de la Démocratie des Peuples, kurde et gauches, 56 sièges).

‘’Barzani n’a pas de nos jours un titre officiel, il est venu chez nous en tant que visiteur. Le fait que des soldats étrangers en uniforme portant des armes à canon long se promènent sur le territoire de notre patrie est bien un scandale. Les droits de souveraineté de la République de Turquie ont été malheureusement violés’’ a affirmé M. Bahceli. ‘’Il s’agit d’une attaque délibérée contre la dignité, contre le prestige historique et contre la souveraineté de la République de Turquie’’ a-t-il ajouté.

La réaction de M. Barzani fut assez nette. Son office a publié un communiqué: ‘’Nous croyions qu’Allah avait montré le bon chemin à Devlet Bahceli et qu’il aurait quitté le racisme et le chauvinisme. Mais nous voyons qu’il est encore un vieux Loup Gris qui se cache sous la peau de mouton’’.

Un député de l’opposition turque gardant l’anonymat a rappelé ‘’l’autre face’’ du problème : ‘’Des soldats turcs en uniforme portant des armes lourdes sont présents sur le sol irakien. Ils ont même des bases militaires et des centres de renseignement’’ a-t-il precisé.

Ali Turki, député irakien du groupe Sadikun, avait déclaré sur Alanda TV que la Turquie avait déjà ‘’militairement occupé plusieurs districts au nord du Kurdistan Irakien’’.

A Ankara, le ministère de l'Intérieur a nommé deux inspecteurs pour l’enquête qu’il a ouverte et le Ministère des Affaires Étrangères a demandé le retrait du communiqué de Barzani et désire recevoir un pardon.

M. Bahceli multiplie ses paradoxes, alors qu’il prétend œuvrer pour la paix turco-kurde. Il avait déclaré que la Turquie devrait annexer ‘’La République Turque de Chypre du Nord’’. Il a également critiqué sévèrement les porte-parole du PKK qui demandent la libération d’Abdullah Ocalan et la promulgation des lois pour bien avancer dans le chemin de la paix turco-kurde.

Les Kurdes proches d’Ocalan qualifiaient, il y a à peine un an le régime turc de ‘’fascisme AKP-MHP’’, parlent désormais de M. Bahceli et de M. Erdogan avec beaucoup de respect.

DEM auparavant dans l’opposition garde le silence contre les manœuvres de Bahceli et les actes répressifs du régime.

‘’L’animosité anti-kurde, également anti-arménienne est bien ancrée dans l’ADN de l’idéologie officielle. Seul le turc, musulman et sunnite est un citoyen selon ce point de vue’’ estime un professeur de droit public en exil en Allemagne.

Les Kurdes de Syrie saluent "l'impact positif" du processus de paix en Turquie

Les efforts pour parvenir à la paix entre la Turquie et la guérilla kurde dans ce pays ont eu un "impact positif" pour les Kurdes de Syrie, qui souhaitent également engager un dialogue avec Ankara, a dit un de leurs responsables samedi.

A l'initiative de son fondateur et leader historique Abdullah Öcalan, détenu depuis 26 ans, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé en mai qu'il déposait les armes et renonçait à la lutte armée après plus de quarante ans d'une guérilla contre Ankara qui a fait quelque 50.000 morts, se tournant vers la défense pacifique des droits de la minorité kurde en Turquie.

Ce processus a suscité des espoirs parmi les populations kurdes de la région, notamment en Syrie où les Kurdes contrôlent des zones situées dans le nord et le nord-est du pays.

"L'initiative de paix en Turquie a eu un impact direct dans le nord et l'est de la Syrie", a dit Elham Ahmad, haut responsable de l'administration kurde en Syrie.

"Nous voulons un processus de dialogue avec la Turquie (...) Nous voulons que les frontières entre nous soient ouvertes", a-t-elle dit, s'exprimant par vidéo lors d'une conférence de paix organisée à Istanbul par le parti d'opposition prokurde DEM.

Cette responsable kurde, qui parlait en langue turque, a salué le lancement du processus de paix par la Turquie, mais a souligné que la libération d'Abdullah Öcalan - qui a mené le processus depuis sa cellule de la prison de l'île d'Imrali près d'Istanbul où il purge une peine de prison à vie depuis 1999 - accélèrerait les choses.

"Nous avons la conviction que la libération d'Abdullah Öcalan lui permettrait de jouer un rôle plus important (et) que ce processus de paix et de règlement se déroulerait mieux et plus vite", a-t-elle ajouté.

Elle a aussi salué l'approche d'Ankara dans son dialogue avec le nouveau pouvoir installé à Damas après la chute du président Bachar al-Assad il y a un an.

"Le gouvernement turc a un dialogue et une relation avec le gouvernement syrien. Ils ont aussi ouvert des voies de communication avec nous. Nous voyons qu'il y a une approche attentive de ce sujet", a encore dit Elham Ahmad.

La Turquie s'est montrée dans le passé hostile aux forces kurdes SDF qui contrôlent le nord-est de la Turquie avec un soutien américain, les voyant comme une émanation du PKK et demandant leur intégration à l'armée syrienne.

Bien qu'un accord ait été conclu à ce sujet en mars, il n'a jamais été appliqué.

"Dans ce processus historique, au moment où le Moyen-Orient est en cours de réorganisation, la Turquie a un rôle très important. La paix dans les deux pays, dans les sociétés turque, kurde et arabe (...) aura un effet sur le Moyen-Orient dans son entier", a dit Mme Ahmad.

La communauté kurde de Syrie considère la coexistence comme "fondamentale" et ne veut pas voir le pays divisé, a-t-elle ajouté.

"Nous ne sommes pas partisans de la division de la Syrie ni de tout autre pays. De telles divisions ouvrent la voie à de nouvelles guerres. C'est pourquoi nous défendons la paix". (AFP, 6 déc 2025)


Le chef du PKK réaffirme son soutien au processus de paix

Le chef de la guérilla kurde Abdullah Öcalan, détenu depuis 26 ans, a réaffirmé son "ferme soutien" au processus de paix engagé depuis un an avec la Turquie, selon une délégation parlementaire qui l'a rencontré.

A la demande de son fondateur et leader historique, le Parti de Travailleurs du Kurdistan (PKK), a annoncé en mai qu'il déposait les armes et renonçait à la lutte armée après plus de quarante ans de guérilla contre Ankara qui a fait quelque 50.000 morts.

"Ce processus vise à garantir la participation des Kurdes à la République par des moyens légaux et à construire une République démocratique socialement unie. Je tiens à réaffirmer notre ferme volonté et notre position résolue à l'égard de ce processus", a déclaré M. Öcalan, selon des propos rapportés mercredi par une délégation du parti pro-kurde DEM, troisième force au parlement turc.

Ces députés précisent qu'ils se sont rendus mardi sur l'île-prison d'Imrali, au large d'Istanbul, où M. Öcalan, 76 ans, est détenu à l'isolement depuis 1999.

Un haut commandant militaire de la guérilla kurde, rencontré le 29 novembre par l'AFP dans les montagnes du nord de l'Irak, base-arrière des combattants, a prévenu que le PKK n'irait pas plus loin dans les négociations avec Ankara estimant que la balle était maintenant entre les mains de la Turquie.

"Nous avons fait ce qu'on nous a demandé. C'est au tour de l'Etat turc", a déclaré le commandant Amed Malazgirt.

"Désormais nous attendons que l'État turc prenne des mesures et c'est à lui de faire les (prochains) pas", a-t-il insisté, exigeant la libération de M. Öcalan. (AFP, 3 déc 2025)


Minorités / Minorities


Politique intérieure/Interior Politics

Erdogan n’est toujours pas arrivé à résoudre le problème kurde

Ragip Duran, TVXS.GR, 20 décembre 2025

La Commission Parlementaire ad hoc créée à Ankara le 5 août dernier terminera ses travaux le 31 décembre. ‘’La Commission de la Solidarité Nationale, de la Fraternité et de la Démocratie’’ a pour objectif de ‘’résoudre pacifiquement le problème kurde’’, conflit en vigueur depuis 1925.

Formé des 51 membres des partis politiques représentés au Parlement, cette commission présidée par le Président de la Grande Assemblée Nationale de Turquie M. Numan Kurtulmus a déjà fait 19 réunions. 134 spécialistes, officiels, universitaires, représentants des ONG sont venus exposer leurs points de vue et leurs propositions aux membres de la Commission. Le Président des Services de Renseignements ainsi que les Ministres de l’İntérieur et celui de la Défense Nationale sont également venus informer les députés lors des séances à huis clos.

La Commission prend ses décisions sur la base de la majorité de 3/5 des membres, c’est-à-dire 31 membres. Le parti d’Erdogan AKP, celui de Bahceli MHP et le Parti des kurdes DEM ont déjà en total 32 membres.

Sur les 11 partis seuls 3 ont accepté de rendre visite à Abdullah Ocalan fondateur et Président du PKK, dissout par lui-même, emprisonné depuis 1999 sur l’île Imralı (Marmara).

Les partis politiques membre de la Commission sont actuellement en train de rédiger leurs rapports sur les activités des cinq derniers mois. MHP, DEM et le CHP (Principale formation de l’opposition, Kémaliste) ont déjà rédigé et publié leurs rapports. Des textes très riches en contradiction. L’Etat turc et l’ensemble des gouvernements depuis 1925 croient que le problème kurde est essentiellement un problème de sécurité nationale donc de terrorisme. Alors que les Kurdes et les observateurs indépendants estiment qu’il s’agit d’un grand problème politique, économique, culturel, démographique, historique...

AKP et MHP ainsi que les autres partis de droite ont dès le départ annoncé leurs buts : la Turquie Sans Terrorisme. Alors que DEM désire voir ‘’la paix et la démocratie sociale’’ et insiste sur les droits collectifs et individuels des Kurdes. Ce parti estime que la libération d’Ocalan est la clef de toute solution.

AKP et MHP veulent le ‘’désarmement total de l’ensemble des branches du PKK’’, c’est-à-dire les ‘’Forces Democratiques de Syrie (FDS)’’, qui contrôlent le nord et le nord-est du pays. C’est une armée arabo-kurde de 100 milles soldats formés et équipés par les Américains.

Le Président Erdogan, le Président Bahceli ainsi que M. Fidan le Ministre turc des Affaires Étrangères insistent afin que les FDS soient démantelées. Le dernier est allé jusqu’à menacer le jeudi les FDS ‘’d’opération militaire’’. Le régime turc veut une Syrie à la turque, c’est-à-dire un Etat-nation centralisé avec une seule nation, une seule langue, un seul drapeau et une seule armée ce qui ne correspond pas du tout aux réalités locales, sociales et politiques de la Syrie.

Le Président des FDS, le Général Mazlum Abdi, ancien militant du PKK, avait publiquement déclaré qu’ils faisaient partie de la Syrie, mais qu’ils veulent une certaine autonomie vis à vis du régime de Damas. ‘’Nous ne sommes pas une menace contre la Turquie avec qui nous voulons avoir de bonnes relations de voisinage’’ avait-il ajouté.

Le Président intérimaire de la Syrie M. Ahmed Al-Charaa lui aussi a un plan politique dans lequel les différents groupes ethniques, nationales et religieux (Kurdes, Alevites, Durzis, Armeniens, Assyriens...etc...) n’ont pas un rôle à jouer ni des droits dans l’Etat-nation Syrien. La Constitution rédigée par son proche entourage à la hâte ne mentionne même pas l’existence de ces différentes couches de la population. Il est par ailleurs critiqué pour ne pas pouvoir jusqu’aujourd’hui établir la sécurité et l’intégralité du pays. Faut-il rappeler qu’une armée centrale syrienne n’existe pas. Il y a des groupes armés des organisations islamistes en tout 10 à 15 milles hommes.

Tom Barrack, l’ambassadeur des Etats Unis à Ankara, mais également l’envoyé spécial en Syrie du Président Trump œuvre pour trouver une solution satisfaisant les trois partis, Damas, FDS et Ankara. Tout un programme... Très difficile à exécuter. Car les FDS par exemple ‘’sont de très bons alliés de Washington, surtout dans la lutte contre les terroristes islamistes’’. Alors que ces mêmes FDS ‘’sont des terroristes, branche syrienne du PKK’’ selon Ankara. De plus, les FDS, Ankara et Washington ne voient pas Al-Charaa de même œil.

En somme, la solution du problème kurde en Turquie, dépend pour le moment des développements politiques en Syrie.

Forces armées/Armed Forces

Le chef d'état-major libyen tué dans l'accident de son avion en Turquie

Le chef d'état-major libyen et quatre de ses conseillers ont été tués mardi soir dans l'accident de leur avion, victime d'une panne électrique moins d'un quart d'heure après son décollage de la capitale turque Ankara.

