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INFO-TURK

A non-government information center on Turkey

Un centre d'information non-gouvernemental sur la Turquie

52th Year / 52e Année
Février
 
2026 February
N° 570
53 rue de Pavie - 1000 Bruxelles
Tél: (32-2) 215 35 76
Chief Editor /Rédacteur en chef: 
Dogan Ozgüden

Responsible editor/Editrice responsable:

Inci Tugsavul
Human Rights
Pressures on  media
Kurdish Question
Minorities
Interior politics
Armed Forces
Religious affairs
Socio-economics
Turkey-Europe
Turkey-USA
Regional Relations
Cyprus and Greece
Migration

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Titres des évènements du mois
Titles of this month's events

90 yılı devirirken Artı Gerçek okurlarıyla dostça bir söyleşi...
Entretien amical avec les lecteurs d’Artı Gerçek au tournant de mes 90 ans…

Droits de l'Homme / Human Rights

Où sont Demirtaş et Kavala ? - Doğan Özgüden
Arrestation de six militants européens venus enquêter sur les conditions de détention
Children detained over Rojava protests subjected to strip searches, complaint reveals

Erdogan nomme le procureur général d'Istanbul ministre de la Justice
Deux Turcs arrêtés pour espionnage au profit d'Israël
Police detain 96 in raids targeting left-wing groups, media outlets
Pendant que les attaques et menaces fascistes sont de nouveau en recrudescene - Doğan Özgüden
Six personnes arrêtées pour espionnage au profit de l'Iran

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Un journaliste de la Deutsche Welle incarcéré pour "insultes au président"
Nous avons perdu l’estimé intellectuel kurde Bozarslan - Doğan Özgüden
Un nouveau livre de Doğan Özgüden: Écrits d’exil V
RSF dénonce les pressions visant les journalistes qui couvrent la question kurde
Au Musée de l'Innocence à Istanbul: un roman dans ses murs

12 ans de prison pour une célébrité accusée d'avoir voulu renverser le gouvernement
Deux concerts de métal annulés sous la pression islamiste
Turkey arrests exiled Iranian journalist Kaveh Taheri sparking deportations fears
Un éditeur accusé de "financement du terrorisme" pour des droits d'auteur
TV anchor Sedef Kabaş detained overnight over social media posts
Turkey’s most frequently arrested reporter, Furkan Karabay, under house arrest

Kurdish Question / Question kurde

Syrie… Un accord au goût amer pour les Kurdes - Doğan Özgüden
Pour les Kurdes syriens, la fin d'un rêve d'autonomie?
99 mineurs détenus pour soutien aux Kurdes de Syrie, selon un parti pro-kurde

Rencontre à Munich entre Rubio et des responsables syriens, dont des Kurdes
La ville de Diyarbakir livre 25 camions d'aide à Kobane
Les Kurdes priés de capituler face à l’État turc

The siege of Kobanê: an ongoing crime against humanity and a global failure
Le convoi d'aide pour Kobane bloqué par les autorités
Les forces gouvernementales entrent dans le bastion kurde de Qamichli
Entre résignation et inquiétudes, les Kurdes face au retour de Damas
Arrest for following a social media post featuring a hair braiding video
Damas et les Kurdes annoncent un accord, salué par Washington et Paris
Un club de foot sanctionné pour "propagande" prokurde
Les rassemblements interdits jusqu'à samedi à la frontière syrienne

Minorités / Minorities

La déclaration de l’Association des Armeniens democrates de Belgique
Les derniers Arméniens quittent le Karabakh


Politique intérieure/Interior Politics

Une commission parlementaire prône la "réintégration" des combattants kurdes
Altercation violente au Parlement après la nomination du ministre de la Justice
Les Copains Turcs d’Epstein, Ragıp Duran

Le Prince Héritier malgré lui : Bilal Erdogan, Ragip Duran

Forces armées/Armed Forces

La Turquie déploie des chasseurs F-16 en Somalie


Affaires religieuses / Religious Affairs
 

La plupart des familles de jihadistes étrangers ont disparu du camp d'al-Hol

"L’Etat Islamique devient le voisin de la Turquie" - Ragip Duran

Socio-économique / Socio-economic

More celebrities detained in narcotics, prostitution probe
Accord bruxellois : les animaux sacrifiés par les négociateurs

Les restes d'une deuxième femme démembrée retrouvés dans des poubelles à Istanbul
Colère en Turquie après un triple féminicide
Men killed 16 women in January
Seize morts et 30 blessés dans deux accidents de la route

Colère après la découverte du corps d'une femme décapitée dans une benne à ordures

Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

EU Parliament's  resolution on expulsion of journalists and foreign Christians

La Turquie accuse le Parlement européen d'adopter "des résolutions malveillantes"
Les eurodéputés dénoncent des expulsions de chrétiens et journalistes étrangers
Kurdish cry during EU summit in Bilzen

L'ancien patron du groupe aéroportuaire turc TAV arrêté en France
Le chef de la diplomatie française se rend en Turquie pour réchauffer les relations


Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO

USA: un tribunal bloque l'expulsion d'une étudiante turque propalestinienne

Relations régionales / Regional Relations

La Turquie et l'Arabie saoudite signent un accord pour la construction de centrales solaires
Après Ryad, Erdogan scelle de nouveaux accords avec son ancien rival Sissi
Les nerfs à vif des Iraniennes de Van
La Turquie offre sa médiation à l'Iran mais est prête à "renforcer" sa frontière

Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece

Mitsotakis à Ankara: Ils se sont encore une fois entendus tacitement sur leurs désaccords - Ragip Duran

Immigration / Migration

Trois morts et quatre disparus dans le naufrage d'un bateau de migrants

Une attaque au couteau à une manifestation kurde fait 6 blessés à Anvers


Droits de l'Homme / Human Rights

Où sont Demirtaş et Kavala ?



Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 26 avril 2026
Souvenirs d’un demi-siècle d’histoire à l’occasion de la conférence kurde tenue cette semaine au Parlement européen à Bruxelles.
Bruxelles, capitale de l’Union européenne, a été l’un des centres où le problème kurde, créé depuis plus d’un siècle par les puissances impérialistes et les régimes fascistes sous leurs ordres au Proche-Orient, a été le plus fréquemment débattu au cours des vingt-cinq dernières années… Récemment, une conférence s’est tenue au Parlement européen, en présence d’Ilham Ahmed, coprésidente du département des relations extérieures du Nord et de l’Est de la Syrie, et de Rohilat Efrin, membre du commandement général des YPJ, qui ont appelé l’Union européenne à se porter garante.

La question kurde n’est entrée à l’agenda de Bruxelles qu’à la fin des années 1970 qu’avec l’arrivée des exilés kurdes en Belgique. Auparavant, dans les premières années de l’émigration, compte tenu de la facilité avec laquelle les missions diplomatiques turques et les organisations fascistes pouvaient exercer des pressions sur la population migrante, il était extrêmement risqué pour les travailleurs d’origine kurde non seulement de s’organiser et de porter la question à l’agenda des organisations internationales, mais aussi ne fût-ce que de se déclarer ouvertement comme Kurdes.

C’est dans ce contexte qu’à la fin des années 1970, la première organisation kurde vit le jour en Belgique. Tekoşer (Militant en kurde), fondée sous la direction de Derwish Ferho et de ses amis, proclama l’existence de la nation kurde et du Kurdistan en Belgique…

Après le coup d’État du 12 septembre 1980, Tekoşer, de concert avec les autres organisations démocratiques de Turquie et les syndicats belges, participa activement à la lutte commune contre la junte. Lors de la manifestation de masse organisée à Bruxelles lors de la soirée du 14 février 1981 organisée par l’Union pour la Démocratie, dont j’étais le président, contre la junte, Tekoşer, par son message et son équipe folklorique, fit entendre auprès de l’opinion publique européenne, la voix du peuple kurde face au fascisme du général Evren.

La première soirée de Newroz à Bruxelles fut organisée par Tekoşer le 11 avril 1981, et l’année suivante, le 27 mars 1982, elle fut couronnée par la participation du grand poète kurde Cigerxwın.

La répression de la junte d’Evren et le contexte de guerre civile qui s’ensuivit entraînèrent une forte augmentation des migrations kurdes, assyriennes et arméniennes au départ de la Turquie vers la Belgique, comme vers d’autres pays européens. Outre la diaspora arméniennne qui s’était développée depuis le Génocide de 1915, les diasporas kurde et assyrienne se formèrent également rapidement en Belgique.

La création du Parlement kurde en exil (SKP) en Belgique, de la chaîne de télévision kurde Med TV et du Congrès national du Kurdistan (KNK) a renforcé la dimension internationale de la lutte pour la liberté des Kurdes.

Après le début de la résistance armée kurde contre la répression fasciste en Turquie, les missions diplomatiques, les journaux turcs et les organisations turques commencèrent également à provoquer les immigrés turcs en Belgique, comme dans les autres pays européens, contre les organisations kurdes.

Le dernier jour de 1993, alors qu’un groupe kurde parti d’Allemagne pour une marche de la liberté arriva à Bruxelles, de jeunes Turcs, constamment endoctrinés, attaquèrent les manifestants pour la liberté, les locaux kurdes ainsi que les bureaux d’hommes d’affaires kurdes en faisant le geste du Loup gris et en scandant : « Saint-Josse est un quartier turc ! », « Les Kurdes n’ont rien à faire ici ! », « À bas le PKK ! ».

En 1998, alors qu’Abdullah Öcalan, contraint de quitter la Syrie, séjournait en Italie, les déclarations agressives de responsables turcs et les reportages provocateurs des journaux et des chaînes de télévision turcs déclenchèrent une vague continue de manifestations violentes, non seulement en Turquie, mais aussi dans les métropoles européennes à forte composante d’émigrés turcs. Dans la nuit du 17 novembre 1998, les bureaux de l’Institut kurde de Bruxelles et de l’Association culturelle du Kurdistan, membre de la Fédération des Associations kurdes en Europe, situés dans la commune de Saint-Josse à Bruxelles, furent incendiés.

Malgré la diffusion sur les télévisions turques des images filmées des auteurs de l’attaque et de l’incendie de l’Institut kurde de Bruxelles, brandissant des drapeaux du MHP, retransmis ensuite sur les chaînes de télévision belges avec nos commentaires, ces derniers ne furent jamais inquiétés.

Les attaques brutales contre les locaux et commerces kurdes et arméniens se sont poursuivies sans relâche les années suivantes.

Plus récemment, le 17 novembre 2016, l’Institut kurde de Bruxelles fut la cible d’une attaque à la bombe incendiaire perpétrée par des partisans d’Erdoğan arrivés à bord de dizaines de voitures arborant des drapeaux turcs et scandant des slogans fascistes.

À Bruxelles, marqué par un tel passif, Ilham Ahmed, coprésidente du département des Relations extérieures du Nord et de l’Est de la Syrie, et Rohilat Efrin, membre du Commandement des YPJ, sont intervenues lors d’une conférence organisée le 25 février dernier par la Commission civique Union européenne - Turquie (EUTCC) et le groupe de l’Alliance des Socialistes progressistes et des Démocrates au Parlement européen, en apportant des précisions sur l’évolution préoccupante de la situation en Syrie et en appelant l’Union européenne à se porter garante de la protection des droits des Kurdes à l’autonomie.

Depuis 2004, la Commission citoyenne Union européenne – Turquie (EUTCC) organise des conférences annuelles au Parlement européen à Bruxelles, réunissant des grandes personnalités de Turquie et de divers autres pays du monde, afin de contribuer à la résolution de la question kurde. Des informations détaillées sur ces conférences, auxquelles j’ai moi-même pu participer et suivre de près depuis de nombreuses années, sont disponibles dans les archives d’Info-Türk.

En suivant la conférence de cette semaine – à laquelle je n’ai pu assister physiquement pour raisons de santé – en ligne, mes souvenirs m’ont ramené à il y a exactement 12 ans, lors de la conférence organisée par l’EUTCC au Parlement européen les 10-11 décembre 2014.

C’était l’époque où le vent du processus de paix soufflait sur la Turquie… Parmi les participants à cette conférence figuraient aux côtés de Salih Müslim, coprésident du PYD pour le Rojava, Nazmi Gür, vice-président du HDP, et Pervin Buldan, porte-parole du groupe parlementaire du HDP, pour la Turquie, deux autres personnalités importantes de Turquie.

Oui, comme on peut le voir sur la photo qui accompagne cet article, il s’agit de Selahattin Demirtaş, alors coprésident du HDP, et du défenseur des droits humains Osman Kavala, tous deux détenus depuis des années dans les prisons de la dictature Tayyip-Devlet.

Je n’aurai qu’une chose à dire : tant que Demirtaş et Kavala, et les dizaines de milliers de prisonniers et détenus politiques incarcérés dans les geôles de Turquie, n’auront pas recouvré leur liberté, et tant qu’ils n’auront pas retrouvé la place qui leur revient dans les discussions menées en Turquie et au centre de l’Union européenne pour la résolution de la question kurde, le processus de « Turquie sans terreur » ne fera qu’apporter de l’eau au moulin des Erdoğan et des Bahçeli, dont le seul objectif est de placer sous une domination islamique totale, non seulement le pays mais aussi tout le Moyen-Orient.

Entretien amical avec les lecteurs d’Artı Gerçek au tournant de mes 90 ans…

Aujourd’hui marque le 90e anniversaire de ma vie mouvementée, dont 74 passées dans les médias de résistance et les luttes socio-politiques… L’âge avancé d’İnci et du mien, ainsi que nos problèmes de santé toujours plus lourds, imposent un entretien avec les lecteurs d’Artı Gerçek qui partage mes opinions chaque semaine depuis neuf ans.

J’ai débuté dans le journalisme dès l’âge de 16 ans, le 9 septembre 1952, comme sténographe au journal Ege Güneşi [Le Soleil de l’Egée] à Izmir, uniquement pour financer mes études supérieures en ma qualité d’enfant d’une pauvre famille de cheminot.  

Jusqu’en 1962, j’ai travaillé pour les journaux Sabah Postası [L’Édition du Jour], Milliyet [Nation] et Öncü [Avant-Garde], et à partir de 1963, j’ai dirigé le journal Gece Postası [L’Édition de la Nuit]. En parallèle à mon métier de journaliste, j’ai pris part, à partir de 1953, aux instances dirigeantes du Syndicat des Journalistes et de l’Association des Journalistes, puis, à compter de 1962, du Parti ouvrier de Turquie, assumant ainsi des responsabilités dans les luttes organisées.

İnci aussi, a œuvré à partir de 1962 pour les journaux d’opposition Hür Vatan ([Patrie libre] et Hareket [Action] et la revue Kim.  

Comme deux jeunes journalistes d’opposition, nous nous sommes rencontrés avec İnci en 1962, et trois ans plus tard, le 30 janvier 1965, avons officiellement unis nos vies à Istanbul. Le 30 janvier a aussi marqué le début de notre combat commun, d’abord au journal Akşam [Le Soir], que j’ai transformé comme rédacteur en chef en organe quotidien du mouvement de gauche, puis à la revue Ant…

En tant que dirigeants d’Ant, nous avons payé le prix de nos écrits et de nos publications, d’abord sur le banc des accusés du Palais de Justice à Sultanahmet et du Tribunal du Commandement de la 1ère Armée sous la menace de peines de prison allant jusqu’à 300 ans, puis après le coup d’État du 12 mars, en étant contraints à nous exiler car nous figurions parmi les cibles de la chasse à l’homme déclenchée par les communiqués de l’état de siège et les affiches placardées, ainsi qu’à travers les perquisitions de nos maisons et de nos bureaux. 

Même en exil, cela ne cessa pas, d’abord à cause des éditions de la Résistance démocratique, puis en raison des publications d’Info-Türk que nous réalisons sans discontinuité depuis plus d’un demi-siècle. Nous avons constamment été pris pour cible par les représentants de l’État turc au Conseil de l’Europe, les ambassades turques en Belgique, en Allemagne et en France, ainsi que les organisations et médias sous leurs ordres.

À la suite du coup d’État du 12 septembre 1980, nous avons été déchus de la nationalité.

À compter de 1974, nous avons essayé d’apporter notre contribution, d’une part, avec les bulletins d’information, les brochures et les livres en différentes langues d’Info-Türk, et d’autre part, à travers nos écrits dans un grand nombre de journaux, revues et agences de presse, tant en Turquie qu’à l’étranger.

Outre la production de publications pour diverses associations et organisations syndicales s’adressant aux émigrés turcs, j’ai exprimé mes opinions dans les revues Yürüyüş [Marche], Yurt ve Dünya [La Pays et le Monde] et Yazın [Littérature] et les journaux Özgür Bakış [Regard libre] et Yeni Gündem [Nouvelle Actualité] publiés en Turquie, ainsi que dans les journaux Tek Cephe [Front unique], Demokrat Türkiye [Turquie démocrate], Barış/Aşıti [Paix], Sürgün [Exil], Artı Gerçek [Réalité en plus] et Avrupa Demokrat [Démocrate européen]

Artı Gerçek est celui qui a duré le plus longtemps… Sa publication a débuté grâce à l’initiative de notre cher Celal Başlangıç et d’autres amis journalistes en exil, à une époque où le gouvernement de Tayyip en Turquie sabotait le processus de paix en lançant une campagne de répression et de persécution sans précédent pour instaurer une dictature présidentielle, procédant à des arrestations massives pour éliminer le HDP, troisième groupe au Parlement, et en démolissant tous les bastions kurdes…

Neuf années durant, j’ai exprimé mes opinions dans ses pages, sans interruption, semaine après semaine… Mes articles publiés dans Artı Gerçek, au nombre de 470, occupent la plus grande place dans les neuf volumes de mes Écrits d’Exil.

Aujourd’hui, j’ai 90 ans et İnci 86 ans… Les détails de nos vies et de nos luttes sont relatés dans mes mémoires en deux volumes intitulées Journaliste « apatride », publiés il y a dix ans, dans les neuf volumes de mes Écrits d’Exil parus depuis 2019, ainsi que dans le livre Faire patrie de l’apatridie, paru en 2023, sur le combat multidimensionnel d’İnci.

Des traductions françaises de ces ouvrages ont également été présentées à l’opinion publique internationale sous les titres Journaliste ‘Apatride’, Écrits d’Exil et Une rebelle dans l’encre d’exil.

Les versions pdf de tous les livres qu’İnci et moi avons publiés en Turquie et en exil depuis 61 ans, en ce compris ces ouvrages, sont accessibles en cliquant sur leurs couvertures sur la page Info-Türk reprise ci-dessous :

https://www.info-turk.be/documents-pdf.htm

La bibliothèque que nous avions constituée tout en poursuivant notre lutte en Turquie, ainsi que nos archives photos, conservées dans trois armoires métalliques au siège d’Ant, furent malheureusement entièrement pillées après le coup d’État du 12 mars 1971.

C’est pourquoi nous avons fait don d’une partie de notre bibliothèque constituée en exil, comprenant environ trois mille ouvrages en turc, en anglais et en français, inventoriés et classés, à la Bibliothèque Royale à Bruxelles…

À ce jour, nous avons inventorié la majeure partie de la documentation écrite, visuelle et audio relative à nos activités politiques, sociales et culturelles en exil et l’avons confiée à l’Institut International d’Histoire Sociale à Amsterdam depuis 2013.

Une part importante des documents archivés, tels que les livres, revues et bulletins d’information que nous avons publiés en Turquie et en exil, sont disponibles en version digitale sur le site d’Info-Türk dont le lien figure ci-dessus.

Quant à le mise en valeur de nos archives de coupures de presse d’un demi-siècle, commencées en 1971 au premier jour de notre exil, dès que nous avons mis le pied à la gare du Munich, en achetant les éditions européennes des journaux turcs, et que nous avons par la suite enrichies avec les collections de journaux et revues d’opposition parus en Turquie que nous avons importées, il a été pris en charge – qu’ils en soient remerciés – par nos amis de l’Association des Arméniens démocrates de Belgique, avec lesquels nous luttons ensemble à Bruxelles depuis des décennies.

L’un des moments les plus heureux de notre exil, qui ne fut pas sans difficultés et obstacles, a sans aucun doute été la célébration, il y a deux ans, du 50e anniversaire d’Info-Türk et des Ateliers du Soleil, que nous avons fondés, en présence de nos camarades de lutte et de nos amis.

L’histoire des Ateliers du Soleil, qui propose des services éducatifs, culturels et sociaux aux migrants et exilés des quatre coins du monde arrivés dans la capitale de l’Europe, et contribue à la réussite scolaire de leurs enfants, est également présentée sur cette page internet :

https://www.ateliersdusoleil.be/brochure50ans.pdf

L’année 2026, celle de mes 90 ans et des 86 ans d’İnci, a commencé pour nous deux avec de sérieux problèmes de santé.

Nous sommes tous deux conscients qu’à nos âges avancés, les feuilles du calendrier défilent à un rythme accéléré. Le nombre de nos proches, amis et camarades de lutte encore en vie diminue rapidement.

Depuis le début de la publication d’Artı Gerçek, nous avons perdu Refik Erduran et Barbro Karabuda en 2017, Mahmut Makal, Güneş Karabuda, Nebil Varuy, Ülkü Tamer et Tektaş Ağaoğlu en 2018, Teslim Töre, Müşür Kaya Canpolat, Ataman Aksöyek, Garbis Altınoğlu et Şeref Bakşık en 2019, Muzaffer Erdost en 2020, Erol Toy, Demir Özlü, Ali Ertem, Doğan Akhanlı et Yücel Sayman en 2021, Ahmet Tulgar et Yalkın Özerden en 2022, Osman Saffet Arolat, Orhan Erinç et Rana Cabbar en 2023, Yalçın Cerit, Celal Başlangıç, Genco Erkal, Tarık Ziya Ekinci, Babür Kuzucuoğlu en 2024, Altan Öymen, Ergün Sönmez et Mugaffer Erdoğan en 2025, Hüseyin Aykol en 2026.   

L’indéniable réalité de la vie… Nous sommes conscients qu’il ne nous est plus possible de poursuivre, au même rythme et avec la même intensité, le travail aux multiples facettes que nous menons en exil depuis 55 ans, malgré toutes les difficultés et tous les obstacles.

Dans la dernière partie de notre vie, nous devons consacrer nos activités, dans la mesure où notre santé le permet, au développement de nos archives.

Pour ces raisons, je continuerai dorénavant à écrire pour Artı Gerçek, non une fois par semaine comme jusqu’à présent, mais à intervalle plus irrégulier. Bien entendu, j’écrirai immédiatement dès que l’actualité l’exigera…

En ce tournant de notre vie commune, je tiens à remercier Artı Gerçek, Avrupa Demokrat et toutes les publications qui relaient nos opinions ; toute l’équipe des Ateliers du Soleil, et plus particulièrement Iuccia Saponara et Elise Thiry, qui ont pris la relève d’İnci à sa direction, ainsi que tous nos amis d’Asie, d’Afrique et d’Amérique qui apportent la richesse et la créativité de leurs cultures au cœur de l’Europe.