"C'est avec une profonde tristesse et une grande affliction que nous avons appris la nouvelle du décès du chef d'état-major général de l'armée libyenne, le général de corps d'armée Mohamed Al-Haddad", a annoncé le Premier ministre libyen, Abdelhamid Dbeibah, sur sa page officielle sur Facebook.

Selon le directeur de la communication de la présidence turque Burhanettin Duran, l'appareil, qui transportait huit personnes au total - cinq responsables militaires libyens et trois membres d'équipage-, "a signalé une urgence due à un dysfonctionnement électrique au contrôle aérien et a demandé un atterrissage d'urgence" seize minutes seulement après son décollage.

"L'avion, qui avait entamé sa descente pour un atterrissage d'urgence, a disparu des écrans radar et aucun contact n'a été établi depuis" a-t-il ajouté.

Le ministre turc de l'Intérieur Ali Yerlikaya a annoncé en fin de soirée que l'épave de l'appareil, un Falcon-50, avait été découverte à une cinquantaine de kilomètres au sud-est d'Ankara.

Le contact a été perdu environ quarante minutes après le décollage, à 20H52 (17H52 GMT), avec "le jet d'affaires Falcon 50, numéro de queue 9H-DFJ, qui a décollé de l'aéroport d'Ankara Esenboga à 20H10 pour Tripoli", avait-il annoncé sur X.

Selon lui "une demande d'atterrissage d'urgence a été reçue près de Haymana", à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale.

Outre le général Mohammed Ahmed Al-Haddad, se trouvaient également à bord "son conseiller Mohammed Al-Assawi, le général de division Al-Fitouri Ghraibil, le général de division Mohammed Jumaa et leur accompagnateur Mohammed Al-Mahjoub", a énuméré le ministre libyen à la Communication et aux Affaires politiques, Walid Ellafi, en direct sur la chaine Libya al-Ahrar.

Le parquet d'Ankara a ouvert une enquête sur l'accident, a annoncé le ministre turc de la Justice Yilmaz Tunç.

Haymana est situé sur le plateau d'Anatolie, peu accidenté et peu boisé. Malgré la pluie, la météo nationale turque n'a pas fait état de perturbation particulière dans la zone.

 - "Comme une bombe" -

 Un habitant, Burhan Cicek, a rapporté avoir "entendu le bruit d'une énorme explosion. Comme une bombe", a-t-il confié au photographe de l'AFP.

L'ambassadeur de Libye à Ankara s'est rendu sur les lieux de l'accident, a-t-il constaté, tandis que la presse était tenue à l'écart du site dans un rayon d'un kilomètre environ.

Plusieurs chaînes de télévision turques privées et l'agence étatique de presse Anadolu ont diffusé des images montrant le ciel s'illuminant sous l'effet d'une explosion, non loin du lieu supposé où l'appareil aurait émis son dernier signal.

Les images des télévisions montraient les équipes de secours opérant à la lumière de leurs torches dans une nuit noire pour identifier les débris  de l'appareil.

L'aéroport international d'Ankara, fermé en milieu de soirée au trafic aérien, a rouvert et fonctionne normalement, a rapporté la chaine privée NTV.

Le chef d'état-major libyen s'était rendu mardi à Ankara pour une visite officielle à l'invitation de son homologue turc.

Il a aussi été reçu mardi par le ministre turc de la Défense et le chef d'état-major turc, dans l'une des fréquentes visites que se rendent les responsables des deux pays.

La Turquie est un allié de poids du gouvernement de Tripoli, reconnu par l'ONU, au côté duquel elle est engagée y compris militairement depuis janvier 2020, lui fournissant notamment des drones de combat et des instructeurs militaires mais également un soutien économique.

La Libye peine à retrouver la stabilité depuis le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011. Deux exécutifs s'y disputent le pouvoir: le gouvernement d'unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah; l'autre à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils.

Ankara qui avait appuyé les autorités de Tripoli face à l'opération militaire des forces du maréchal Haftar s'est néanmoins rapproché ces derniers mois de l'homme fort de Benghazi: le chef du renseignement turc (MIT) Ibrahim Kalin lui a ainsi rendu visite en août après que le fils du maréchal, Saddam Haftar, eut été reçu dans la capitale turque en avril.

Ankara est également intervenu pour faciliter la conclusion d'un accord cet automne entre Tripoli et un puissant groupe armé de l'ouest, la Force Radaa, mettant ainsi fin à des mois de tension autour de la capitale. (AFP, 23 déc 2025)

Un drone "considéré" comme de fabrication russe retrouvé écrasé en Turquie

Un drone a été retrouvé écrasé vendredi dans le nord-ouest de la Turquie, ont indiqué les autorités turques qui estiment qu'il s'agit d'un drone militaire de fabrication russe.

"Un drone considéré comme un Orlan-10 de fabrication russe, utilisé à des fins de reconnaissance et de surveillance, a été retrouvé", écrit le ministère turc dans un communiqué, en annonçant l'ouverture d'une enquête.

Selon les autorités turques, le drone a été identifié dans une zone rurale près d'Izmit, à l'est d'Istanbul, à trente km des côtes de la mer Noire faisant face à l'Ukraine et la Crimée annexée par la Russie depuis 2014.

Sur des images partagées par les médias turcs, l'engin apparaît en un seul morceau, les ailes légèrement endommagées.

 Un drone "hors de contrôle" en provenance de la mer Noire avait déjà été abattu lundi dans l'espace aérien turc, selon les autorités qui n'ont toujours pas indiqué l'origine précise de l'engin, ni le lieu exact de son interception.

Le ministère turc de la Défense a toutefois affirmé jeudi avoir appelé l'Ukraine et la Russie à "faire preuve de plus de prudence" à la suite de cet incident. (AFP, 19 déc 2025)

La Turquie abat un drone "hors de contrôle" en provenance de la mer Noire

La Turquie a abattu lundi un drone "hors de contrôle" s'approchant de son espace aérien par la mer Noire, a annoncé le ministère turc de la Défense.

"Afin de prévenir toute conséquence néfaste, le drone a été abattu dans une zone sécurisée, à l'écart de toute zone habitée", a indiqué le ministère dans un communiqué, sans préciser la provenance exacte de l'engin.

Selon Ankara, "une traînée aérienne (...) a été détectée et suivie dans le cadre de procédures de routine" au dessus de la mer Noire, et "il a été déterminé que la traînée aérienne en question correspondait à un drone hors de contrôle".

"Afin d'assurer la sécurité de l'espace aérien, nos F-16, placés sous le commandement de l'Otan et sous commandement national, ont été déployés en mission d'interception", a ajouté le ministère turc de la Défense.

Cet incident survient après que le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde samedi contre une transformation de la mer Noire en "zone de confrontation" entre la Russie et l'Ukraine, après plusieurs frappes ces dernières semaines contre des navires.

Un navire turc a notamment été endommagé vendredi dans une frappe aérienne russe près de la ville portuaire ukrainienne d'Odessa, sur la mer Noire, quelques heures après un entretien entre le président Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine.

Le chef de l'Etat turc avait déploré la semaine précédente une "escalade inquiétante" en mer Noire, après des attaques, revendiquées par l'Ukraine, de pétroliers liés à la Russie au large des côtes turques.

La Turquie, dont la côte nord fait face à l'Ukraine et à la Crimée annexée, a su conserver jusqu'ici des liens étroits avec Kiev et Moscou depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022. (AFP, 15 déc 2025)

Le soutien "Pomme Rouge" à Tayyip en Europe…


Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 11 décembre 2025
  • Ce que les pacifistes ne doivent surtout pas oublier à l’heure où la Belgique et la Hongrie soutiennentl’industrie de guerre de la Turquie et que le CHP juge insuffisante la frénésie d’armement du gouvernement.
Alors que le processus de la « Turquie sans terreur » réserve presque chaque jour de nouvelles surprises, le djihad de la « Pomme rouge » (référence à un vieux mythe turc de conquêtes perpétuelles) du gouvernement AKP-MHP enregistre de nouveaux succès, en particulier en matière d’industrie de guerre, non seulement au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique, mais aussi au sein de l’Union européenne. Cette semaine, alors qu’une réunion se tenait à Bruxelles entre des représentants de l’Etat turc et le ministre belge de la Défense, Theo Francken, en vue de développer la coopération dans le domaine de l’industrie de guerre, de nouveaux accords en matière d’armement ont été signés avec le Premier ministre hongrois Victor Orban qui effectuait une visite solennelle en Turquie.
 
En amont de la mission économique royale belge prévue en mai 2026 en Turquie, qui sera conduite par la princesse Astrid de Belgique, Ertaç Koca, chef du département de coopération internationale de la direction de l’industrie de la défense (SSB) de la Présidence de la République, Görkem BarışTantekin, ambassadeur de Turquie en Belgique, et Basat Öztürk, ambassadeur de la représentation permanente auprès de l’OTAN, ont participé à la réunion tenue à Bruxelles pour évaluer les opportunités de coopération entre les deux pays.
 
A la suite de cette réunion à laquelle ont également pris part pour représentants des huit grandes sociétés d’armement dont ASELSAN, HAVELSAN, ROKETSAN et TAI/TUSAŞ, le ministre belge de la Défense belge a fait la déclaration suivante : « Nous avons besoin de la Turquie. Toute personne ayant un minimum de connaissances en géopolitique sait pourquoi nous avons besoin de la Turquie… Nous avons besoin du peuple turc, de l’industrie turque, de la politique turque et de la diplomatie turque… Je ne crois pas à un scénario de sécurité sans la Turquie ».
 
Il ne fait aucun doute que les calculs de Francken, l’un des dirigeants du parti nationaliste flamand N-VA qui, il y a six ans d’ici, en sa qualité de député, critiquait durement la Turquie, la couvre désormais d’éloges en tant que ministre de la Défense, reposent sur les plans d’augmentation des dépenses en armement des pays membres de l’OTAN. Les pressions exercées par Francken pour renforcer le budget de l’armement entraînent des coupes constantes dans les droits sociaux des travailleurs et les dépenses culturelles, provoquant des manifestations régulières dans toutes les villes de Belgique…
 
Il y a deux mois d’ici, Francken s’était rendu au Salon international de l’industrie de la défense (IDEF) d’Istanbul, accompagné d’une importante délégation militaire, et avait largement encensé le renforcement de l’industrie de défense de la Turquie, avant de se rendre à Ankara et de s’agenouiller devant le mausolée d’Atatürk à Anıt Kabir.
 
Pendant qu’était organisée la réunion susmentionnée à Bruxelles, 16 accords ont été signés en Turquie avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban, portant sur la coopération dans divers domaines, à commencer par l’industrie de guerre. Lors d’une conférence de presse conjointe tenue au palais de Dolmabahçe, Erdoğan a déclaré : « Nous avons signé divers documents qui renforceront les fondements contractuels de nos relations, de l’aéronautique à la sécurité, de la technologie à la culture et l’éducation. Compte tenu des changements dans les conditions sécuritaires en Europe, nous évoluons des projets prévoyant une production conjointe qui porteront notre coopération en matière d’industrie de défense à des niveaux supérieurs. 
 
Une importante particularité de ce nouvel accord entre les industries de défense turque et hongroise réside dans le fait que la Hongrie n’est pas seulement membre de l’Union européenne, mais aussi de l’Organisation des Etats turciques, dirigée par la Turquie.
 
Quel est le sens d’inclure dans cette union la Hongrie, qui n’a aucun lien ni avec la langue turque, ni avec l’islam, aux côtés d’Etats majoritairement musulmans où l’on parle différents dialectes turcs, comme la Turquie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan ?
 
Selon les données statistiques fournies par Wikipedia, la population de la Hongrie, qui compte près de 10 millions d’habitants, est ethniquement composée de 94% d’Hongrois, de 3% de Roms, de 2% d’Allemands, de 0,3% de Slovaques et de 0,2% de Croates. Sur le plan religieux, elle compte 54% de chrétiens, 19% de personnes sans religion, de 0,1% de juifs et de 0,1% de bouddhistes, tandis que les Turcs ou les musulmans n’y représentant qu’une minorité de 0,06%.
 
Dans mon article intitulé « Du fléau de Dieu au fléau de l’Islam… », paru dans Artı Gerçek le 15 avril 2021, j’expliquais les raisons suivantes :    
 
La thèse historique selon laquelle la nation hongroise a des liens de sang et de langue avec la nation turque, et que le hongrois, comme le turc, appartient au groupe des langues ouralo-altaïques fait l’objet de discussions dans les cercles universitaires depuis des décennies. En outre, l’empereur des Huns Atilla, qui terrorisait les peuples d’Europe au Ve siècle, est considéré comme l’un des ancêtres les plus importants de leur nation par certains Hongrois, ainsi que par tous les Turcs.
 