Je souhaite également adresser des remerciements particuliers à l’Institut kurde de Bruxelles, à l’Institut assyrien de Belgique, à l’Association des Arméniens démocrates de Belgique, à la Maison du Peuple de Bruxelles, à la Fédération arménienne pour la Justice et la Démocratie en Europe et au Comité des Arméniens de Belgique.

Ensemble avec eux, nous sommes fiers d’avoir mené, des décennies durant, tant dans notre pays qu’au sein de la diaspora, une lutte commune contre l’oppression du régime d’Ankara, et nous continuerons à avancer ensemble.

Demirtaş ve Kavala nerede?

Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 26 Şubat 2026
Brüksel'deki Avrupa Parlamentosu'nda bu hafta yapılan Kürt konferansı vesilesiyle yarım yüzyıllık geçmişten anımsatmalar
Avrupa Birliği'nin başkenti Brüksel, yüzyılı aşkın bir süredir emperyalist güçlerin ve Yakın Doğu'da onların emrindeki faşizan ülke yönetimlerinin yarattığı Kürt sorununun son çeyrek yüzyıldır en sık gündeme geldiği merkezlerden biri... En son, Avrupa Parlamentosu'nda  Kuzey ve Doğu Suriye Dış İlişkiler Dairesi Eşbaşkan Ilham Ehmed ile YPJ Genel Komutanlık Üyesi Rohilat Efrin'in katıldığı ve Avrupa Birliği'ni garantör olmaya çağırdığı bir konferans yapıldı.

Kürt sorununun Brüksel'in gündemine girmesi ancak 70'li yılların sonlarında Kürt sürgünlerimizin Belçika'ya gelmesiyle mümkün olmuştu. Daha önceleri, göçün ilk yıllarında, Türk diplomatik misyonlarının ve faşizan örgütlerin göçmen kitlesi üzerinde kolaylıkla baskı uygulayabildiği Belçika’da Kürt kökenli işçiler için bırakın örgütlenip sorunu uluslararası kurumların gündemine taşımayı, Kürt olduğunu açıkça söylemek dahi gerçekten son derece riskliydi.

İşte bu ortamdadır ki, 70'li yılların sonunda, Belçika’da ilk kez bir Kürt örgütü doğmuş, Derwich Ferho ve arkadaşlarının önderliğinde kurulan Tekoşer (Kürtçesi: Militan) Belçika'ya Kürt ulusunun ve Kürdistan'ın varlığını duyurmuştu…

12 Eylül 1980 darbesinden sonra Tekoşer diğer demokratik Türkiyeli örgütler ve Belçika sendikalarıyla birlikte cuntaya karşı ortak mücadelede aktif olarak yer almıştı. Başkanı bulunduğum Demokrasi İçin Birlik örgütünün Brüksel’de cuntaya karşı örgütlediği kitlesel 14 Şubat 1981 gecesinde de Tekoşer mesajıyla ve folklor ekibiyle Kürt halkının Evren faşizmine karşı tavrını Avrupa kamuoyuna duyurmuştu.

Brüksel’de ilk Newroz gecesini 11 Nisan 1981’de Tekoşer  düzenlemiş, ertesi yıl 27 Mart 1982’de düzenlediği Newroz gecesi büyük Kürt ozanı Cigerxwın’ın da katılımıyla taçlanmıştı.

Evren Cuntası’nın baskıları ve onu izleyen iç savaş ortamı Türkiye’den diğer Avrupa ülkelerine olduğu gibi Belçika’ya da Kürt, Asuri ve Ermeni göçünün yoğunlaşmasına neden oldu. 1915 Soykırımı’ndan beri büyüyen Ermeni diyasporasına ek olarak Belçika’da hızla Kürt ve Asuri diyasporaları da oluştu.

Belçika'da Sürgünde Kürt Parlamentosu (SKP)’nin, Kürt televizyonu Med TV’nin ve Kürdistan Ulusal Kongresi (KNK)’nin kurulması Kürt özgürlük mücadelesinin uluslararası boyutunu daha da güçlendirdi.

Türkiye'de faşist baskılara karşı Kürt silahlı direnişinin başlamasından sonra Türk diplomatik misyonları, Türk gazeteleri, Türk örgütleri tüm Avrupa ülkelerinde olduğu gibi Belçika'da da Türk göçmenleri Kürt örgütlerine karşı kışkırtmaya başladı.

1993’ün son günü Almanya’dan özgürlük yürüyüşüne çıkan bir Kürt grubu Brüksel’e vardığında, sürekli beyni yıkanan Türk gençleri Bozkurt işareti yaparak ve “Saint-Josse Türk mahallesidir!”, “Burada Kürtlere yer yok!”, “Kahrolsun PKK!” diyerek özgürlük yürüyüşçülerine, Kürt lokallerine ve Kürt işadamlarının bürolarına saldırdılar.

1998'de Suriye'yi terk etmeye mecbur edilen Abdullah Öcalan’ın İtalya’da konakladığı günlerde Türk yöneticilerinin saldırgan demeçleri, Türk gazetelerinin ve televizyonlarının kışkırtıcı yayınları yüzünden sadece Türkiye’de değil, Türk göçmenlerinin yoğun bulunduğu Avrupa metropollerinde de vahşi gösterilerin ardı arkası kesilmiyordu. 17 Kasım 1998 gecesi Avrupa’nın başkenti Brüksel’in Saint-Josse mahallesindeki Brüksel Kürt Enstitüsü ve Avrupa Kürt Dernekleri Federasyonu üyesi Kürdistan Kültür Derneği lokalleri ateşe verildi.

Ellerinde MHP bayraklarıyla Brüksel Kürt Enstitüsü'ne saldırıp ateşe verenlerin Türk televizyonlarında yayınlanmış görüntülerini Belçika televizyonlarında yorumlayarak yansıttığımız halde saldırganlardan hiçbir zaman hesap sorulmadı.

Kürt ve Ermeni lokallerine ve işyerlerine vahşi saldırıların daha sonraki yıllarda da ardı arkası kesilmedi.

En son Brüksel Kürt Enstitüsü 17 Kasım 2016’da da Türk bayraklarıyla donatılmış onlarca arabayla faşist sloganlar atarak gelen Erdoğan taraftarlarının yangın bombalı saldırısına uğradı.

Böylesine bir geçmişi olan Brüksel'de Avrupa Birliği Türkiye Yurttaş Komisyonu (EUTCC) ile Avrupa Parlamentosu İlerici Sosyalist ve Demokratlar İttifakı Grubu tarafından 25 Şubat'ta organize edilen bir konferansta Kuzey ve Doğu Suriye Dış İlişkiler Dairesi Eşbaşkan Ilham Ehmed ile YPJ Genel Komutanlık Üyesi Rohilat Efrin, Suriye'de'deki kaygı getirici gelişmeler üzerine açıklamalarda bulunduktan sonra Avrupa Birliği'ni Kürtlerin özerklik haklarının korunması için garantör olmaya çağırdılar.

Avrupa Birliği Türkiye Yurttaş Komisyonu (EUTCC) 2004'ten beri Brüksel'deki Avrupa Parlamentosu'nda her yıl Kürt sorununun çözümüne katkıda bulunmak üzere Türkiye'den ve dünyanın çeşitli ülkelerinden önemli şahsiyetlerin katıldığı konferanslar düzenler. Benim de yıllarca katılarak yakından izlediğim bu konferanslar üzerine ayrıntılı bilgiler İnfo-Türk'ün arşivinde yer alıyor.

Sağlık nedenleriyle katılamadığım bu haftaki konferansı çevrimiçi medyadan izlerken belleğim beni tam 12 yıl öncesine, 10-11 Aralık 2014 tarihlerinde EUTCC 'un yine Avrupa Parlamentosu'nda organize etmiş olduğu konferansa götürdü.

Türkiye'de barış süreci rüzgarlarının estiği günlerdi... Rojava'dan PYD eşbaşkanı Salih Müslim, Türkiye'den HDP başkan yardımcısı Nazmi Gür ve HDP Meclis Grubu sözcüsü Pervin Buldan'ın yanı sıra Türkiye'den iki önemli şahsiyet de konferansın katılımcılarıydı.

Evet, bu yazının görselindeki fotoğrafta görüldüğü gibi, ikisi de Tayyip-Devlet diktasının zindanlarında yıllardır çile çekmekte olan o zamanki HDP eşbaşkanı Selahattin Demirtaş ve insan hakları savunucusu Osman Kavala...

Diyeceğim odur ki, Türkiye'nin zindanlarındaki onbinlerce siyasal mahkum ve tutuklu ile birlikte Demirtaş ve Kavala da özgürlüklerine kavuşturulmadıkça, Kürt sorununun çözümü için Türkiye'deki ve Avrupa Birliği merkezindeki görüşmelerde hak ettikleri yeri yeniden almadıkça, "Terörsüz Türkiye" süreci sadece ülkeyi değil, Orta Doğu'yu tamamen islamcı tahakküm altına sokmaktan başka amacı olmayan Erdoğan'ların ve Bahçeli'lerin değirmenine su taşımaktan öte gitmeyecektir.

90 yılı devirirken Artı Gerçek okurlarıyla dostça bir söyleşi...

Bugün 74 yılı direniş medyasında ve sosyo-politik mücadelelerde geçen fırtınalı yaşamımın 90 yılını tamamlıyorum... İnci'nin de, benim de ilerleyen yaşımız ve giderek daha yoğunlaşan sağlık sorunlarımız, son dokuz yılda hiç ara vermeksizin her hafta görüşlerime yer veren Artı Gerçek okurlarıyla bir söyleşiyi zorunlu kılıyor.

Gazeteciliğe, yoksul bir demiryolcu ailesinin çocuğu olarak sırf yüksek öğrenim giderlerimi karşılayabilmek için, daha 16 yaşındayken, 9 Eylül 1952'de İzmir'de Ege Güneşi gazetesinde stenograf olarak başlamıştım.

1962'ye kadar Sabah Postası, Milliyet ve Öncü gazetelerinde çalışmış, 1963'den itibaren İstanbul'da Gece Postası gazetesinin yöneticiliğini yapmıştım. Gazetecilik çalışmasının yanı sıra 1953'den itibaren Gazeteciler Sendikası ve Gazeteciler Cemiyeti'nin, 1962'den itibaren de Türkiye İşçi Partisi'nin yönetimlerinde yer alarak örgütlü mücadelelerde de sorumluluk üstlenmiştim.

İnci de, 1962'den itibaren muhalif Hür Vatan ve Hareket gazeteleriyle Kim dergisinde çalışmıştı.

İki genç muhalif gazeteci olarak İnci'yle 1962'de İzmir'de tanışmış, üç yıl sonra da, 30 Ocak 1965'te İstanbul'da resmen yaşamlarımızı birleştirmiştik. 30 Ocak, aynı zamanda, genel yayın yönetmeni olarak sol hareketin günlük sesine dönüştürdüğüm Akşam gazetesinde, ardından Ant Dergisi'nde birlikte mücadelemizin de başlangıç tarihiydi...

Ant'ın yöneticileri olarak yazdıklarımızın ve yayınladıklarımızın bedelini önce Sultanahmet'teki Adliye Sarayı'nın ve 1. Ordu Komutanlığı mahkemelerinin sanık sandalyelerinde 300 yıla varan hapis cezası tehdidi altında, 12 Mart darbesinden sonra da sıkıyönetim bildirileri ve duvar afişleriyle, evler ve bürolar basılarak başlatılan insan avının hedefleri arasında yer aldığımız için sürgüne çıkmak zorunda kalarak ödedik.
 
Sürgünde de bitmedi, önce Demokratik Direniş örgütünün yayınlarından, ardından yarım yüzyılı aşkın süredir aralıksız gerçekleştirdiğimiz İnfo-Türk yayınlarından dolayı Türk Devleti'nin Avrupa Konseyi'ndeki temsilcileri, Belçika, Almanya ve Fransa'daki Türk büyükelçilikleri, onların emrindeki kurumlar ve medya tarafından sürekli hedef gösterildik.

12 Eylül 1980 darbesinin ardından vatandaşlıktan atıldık.

1974'den itibaren bir yandan İnfo-Türk'ün çeşitli dillerdeki haber bültenleri, broşür ve kitaplarıyla, öte yandan gerek Türkiye'de, gerekse yurt dışında çok sayıda gazete, dergi veya ajansa yazılarımla katkıda bulunmaya çalıştık.

Türkiyeli göçmenlere hitap eden çeşitli dernek ve sendika yayınlarının gerçekleştirilmesinin yanısıra, Türkiye'de yayınlanan Yürüyüş, Yurt ve Dünya, Yazın dergileriyle Özgür Bakış ve Yeni Gündem gazetelerinde, yurt dışında yayınlanan Tek Cephe, Demokrat Türkiye, Barış/Aşıti, Sürgün, Artı Gerçek ve Avrupa Demokrat gazetelerinde görüşlerimi dile getirdim.

Artı Gerçek en uzun süreli olanı... Türkiye’de Tayyip iktidarının barış sürecini sabote ederek başkanlık diktası kurmak üzere misli görülmemiş bir baskı ve zulüm kampanyası başlattığı, Meclis’in 3. grubunu oluşturan HDP’yi yok etmek üzere kitlesel tutuklamalara gittiği, Kürt yerleşimlerinde taş üstüne taş bırakmadığı dönemde sevgili Celal Başlangıç ve sürgündeki diğer gazeteci dostlarımızın girişimiyle yayına başlamıştı...

Dokuz yıl boyunca hiçbir hafta aksatmadan görüşlerimi onun sayfalarında dile getirdim... Artı Gerçek'te sonuncusuyla toplamı 470'i bulan yazılarım dokuz ciltlik Sürgün Yazıları'nda en büyük yeri tutuyor.
 
Bugün itibariyle ben 90 yaşındayım, İnci de 86... Yaşadıklarımızın ve mücadelelerimizin ayrıntıları, on yıl önce yayınlanmış bulunan "Vatansız" Gazeteci adlı 2 ciltlik anılarımda, 2019'dan beri yayınlanan Sürgün Yazıları adlı kitaplarımın 9 cildinde ve İnci'nin çok boyutlu kavgası üzerine 2023'te yayınlanan Vatansızlığı Vatan Eylemek adlı kitabımda yer alıyor.

Bu kitapların Fransızca çevirileri de Journaliste "Apatride", Ecrits d'Exil ve Une rebelle dans l'encre d'exil adı altında uluslararası kamuoyuna sunuldu.

Bu kitaplar da dahil, İnci'nin ve benim 1965 yılından beri 61 yıldır Türkiye'de ve sürgünde yayınlanmış olduğumuz tüm kitapların pdf'lerine Info-Türk'ün alttaki çevrimiçi sayfasında kapaklarını tıklayarak erişmek mümkündür:

https://www.info-turk.be/documents-pdf.htm

Mücadelemizi Türkiye'de sürdürürken oluşturduğumuz kitaplığımızda bulunan eserler, Ant'ın yönetim yerindeki üç çelik dolap içinde koruduğumuz fotoğraf arşivimiz ne yazık ki 12 Mart 1971 darbesinin ardından hiç izi kalmayacak şekilde talan edilmişti.

O nedenle sürgünde oluşturduğumuz kitaplığımızın Türkçe, İngilizce ve Fransızca dillerindeki yaklaşık üç bin eserden oluşan bir bölümünü, kodlamalarını yaptırarak Brüksel'deki Kraliyet Kütüphanesi'ne bağışladık..

Bugüne kadar, sürgündeki siyasal, sosyal ve kültürel çalışmalarımızın yazılı, görsel ve sesli belgelerinin büyük bölümünü de tasnif ederek 2013 yılından itibaren Amsterdam'daki Uluslararası Sosyal Tarih Enstitüsü'ne emanet etmiş bulunuyoruz.
 
Arşivlenen belgelerin önemli bir bölümü, tıpkı Türkiye'de ve sürgünde yayınladığımız kitap, dergi ve haber bütenleri gibi, İnfo-Türk'ün yukarıda link'ini verdiğim çevrimiçi sayfasında dijital erişime açılmış bulunuyor.

Sürgünümüzün 1971'deki ilk gününde Münih Garı'na ayak basar basmaz Türkiye gazetelerinin Avrupa baskılarını satın alarak başlattığımız, daha sonraki yıllarda Türkiye'de yayınlanan muhalif gazete ve dergileri de getirterek oluşturduğumuz yarım yüzyıllık kupür arşivimizin değerlendirmesini ise, sağ olsunlar, Brüksel'de on yıllardır birlikte mücadele verdiğimiz Belçika Demokrat Ermeniler Derneği'ndeki dostlarımız üstlendiler.

Güçlükler ve engellemelerle dolu sürgün yaşamımızın en mutlu anlarından biri hiç kuşkusuz kurucusu olduğumuz İnfo-Türk'ün ve Güneş Atölyeleri'nin iki yıl önceki 50. yıldönümünü mücadele arkadaşlarımız ve dostlarımızla birlikte kutlayışımız oldu.

Dünyanın dört bir yanından Avrupa'nın başkentine gelmiş göçmenlere ve sürgünlere eğitsel, kültürel ve sosyal alanlarda hizmet veren, çocuklarının okul yaşamında başarılı olmasına katkıda bulunan Güneş Atölyeleri'nin öyküsü de şu çevrimiçi sayfada yer alıyor:

https://www.ateliersdusoleil.be/brochure50ans.pdf

Benim 90, İnci'nin 86 yaşına eriştiği 2026 yılı ikimiz için de ciddi sağlık sorunlarıyla başladı.

İkimiz de ileri yaşlarımızda artık takvim yapraklarının birbiri ardına giderek daha hızla düştüğünün bilincindeyiz. Hayatta kalan yakınlarımızın, dostlarımızın, mücadele arkadaşlarımızın sayısı hızla azalıyor.

Artı Gerçek'in yayına başlayışından bu yana Refik Erduran ve Barbro Karabuda'yı 2017'de, Mahmut Makal, Güneş Karabuda, Nebil Varuy, Ülkü Tamer ve Tektaş Ağaoğlu'nu 2018'de, Teslim Töre, Müşür Kaya Canpolat, Ataman Aksöyek, Garbis Altınoğlu ve Şeref Bakşık'ı 2019'da, Muzaffer Erdost'u 2020'de, Erol Toy, Demir Özlü, Ali Ertem, Doğan Akhanlı ve Yücel Sayman'ı 2021'de, Ahmet Tulgar ve Yalkın Özerden'i 2022'de, Osman Saffet Arolat, Orhan Erinç ve Rana Cabbar 'ı 2023'de, Yalçın Cerit, Celal Başlangıç, Genco Erkal, Tarık Ziya Ekinci, Babür Kuzucuoğlu'nu 2024'te, Altan Öymen, Ergün Sönmez ve Mugaffer Erdoğan'ı 2025'de, Hüseyin Aykol'u 2026'da kaybettik.
 
Yaşamın karşı konulamaz gerçekliği... Sürgünde tam 55 yıldır tüm güçlüklere ve engellemelere rağmen yürüttüğümüz çok boyutlu çalışmayı aynı ritm ve yoğunlukta sürdürmemizin mümkün olmadığının bilincindeyiz.

Ömrümüzün son bölümünde çalışmalarımızı, sağlık durumumuz elverdiğince, arşivimizi geliştirmeye hasretmek zorundayız.

Bu nedenlerledir ki, Artı Gerçek'e yazılarımı bundan böyle, şimdiye kadar olduğu gibi haftalık değil, daha aralıklı olarak sürdürmeye devam edeceğim. Bittabi aktüalite gerektirdiğinde hemen yazmak kaydıyla...
 
Ortak yaşamımızın bu dönüm noktasında Artı Gerçek'e, Avrupa Demokrat'a ve görüşlerimizi yansıtan tüm yayınlara; İnci'den sonra yönetim sorumluluğunu üstlenmiş bulunan Iuccia Saponara ve Elise Thiry başta olmak üzere Güneş Atölyeleri ekibinin tümüne, Asya, Afrika ve Latin Amerika'dan gelerek Avrupa'nın kalbinde kültürlerinin zenginliğini ve yaratıcılığını yaşatan tüm dostlarımıza teşekkür ediyorum.

Ayrıca Brüksel Kürt Enstitüsü, Belçika Asuri Enstitüsü, Belçika Demokratik Ermeniler Derneği, Brüksel Halk Evi, Avrupa'da Adalet ve Demokrasi için Ermeni Federasyonu ve Belçika Ermeniler Komitesi'ne de özel olarak teşekkür etmek istiyorum.
 
Onlarla birlikte, hem ülkemizde hem de diasporada, Ankara rejiminin baskısına karşı on yıllardır ortak bir mücadele yürütüyor olmaktan gurur duyuyoruz ve birlikte ilerlemeye devam edeceğiz.

Arrestation de six militants européens venus enquêter sur les conditions de détention

Six militants européens, qui affirment être venus enquêter en Turquie sur les conditions de détention des prisonniers politiques, ont été arrêtés à Istanbul, a annoncé vendredi à l'AFP leur avocat, confirmant des informations de leur collectif.

Ils ont été interpellés jeudi après une rencontre avec le Bureau des droits du peuple, un cabinet d'avocats, a indiqué Me Naim Eminoglu, président de la section d'Istanbul de l'Association des juristes progressistes (CHD), qui assure leur défense.

Les autorités turques reprochent au Bureau des droits du peuple d'être en lien avec le DHKP/C (Parti front révolutionnaire de libération du peuple), considéré comme terroriste par Ankara.

"La délégation internationale d'avocats, journalistes et militants des droits humains était arrivée le 18 février (mercredi) en Turquie", selon M. Eminoglu.

Les six militants sont originaires d'Italie, France, Espagne, Belgique et Russie, a précisé la CHD.

Selon le défenseur, la police les a immédiatement prévenus qu'ils "étaient arrêtés pour être expulsés" et leurs passeports ont été confisqués.

"Ils ont été transférés à la Direction des migrations. Aucune rencontre avec leurs avocats n'a été autorisée. La CHD a appris qu'ils sont maintenant emmenés à l'aéroport d'Istanbul pour être expulsés", a rapporté M. Eminoglu.

Selon le Bureau du droit des peuples, "ces militants sont venus en Turquie dans le cadre d'une mission d'observation pour enquêter sur le système carcéral dit +en puits+ et les conditions de détention à l'isolement" de certains prisonniers politiques, ce qu'a confirmé à l'AFP une source française membre de leur collectif.

Raphaël Kempf et Romain Ruiz, avocats français d'un des militants arrêtés, Jean-Pascal Graziani, ont appelé vendredi dans un communiqué les autorités consulaires françaises "à déployer immédiatement l'ensemble des mesures de protection prévues par le droit international" pour "s'assurer des conditions de détention" de leur client.