Dans la liste des plus grands dirigeants turcs que l’on nous a enseignés à l’école primaire et secondaire en Turquie, Atilla figure aux côtés de Mete Han, Alp Arslan, Osman Bey, Mehmet le Conquérant, Soliman le Magnifique et Mustafa Kemal.
 
A tel point que l’opération d’invasion du nord de Chypre menée par l’armée turque en 1974, alors que Bülent Ecevit était Premier ministre, fut fièrement baptisée sous le nom de code « Opération Atilla ».
 
Ces réunions et accords successifs avec ces deux Etats membres de l’Union européenne constituent, comme je l’ai mentionné en introduction, une nouvelle phase de l’opération de « la Pomme rouge » à connotation raciale du gouvernement AKP-MHP.
 
Souvenons-nous… Lors de l’opération Rameau d’Olivier lancée par les forces armées turques contre la ville syrienne d’Afrin en 2018, un soldat prenant part à l’opération répondit à la question « Où allez-vous ? » par « la Pomme rouge ». A peu près au même moment, le président Recep Tayyip Erdoğan fit référence, dans un discours, aux propos de ce soldat : « Oui, nous avons une Pomme rouge. Nous nous dirigeons vers cet objectif ».
 
Alors que la signification de la « Pomme rouge » fait encore débat, un clip vidéo réalisé par la Direction de l’Information de la Présidence pour l’anniversaire de la victoire de Manzikert illustrait diverses scènes de batailles et de conquêtes, de la bataille de Manzikert à la Conquête d’Istanbul, jusqu’à l’ère ottomane. Le clip incluait également des images des forces de sécurité turques actuelles, tout en faisant référence aux évènements du 15 juillet 2016 et à la réouverture de Sainte-Sophie au culte islamique.
 
Le clip vidéo comportait également une Marche de la Pomme rouge, proclamant : « Comme Alparslan qui s’est élevé à Malazgirt / Comme mes ancêtres qui, par leurs victoires, ont écrit l’histoire / Comme nos aïeux qui ont clos une ère et ouvert une autre / Notre but est la Pomme rouge, en avant ! »
 
L’Europe à laquelle le gouvernement actuel fait référence lorsqu’il déclare par moment, pour apaiser les relations « Nous ne nous voyons nulle part ailleurs qu’en Europe, et nous envisageons de construire notre avenir ensemble avec l’Europe », n’est assurément par l’Europe de l’acquis communautaire, mais plutôt celle que l’esprit de conquête ottoman qui, commencé à Manzikert en 1071, puis à Constantinople en 1453, avant de conquérir l’Europe orientale, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en atteignant son apogée en atteignant les portes de Vienne, visait à soumettre à une domination islamique totale.
 
Cette Europe, c’est la « Pomme rouge » des turco-islamistes du XXIe siècle.
 
La condition essentielle au succès de la conquête de la Pomme rouge, qui a pris une dimension transcontinentale avec les conquêtes de l’Iraq, de la Syrie, de la Libye, de Chypre, de la Méditerranée orientale et, plus récemment, du Caucase, par le chef de guerre musulman Erdoğan est sans aucun doute le renforcement constant de l’industrie de guerre de la Turquie.
 
A cet égard, le Parti républicain du Peuple (CHP), candidat au pouvoir à venir, n’est pas en reste par rapport aux dirigeants actuels. Yankı Bağcıoğlu, vice-président du CHP chargé des politiques de défense nationale, déclarait le 2 septembre 2025 que l’industrie turque de défense était devenue un acteur mondial grâce à des décennies de travail acharné et déterminé :
 
« Nos drones/UCAV développés par Baykar et TAI sont devenus une marque mondiale et ont représenté une part importante de nos exportations dans le secteur de la défense, totalisant 7,1 milliards de dollars en 2024. Le KAAN, développé sous la direction de TAI, a effectué son premier vol en 2024, plaçant la Turquie parmi les rares pays capables de produire des avions de combat de cinquième génération. Le Projet MILGEM, initié par la vision des regrettés amiraux Vural Bayazıt et Özden Örnek, a renforcé nos forces navales avec l’intégration de corvettes et de frégates nationales à notre arsenal. Le Projet Dôme d’Acier va renforcer notre défense aérienne, mais compte tenu des initiatives prises par les pays de la région en ce sens, il s’agit d’une initiative cruciale bien tardive. Bien que retardés, le char ALTAY, les obus FIRTINA et les systèmes de guerre électronique KORAL amélioreront l’efficacité de nos forces terrestres au sol.
 
« Posséder ou soutenir l’industrie nationale de défense ne doivent pas être réduit au soutien à un parti politique, cette question doit être abordée dans une perspective supra-politique. Assurer la préparation des forces armées turques à la guerre pour contrer toutes les menaces est un devoir assigné au pouvoir exécutif en vertu de l’article 117 de la Constitution. S’acquitter de ce devoir n’est pas une faveur, mais une obligation constitutionnelle ».
 
N’oublions pas que le président du CHP Özgür Özel, lors d’une visite au TAI le 25 octobre 2024, avait déclaré: « C’est ici une institution précieuse de la Turquie. J’ai été l’un des premiers responsables politiques à partager le premier vol du Kaan et à exprimer notre fierté pour cette entreprise. Tous les membres du Parti républicain du Peuple soutiennent le TAI et ses filiales, et tous ses projets en cours ».
 
Dernièrement, le 27 novembre, lors des débats sur le budget 2026 du ministère de la Défense nationale au sein de la commission parlementaire de la planification et de budget, le député CHP d’Ordu, Seyit Torun, prenait la parole en soulignant que l’industrie de défense est une valeur partagée de la Turquie :
 
« Depuis la fondation de la République, et plus particulièrement après 1974, notre industrie de défense est le fruit du labeur et des efforts des ingénieurs, des soldats, des martyrs et des anciens combattants turcs. Personne ne peut dire "tout a commencé avec nous". Nous étions un pays qui construisait des navires avant même l’invention de la télévision en couleur. Nous avons mis en place les chaînes d’assemblage des F-16 dans les années 1980. Les bases conceptuelles du MİLGEM remontent aux années 1990, et les travaux relatifs au projet TCG Anadolu ont débuté avant l’arrivée au pouvoir de l’AKP ».
 
Rappelant que le projet du tank Altay, l’une des fiertés du gouvernement actuel, a en réalité été conçu dans les années 1990, lancé en 2007 et qu’un prototype fut produit en 2012, Torun a poursuivi :
 
« Et ensuite ? A ce jour, la production en série n’a toujours pas débuté. Les choix du gouvernement ont non seulement retardé la mise en place d’un système qui aurait renforcé l’arsenal des forces armées turques, mais ont également fait manquer à la Turquie des opportunités sur le marché mondial des chars. Aujourd’hui, la Pologne, la Norvège, la Lituanie, les Pays-Bas et la Roumanie ont finalisé leurs acquisitions de chars modernes. Nous, en revanche, en sommes encore au stade de la présentation de prototypes, des tanks sont exposés, mais il n’y a rien en stock… Le destroyer de défense aérienne TF-2000 est à l’ordre du jour depuis 30 ans, et pourtant, il ne s’est toujours pas concrétisé… La mise en service complète du Dôme d’acier prendra au moins 6-7 ans… Compte tenu des menaces sécuritaires actuelles, ces retards engendrent de graves risques. »
 
Face au soutien apporté par le principal parti d’opposition au renforcement de l’industrie de guerre, le parti DEM, dans sa déclaration de 222 pages sur le projet de loi budgétaire 2026, soutient que ce budget ne prend pas en compte l’aggravation des problèmes économiques et sociaux de la Turquie et que le respect de la décision de l’OTAN d’augmenter les dépenses de défense à 5% du produit intérieur brut fragilisera davantage l’économie turque, tout en soulignant que l’insistance sur des politiques sécuritaires est de nature à compromettre les perspectives de paix régionale. Il formule par ailleurs, de manière justifiée, l’avertissement suivant :
 
« Le budget 2026 a été élaboré sans tenir compte des efforts accrus déployés pour une solution démocratique et pacifique à la question kurde. Pourtant, la conjoncture actuelle exige l’abandon des habitudes prises. Les choix budgétaires pour 2026 ont été faits comme si les circonstances exceptionnelles invoquées par le passé pour justifier ces choix étaient toujours d’actualité, comme si aucun événement extraordinaire n’était survenu depuis le 1er octobre 2024 et comme si l’Appel du 27 février pour la Paix et une société démocratique n’avait jamais été lancé ».
 
Le parti DEM a totalement raison dans cet avertissement… Ceux qui, au moment de lancer le processus de « Turquie sans terreur », qualifiaient la bataille de Manzikert de 1071 de point de départ de la fraternité turco-kurde, devraient également se souvenir qu’Erdoğan et ses associés au pouvoir ont, pendant des années, sanctifié cette même bataille comme le début de la conquête raciste-islamiste de la Pomme rouge.

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN

Affaires religieuses / Religious Affairs

115 membres présumés de l'EI arrêtés avant les fêtes de fin d'année

Le procureur d'Istanbul a ordonné l'arrestation de 137 membres présumés de l'organisation Etat islamique, dont 115 ont été placés en garde à vue jeudi, soupçonnés de préparer des attentats lors des fêtes de fin d'année, a-t-il annoncé.

Selon le communiqué de son bureau, le  procureur dit avoir agi "suite à des renseignements indiquant que l'organisation terroriste EI planifiait des attaques pendant les célébrations de Noël et du Nouvel An".

Des vagues d'arrestations similaires sont régulièrement conduites en fin d'année avant les célébrations traditionnelles du Nouvel An.

La Turquie, qui partage 900 km de frontière avec la Syrie, redoute des infiltrations du groupe jihadiste toujours actif chez son voisin.

L'EI a notamment été accusé dernièrement d'avoir frappé des Américains à Palmyre, tuant deux militaires et un interprète.

Les services de renseignements turcs ont en outre annoncé cette semaine l'arrestation, "entre Afghanistan et Pakistan", d'un chef présumé du groupe Etat islamique soupçonné de préparer des attentats dans la région et jusqu'en Europe.

Lors de son arrestation, le suspect, Mehmet Gören, ramené en Turquie depuis, a été  accusé par les renseignements turcs, le MIT, de "préparer des attentats-suicides visant des civils en Afghanistan, au Pakistan, en Turquie et en Europe".

Plusieurs pays dont la France ont fait état d'une menace terroriste particulièrement vive en cette fin d'année. (AFP, 25 déc 2025)

La Turquie annonce la capture d'un chef de l'EI entre Afghanistan et Pakistan

Les services de renseignements turcs ont annoncé l'arrestation entre Afghanistan et Pakistan d'un chef présumé du groupe Etat islamique soupçonné de préparer des attentats dans la région et jusqu'en Europe, a rapporté lundi l'agence étatique Anadolu.

"Mehmet Gören, l'un des chefs présumés de l'organisation terroriste EI, a été capturé dans la région Afghanistan-Pakistan lors d'une opération menée par l'Organisation nationale du renseignement (MIT) et conduit en Turquie" indique Anadolu.

Selon le MIT, le suspect préparait des "attentats-suicides visant des civils en Afghanistan, au Pakistan, en Turquie et en Europe", précise l'agence.

"Des informations ont été obtenues indiquant que l'individu avait accepté de mener des attaques suicides visant des civils" et d'avoir "facilité le transfert" dans la région Afghanistan-Pakistan de combattants de l'EI depuis la Turquie.

La branche locale de l'EI au Khorasan, l'EI-K, qui opère entre autres en Afghanistan et au Pakistan est considérée comme des plus actives de l'organisation et a revendiqué certaines des attaques les plus violentes perpétrées dans cette région et au-delà.

Selon le MIT, Mehmet Gören "a également servi activement dans des camps appartenant à l'organisation terroriste État islamique, gravissant finalement les échelons jusqu'à un poste de direction".

"Il a été établi que cet individu agissait de concert avec Özgür Altun, nom de code +Abu Yasir Al Turki+ qui a joué un rôle actif dans le transfert d'éléments organisationnels depuis la Turquie vers la région Afghanistan-Pakistan".

Özgür Altun, présenté comme "le plus haut responsable turc de l'EI" avait été arrêté dans la même région et transféré en Turquie en juin.

Selon Ankara, il "donnait des instructions pour mener des attaques visant des salles de concert où étaient rassemblés de nombreux civils en Turquie et en Europe."