Ces conseils exhortent les autorités consulaires françaises à "garantir son accès effectif à une défense", "veiller au respect de ses droits fondamentaux" et "obtenir des clarifications rapides sur les fondements juridiques de son arrestation".

"Documenter les conditions de détention relève d'un travail de vigilance démocratique partout dans le monde, nous restons mobilisés pour obtenir la libération de ceux qui luttent pour le réaliser et appelons l'opinion publique à se mobiliser contre les méthodes d'Ankara", concluent Mes Kempf et Ruiz.

La Turquie est accusée de placer certains détenus dans des prisons dites "en puits", avec des cellules privées de lumière du jour, une pratique dénoncée par les organisations de défense des droits humains qui pointent ses effets sur la santé mentale et physique de ces prisonniers.

Le parti espagnol "PCPE comunista", dont est membre une de personnes interpellées, a dénoncé dans un message sur X ces établissements dans lesquels "les détenus sont totalement privés de lumière du soleil et d'interactions sociales et sont soumis à un isolement sévère". (AFP, 20 fév 2026)

Children detained over Rojava protests subjected to strip searches, complaint reveals

At least 37 children were detained in Turkey’s southeastern province of Şırnak between Jan 8 and 27 during police operations targeting protests against the Syrian interim government’s military offensive on Kurdish-led regions in the country's north and east.

The protests were met with home raids, leading to the arrest of dozens of minors aged 15 to 17. Twelve of them were later sent to the Hatay Juvenile and Youth Closed Prison, located about 700 kilometers away from their hometown.

Newroz Uysal Aslan, a Şırnak MP from the pro-Kurdish Peoples’ Equality and Democracy (DEM) Party, filed an official complaint with the parliament’s Human Rights Investigation Commission, calling for an on-site investigation into allegations of torture and mistreatment at the Hatay juvenile facility.

Forced signatures and degrading treatment

According to the petition, some children reported being subjected to physical violence during their arrest. Several also claimed they were forced to sign documents under the supervision of plainclothes officers without knowing their contents. The children’s testimonies commonly cited torture, threats, humiliation and intimidation while in custody.

The transfer process also raised concerns. Statements included claims of being confined for extended periods in poorly ventilated vehicles, being denied food, transported while handcuffed, and exposed to cigarette smoke inside the vehicles.

Some of the children said they were transferred to prisons hundreds of kilometers away from their families without consent. The petition noted that such practices negatively impacted family ties and disrupted the children’s education.
Strip searches and haircuts

The application also included reports that some children were subjected to strip searches upon entry to the prison, had their hair forcibly cut, and were physically assaulted. One child recalled that during strip searches, prison staff mocked others who were forced to repeatedly sit and stand naked.

Basic needs were reportedly unmet. Some children said they did not receive clothes or personal items sent by their families. One child had been wearing the same clothes since arrival.

Regarding daily life inside the prison, the complaint cited overcrowding, with some children forced to sleep in common areas. Ventilation was said to be inadequate, and broken washing machines meant clothes had to be washed by hand. Children reportedly had access to sports activities only twice a week and lacked regular educational or social programs.

Concerns were also raised about the lack of proper psychological support. According to the testimonies, children had only one brief session with the prison psychologist, during which they were asked whether they had tattoos and were subjected to rapid-fire questioning, rather than meaningful support.

‘Allegations must be independently investigated’

In the concluding section of the complaint, Aslan emphasized that multiple children had independently described similar experiences, suggesting that the alleged violations may be systematic.

She argued that the testimonies should be evaluated in light of the Turkish Constitution, the Child Protection Law, the Criminal Procedure Code, and international conventions to which Turkey is a party.

“The prohibition of torture and ill-treatment is absolute,” the petition read, underscoring the state’s legal obligation to conduct an independent and impartial investigation into the claims.

Aslan called on the parliamentary commission to investigate the arrest, transfer, and detention processes in full detail, conduct an on-site inspection, and initiate both administrative and legal action against those found responsible. (BIA, 19 Feb 2026)

Erdogan nomme le procureur général d'Istanbul ministre de la Justice

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a nommé le procureur général d'Istanbul Akin Gurlek au poste de ministre de la Justice, a annoncé mercredi matin le Journal officiel.

Les raisons de ce remaniement n'étaient pas connues dans l'immédiat.

Le Journal officiel a précisé que le procureur et le ministre sortant, Yilmaz Tunc, avaient tous deux présenté leur démission.

Dans le même temps, a-t-il ajouté, le portefeuille de l'Intérieur, jusqu'alors détenu par Ali Yerlikaya, sera confié à Mustafa Ciftci, le gouverneur de la province d'Erzurum, dans l'est de la Turquie.

En tant que procureur général d'Istanbul, Akin Gurlek avait émis un mandat d'arrêt contre le puissant maire de la plus grande ville de Turquie, Ekrem Imamoglu, en mars 2025.

Cette mesure, largement perçue comme ayant eu un mobile politique, avait déclenché les plus importantes manifestations de rue qu'ait connues ce pays en plus de dix ans.

L'arrestation de M. Imamoglu était intervenue quelques jours seulement avant sa désignation pour être le candidat du principal parti d'opposition, le CHP, à l'élection présidentielle de 2028. Il est en effet considéré comme le seul homme politique capable de battre M. Erdogan dans les urnes.

Ancien vice-ministre de la Justice, Akin Gurlek a été accusé par l'opposition de s'en prendre aux rivaux du chef de l'Etat turc.

Depuis sa nomination au poste de procureur général d'Istanbul en octobre 2024, plus de 15 maires membres du CHP ont été arrêtés, la plupart pour des accusations de corruption qu'ils rejettent.

Il a également ordonné l'ouverture d'enquêtes contre des centaines de membres du CHP.

Ekrem Imamoglu, 54 ans, est actuellement confronté à de nombreuses poursuites judiciaires, notamment pour avoir mis en doute l'intégrité de M. Gurlek.

Une enquête vise aussi le dirigeant du CHP Ozgur Ozel, pour des allégations de menaces à l'encontre de M. Gurlek. (AFP, 13 fév 2026)

Deux Turcs arrêtés pour espionnage au profit d'Israël

Deux ressortissants turcs ont été arrêtés à Istanbul, soupçonnés d'espionner pour le compte des services de renseignement israéliens depuis plus d'une décennie, ont rapporté vendredi les médias d'État.

Selon l'agence de presse Anadolu et la chaîne de télévision TRT, un homme d'affaires turc et un complice turc d'origine palestinienne étaient chargés par le Mossad, le service de renseignement extérieur israélien, de recueillir des informations sur des Palestiniens hostiles à Israël.

Les deux hommes, actuellement en garde à vue, sont notamment soupçonnés d'avoir approché un cadre du mouvement islamiste palestinien Hamas en Tunisie, au prétexte de lui vendre des pièces détachées de drones fournies par le Mossad.

Cet ingénieur tunisien, Mohamed Zouari, spécialisé dans le développement de drones, avait été tué en décembre 2016 d'une vingtaine de balles au volant de sa voiture à Sfax, dans le centre-est de la Tunisie. Le Hamas avait aussitôt accusé Israël.

Selon la chaîne de télévision TRT, l'un des deux hommes oeuvrait ces dernières semaines à la préparation d'une "opération logistique" du Mossad dans plusieurs pays. (AFP, 6 fév 2026)

Police detain 96 in raids targeting left-wing groups, media outlets

Police detained 96 people in morning raids across 22 provinces today, targeting political parties, unions, and media outlets.

Interior Minister Ali Yerlikaya announced that the operations were part of an investigation into the outlawed Marxist Leninist Communist Party (MLKP).

Doors broken

The raids targeted the Socialist Party of the Oppressed (ESP), the Federation of Socialist Youth Associations (SGDF), the Socialist Women's Councils (SKM), and the Limter-İş Union. Police also raided the Etkin News Agency (ETHA), the Science, Education, Aesthetic, Culture and Art Research Foundation (BEKSAV), and the Law Bureau of the Oppressed (EHB).

Among those detained are former MP and ESP Co-Chair Murat Çepni and ETHA journalists Nadiye Gürbüz, Pınar Gayıp, Elif Bayburt, Müslüm Koyun, and Züleyha Müldür, as well as environmentalists and unionists.

The İstanbul Chief Public Prosecutor's Office stated it issued detention warrants for 110 individuals. It alleged that the targeted organizations are part of the MLKP structure.

The investigation is based on witness statements, digital materials from previous operations, reports from the Financial Crimes Investigation Board (MASAK), and data from online meetings held on Google Meet.

Police reportedly broke the doors of the offices of the organizations during the raids and confiscated technical equipment. A 24-hour restriction was placed on the detainees' access to lawyers.

'It's because we defended Rojava'

Çiçek Otlu, an MP from the pro-Kurdish Peoples' Equality and Democracy (DEM) Party and the spokesperson of the Socialist Women Assemblies (SKM), linked the timing of the raids to recent developments in northern Syria. "It's because we defended the Rojava revolution," she said.

"During the detentions, doors of many of our institutions, including the headquarters, ETHA, BEKSAV, SGDF, and Kaktüs, were broken to enter. Subsequently, computers in all our locations were confiscated," Otlu said.

She added that "We want equality and freedom in this country. We want the rights of labor and the women's freedom struggle to be recognized."

The MP cited earlier earlier remarks by Foreign Minister Hakan Fidan, who told Al Jazeera on Jan 30 that around 300 members of Turkey-based left-wing groups were operating in areas controlled by the Kurdish-led Syrian Democratic Forces (SDF).

"Their only task is to seek opportunities to attack Turkish soldiers and security forces," Fidan had said.  (BIA, 3 Feb 2026)

Pendant que les attaques et menaces fascistes sont de nouveau en recrudescence…


Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 29 janvier 2026
Les derniers volumes en turc et en français des Écrits d’Exil, fruits de nos 61 années de lutte commune avec İnci, sont la réponse que les rageux méritent
Dans mon article de la semaine dernière, j’avais écrit que les mêmes qui avaient détruit la République de Mahabad fondée par la nation kurde en Iran il y a 80 ans, en 1946, s’attaquent aujourd’hui avec la même bassesse à l’entité autonome kurde du Rojava en Syrie.
 
Dans un discours, Devlet Bahçeli, le leader du MHP, initiateur de la supercherie de la « Turquie sans terreur », a directement pris pour cible les FDS, en émettant la présente fatwa : « La racine des activités terroristes opérant à l’est de l’Euphrate, d’Ayn al-Arab à Qamishli, doivent être éradiquées, le nettoyage de la zone doit être mené de manière globale et coordonnée ».
 
Bahçeli, auquel les dirigeants du parti DEM n’ont guère manqué, depuis plus d’un an, d’exprimer leur respect et leur affection, est allé plus loin encore la semaine dernière, en ne tardant pas à s’en prendre non seulement aux FDS, mais aussi directement au DEM : « Le parti DEM doit immédiatement cesser d’agiter nos frères kurdes, d’apporter de l’eau au moulin du sionisme et de souffler sur les braises. Il est temps que chacun retrouve la raison. Exciter la patience et les nerfs ne profitera à personne, bien au contraire, la main tendue risque de se transformer en poing levé ».
 
De plus, lors de cette attaque, il n’a pas hésité à instrumentaliser son alliance avec le leader du PKK Öcalan, qui lui avait récemment offert un tapis spécialement tissé pour l’occasion : « Le parti DEM doit prendre une décision : est-il avec ou contre le chef fondateur du PKK ? Se mettra-t-il au service du terrorisme ou œuvrera-t-il pour un avenir sans terreur ? »
 
Numan Kurtulmuş, le président de la Commission « Turquie sans terreur », créée l’an dernier au sein de la Grande Assemblée nationale de Turquie à l’instigation de Bahçeli, n’a pas non plus tardé à s’en prendre aux Kurdes de Syrie, en faisant comme si le DEM ne s’opposait pas aux attaques menées contre l’administration autonome du Rojava et, sans même consulter les membres de ce parti au sein de la commission, en proférant cette menace : « Le PYD/PYG, quel que soit son nom, est une organisation terroriste. Cela suffit, personne ne doit tenter d’empoisonner la Syrie par le biais d’organisations terroristes ».
 
Le colonel d’état-major à la retraite, Dr. Çağlar Özer, fréquemment sollicité par les médias turcs en qualité d’expert ès contre-terrorisme, n’a pas tardé non plus, dans une interview publiée dans le journal Cumhuriyet, en élargissant l’objectif et en lançant la fatwa suivante : « La légende autour de Kandil s’est effondrée. Kandil sera bientôt éradiqué ».
 
Il y a quelques mois encore, Recep Tayyip Erdoğan, reçu avec beaucoup de respect et de sympathie par les députés du DEM à l’occasion de l’ouverture du Parlement, a dans un discours prononcé ce mardi, fait l’éloge du dictateur islamiste al-Charaa – « Nous sommes très heureux d’observer qu’avec le dernier décret du président al-Charaa, les droits fondamentaux de nos frères kurdes, qui n’étaient même pas considérés comme des citoyens sous le régime Assad, ont été garantis » – tout en ne tardant pas à proférer des menaces à l’encontre des FDS : « Il ne peut y avoir un État dans l’État. Il ne peut y avoir des forces armées distinctes, d’armée parallèle au sein de l’État… »
 
Face à ces développements lugubres, l’avertissement suivant a été publié dans une déclaration signée par 1381 personnes au nom de l’Initiative sociale pour la Paix en Turquie :
 
« Que tous ceux qui aspirent à vivre sous le droit moderne se souviennent que les Kurdes, pris pour cible et voués à l’élimination, incarnent la résistance contre ceux qui tentent d’engloutir la Syrie et le Moyen-Orient dans le fanatisme salafiste. L’administration autonome, aujourd’hui diabolisée, est née de la libération de la région de l’emprise de Daesh. N’oublions pas le nombre de personnes massacrées par Daesh dans ce pays, à commencer par les massacres de Suruç et du 10 octobre, ni les traumatismes qu’ils ont engendrés ! Chaque erreur commise ravive des traumatismes historiques. N’en avons-nous pas assez de cette histoire écrite emplie de mensonges, de ce passé et de ce présent où rumeurs et provocations, et non les faits, prévalent ? Pouvons-nous bâtir notre avenir commun sur le langage irresponsable de la haine ? Comment peut-il y avoir la paix en Turquie alors que les parents des citoyens kurdes sont assassinés en Syrie ? La paix passe par la guérison collective. La paix ne peut être atteinte avec des cœurs brisés, des personnes blessées et des injonctions bafouant la dignité ».
 
Le langage de la haine mentionné dans cette déclaration, que j’ai également signé avec İnci, relayé par les médias après que Bahçeli, l’initiateur du processus de la « Turquie sans terreur » soit revenu à sa véritable identité et ait commencé à lancer des provocations visant à instaurer une « terreur d’État » en Syrie, à l’instar de celle menée en Turquie, ne s’est pas cantonnée aux médias progouvernementaux, mais se répand également dans les médias sociaux…
 
Immédiatement après ces attaques provocatrices et agressives, nos nouvelles et articles défendant les droits des Kurdes du Rojava et relayant leur point de vue ont commencé à faire l’objet de commentaires insultants et menaçants.
 
Ce n’est pas une première pour nous… En publiant Ant en Turquie, tout comme en publiant Info-Türk en exil, nous avons été la cible d’attaques et de menaces de l’État turc et des missions étrangères, de ses médias et de ses organisations.
 
Comme toujours, ces attaques et ces menaces ne nous intimideront pas plus aujourd’hui.
 
Aujourd’hui marque d’ailleurs exactement le 61e anniversaire de notre union avec İnci, tant dans notre vie intime que dans nos activités journalistiques et nos luttes socio-politiques…
 
Comme on peut le voir sur les images partagées ci-dessus, la lutte commune que nous avons entamée avec İnci en 1965, en faisant d’Akşam, le plus ancien journal de Turquie, la voix quotidienne de la gauche, prit une toute autre dimension à partir de 1967 avec la publication de la revue socialiste Ant et des éditions Ant, qui furent la cible d’attaques constantes tant du gouvernement que de l’armée.
 
Durant notre vie d’exil qui nous a été imposé par le coup d’État du 12 mars 1971, notre lutte a acquis une dimension véritablement internationaliste grâce à la solidarité et l’unité de lutte avec les exilés politiques de divers pays opprimés à travers le monde.
 
Nous avons poursuivi des décennies durant la lutte commencée dans les années 1970 avec la Résistance démocratique et au début des années 1980 avec l’Union pour la Démocratie contre les coups d’État fascistes en Turquie, à travers les commentaires et nouvelles publiées dans Info-Türk, mais aussi dans Tek Cephe [Front unique], Yürüyüş [Marche], Demokrat Türkiye [La Turquie démocrate], Özgür Bakış [Regard libre], Yazın [Littérature], Barış/Aşıti, [Paix], Artı Gerçek [La réalité en plus], Sürgün [L’exil] et Avrupa Demokrat [L’Europe démocrate].
 
Deux semaines seulement après le 61e anniversaire de notre union avec İnci, nous célèbrerons le 9e anniversaire d’Artı Gerçek, qui occupe une place très importante dans notre lutte en exil…
 
Cette période a été marquée par une campagne sans précédent de répression et de persécution lancée par le gouvernement Tayyip en Turquie, visant à saboter le processus de paix et à instaurer une dictature présidentielle, suivie d’arrestations massives pour éliminer le HDP, troisième groupe au Parlement, et de destructions matérielles dans les zones de population kurdes…
 
À l’étranger, deux évènements importants ont caractérisé cette période : d’une part, la création de l’organisation du Congrès démocratique des Peuples en Europe, le 4 février 2017 à Bruxelles, afin de poursuivre la lutte à l’étranger, et d’autre part, le lancement d’Artı Gerçek.
 
Après le lancement en ligne d’Artı Gerçek le 8 février 2017 dans la ville de Cologne en Allemagne, un mois plus tard, le 18 mars 2017, Artı TV, une avancée majeure dans le domaine de la diffusion audiovisuelle, commença à diffuser avec une cérémonie d’inauguration réunissant tous les amis à Cologne.
 
Avec le recul, Artı Gerçek occupe une place particulière dans les neuf dernières années de ma vie journalistique en exil.
 
Les articles d’Artı Gerçek ont été ceux que j’ai pu publier le plus longtemps dans un même périodique… Neuf années durant, j’y ai exprimé sans relâche mes opinions… Mes articles pour Artı Gerçek, qui sont désormais au nombre de plus de 460, occupent la plus grande place dans mes Écrits d’Exil, dont le premier volume a été publié en 2019, et dont le 9e et dernier volume paraîtra la semaine prochaine.
 
Les Écrits d’Exil constituent, avec mes mémoires intitulées Journaliste ‘apatride’, publiées en deux volumes en 2010 et en 2011 et mon livre intitulé Une rebelle dans l'encre d'exil, qui retrace la vie difficile d'Inci, un récit sincère de mes 74 années de carrière journalistique, dont 55 passées en exil.
 
Sürgün Yazıları (Écrits en exil) est le récit sincère d'une carrière journalistique de 74 ans, dont 55 passés en exil, raconté dans mes mémoires en deux volumes intitulés « Vatansız Gazeteci » (Journaliste apatride), publiés en 2010 et 2011, et dans mon livre Vatansızlığı Vatan Eylemek (Faire de l'apatridie une patrie), qui retrace la vie difficile d'Inci.
 
Les traductions françaises de mes articles parus dans Artı Gerçek de février 2017 à fin décembre 2024 ont été publiées en quatre volumes sous le titre Écrits d’Exil. Le 5e volume, qui regroupe les traductions françaises de mes articles du début de l’année 2025 à nos jours, paraîtra la semaine prochaine, en même temps que le 9e volume des Sürgün Yazıları.
 
Comme tous mes ouvrages publiés en Turquie et en exil depuis 1965, les versions pdf de ces deux livres seront disponibles sur la page internet d’Info-Türk.
 
À l’occasion du 61e anniversaire de notre union, je tiens à remercier İnci, ma chère compagne de vie et de lutte qui, malgré des problèmes de santé de plus en plus intenses, a assumé avec abnégation l’entière responsabilité de la rédaction, de la mise en page, de la composition et de l’impression de ces deux derniers livres, comme elle l’a fait à chaque étape de notre combat commun.

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN  


Six personnes arrêtées pour espionnage au profit de l'Iran

Six personnes accusées d'"espionnage politique et militaire" pour le compte des services de renseignement iraniens ont été arrêtées et incarcérées en Turquie, ont rapporté mercredi des médias turcs.

Les suspects sont soupçonnés d'avoir recueilli des informations concernant plusieurs sites critiques, parmi lesquels la base militaire d'Incirlik (sud), qui abrite des forces américaines, a indiqué la chaîne de télévision étatique TRT, confirmant une information du quotidien Sabah.

Interrogées par l'AFP, les autorités turques n'ont pas commenté.

Selon l'agence de presse privée DHA, les six suspects ont été appréhendés dans cinq provinces, dont celles d'Istanbul et d'Ankara, la capitale. Cinq d'entre eux sont de nationalité turque et le sixième est iranien, a précisé DHA.

Les suspects sont également accusés d'avoir collecté des informations concernant l'expédition de drones militaires depuis la Turquie vers des pays tiers.

La Turquie, qui partage plus de 500 km de frontière avec l'Iran, s'est opposée publiquement à une intervention militaire américaine en réponse à la violente répression du mouvement de contestation en Iran, qui a fait plus de 6.200 morts, selon un bilan de l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA).

Mercredi, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a "conseillé" aux Etats-Unis de discuter avec les dirigeants iraniens, estimant que Téhéran est "prêt à négocier" en commençant par le dossier du nucléaire.

Le chef de la diplomatie s'est ensuite entretenu avec son homologue iranien Abbas Araghchi, a annoncé son ministère sans autre détail. (AFP, 28 jan 2026)

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Un journaliste de la Deutsche Welle incarcéré pour "insultes au président"

Les autorités allemandes et de multiples voix ont appelé vendredi à la libération d'un journaliste turc de la radio-télévision publique allemande Deutsche Welle (DW), arrêté et incarcéré en Turquie pour "insultes" au président turc Recep Tayyip Erdogan.

Alican Uludag, interpellé jeudi à Ankara, a été conduit dans la foulée à Istanbul où il a été placé en détention provisoire vendredi à l'issue d'un interrogatoire, selon l'un de ses avocats.

"Tout cela est absurde", a déclaré à l'AFP l'avocat, Me Tora Pekin.

Soulignant que "le travail journalistique n'est pas un délit", le ministre allemand de la Culture Wolfram Weimer a estimé que M. Uludag "doit être libéré", jugeant "sans fondement" les accusations portées contre lui, selon des déclarations transmises à l'AFP.

"La Deutsche Welle et ses collaborateurs doivent pouvoir travailler librement en Turquie et rendre compte de l'actualité en toute indépendance", a insisté M. Weimer.