En mars 2024, des combattants de l'EI-K avaient revendiqué l'attentat contre une salle de concert à Moscou qui avait causé la mort de 140 personnes. (AFP, 22 déc 2025)

L’ombre des islamistes grandit sur Diyarbakir, la grande ville kurde de Turquie

Niché au cœur de la ville de Diyarbakir, la capitale politique et culturelle des Kurdes de Turquie, dans le sud-est du pays, l’arrondissement historique de Sur avait été en grande partie détruit en 2015 et 2016, lorsque des combats avec usage d’artillerie et de blindés avaient opposé l’armée turque et des habitants soutenant la guérilla kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Depuis, une partie a été reconstruite par des entreprises du bâtiment proches du pouvoir, lequel tente d’y attirer les touristes.

Mais une autre partie du quartier, abandonné par les militants de la gauche kurde depuis les combats, a vu des mouvements islamistes kurdes s’installer et monter en puissance, souligne un article du média en ligne Bianet.

Les murs de nombreux quartiers se sont couverts de slogans, rapporte la journaliste qui s’est rendue sur place. “La seule voie est l’islam”, annoncent certains. “La charia ou la mort”, appuient d’autres. Tracés notamment sur les murs des bâtiments historiques inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, ils sont la manifestation visuelle de ce nouveau phénomène.

Les incidents se multiplient depuis 2023, après l’attaque à la bombe et le mitraillage de plusieurs cafés et centres culturels, accusés notamment de proposer de l’alcool. “Après ces évènements, il y a eu plusieurs attaques, certains commerçants ont commencé à être rackettés par ces groupes”, a témoigné anonymement une commerçante et habitante du quartier de 27 ans auprès de Bianet.

Attaques envers les femmes

Ces groupes recrutent au sein d’une jeunesse désœuvrée, frappée par la crise économique et la consommation de drogue, explique Bianet. Un certain nombre de ces membres seraient liés, selon le média, à des militants et des élus locaux du Huda Par. Ce parti kurde islamiste, allié au président turc, l’islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan, n’est autre que la vitrine légale du Hezbollah turc, un groupe djihadiste kurde qui a semé la terreur dans les années 1990 – avec le soutien des services secrets turcs, car il combattait impitoyablement la guérilla du PKK.

Au mois de novembre, trois femmes célibataires qui partageaient un appartement dans l’arrondissement ont été attaquées chez elles et insultées, et l’une d’elles a été passée à tabac par un groupe d’une quinzaine d’hommes se réclamant de la religion.

“Nous avons l’impression d’être constamment surveillées. Depuis 2015, je ne me sens pas en sécurité”, témoigne une autre habitante de 32 ans, qui s’indigne que, de plus en plus fréquemment, des hommes interviennent pour critiquer des passantes en raison des vêtements qu’elles portent :

Également interviewée, Gülsen Özer, coprésidente pour la ville du parti prokurde DEM – qui a recueilli 60 % des suffrages aux municipales de 2024 –, dénonce le fait que “ces attaques sont le fait d’individus qui ont la même mentalité que l’organisation État islamique. Pendant des milliers d’années, différents peuples ont cohabité dans ce quartier sans que personne gêne personne. Tout cela est fait sous le prétexte de la religion, mais nous n’avons pas besoin de gardiens de la morale. Que ces gens soient plutôt les gardiens de leurs consciences salaces.”
(Courrier international, 23 décembre 2025)

Socio-économique / Socio-economic

Nouvelles arrestations dans le football pour paris truqués

Près d'une trentaine d'acteurs du football turc, dont quatorze joueurs et un ancien responsable du club stambouliote de Galatasaray, ont été interpellés, accusés d'avoir parié sur des matches, a annoncé vendredi le parquet d'Istanbul.

La vaste enquête du parquet d'Istanbul qui secoue le football turc depuis plusieurs mois a déjà conduit à l'incarcération début novembre de six arbitres et du président d'Eyüpspor, club de première division.

Selon le communiqué du bureau du procureur publié vendredi, qui énumère et cite nommément toutes les personnes visées, "des mandats d'arrêt ont été émis contre 29, dont 14 footballeurs, et 24 d'entre elles ont été placées en garde à vue".

L'ancien président de Galatasaray, Erden Timur, le vice-président d'Eyüpspor AS, Fatih Kulaksiz, et un responsable de la Fédération turque de football (TFF) ont également été interpellés.

Six suspects sont accusés d'avoir "influencé le résultat du match Kasimpasa-Samsunspor" le 26 octobre 2024 et les quatorze joueurs d'avoir "placé des paris de manière à affecter le résultat du match" en pariant sur la victoire de l'équipe adverse lors du match de leur propre équipe.

Kasimpasa est un quartier d'Istanbul et le club de Samsun se situe sur la mer Noire (nord-est).

Les opérations ont été menées simultanément dans onze provinces et se concentrent aujourd'hui à Istanbul, précise le Procureur.

La liste des suspects jointe au communiqué fait apparaître des joueurs, des responsables de clubs de foot et de la Fédération turque de football, des hommes d'affaires et un ancien policier.

Selon le bureau du procureur, des transactions suspectes ont été identifiées sur les comptes bancaires examinés, notamment "des flux de trésorerie entrants et sortants considérés comme liés aux paris, des soupçons de dissimulation de la provenance des fonds et des transactions financières inhabituelles" sur les comptes bancaires examinés.

Il s'agit de la troisième vague d'opérations liées à l'enquête sur les paris sportifs.

La Fédération turque de football (TFF), qui dit vouloir "nettoyer" le football turc, a suspendu le mois dernier près de 150 arbitres reconnus coupables d'avoir parié sur des rencontres, tous révoqués depuis.

Vingt-cinq joueurs de première division et près de 1.000 autres évoluant en deuxième, troisième et quatrième divisions, ont écopé de suspensions. (AFP, 26 déc 2025)

Scandale de paris dans le football turc: 11 joueurs professionnels placés en détention

Un tribunal d'Istanbul a ordonné lundi le placement en détention provisoire de 11 footballeurs de première et deuxième divisions turque accusés pour neuf d'entre eux d'avoir parié sur des matches de leur propre équipe, ont rapporté les médias turcs.

Parmi les cinq joueurs de première division inculpés figurent Metehan Baltaci, défenseur de Galatasaray, Alassane Ndao, ailier sénégalais de Konyaspor, et Mert Hakan Yandas, milieu de terrain de Fenerbahçe, accusé lui d'avoir parié sur des rencontres via une tierce personne.

Les juges ont ordonné le placement en détention provisoire de neuf autres suspects, dont les présidents de deux clubs de troisième division accusés de s'être entendus sur le résultat d'une rencontre lors de la saison 2023-2024.

Dix-neuf suspects ont eux été remis en liberté sous contrôle judiciaire, parmi lesquels quatre joueurs de Süper Lig, la première division turque.

Une quarantaine de personnes avaient été arrêtées au total la semaine dernière dans le cadre d'une vaste enquête du parquet d'Istanbul sur des soupçons de paris illégaux et de matches truqués.

Ces investigations, qui secouent le football turc, ont déjà conduit à l'incarcération début novembre de six arbitres turcs et du président d'Eyüspor, un club de première division.

La Fédération turque de football (TFF) a également révoqué le mois dernier près de 150 arbitres qu'elle accusait de parier activement sur des rencontres.

La TFF, qui dit vouloir "nettoyer" le football turc, a pour ce même motif infligé à 25 joueurs de première division et près de 1.000 autres évoluant en deuxième, troisième et quatrième divisions des peines de suspension allant jusqu'à douze mois. (AFP, 8 déc 2025)

La compagnie aérienne turque Pegasus va racheter Smartwings et Czech Airlines

La compagnie aérienne turque à bas coûts Pegasus Airlines a annoncé lundi la conclusion d'un accord pour le rachat de la compagnie tchèque Smartwings et de son actionnaire Czech Airlines.

La transaction, soumise au feu vert des autorités compétentes, s'élève à 154 millions d'euros, précise Pegasus dans un communiqué.

"Cet investissement stratégique vise à renforcer la présence de l'entreprise en Europe et à soutenir son expansion mondiale", écrit le transporteur turc fondé en 1990, qui dessert 158 destinations dans 55 pays.

Czech Airlines et Smartwings, qui disposent d'une flotte combinée de 47 avions, desservent 80 destinations dans 20 pays, selon Pegasus.

Fondée en 1923, Czech Airlines avait été durement frappée par la pandémie de Covid-19, qui avait conduit à son placement en redressement judiciaire en mars 2021.

"Nous ambitionnons de déployer nos ailes à travers l'Europe avec deux marques distinctes, Smartwings et Pegasus Airlines", indique la directrice générale de la compagnie turque, Güliz Öztürk, citée dans le communiqué. (AFP, 8 déc 2025)


Scandale de paris dans le football turc: la justice ordonne l'arrestation de 29 joueurs

La justice turque a ordonné vendredi l'arrestation de 46 personnes, dont 29 footballeurs, dans le cadre d'une vaste enquête sur des paris portant sur des matches de football, a annoncé le parquet d'Istanbul.

Vingt-sept de ces joueurs sont soupçonnés par la justice d'avoir parié sur des matches de leur propre équipe, a précisé le parquet dans un communiqué.

Parmi eux figure Metehan Baltaci, joueur de Galatasaray, équipe triple championne de Turquie en titre, a indiqué le parquet, qui n'a pas précisé l'identité des 26 autres joueurs incriminés.

Mert Hakan Yandas, un joueur de Fenerbahçe, autre grand club d'Istanbul, est lui soupçonné d'avoir parié sur diverses rencontres via une tierce personne.

La justice, selon laquelle 35 des 46 personnes recherchées ont été interpellées à ce stade, a également ordonné l'arrestation des présidents de deux clubs soupçonnés d'avoir "tenté d'influencer le résultat" d'un match les opposant en troisième division lors de la saison 2023-2024.

L'enquête du parquet d'Istanbul, qui secoue le football turc, a déjà conduit à l'incarcération début novembre de six arbitres et du président d'Eyüpspor, un club de première division.

La Fédération turque de football (TFF), qui dit vouloir "nettoyer" le football turc, avait suspendu quelques jours plus tôt près de 150 arbitres reconnus coupables d'avoir parié sur des rencontres.

Vingt-cinq joueurs de première division et près de 1.000 autres évoluant en deuxième, troisième et quatrième divisions ont également écopé en novembre de suspensions allant jusqu'à douze mois. (AFP, 5 déc 2025)

En Turquie, des fouilles éclairent d'un jour nouveau la société néolithique

Sur une colline du sud-est de la Turquie balayée par les vents, de nouvelles découvertes archéologiques offrent une plongée de plus de 11.000 ans dans le passé, à l'apparition des premières communautés humaines.

Les dernières découvertes, parmi lesquelles un visage de pierre aux lèvres cousues, éclairent les croyances et rituels de l'ère néolithique.

"La multiplication des sculptures humaines témoigne de la sédentarisation des sociétés", explique à l'AFP le Pr Necmi Karul, responsable des fouilles sur le site de Karahantepe, situé à l'est de la ville de Sanliurfa, près de la frontière syrienne.

"À mesure que les communautés se sédentarisaient, les hommes se sont progressivement éloignés de la nature et ont placé la figure humaine et l'expérience humaine au centre de leur univers", souligne l'archéologue en désignant un visage humain sculpté sur un pilier en forme de T.

Ces fouilles s'inscrivent dans le cadre du projet turc "Collines de pierre", une initiative gouvernementale lancée en 2020 sur douze sites de la province de Sanliurfa, que les autorités turques qualifient de "capitale mondiale du néolithique".

Le projet inclut le site de Göbeklitepe ("Colline ventrue" en turc), classé au patrimoine mondial de l'Unesco, qui abrite les plus anciennes structures mégalithiques connues de Haute-Mésopotamie.

 - "Quantité incroyable d'informations" -

 A Karahantepe, Lee Clare, de l'Institut archéologique allemand, estime que les récentes découvertes remettent en question certaines idées reçues sur le passage de sociétés de chasseurs-cueilleurs nomades aux premières communautés sédentaires.

Ces cinq dernières années ont permis de recueillir "une quantité incroyable d'informations", se réjouit l'archéologue, qui coordonne le projet "Collines de pierre".

"Chaque habitation sur laquelle nous travaillons nous offre un aperçu de la vie d'une personne (...) Nous pouvons presque la toucher à travers ses ossements, et nous comprenons mieux ses croyances", affirme Lee Clare.

Malgré l'absence de documents écrits -- les vestiges remontent à une période antérieure à la naissance de l'écriture -- les découvertes, mises bout à bout, permettent "de mener des analyses statistiques et d'effectuer des comparaisons pertinentes", souligne le Pr Karul.

Selon lui, les premiers foyers de peuplement ont commencé à apparaître avec la fin de la dernière période glaciaire.

"L'environnement a créé des conditions fertiles, qui ont permis aux populations de subvenir à leurs besoins sans avoir à chasser constamment. Cela a favorisé la croissance démographique et encouragé le développement et l'expansion de groupes sédentaires dans la région", explique-t-il.