Selon la Deutsche Welle, les poursuites portent notamment sur "un message publié sur X il y a environ un an et demi" dans lequel Alican Uludag "critique des mesures prises par le gouvernement turc qui auraient conduit à la libération de possibles terroristes" de l'organisation Etat islamique et accuse les autorités de "corruption".

Journaliste pour le service en turc de la Deutsche Welle, M. Uludag, né en 1986, a également été interrogé au cours de sa garde à vue sur une vingtaine d'autres de ses publications sur les réseaux sociaux, selon l'ONG turque de défense des droits de l'Homme MLSA.

 - "Purge" -

 "Si nous ne pouvons pas critiquer le président, alors pourquoi faisons-nous du journalisme ?", a déclaré le journaliste turc lors de son interrogatoire, selon Deutsche Welle, dont la directrice générale Barbara Massing a dénoncé une arrestation "politiquement motivée".

"Ecrire la vérité ne saurait être considéré comme un crime", a ajouté Alican Uladag face aux enquêteurs, se disant victime d'une "purge visant les voix critiques".

Dans un communiqué commun, 12 syndicats et associations de journalistes turcs ont estimé qu'Alican Uludag "est la dernière victime en date de la récente vague de criminalisation de notre profession".

"L'information est désormais considérée comme de la désinformation, c'est-à-dire un délit, et les opinions personnelles sont assimilées à de la diffamation", ajoutent-ils en exigeant la libération immédiate du journaliste.

"Alican Uludag, journaliste renommé travaillant pour @dw_turkce, a été arrêté hier à son domicile par 30 policiers (...) Voilà la réalité des normes démocratiques en #Türkiye", a écrit sur X le rapporteur sur la Turquie au Parlement européen, Nacho Sanchez Amor.

Özgür Özel, patron du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force de l'opposition turque, a dénoncé un "acte de tyrannie", appelant lui aussi à la libération du journaliste.

"Les autorités turcs n'ont jamais été aussi audacieuses dans leur répression du droit à l'information", a déclaré à l'AFP Erol Önderoglu, représentant en Turquie de Reporters sans frontières (RSF), jugeant que M. Uludag "a pu déranger le pouvoir en raison de ses investigations".

RSF place la Turquie à la 159e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela.
(AFP, 20 fév 2026)



Nous avons perdu l’estimé intellectuel kurde Bozarslan

Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 9 février 2026

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre cher ami Mehmet Emin Bozarslan, l’un des plus éminents intellectuels de la nation kurde, survenu le 22 janvier à Uppsala en Suède où il vivait en exil, et son inhumation aujourd’hui en cette même ville.

Né à Diyarbakır le 15 septembre 1935, Bozarslan avait apporté une contribution significative à la revue et aux éditions Ant dans les années 1960 avec ses écrits et ses traductions. À cette époque, après la parution de son livre intitulé Le Califat et le Problème de l’Islamisme, nous avions publié ses traductions de la Guerre populaire en Palestine et le Moyen-Orient de Nayef Hawatmeh, Révolutions sociales-Guerres nationales de Jawaharlal Nehru et Cheref-Nameh - L’Histoire Kurde de Cheref Khan.

Nous présentons nos condoléances à la famille et aux amis de Bozarslan, qui n’a cessé, depuis son exil en 1978, de partager avec nous son amitié et son savoir, ainsi qu’à la nation kurde.

À l’annonce de cette triste nouvelle, je repartage mon article « Bozarslan… L’Histoire Kurde… Cigerxwin », paru il y a huit ans.

***

Le développement de nos relations internationales a sans aucun doute joué un rôle déterminant dans la clarification et la radicalisation croissante de la position d’Ant contre le nationalisme, le militarisme, le grand capital et l’impérialisme qui les sous-tendait.

Une contribution essentielle au sujet du Moyen-Orient vint au milieu de l’année 1969 de mon cher ami Mehmet Emin Bozarslan avec son ouvrage intitulé « Le Califat et le Problème de l’Islamisme ».

À la suite de l’attentat contre la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le gouvernement turc avait décidé, pour la première fois, de participer avec la présence de son ministre des Affaires étrangères, à la Conférence du Sommet islamique se réunissant à Rabat. On ignorait alors que les régimes arabes islamistes du Moyen-Orient et la conférence au sommet qu’ils avaient constituée étaient en réalité au service de l’impérialisme américain.

Dans son livre « Le Califat et le Problème de l’Islamisme », que nous avions publié à l’occasion de la Conférence du Sommet islamique, Bozarslan révélait, de manière documentée, le vrai visage des régimes moyen-orientaux islamistes au service de l’impérialisme.

J’étais parfaitement au fait de ce qui était arrivé à Bozarslan après sa publication du premier alphabet en langue kurde en Turquie. Bozarslan était un homme de religion éclairé. Après avoir été mufti du district de Kulp, il se consacra à l’édition, acquérant une renommée bien méritée grâce à ses études sur le cheikhat et la chefferie du point de vue islamique, sur les problèmes de l’Orient, ainsi que sa traduction de l’épopée de Mem et Zin du kurde vers la langue turque. Mais, comme moi, il avait lui aussi des démêlés avec la justice.

Le jour de son procès devant le Tribunal de la presse publique d’Istanbul en raison de l’alphabet kurde, j’avais également une audience dans ce même tribunal. Après la mienne, ce fut au tour de celle de Bozarslan. Lorsque le juge lui demanda ce qu’il pensait de l’acte d’accusation selon lequel son livre avait un caractère délictueux, Bozarslan rétorqua avec un calme olympien : 

- « Pour déterminer si un livre présente un caractère délictueux, il faut en avoir lu le contenu. Monsieur le Procureur connaît-il le kurde ? »

Le procureur était d’avis que même si le contenu du livre était inconnu, le simple fait qu’il soit publié en kurde constituait un délit en soi.

Le président du Tribunal de la presse publique était un juge aux opinions plutôt démocratiques.

- « Alors, faisons lire et examiner le livre par un expert », dit-il, en demandant au procureur de lui en suggérer un. Le procureur fut pris au dépourvu, et ne pouvait donner aucun nom.

Après un instant de réflexion, le juge se tourna vers Bozarslan :

- « Avez-vous un expert à recommander ? »

Sans trop réfléchir, Bozarslan répondit :

- « Ahmet Aras est l’une des personnes les plus habilitées pour mener cette expertise ».

- « Ahmet Aras, de qui s’agit-il ? »

- « C’est un universitaire, et sa langue maternelle est le kurde ».

Nous avions publié quelques mois auparavant dans Ant une étude d’Ahmet Aras sur « Le problème de l’Est dans une perspective socialiste ». Sans insister, le tribunal décida d’adresser un courrier à Ahmet Aras afin de déterminer si l’ouvrage contenait ou non des éléments délictueux.

*

Parmi les leaders de la jeunesse révolutionnaire que je connaissais à cette époque, Necmettin Büyükkaya qui, plus tard, allait perdre la vie dans la prison de Diyarbakır après le coup d’Etat du 12 septembre, occupe une place spéciale. Comme tous les jeunes, il venait fréquemment à Ant, où nous discutions tout particulièrement de la question kurde.

Les déclarations faites à Ant par Yusuf Aslan, Hüseyin İnan et leurs amis, avaient également particulièrement marqué Necmettin. Il soutenait que le peuple kurde devait lui aussi participer avec ses propres organisations au Cercle révolutionnaire du Moyen-Orient, mais en pleine solidarité et coopération, et sur un pied d’égalité, avec les organisations révolutionnaires turques, et en débattait les possibilités.

À la mi-mars 1970, Necmettin et ses amis vinrent nous apporter avec une grande joie la bonne nouvelle. Ils fondaient le Foyer culturel révolutionnaire de l’Est à Istanbul. L’inauguration de leur local eut lieu en présence de Mehmet Emin Bozarslan, notre auteur qui avait traduit l’œuvre de Nehru intitulée « Révolutions sociales, Guerres nationales » que nous avions publié dans les mêmes jours, qui y avait été convié comme conférencier.

L’expression « peuples de Turquie » a commencé à apparaître dans Ant après la création du DDKO. Dans un communiqué adressé « aux peuples de Turquie » à l’occasion de la Semaine de l’Indépendance, le DDKO affirmait :

« Il est désormais nécessaire que les peuples de Turquie prennent absolument leur place dans les luttes d’indépendance des peuples opprimés du monde, et en particulier au Moyen-Orient, contre l’impérialisme. La guerre contre l’impérialisme au Moyen-Orient sera gagnée grâce à la lutte véritablement fraternelle et commune des peuples de Turquie au sein du Cercle révolutionnaire du Moyen-Orient. »

*

Parallèlement à la nécessité de faire entendre la voix du peuple kurde, il était également indispensable d’examiner plus sérieusement l’histoire récente, de dénoncer avec plus d’audace les pratiques antipopulaires du kémalisme, qui était jusqu’alors intouchable, et plus particulièrement les souffrances qu’il infligeait aux intellectuels de gauche. A cette époque, Bozarslan fit une suggestion :

- « Pour aborder sérieusement la question kurde en Turquie, il est essentiel de bien connaître l’histoire du peuple kurde. Il n’existe aucune traduction en turc du Cheref-Nameh écrit par Cheref Khan au 16e siècle. Si vous pouvez le publier, je le traduirai de l’arabe. Mais c’est risqué, un procès peut être intenté, le livre pourrait être immédiatement confisqué. »

« Bozarslan, quel qu’en soit le risque, publier cet ouvrage en turc est un devoir pour une maison d’édition comme Ant. La situation en Turquie s’aggrave, un coup d’Etat peut se produire à tout moment. Traduis-le immédiatement, publions-le avant qu’il ne soit trop tard, mettons-le à la disposition du lecteur. »

İsmail Beşikçi, dont l’étude sur « L’Organisation de l’Anatolie orientale » avait été publiée quelque temps auparavant par Cengiz Tuncer et qui, de ce fait, subissait de lourdes pressions et attaques, fut ravi d’apprendre que nous allions publier le Cheref-Nameh. Il nous envoya aussitôt une nouvelle étude intitulée : « La condition du sous-développement de l’Anatolie orientale ».

Dans son article que nous publiâmes en février 1970, Beşikçi présentait des données concrètes sur la structure socioéconomique du peuple kurde, que ce soit à travers ses contradictions internes ou à travers les contradictions entre l’impérialisme et les classes dirigeantes locales collaborationnistes, fournissant ainsi de précieuses informations permettant au mouvement révolutionnaire d’aborder la question nationale d’une manière constructive.

En raison de cet article, İsmail Beşikçi et moi-même, en tant que rédacteur en chef, fûmes poursuivis devant le Tribunal Martial de Diyarbakır après le 12 mars.

L’étude de Beşikçi fut suivie, dans un numéro ultérieur, par les vues d’İhsan Aksoy sur la question kurde. Suite à cet article, une action fut intentée contre Aksoy et le rédacteur en chef İnci Tuğsavul.

Nous ne parvînmes à achever la publication du Cheref-Nameh en deux volumes que dans les jours où fut remis le mémorandum du 12 mars. La traduction, la composition, l’impression et la distribution d’un ouvrage aussi volumineux en un temps record constituaient un véritable exploit compte tenu des conditions de l’époque.

*

Un jour après la publication du Cheref-Nameh, Bozarslan vint à Ant avec une autre proposition :

- « Je traduis en turc les poèmes du poète kurde Cigerxwin. »

Je l’ai immédiatement inclus dans le programme de publication.

Cependant, avant même de pouvoir publier la traduction de Bozarslan, l’état de siège fit interdire la publication de la revue Ant, et un mandat d’arrêt ayant été émis à notre encontre, nous fûmes contraints à l’exil. Il ne fut pas possible de publier les poèmes de Cigerxwin en turc.