 - "Société hautement organisée" -

 Avec la sédentarisation apparurent les premières dynamiques sociales, "pente glissante vers le monde moderne", souligne Lee Clare, fin connaisseur de la région depuis 2013: "Dès que les populations ont produit des surplus, certains se sont enrichis, d'autres se sont appauvris".

Et la poursuite des fouilles transformera encore la compréhension du néolithique, affirme Emre Guldogan, archéologue en chef du site voisin de Sefertepe.

"Karahantepe, et le projet plus vaste des +Collines de pierre+, donnent à voir une société hautement organisée, dotée de son propre univers symbolique et de ses propres systèmes de croyances" qui remettent en question les idées reçues sur un monde néolithique "primitif", juge-t-il.

Les communautés d'alors "partageaient des caractéristiques communes, mais ont également développé des différences culturelles marquées", ajoute-t-il.

Ainsi à Karahantepe, le symbolisme humain est omniprésent, tandis qu'à Göbeklitepe l'imagerie animale prédomine, notent les archéologues.

Les récentes découvertes archéologiques ont en outre accru l'intérêt pour cette région de Turquie d'abord connue comme le lieu de vie d'Abraham, figure vénérée dans le judaïsme, le christianisme et l'islam.

"Avant le début des fouilles à Karahantepe et sur les autres sites, la région attirait surtout des groupes de touristes religieux", relève le guide touristique Yakup Bedlek.

"Mais avec la découverte de nouveaux sites archéologiques, la région attire désormais un public touristique plus diversifié", conclut-il. (AFP, 4 déc 2025)


Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

Dix ans de prison pour deux jeunes "mules" françaises

Deux jeunes Françaises accusées d'avoir transporté près de 25 kilos de cannabis depuis la Thaïlande ont été condamnées à dix ans de prison chacune mardi en Turquie, a constaté l'AFP.

Ibtissem B., 22 ans, et Mariam N., 23 ans avaient été arrêtées le 28 février lors d'une escale à l'aéroport d'Istanbul, en possession de deux valises de deux fois 12 kilos de drogue.

Elle devront en outre s'acquitter chacune d'une amende de 100.00 livres turques (environ 1.990 euros).

Le juge a retenu le "transport de drogue et non son commerce qui les aurait exposées à une peine plus lourde", a expliqué Me Umut Alikosifoglu, défenseur de Mariam.

"L'objectif est maintenant d'obtenir leur transfert vers une prison français", a-t-il indiqué.

Le trafic de cannabis est punissable de vingt ans de détention et celui de cocaïne de trente ans au moins, ont rappelé les avocats.

"Espérons que les autorités françaises et turques se mettent rapidement d'accord sur leur transfèrement", a également souhaité l'avocate française d'Ibtissem, Me Carole-Olivia Montenot, jointe au téléphone.

Les deux jeunes femmes sont détenues depuis dix mois dans la plus grande prison de Turquie, Silivri, à l'ouest d'Istanbul. (AFP, 23 déc 2025)

L’influence croissante des partis patriotiques européens incite à un certain optimisme… »

Véronique Lamquin, Le Soir, 16 déc 2025

C’est bien la seule touche « positive » (selon les auteurs) des trois pages consacrées à l’Europe dans la stratégie nationale de sécurité américaine. Laquelle, pour rappel, dépeint un Vieux Continent à la traîne économique mais « surtout » menacé d’« effacement civilisationnel ». Et de dérouler l’antienne Maga : les ennemis sont intérieurs. Et identifiés – par la sphère ultraconservatrice : l’Union européenne et ses institutions qui sapent la souveraineté, les politiques migratoires qui chamboulent les Etats et sèment les conflits, la censure (contre la liberté d’expression et les oppositions politiques), la chute des taux de natalité, la perte des identités nationales et la confiance en soi.

Un club pas très structuré

Ce catalogue des horreurs posé, Donald Trump et ses affidés renient donc officiellement, en quelques paragraphes, les alliances historiques des Etats-Unis, les partis et gouvernements démocratiques (pro-)européens pour leur préférer les forces illibérales qui les combattent, voire les chassent du pouvoir. Promouvant l’agenda nationaliste, chrétien, anti-migratoire. Au premier rang des nouveaux amis, Viktor Orbán. Mais le Premier ministre hongrois n’est pas, tant s’en faut, le seul mandataire adoubé par la galaxie Maga. Cette dernière n’a du reste pas attendu le retour de son leader à la Maison-Blanche pour tisser sa toile par-delà l’Atlantique. Ces dernières années, les grands-messes de l’ultra-conservatisme (NatCons ou CPAC) ont réuni régulièrement les pontes de l’extrême droite mondiale, de Javier Milei à Giorgia Meloni en passant par Nigel Farage ou les figures clés du cabinet Trump. Tous présents sur le portrait de cette internationale réactionnaire qui aligne les convergences idéologiques et partage des percées dans les sondages mais n’a, jusqu’ici, jamais réussi à se structurer malgré plusieurs tentatives depuis la Seconde Guerre mondiale. Plus récemment, Steve Bannon, un temps idéologue en chef lors du premier mandat de Donald Trump, avait bien tenté, en vain. Le deuxième mandat sera-t-il « le bon », le mouvement Maga ayant appris de ses échecs ? Rien n’est moins sûr…

La stratégie, en tout cas, bat son plein. Ciblée sur les plus fidèles des fidèles. « Donald Trump ne soutient en effet pas tous les partis d’extrême droite », confirme Stéphane François, professeur de sciences politiques à l’Université de Mons, chercheur associé au Groupe sociétés, religions, laïcités (CNRS/EPHE/PSL). « Il va plutôt choisir les formations qui peuvent soutenir son combat contre l’Union européenne. » En premier lieu, le groupe, constitué au Parlement européen, des Patriotes pour l’Europe : aux côtés de Viktor Orbán, père fondateur, y siègent, entre autres, le RN de Jordan Bardella, le PVV de Geert Wilders ou le Vlaams Belang. Tous ont renoncé à vouloir quitter l’UE, préférant la « remodeler » (la miner) de l’intérieur, pour la transformer en un club (intéressé) de nations souveraines. « L’administration américaine regarde naturellement du côté des partis qui ont une chance d’arriver au pouvoir en Europe, qui constitueraient des alliés de premier plan pour l’objectif d’affaiblir et de diviser l’Union européenne », abonde Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof. Dans cette logique, le Rassemblement national, que tous les sondages pointent (à plus d’un an du scrutin) en tête, fait figure de cible de choix. « Donald Trump a apporté son soutien à Marine Le Pen après sa condamnation en avril dernier. Il avait déjà soutenu la cheffe de file du RN lors de la présidentielle de 2017 », rappelle le spécialiste français des droites radicales. Qui s’empresse d’ajouter que « les ambitions de l’administration américaine vont bien au-delà de la France. On a vu comment elle a tenté d’influencer les élections récentes en Allemagne, en Pologne ou en Roumanie. Elle a apporté un soutien très fort à l’AfD outre-Rhin et il existe des liens étroits historiquement avec Nigel Farage, le leader de Reform au Royaume-Uni », lequel domine aussi, pour l’heure, les intentions de vote.

Un soutien parfois encombrant pour le RN

Certaines de ces formations revendiquent clairement, de leur côté, leur proximité avec le 47e président américain. « Des partis comme Vox en Espagne, l’AfD allemande ou Reform au Royaume-Uni sont très proches de l’administration Trump », pointe encore Gilles Ivaldi. « C’est également le cas de Giorgia Meloni en Italie qui tente de s’imposer comme une interlocutrice privilégiée de Donald Trump. Pour les Frères d’Italie, c’est aussi la continuité avec la position pro-atlantiste historique du parti. En revanche, d’autres partis d’extrême droite se montrent plus réticents. C’est le cas du Fidesz hongrois de Viktor Orbán, qui cultive sa relation privilégiée avec la Russie de Poutine tout en essayant de créer des liens avec Trump. » Au RN, on tente de garder une certaine distance. « Trump, c’est à la fois un modèle, pour son côté populiste, démagogique, et un repoussoir, pour ses frasques », estime Stéphane François. « Marine Le Pen se méfie des effets d’une proximité trop grande avec un Trump politiquement sulfureux, pour sa propre stratégie de dédiabolisation en France », confirme Gilles Ivaldi. « Et puis, le RN reste un parti très proche de la Russie et marqué par son ADN anti-atlantiste ; il est important, comme l’a rappelé récemment Jordan Bardella, de garder l’indépendance française et de ne pas se vassaliser. »

Du reste, jusqu’ici, ce « soutien » ne trouve guère de traduction concrète. « On ne voit pas grand-chose », insiste Stéphane François. « En particulier pas de soutien financier. Mais, oui, ils se réunissent. En revanche, cela peut avoir une influence médiatique, on l’a vu avec Musk et l’AfD, pendant la campagne électorale en Allemagne. » « Pour l’instant ce sont essentiellement des lieux d’exercice du soft power pour l’extrême droite, où ces acteurs échangent des idées, partagent des stratégies », complète Gilles Ivaldi. « On a vu Kevin Roberts, président de l’Heritage Foundation, venir parler du Projet 2025 à Paris. Les leaders de l’extrême droite se réunissent régulièrement. On peut imaginer que ces espaces soient amenés à se développer à l’avenir pour former la base de réseaux internationaux plus structurés. Mais, pour l’instant, ce sont surtout des lieux de coopération informelle. »

Interrogé au micro de la VRT, le député européen Vlaams Belang, Gerolf Annemans, évoquait « un soutien moral », assurant « ne jamais avoir reçu le moindre cent de Donald Trump » – et pour cause, c’est interdit – mais se disant « ouvert » à une aide plus concrète. La porte-parole du parti ne dit pas autre chose, lisant dans la stratégie nationale de sécurité une légitimation du programme de l’extrême droite flamande… Faut-il rappeler que son président figurait, comme d’autres leaders extrémistes, sur la guest list de Donald Trump lors de son investiture, en janvier dernier ?

CE: "Turkish authorities should ensure the implementation of human rights standards"

The Council of Europe Commissioner for Human Rights, Michael O’Flaherty, conducted a visit to Türkiye from 1-5 December 2025, during which he discussed the rights to freedom of expression, peaceful assembly, association, and aspects of the administration of justice. The Commissioner expresses his gratitude to the authorities of Türkiye for their cooperation and for the exchanges.

The Commissioner acknowledges the efforts undertaken within the context of the ongoing “Terror-Free Türkiye Initiative,” which presents an important opportunity to address longstanding human rights concerns and reinforce democratic institutions. He encourages the authorities to make full use of this process to advance reforms and strengthen human rights protections, by bringing counterterrorism and other legislation and its implementation in line with human rights standards, including the case law of the European Court of Human Rights, and relevant opinions of the European Commission for Democracy through Law (the Venice Commission).

Following up on his statement of 24 March 2025, the Commissioner remains concerned about bans on assemblies and the excessive use of force against peaceful demonstrators. Article 34 of the Turkish Constitution guarantees the right to peaceful assembly, however, its implementation, including through Law No. 2911 on meetings and demonstrations, continues to fall short of international human rights standards. The Commissioner observes that assemblies are sometimes dispersed or prevented on unsubstantiated grounds such as “public order” or “general morality,” notwithstanding longstanding case law of the European Court of Human Rights.

During and after the March–April 2025 protests following the arrest and detention of Istanbul mayor Ekrem İmamoğlu, large numbers of individuals were detained or subjected to judicial control measures, including travel bans. The Commissioner acknowledges, however, recent positive steps, including the release of individuals detained during these events and some acquittal decisions. The Commissioner recalls that any restrictions on peaceful assembly must meet the tests of legality, necessity, proportionality and non-discrimination. (IT, 9 dec 2025)

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO

ISIS planning attacks on New Year's Eve in İstanbul, Ankara

As New Year’s Eve approaches, the Ankara Provincial Gendarmerie Command reportedly has issued an internal communication warning its personnel and related units about potential ISIS attacks.

Daily Cumhuriyet said it obtained the communication dated Dec 19, which specifically identifies Ankara and İstanbul as areas of concern.

The communication reportedly states that intelligence was received suggesting plans for simultaneous attacks using explosives-laden vehicles in crowded public areas within the next few days.

It includes specific warnings about shopping malls and public markets and notes that potential attack methods could include armed assaults, suicide bombings, car bombings, drone strikes, or ramming vehicles into crowds.

ISIS 'seeking attention-grabbing attacks'

The reported motive behind the threat is described as a response by ISIS and other radical groups to their weakened operational capabilities.They are are now seeking high-impact, attention-grabbing attacks timed around New Year’s celebrations.

The warning also notes that instructions have allegedly been issued from ISIS’s so-called leadership to its members. These orders reportedly aim to prevent defections, boost morale among sympathizers, and spread fear among the public. The document adds that the organization may carry out attacks in various locations using a "lone wolf" model, relying on sleeper cells granted operational autonomy.

The communication calls on personnel to enhance security both within city centers and at entry points and urges that any intelligence gathered be shared with the National Intelligence Organization (MİT) and police units.

ISIS carried out many attacks in Turkey between 2015-17, including a deadly armed assault in İstanbul on the New Year's Eve in 2017, when an assilant, acting as a "lone wolf," opened fire inside the Reina nightclub on the shore of the Bosphorus, killing 39 people and injuring dozens more. The attacker, who fled the scene, was captured weeks later and sentenced to multiple life terms for the massacre. (BIA, 22 Dec 2025)

Les Etats-Unis ouvrent un nouveau consulat au Kurdistan irakien

Les Etats-Unis ont inauguré mercredi un nouveau consulat à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, dans le nord de l'Irak.

Les Etats-Unis ont un consulat à Erbil depuis 2011, mais le nouveau complexe est considéré comme un mégaprojet s'étendant sur plus de 20 hectares.

Il s'agit d'"un symbole (...) du partenariat à long terme entre les Etats-Unis et l'Irak et la région du Kurdistan irakien", a déclaré Michael Rigas, le secrétaire adjoint du département d'Etat chargé des ressources humaines, lors de l'inauguration aux côtés de hauts responsables kurdes.

"Nous (...) considérons la région du Kurdistan irakien comme un point d'entrée dynamique vers les marchés irakiens pour les entreprises américaines", a-t-il ajouté.

Les autorités kurdes entretiennent des liens étroits avec les Etats-Unis, présentant depuis longtemps leur région comme un havre de stabilité, alors que l'Irak a connu des décennies de guerre et de violences depuis la chute du président Saddam Hussein en 2003.

L'Irak, riche en ressources pétrolières, espèrent attirer les investissements américains dans tout le pays et dans divers secteurs de l'économie, à l'image du géant ExxonMobil, récemment revenu dans le pays après deux ans d'absence.

Au cours des derniers mois, le Kurdistan a été le théâtre d'une série d'attaques de drones visant principalement ses champs de gaz et de pétrole.

Les autorités kurdes ont accusé des groupes armés soutenus par l'Iran de mener ces attaques.

Washington fait de longue date pression sur Bagdad pour qu'il désarme les groupes pro-iraniens. (AFP, 4 déc 2025)

Relations régionales / Regional Relations

Affrontements meurtriers entre forces kurdes et gouvernementales à Alep

Des affrontements meurtriers entre forces kurdes et gouvernementales syriennes ont éclaté lundi à Alep, dans le nord de la Syrie, au moment où les deux parties sont censées mettre en oeuvre un accord sur l'intégration des institutions de cette importante minorité au sein du pouvoir central.

Dans la soirée, les belligérants ont appelé leurs forces à cesser les hostilités, tout en se rejetant mutuellement la responsabilité des attaques.

Selon l'agence officielle Sana, "deux civils ont été tués et huit autres blessés dans des tirs de mortiers et de roquettes" des Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, sur la deuxième ville syrienne, déjà théâtre de violences en octobre.

De leur côté, les puissantes FDS, bras armé de l'administration kurde autonome dans la région, ont affirmé qu'une femme de 57 ans avait été tuée et 17 civils blessés dans une attaque menée par "des combattants de factions gouvernementales" au moyen d'armes lourdes.

Les affrontements se sont déroulés dans les quartiers d'Alep de Cheikh Maqsoud et Achrafieh, tenus par des unités kurdes locales, où deux civils avaient déjà été tués en octobre dans des combats entre les deux forces belligérantes, avant un cessez-le-feu.

Depuis la chute en décembre 2024 de l'ex-président Bachar al-Assad, renversé par l'ancien jihadiste Ahmad al-Chareh, devenu chef de l'Etat intérimaire, Alep est passé sous le contrôle des nouvelles autorités syriennes.

Mais les quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafieh sont restés sous le contrôle d'unité kurdes liées aux FDS et à leurs forces de sécurité, les Assayich, malgré un accord de retrait conclu en avril.

Ce regain de tension survient alors que les négociations patinent pour appliquer d'ici au 31 décembre un accord d'intégration des forces kurdes civiles et militaires dans les institutions nationales.

 - "Stabilité" -

 Ces affrontements ont éclaté le jour de la visite en Syrie du chef de la diplomatie turc Hakan Fidan, proche des nouvelles autorités syriennes, au cours de laquelle il a exhorté les Kurdes à ne pas faire "obstacle à la stabilité du pays".

Il avait déjà mis en garde la semaine dernière les FDS, estimant que les partenaires de l'accord "perdaient patience".

"Il est important que les FDS s'intègrent dans l'administration syrienne par le dialogue et la réconciliation, de manière transparente, et qu'elles n'agissent plus comme un obstacle à l'intégrité territoriale syrienne et à la stabilité à long terme", a lancé lundi M. Fidan lors d'une conférence de presse avec son homologue syrien Assad al-Shaibani.

Ce dernier a annoncé de son côté que ses services avaient reçu une réponse des FDS sur une proposition d'intégration dans l'armée syrienne. "Nous étudions cette réponse et la façon dont elle va dans le sens de l'intérêt national et d'un territoire syrien unifié", a-t-il dit.

La Turquie partage 900 km de frontière avec la Syrie et a lancé entre 2016 et 2019 trois offensives dans le nord du pays contre les combattants kurdes syriens et le groupe jihadiste État islamique.

La permanence des combattants kurdes des FDS à sa frontière est considérée comme une menace par Ankara.

Les Kurdes, importante minorité ethnique, contrôlent de vastes étendues du nord-est de la Syrie riches en pétrole et en blé.

Soutenues par les Etats-Unis, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique, défait en Syrie en 2019.

"La stabilité en Syrie est importante pour celle de la Turquie", a insisté M. Fidan, accompagné du ministre turc de la Défense Yasar Güler.

Les deux dirigeants turcs ont rencontré au cours de leur visite le président al-Chareh, avec qui ils ont évoqué des questions régionales et la lutte contre le terrorisme et la résurgence du groupe Etat islamique en Syrie. (AFP, 22 déc 2025)

Bulgarie: début du déplacement du navire ciblé par des drones fin novembre

La Bulgarie a commencé à sécuriser et à déplacer le navire fantôme transportant des hydrocarbures russes, touché par des explosions au large des côtes turques fin novembre et remorqué dans ses eaux.

Sofia "entreprend ces actions non pas de sa propre initiative, mais en application du droit maritime afin d'assurer la sécurité de la navigation et de protéger le milieu marin", a déclaré le ministère des Transports lundi dans un communiqué à l'AFP.

"Il a été enjoint au propriétaire du Kairos, à ses frais et sous sa responsabilité, de retirer le navire des eaux territoriales bulgares", mais il n'a "pas pris les mesures nécessaires", a-t-il ajouté.

Le Kairos, naviguant sous pavillon gambien, est sous sanctions occidentales car appartenant à la "flotte fantôme" qui continue d'exporter les hydrocarbures russes.

Il se dirigeait vers un port russe quand ils a été touché fin novembre par des drones ukrainiens avec un autre bateau.

Il a été remorqué par un navire turc à quelque 700 mètres de la côte dans le sud du littoral bulgare de la mer Noire.

Le navire est ensuite retourné en Turquie, selon la Bulgarie, qui déplore ne pas avoir reçu "d'informations" de la part d'Ankara.

"L'opération de remorquage du Kairos est en cours vers un lieu de refuge, où il restera dans son état actuel de non-navigabilité, sans créer de risque ni entraver la navigation", a expliqué le ministère des Transports.

"Le propriétaire pourra en reprendre possession et organiser son retrait des eaux territoriales bulgares après avoir remboursé les dépenses engagées pour le déplacement", a ajouté la même source. (AFP, 15 déc 2025)

Un navire turc endommagé dans une frappe russe près d'Odessa

Un navire turc a été endommagé vendredi dans une frappe aérienne russe près d'Odessa, dans le sud de l'Ukraine, la Turquie appelant en réaction à une "suspension" des attaques contre les les installations portuaires et énergétiques.

Sur le plan diplomatique, la présidence française a fait savoir le même jour que les Européens et les Ukrainiens demandaient aux Américains de leur apporter des "garanties de sécurité" avant toute négociation territoriale en Ukraine.

Dans l'après-midi, la Russie a tiré un "missile sur des infrastructures portuaires civiles dans la région d'Odessa", sur la mer Noire, a déclaré sur Telegram le vice-Premier ministre ukrainien chargé de la reconstruction, Oleksiï Kouleba, affirmant qu'il n'y avait pas eu de victimes.

Le propriétaire de ce bateau, l'armateur turc Cenk Shipping, a expliqué dans un communiqué que le M/V CENK T, "qui transporte des camions entièrement chargés de fruits frais, de légumes et de denrées alimentaires sur la route Karasu-Odessa", avait été "victime d'une attaque aérienne", "peu après avoir accosté au port de Chornomorsk", voisin de celui d'Odessa.

Il s'agit d'un navire de 185 mètres de long battant pavillon panaméen, selon un document d'information publié sur le site en ligne de cette compagnie, tandis que des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent ce bâtiment bleu et blanc en feu.

 - La Turquie veut une "suspension" des attaques -

 Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait annoncé plus tôt dans la journée qu'"un navire civil dans le port de Tchornomorsk avait été endommagé", sans plus de précisions.

La Turquie a réagi en réitérant sa demande d'une "suspension" de telles frappes.

"Nous insistons une fois de plus sur l'importance d'un cessez-le-feu immédiat entre la Russie et l'Ukraine et réitérons la nécessité d'un accord visant à prévenir toute escalade en mer Noire, notamment en garantissant la sécurité de la navigation et en suspendant les attaques ciblant les infrastructures énergétiques et portuaires", a martelé le ministère turc des Affaires étrangères.

Dans un entretien au Turkménistan avec son homologue russe Vladimir Poutine, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait auparavant "suggéré qu'un cessez-le-feu limité, sur les installations énergétiques et des ports, serait bénéfique".

La Turquie a mis en garde ces dernières semaines contre une "escalade inquiétante" en mer Noire, après que l'Ukraine a revendiqué des attaques de drones navals contre des pétroliers liés à la Russie dans la région.

 - Appel à des "garanties américaines" -

 Concernant les tractations en vue de mettre fin à près de quatre ans de guerre, les Européens et les Ukrainiens insistent sur la nécessité, selon eux, d'obtenir des Etats-Unis des "garanties de sécurité".

Un conseiller du président français Emmanuel Macron a évoqué le besoin d'"une garantie américaine pour ceux qui participent à la coalition des volontaires" rassemblant une trentaine d'Etats aidant l'Ukraine.

"Les Ukrainiens n'ont pas fait de deal sur les territoires, n'envisagent pas aujourd'hui de deal sur les territoires, n'envisagent pas de DMZ (zone démilitarisée)", a encore dit ce conseiller.

Une mise au point après des informations de presse laissant penser que l'Ukraine était ouverte à une démilitarisation de territoires qu'elle contrôle encore et que les Russes réclament.

Un autre haut responsable a pour sa part dit à l'AFP qu'une adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne dès 2027 était envisagée dans le plan américain. "C'est stipulé mais c'est un sujet de négociation et les Américains y sont favorables".

Le journal britannique Financial Times a quant à lui écrit que ce point était présent dans la dernière mouture des propositions de paix préparées par Ukrainiens et Européens, puis présentées aux négociateurs américains.

Une telle adhésion, en à peine plus d'un an, semble cependant peu probable du fait de la possible opposition, entre autres, d'Etats membres de l'UE aux relations tendues avec l'Ukraine, comme la Hongrie.

 - Discussions à Berlin -

 C'est dans le cadre de ces démarches internationales que le président ukrainien Volodymyr Zelensky est attendu lundi à Berlin pour rencontrer ses alliés européens.

Des pourparlers indirects soutenus et difficiles entre Moscou et Kiev sont en cours depuis presque un mois, sous médiation de Washington, qui presse de trouver une issue à ce conflit déclenché par l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022 et ayant d'ores et déjà fait des centaines de milliers de morts et de blessés.

La version initiale du plan américain, jugée très favorable à Moscou, a été amendée à plusieurs reprises par les belligérants.

Les négociateurs bloquent en particulier sur les questions territoriales, les Etats-Unis réclamant, déplore Kiev, d'importantes concessions à l'Ukraine.

Sur le front, après de longs mois de recul face à des troupes russes plus nombreuses, l'armée ukrainienne a affirmé avoir repris aux Russes plusieurs quartiers de la ville clé de Koupiansk, dans la région de Kharkiv (nord-est), ainsi que deux localités proches. (AFP, 12 déc 2025)

Poutine, Erdogan et Pezeshkian au Turkménistan, un des pays les plus secrets du monde

Turkménistan accueille vendredi un rare défilé de chefs d'Etat parmi lesquels les présidents russe Vladimir Poutine, turc Recep Tayyip Erdogan et iranien Massoud Pezeshkian.

Ces dirigeants d'Etats aux relations conflictuelles avec les Occidentaux ont été invités pour célébrer le trentième anniversaire de la "neutralité permanente" du régime, une doctrine ayant contribué à faire du Turkménistan l'un des pays les plus fermés du monde.

Voici ce qu'il faut savoir sur cette ex-république soviétique désertique d'Asie centrale regorgeant de gaz.

 - Dynastie présidentielle -

 Le Turkménistan, qui est notamment bordé par l'Iran, l'Afghanistan et la mer Caspienne, a connu trois présidents depuis son indépendance de l'Union soviétique en 1991.

Après le règne de Saparmourat Niazov, autoproclamé "président à vie" et "Père des Turkmènes" (Turkmenbachi), mort en 2006, la famille Berdymoukhamedov est aux commandes.

Le fils, Gourbangouly, a passé la main au petit- fils Serdar en 2022 mais tous deux gouvernent de facto en tandem et font l'objet d'un culte de la personnalité.

Gourbangouly, officiellement "Chef de la nation" et "Héros-Protecteur" (Arkadag), a fait bâtir une ville en son honneur avec une statue de 43 mètres de haut le représentant en conquérant à cheval, tandis que Serdar est loué quotidiennement dans les médias étatiques.

 - Neutralité et pays ermite -

 Le Turkménistan est l'un des pays les plus secrets, au monde, régulièrement comparé à la Corée du Nord pour la difficulté d'y accéder.

La "neutralité permanente" du Turkménistan, accordée par les Nations unies en 1995, est un pilier de l'idéologie du régime: une "arche de la neutralité" d'une centaine de mètres de haut avec une statue dorée du premier président trône dans la capitale.

Le président Serdar Berdymoukhamedov a publié en amont du sommet un énième livre, présenté comme un "précieux cadeau au peuple" turkmène et qui vante les mérites de cette neutralité permanente.

Ce statut, qui implique le refus d'adhérer pleinement à toute union ou alliance militaire, est utilisé par le régime pour mettre en place l'une des politiques les plus isolationnistes du monde.

Le Turkménistan entretient principalement des relations avec la Chine, la Russie, l'Iran et la Turquie via des accords sur le gaz et la coopération avec l'Occident reste limitée.

Selon Amnesty international, ce pays est "de facto fermé aux ONG internationales de défense des droits humains, aux mécanismes spéciaux des Nations unies et aux médias indépendants".

L'information parcellaire, cadenassée et généralement invérifiable, "vise uniquement à faire l'éloge du régime", selon Reporters sans Frontières (RSF), tandis que nombre de réseaux sociaux sont inaccessibles.

 - Riche en gaz, pauvre en eau -

 Le Turkménistan dispose des quatrièmes ou cinquièmes réserves mondiales de gaz mais l'eau manque, une situation qui va empirer en raison du changement climatique, selon les scientifiques.

Il est recouvert aux trois quarts par le désert du Karakoum que traverse un canal d'irrigation long d'environ 1.400 kilomètres, l'un des plus grands de la planète.

Ce canal vieillissant détourne les eaux de l'Amou-Daria, l'un des deux principaux fleuves centrasiatiques, pour irriguer les cultures dans ces régions désertiques.

La culture du coton, importante pour l'économie turkmène, est extrêmement exigeante en eau et participe à l'assèchement de la mer d'Aral, qui a quasiment disparu.

 - "Portes de l'enfer" et pollution -

 Surnom donné au cratère gazier de Darvaza en combustion continue depuis 1971, les "portes de l'enfer" brûlent dans le Karakoum après un incendie accidentel provoqué par des scientifiques.

Principale attraction touristique nationale, ce cratère rejette du méthane, un gaz à effet de serre contribuant au changement climatique.

La part de Darvaza dans les immenses rejets de méthane du Turkménistan reste marginale mais ce cratère est le symbole d'une catastrophe environnementale : ce pays détenait en 2024 le record du monde du nombre des fuites massives de méthane, d'après l'Agence internationale de l'énergie.

Les autorités turkmènes ont promis d'éteindre ce foyer mais les particularités géologiques du Karakoum compliquent les opérations.

 - Animaux vénérés -

 La race locale de cheval - l'akhal-teke - et celle de chien - l'alabaï, ou berger d'Asie centrale - ont des jours fériés en leur honneur et font partie des piliers de la culture turkmène telle que la conçoit le régime.

Des statues représentant des alabaïs et akhal-tekes ont été érigées sur ordre de Berdymoukhamedov père, qui a composé une chanson pour son cheval favori. Le fils a le titre d'"honorable éleveur" d'alabaïs et dirige l'association nationale des akhal-tekes.

Dans le cadre du culte de leur personnalité, les Berdymoukhamedov s'affichent en train de cajoler ces animaux. (AFP, 12 déc 2025)

La Turquie appelle Kiev et Moscou à épargner leurs infrastructures énergétiques

La Turquie a appelé la Russie et l'Ukraine à "laisser les infrastructures énergétiques en dehors de la guerre", après des attaques ukrainiennes contre un terminal pétrolier russe et des navires de la "flotte fantôme" utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales.

Ankara a convoqué dans la foulée les ambassadeurs russe et ukrainien, a déclaré jeudi à l'AFP une source au ministère turc des Affaires étrangères.

"Nous avons convoqué les émissaires russe et ukrainien afin de leur faire part de nos préoccupations", a dit à l'AFP une source du ministère des Affaires étrangères.

"Nous disons à toutes les parties, en Russie et en Ukraine : laissez les infrastructures énergétiques en dehors de cette guerre, car cela a un fort impact sur le quotidien des populations", avait expliqué mercredi le ministre turc de l'Energie Alparslan Bayraktar devant des journalistes.

Citant les attaques russes et ukrainiennes contre les infrastructures du camp ennemi, le ministre turc a jugé nécessaire de "maintenir les flux énergétiques ininterrompus en mer Noire, dans nos détroits, ainsi que dans les oléoducs", avertissant que toute perturbation aurait des répercussions sur les marchés mondiaux.

 - "Escalade inquiétante" -

 L'Ukraine, où la Russie a déclenché une vaste offensive en février 2022, a lancé la semaine dernière des drones navals contre un important terminal pétrolier russe et deux pétroliers liés à Moscou, à quelques dizaines de milles nautiques seulement des côtes turques en mer Noire.

Le Kremlin accuse en outre l'Ukraine d'avoir visé dans ces mêmes eaux cette semaine un troisième navire, battant pavillon russe et chargé d'huile de tournesol, ce que Kiev dément.

Dénonçant des actes de "piraterie", le président russe Vladimir Poutine a menacé mardi de "couper l'Ukraine de la mer", son homologue turc Recep Tayyip Erdogan déplorant une "escalade inquiétante".

Jeudi, une source au sein du ministère turc de la Défense a affirmé qu'Ankara oeuvrait "contre les menaces maritimes liées à la guerre" en Ukraine, sans donner davantage de précisions.

Interrogé par ailleurs sur des propos du président américain Donald Trump, qui a appelé fin septembre la Turquie à ne plus acheter de pétrole russe, le ministre turc de l'Energie a souligné que la Russie était un "un fournisseur très fiable".

M. Bayraktar a précisé que ce pays avait assuré en 2024 40% environ de l'approvisionnement en gaz de la Turquie, contre 60% certaines années.

"La sécurité d'approvisionnement est notre priorité numéro un", a martelé le ministre turc, affirmant toutefois que la Turquie "ne souhaite pas dépendre d'un seul pays ou d'une seule entreprise".

"Nous avons besoin de gaz russe, de gaz iranien, de gaz azerbaïdjanais et de nombreuses autres sources", a ajouté le ministre, rappelant qu'Ankara et Moscou sont en discussions pour prolonger un contrat gazier qui expire le 31 décembre. (AFP, 4 déc 2025)

Attaques en mer Noire: Turquie, Roumanie et Bulgarie appellent au "respect du droit international"

La Turquie, la Roumanie et la Bulgarie, membres de l'Otan riverains de la mer Noire, ont appelé mercredi au "respect du droit international" après plusieurs attaques contre des cargos au large des côtes turques, a rapporté une source diplomatique turque.

Réunis en marge d'un sommet des ministres des Affaires étrangères de l'Otan à Bruxelles, les chefs des diplomaties turque, roumaine et bulgare "ont souligné la nécessité de préserver la liberté de navigation en mer Noire et de respecter le droit international", selon cette source au sein du ministère turc des Affaires étrangères.

Trois bâtiments dont deux pétroliers ont été attaqués depuis vendredi en mer Noire dans la Zone économique exclusive (ZEE) turque.

L'Ukraine a revendiqué l'attaque vendredi et samedi par des drones navals de deux pétroliers de la "flotte fantôme" russe utilisés par Moscou pour contourner les sanctions occidentales.

Kiev a nié en revanche mardi toute responsabilité dans l'attaque d'un troisième navire, un cargo battant pavillon russe en route vers la Géorgie.

Les ministres turc, roumain et bulgare, dont les pays coopèrent contre les mines flottantes en mer Noire, ont réaffirmé lors de leur entretien mercredi "la volonté de faire de la mer Noire une mer de paix, de stabilité et de coopération", a souligné la source diplomatique turque.

Lundi soir, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait dénoncé une "escalade inquiétante", estimant que "le conflit entre la Russie et l'Ukraine a clairement atteint une dimension où il menace la sécurité de la navigation en mer Noire". (AFP, 3 déc 2025)

Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece

Les dirigeants chypriotes grec et turc s'engagent à reprendre le processus de paix

Les dirigeants chypriotes grec et turc ont affirmé jeudi leur engagement à reprendre le processus de paix, à l'arrêt depuis des années sur l'île divisée de la Méditerranée, a annoncé l'ONU, lors de leur première rencontre depuis l'élection du président chypriote turc Tufan Erhürman.

Le nouveau président de la République turque de Chypre-nord (RTCN), élu en octobre, a rencontré son homologue grec Nikos Christodoulides, en présence de l'émissaire des Nations unies Maria Angela Holguin, dans les locaux de l'ONU à Nicosie.

Cette rencontre avait pour but d'évaluer la situation après une rencontre entre dirigeants chypriotes qui s'est tenue en mars à Genève.

Dans un communiqué publié après la réunion de jeudi, l'ONU a affirmé que les deux dirigeants s'étaient engagés à reprendre le processus de paix et avaient accepté de participer à une rencontre ultérieure organisée par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

"Ils se sont engagés à continuer à travailler entretemps afin d'aboutir à des résultats tangibles, dans l'intérêt des Chypriotes grecs et des Chypriotes turcs et à assurer le succès de la prochaine réunion informelle", a souligné l'ONU.

"A cette fin, ils ont exprimé leur volonté de se rencontrer aussi souvent que nécessaire", a ajouté le communiqué.

En mars, M. Guterres avait estimé qu'il existait une "atmosphère nouvelle" après l'accord donné par les deux côtés à l'ouverture de nouveaux points de passage entre les deux parties de l'île et à des opérations de déminage.

L'île est divisée depuis 1974, lorsque la Turquie avait envahi sa partie nord en riposte à une tentative de rattachement de Chypre à la Grèce menée par un groupe d'officiers putschistes.

La RTCN, qui a proclamé son indépendance en 1983, n'est pas reconnue par la communauté internationale, à l'exception de la Turquie. Elle s'étend sur environ un tiers de l'île, y compris une partie de Nicosie.

La République de Chypre, membre de l'Union européenne, contrôle la partie sud de l'île, peuplée de Chypriotes grecs.

Des décennies de pourparlers sous l'égide de l'ONU n'ont pu aboutir à une réunification de l'île.

La dernière session importante de pourparlers avait échoué à Crans-Montana, en Suisse, en juillet 2017.

Jeudi, l'envoyé spécial de l'Union européenne pour Chypre, Johannes Hahn, a déclaré qu'il existait "une opportunité" et qu'il "était temps de la concrétiser", après avoir rencontré M. Christodoulides.

M. Erhürman s'est dit en faveur d'un Etat fédéral qui inclurait les deux côtés de l'île, une solution privilégiée depuis longtemps par l'ONU et l'Union européenne. (AFP, 11 déc 2025)

Immigration / Migration

Nous avons perdu l'un de nos amis exilés créateurs...



Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 20 décembre 2025
  • Ergün Sönmez, travailleur migrant et académicien, montrait dans toutes ses œuvres comment l'exil pouvait être vécu de manière créative
Alors que l'année 2025 touche à sa fin, les nouvelles inquiétantes et douloureuses se succèdent. Ergün Sönmez, l'un de nos plus proches camarades depuis bien avant le début de notre exil et qui nous soutenait depuis l'Allemagne lorsque nous publiions Ant en Turquie, est décédé en Suisse. Il a été emporté par une maladie implacable qui l'empêchait de produire de nouvelles œuvres depuis des années.
 
Son épouse, le Dr Monique Sansonnens, qui a été à nos côtés depuis le début de notre exil au sein des organisations Résistance démocratique et Info-Türk, a annoncé la triste nouvelle et indiqué que, conformément au souhait de la famille, ils s'efforçaient d'envoyer la dépouille d'Ergün en Turquie pour qu'il repose en paix sur la terre du Kurdistan.
 
Né en 1936, Ergün Sönmez, mon camarade du même âge, tout comme notre ami Ali Ertem, fondateur de l'Association contre le génocide, que nous avons perdu il y a quatre ans, était venu en Allemagne en tant que « travailleur migrant » et avait travaillé pendant des années comme ouvrier dans des usines, tout en se développant intellectuellement. Il était l'un de nos camarades qui participaient activement aux luttes sociales et politiques tant dans son pays d'origine que dans son pays d'accueil...
 
J'ai rencontré Ergün pour la première fois en 1968, lors de sa deuxième année d'immigration, lorsqu'il est venu rendre visite à la rédaction de notre revue socialiste Ant, afin de soutenir la campagne de lancement d'un quotidien socialiste que nous avions lancée avec les dirigeants du DİSK. Dès son arrivée d'Allemagne, il avait d'abord rencontré Idris Küçükömer, professeur à la faculté d'économie et chroniqueur de notre revue, qui l'avait mis en contact avec nous.
 
Malheureusement, ce projet important de journal quotidien socialiste n'a pas abouti, malgré l'insistance des dirigeants du DİSK, qui étaient également les fondateurs du parti, en raison de la division qui a éclaté au sein de la direction du parti ouvrier de Turquie (TİP) après les événements en Tchécoslovaquie.
 
Nous allions rencontrer Ergün pour la deuxième fois, non plus en Turquie, mais à Berlin, après le coup d’État du 12 mars 1971, alors que nous étions en exil et vivions dans l’illégalité.
 
Après avoir établi les premiers contacts en Belgique, en France et en Suède pour organiser le Mouvement de résistance démocratique, nous nous étions rendus à Berlin-Ouest durant l’été 1971. Lorsque nous sommes allés rendre visite à Hakkı Keskin, le président de l’Union des étudiants turcs d’Allemagne (ATÖB) à l’Université libre de Berlin (FU), pour qui nous avons fait campagne contre sa déchéance de la nationalité turque les années précédentes, comme il ne nous connaissait pas personnellement et qu’il y avait des rumeurs selon lesquelles j’étais en prison en Turquie, il a hésité à nous accueillir immédiatement. Pour s’en assurer, il a appelé dans sa chambre Ergün Sönmez, un doctorant qui vivait dans la même cité d’étudiants et qui nous connaissait personnellement. Quand Ergün nous a vus, il nous a embrassés avec émotion, et Hakkı nous a accueillis chaleureusement, convaincu de notre identité.
 
Durant notre séjour de quatre mois à Berlin, Ergün, son épouse Monique Sansonnens et leurs amis de Turquie ont toujours été solidaires de notre lutte. Après avoir déménagé à Paris pour mener une campagne de protestation plus efficace à l’Ouest après la condamnation à mort de Deniz Gezmiş et de ses amis, notre relation avec Ergün et Monique n’a jamais cessé.
 
En 1974, lorsque nous avons créé une coopérative à Bruxelles pour publier Info-Türk, ils ont été parmi ses fondateurs. Nous nous sommes rencontrés à chaque fois que nous allions à Berlin et ils ont été nos hôtes à de nombreuses reprises, tant à Paris qu’à Bruxelles.


  
Ergün Sönmez et Monique Sansonnens avec İnci Tuğsavul, Doğan Özgüden et
Iuccia Saponara, présidente des Ateliers du Soleil, lors de leur visite à Bruxelles en 2017

Ergün Sönmez, qui a publié plus de 16 ouvrages en allemand et en turc sur la lutte contre le fascisme et l'impérialisme, l'organisation socialiste et diverses questions sociales et politiques, notamment la question kurde, depuis plus d'un demi-siècle, a publié un livre dans lequel il raconte son histoire, intitulé Göçmen İşçi/Akademisyen: Gönüllü Sürgün (Travailleur migrant / Académicien : Exil volontaire).
 
Ragıp Zarakolu, fondateur de la maison d'édition Belge qui a publié le livre, présentait Ergün Sönmez dans un article publié le 15 janvier 2020 dans Artı Gerçek :
 
« Le Dr Ergün Sönmez est né en 1936 à Ergani, dans la province de Diyarbakir. Il a fait ses études primaires et secondaires à Ergani, puis ses études secondaires à Diyarbakır. En 1957, il est entré à la faculté d'économie de l'université d'Istanbul, tout en étudiant à l'Institut supérieur de journalisme. De 1962 à 1964, il a effectué un an et demi de service militaire comme officier de réserve à l'école primaire Kasımpaşa Piyalepaşa. Il y a enseigné aux élèves de 4e et 5e année, parmi lesquels figurait le président Erdoğan. En 1965, il a commencé à travailler à la banque İş Bankası. En 1966, il est parti en Allemagne où, après avoir travaillé comme ouvrier pendant 4 ans, il a enseigné pendant 26 ans à Berlin. Au cours de cette période, il a obtenu en 1979 un doctorat en sociologie et en économie à l'Université libre de Berlin. Parallèlement à ses activités syndicales, il a travaillé au sein de partis socialistes. Également joueur de ney, Ergün Sönmez vit actuellement en Suisse avec sa femme et sa fille. Il a publié de nombreux ouvrages en allemand et en turc. Ses livres intitulés « Collectif impérialisme » et « Collectif impérialisme et la position de la Turquie » analysent la situation mondiale actuelle et la position de la Turquie dans ce contexte.
 
Dans son article intitulé « Rendez-vous à la poste », publié le 13 avril 2021 dans Artı Gerçek, Zarakolu dit également à propos d'Ergün :
 
« Ergün Sönmez s'est lancé dans les études dans des conditions très difficiles. Il est allé à Diyarbakır pour le lycée, puis à Istanbul pour l'université. Dès son enfance, il a été confronté à la discrimination et au racisme. C'est ainsi qu'il a appris qu'il était kurde et socialiste. Il a rejeté d'un revers de main la possibilité de devenir un universitaire turc.
 
Il a accepté de devenir ouvrier en Allemagne et a émigré là-bas. Il a travaillé tout en terminant son doctorat. Il a toujours fait partie de la lutte des classes, en tant que personne dévouée à sa mission, loin du carriérisme. Il a enseigné pendant 28 ans aux enfants de la classe ouvrière et des migrants, et a mené des activités syndicales.  Ergün Sönmez s'est efforcé de créer un monde plus humain et plus égalitaire à travers les livres qu'il a écrits. Dans ses livres, il a analysé l'impérialisme collectif, la position de la Turquie dans ce contexte, la question kurde et l'immigration. Certains de ses livres publiés en allemand attendent d'être traduits en turc.
 
Ergün raconte dans son livre :
 
« En 1965, j'ai adhéré au Parti des travailleurs de Turquie, le premier parti légalement constitué et actif en Turquie. Mes contacts au sein du parti étaient le professeur İdris Küçükömer, Doğan Özgüden, İnci Tuğsavul et certains amis du TİP à Hambourg. İdris et Doğan sont tous deux des personnalités dont la classe ouvrière et les travailleurs turcs peuvent être fiers, tant au sein du parti que dans leurs activités professionnelles. »
 
İnci et moi sommes honorés d’avoir écrit une présentation des livres d’Ergün Sönmez, La femme au Proche Orient, publié en 2012, et L’impérialisme collectif, publié en 2015.
 
Une des pages les plus intéressantes de la vie tumultueuse d’Ergün est la présence de Recep Tayyip Erdoğan, qui avait 10 ans à l’époque, parmi ses élèves de l’école primaire Kasımpaşa Piyalepaşa d’Istanbul, où il a enseigné en tant qu’officier de réserve entre 1962 et 1964…
 
Dans les dix pages qui terminent ses mémoires, Ergün inclut deux longues lettres qu’il a écrites à Erdoğan en 2009 et 2015.
 
Il terminait ainsi sa deuxième lettre, datée de 2015 :
 
« La Nouvelle Turquie que vous évoquez si souvent ne peut voir le jour que si tous les peuples vivant sur le territoire historique et géographique hérité de l'Empire ottoman sont égaux en tant que Turcs, et si la Turquie, en tant qu'État démocratique et universel de droit, utilise tout son potentiel pour assurer le bien-être de son peuple. Malheureusement, ces réalités brûlantes de la Turquie ont été ignorées et, après les élections, la guerre absurde habituelle a repris.  Que vous soyez à nouveau au pouvoir seul après les nouvelles élections ou que vous formiez une coalition en raison de l'incapacité d'un seul parti à gouverner, tant que ces problèmes historiques ne seront pas résolus, ce n'est pas seulement vous et le parti que vous avez fondé qui perdrez, mais la Turquie qui continuera à perdre. »
 
À la fin de ses mémoires, il disait :
 
« Je n'ai jamais renoncé à enseigner. À tel point que j'ai essayé à deux reprises d'avertir Recep Tayyip Erdoğan, l'actuel président de la Turquie, qui a été mon élève pendant un an et demi à l'école primaire. Je lui ai écrit deux lettres, en 2009 et en 2015, pour lui proposer des solutions aux problèmes fondamentaux de la Turquie, en particulier la question kurde. J'ai joint deux de mes ouvrages de recherche à ces lettres.
 
« Aujourd'hui, Erdoğan, craignant de perdre les élections, s'est complètement replié sur l'État profond, provoquant ainsi la désintégration de son parti. Malheureusement, les problèmes de la Turquie se sont aggravés et le néofascisme du 12 septembre a atteint un niveau supérieur. Cette situation est triste, mais je ne désespère pas. Les peuples de Turquie peuvent renverser ce néofascisme grâce à leur union et leur lutte antifascistes. L'important est de ne jamais abandonner, à aucun moment de notre vie. »
 
À ce sujet, j'ai écrit ceci à mon cher Ergün :
 
« Ne renonce jamais à enseigner, mon cher Ergün Sönmez, ami créatif et combatif en exil… Même si ton ancien élève, installé aujourd’hui au sommet de l’État, ne t’a pas écouté, il y a beaucoup de leçons à tirer de tes écrits dans la lutte pour la liberté, la démocratie et le socialisme… »
 
Suite à la triste nouvelle que nous avons reçue aujourd'hui, İnci et moi-même adressons nos condoléances à sa chère épouse et compagne Monique, ainsi qu'au peuple kurde dont il était fier d'être membre. Nous disons à notre ami et compagnon Ergün:
 
« Dans ce nouveau long voyage que tu as entrepris pour rivaliser avec les étoiles, sois assuré que tes combats et tes œuvres resteront à jamais gravés dans l'histoire de la lutte pour la liberté et le socialisme à laquelle tu as consacré toute ta vie... Bon voyage, cher ami... »



Saint-Josse : le personnel communal est en grève

Suppression de la prime de fin d’année, non-reconnaissance des heures supplémentaires, suppression des nominations : voilà quelques-unes des mesures qui révoltent le personnel communal.

Environ 200 agents, sur les 800 que comptent l'administration communale, sont en grève depuis 8 heures pour protester contre l’absence d’information concernant leur avenir dans le contexte de la crise financière que traverse la commune.

Cette action a été décidée à une large majorité en assemblée générale du personnel le 27 novembre dernier. La commune bénéficie d’un coup de pouce financier de la Région bruxelloise, moyennant un plan de redressement et d’économies.

Vers 10 heures du matin, les grévistes, jusqu'alors rassemblés devant la maison communale, ont pénétré dans le bâtiment. Une délégation a été reçue à 10h30.

Devant les représentants syndicaux, Emir Kir a maintenu son intention de supprimer la prime de fin d'année et a chargé les syndicats de l'annoncer eux-mêmes aux travailleurs, ce qui a engendré beaucoup de déception et de colère dans la foule, retournée entretemps à l'entrée de la maison communale. (IT, 10 dec 2025)




 informations du mois passé click Informations of the past month
Toutes les informations depuis 1976 click All informations since 1976

flashfondationeditorsbulletinspublications