Nous nous sommes retrouvés avec notre cher Bozarslan des années plus tard en exil. Nous en Belgique, lui en Suède, mais notre amitié est restée indéfectible… Il continue de nos jours, avec un grand dévouement, à faire rayonner le patrimoine culturel du peuple kurde.

Un nouveau livre de Doğan Özgüden: Écrits d’exil V

La fondation Info-Türk vient de publier un nouveau livre de Doğan Özgüden: Écrits d’exil V qui comprend ses articles publiés en 2025-2026.

Les quatre volumes précédents des Écrits d’exil publié depuis 2021 comprenaient les articles qu'il a écrits aux années de lutte en Turquie et aux 54 premières années de son exil.

Les écrits d’exil constituent un ensemble avec les mémoires de Doğan Özgüden publiées en 2014 sous le titre Journaliste “apatride” et Une rebelle dans l’encre d’exil racontant le combat pluriel de son épouse İnci Tuğsavul, publié en 2024.

Les sept autres livres rédigés également par Özgüden, Resistance Documents sur la répression après le coup d’Etat de 1971, Black Book on the Militarist “Democracy” in Turkey, Le Livre Noir de la “Démocratie” Militariste en Turquie, Extreme-Right in Turkey, Intégrisme islamique en Turquie et Immigration, Album des affiches de Résistance et Oppression of Kurds and Christians in Turkey constituent des documents indispensables pour mieux connaître les années noires de ce pays à l’est de l’Union européenne.

ECRITS D’EXIL V
508 pages, Fondation Info-Türk, Février 2026, Bruxelles
editor@info-turk.eu

RSF dénonce les pressions visant les journalistes qui couvrent la question kurde

Interpellations, agressions, censure des comptes des réseaux sociaux… En moins d’un mois, six incidents révèlent l’hostilité du pouvoir turc envers le droit à l’information sur la question kurde. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à mettre un terme aux pressions intolérables exercées sur ces journalistes qui ne font que leur travail et permettent d’éclairer un sujet au cœur de l’actualité.

“La multiplication, en un mois, des actes de censure, d’intimidation et de violence envers les journalistes couvrant des sujets liés à à la question kurde est très inquiétante, RSF appelle les autorités à ne pas porter davantage atteinte au droit à l'information et à lever le tabou pesant sur ce sujet. Les journalistes doivent être en mesure de couvrir librement tout ce qui touche à la population kurde ainsi que le processus de négociation entamé par le gouvernement turc avec la classe politique kurde, et la population attend que son droit à l’information soit respecté.

En moins d’un mois, RSF a recensé au moins six cas accablants de violation de la liberté de la presse visant la couverture de la question kurde.

Un article publié le 19 janvier sur le site d’information Bianet.org – partenaire de RSF en Turquie –, intitulé “Les femmes et les Kurdes sont surreprésentés parmi les jeunes inactifs en Turquie” , a été censuré le 4 février par un juge d’Istanbul, pour cause de “menace à la sécurité nationale”. Alors que la version en turc reste accessible, celle en anglais a dû être retirée du site. Dans cet entretien de la journaliste Nalin Öztekin, un responsable de l’institut de sondage KONDA, Halil Ibrahim Kilic, évoque simplement l’isolement des jeunes sans emploi et hors du système éducatif, et fait notamment référence aux minorités kurdes ou arabes.

Le journaliste indépendant Rusen Takva a dû saisir la Cour constitutionnelle pour faire lever le blocage de son compte sur la plateforme X (67 000 abonnés), qui dure depuis plus d’un an. Il a été interpellé le 15 février 2025, alors qu’il couvrait les manifestations contre la nomination d’un administrateur du pouvoir à la place du maire DEM – parti pro-kurde, troisième force au Parlement turc et médiateur dans ce processus de paix – de la mairie de Van, ville frontalière avec l’Iran. Ce spécialiste de la question kurde et des affaires migratoires était accusé d’avoir diffusé de fausses images d’une intervention policière dans la mairie, considérées comme de la “désinformation” constituant une “menace à la sécurité nationale”. Même si le parquet de Van a prononcé le 15 septembre 2025 un non-lieu pour cette accusation de “désinformation”, son compte est toujours suspendu à ce jour. “En un an, quatre comptes X m’appartenant, créés les uns après les autres, ont été censurés par les juges”, a-t-il confié à RSF, déplorant de ne pas avoir pu s’adresser à autant d’abonnés depuis son nouveau compte, quand il couvrait les récentes manifestations en soutien aux Kurdes du Rojava dans le nord de la Syrie.

Le chef du bureau régional de l’agence de presse indépendante ANKA de la ville de Diyarbakir située dans le sud-est du pays, Ahmet Ün, et le journaliste indépendant Metin Yoksu ont été brutalisés par les forces de l’ordre, alors qu’ils couvraient une manifestation près de la frontière avec la Syrie, le 22 janvier, à Suruc (province de Sanliurfa). Le premier a été blessé au genou par des balles caoutchoucs et le second a été blessé au visage par une capsule de gaz lacrymogène. Une autre reporter qui couvrait la mobilisation pour l’agence de presse Ihlas (IHA) Bekir Seyhanli a lui été blessé à la jambe, percuté par un véhicule blindé.

Alors que des manifestations pro-kurdes gagnent du terrain dans le sud-est du pays, certains représentants de médias internationaux ont fait part à RSF de leur hésitation à l’idée de se rendre ou d’envoyer des reporters dans cette région, par crainte de représailles. Preuve en est l’arrestation du journaliste français Raphaël Boukandoura, interpellé le 19 janvier alors qu’il couvrait une manifestation à Sarigazi par le parti pro-kurde DEM, avant d'être libéré le 21 janvier d’un centre de rétention d’Istanbul. 

Trois journalistes sont incarcérés en Turquie à ce jour, dont un assigné à résidence. La Turquie est 159e sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025. (RSF, 14 février 2026)

Au Musée de l'Innocence à Istanbul: un roman dans ses murs

Le visiteur est accueilli par un mur de 4.213 mégots, parfois écrasés avec rage, souvent cernés de rouge à lèvres. Ceux que Kemal, héros obsessionnel du "Musée de l'Innocence", le best-seller du romancier turc Orhan Pamuk, a pieusement conservés.

Dans une ruelle pavée de Çukurcuma, quartier d'antiquaires sur la rive européenne d'Istanbul, le prix Nobel de littérature a inventé la traduction matérielle de son oeuvre entre les murs d'une maison rouge.

A quelques jours de la sortie sur Netflix, vendredi, de l'adaptation du roman, le Musée de l'Innocence attire une foule inédite de lecteurs passionnés et de curieux qui se croisent dans les escaliers étroits de bois ciré sur les trois étages du bâtiment, jusqu'à la chambre de Kemal Basmaci sous les combles.

La direction du Musée assure recevoir quelque 500 visiteurs par jour contre 200 en temps ordinaire et s'attend à ce que la fréquentation double encore après la sortie de la série.

Le héros du roman, jeune homme de la bourgeoisie stambouliote des années 1970, amoureux inconsolé d'une liaison perdue avec Füsun, cousine éloignée d'origine modeste, sombre dans une quête obsessionnelle des objets qu'elle a laissés derrière elle, "au point de cacher ses mouchoirs".

D'où les mégots classés par date et circonstances de 1976 à 1984, ramassés et conservés dans des sachets plastique, mais aussi les bijoux, vêtements, souliers, photos, bouteilles de soda Meltem (le premier 100% turc) et tickets de cinéma, toute une collection de souvenirs infimes, conservés avec passion pour combler le vide et rangés ici dans autant de vitrines numérotées que de chapitres (83).

 - "La voir en vrai" -

 Orhan Pamuk, qui a ouvert le musée en 2012, quatre ans après la parution du roman, se présente lui-même comme un collectionneur compulsif. Il explique avoir commencé à écrire à partir, ou autour, d'objets collectés, souvenirs de famille ou trouvailles dénichées sur les marchés, pour donner vie à ses protagonistes.

Il multiplie ainsi d'incessantes correspondances entre son récit et les vitrines du musée, traversant deux décennies de l'histoire d'Istanbul.

Songül Tekin, 28 ans, lectrice enflammée du roman, est persuadée que l'histoire est bien réelle et voulait donc "la voir en vrai": "C'est raconté avec beaucoup de profondeur. Il y a forcément quelque chose de vrai. Parce qu'on ne réunit pas autant de détails et d'objets, sinon", croit-elle.

La jeune femme est venue avec un ami et le roman sous le bras, qui lui donne un accès gratuit au musée grâce au ticket inclus dans le récit - page 485 de l'édition turque.

Comme elle, Aydin Deniz Yüce, psychologue trentenaire, est un fervent lecteur de Pamuk et même si le Musée de l'Innocence n'est "pas son favori", précise-t-il, il attend la série avec intérêt et célèbre par avance "la beauté" de l'acteur, Selahattin Pasali, dont il estime qu'il fera un Kemal tout à fait crédible.

- "Contrôle strict" -

 Outre les lecteurs turcs, le musée accueille des visiteurs de tous les horizons - à l'image des plus de soixante traductions du roman - venus de Russie, de Hongrie, d'Italie, du Japon et de Chine, a pu constater l'AFP lors de sa visite.

Deux soeurs originaires de la province chinoise du Hubei, Zeng Hu et Zeng Lin An, absorbées par la minutie des vitrines, assurent qu'elles sont prêtes désormais à lire le livre dont elles découvrent l'intrigue et comptent trouver la série sur internet, Netflix n'étant pas disponible en Chine.

Pour cette transposition en neuf épisodes de son oeuvre, Orhan Pamuk - qui fait une brève apparition à l'écran - s'est personnellement impliqué dans le scénario: "J'étais tellement mécontent et malheureux de ma première tentative avec Hollywood, j'avais décidé de ne plus autoriser personne à adapter l'un de mes livres sans avoir d'abord lu le script complet", expliquait-il jeudi soir à l'AFP, lors du lancement de la série à Istanbul.

Mais la société de production Ay Yapim lui a laissé sa place: "Pendant un an et demi, une fois tous les deux mois, nous nous sommes retrouvés comme des étudiants faisant leurs devoirs" avec le scénariste Ertan Kurtulan.

A l'arrivée, l'écrivain se dit "satisfait de cette adaptation" sous son strict contrôle et n'en a signé le contrat qu'à la toute fin, page par page.

Ce "Musée de l'Innocence" que Netflix va distribuer dans les quelque 190 pays qu'elle inonde, illustre par ailleurs l'excellente santé des séries turques, présentes dans plus de 170 pays.

En 2024, la Turquie était le troisième exportateur de séries après les Etats-Unis et le Royaume-Uni. (AFP, 13 fév 2026)

12 ans de prison pour une célébrité accusée d'avoir voulu renverser le gouvernement

Une célèbre agent d'acteurs de séries télévisées a été condamnée mercredi à 12 ans et demi de prison par un tribunal d'Istanbul, accusée d'avoir tenté de renverser le gouvernement lors des manifestations qui avaient secoué la Turquie en 2013.

Le procureur avait requis la perpétuité contre Ayse Barim, figure du très populaire du monde des séries turques à succès, arrêtée en janvier 2025, près de 12 ans après le mouvement de contestation.

Mme Barim, 55 ans, ne purgera cependant pas cette peine en détention mais sera placée sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire turc, a précisé à l'AFP son avocate, Deniz Ketenci.

"Nous allons faire appel", a-t-elle annoncé.

Ayse Barim, pâle et amaigrie, a nié à la barre avoir incité les acteurs qu'elle représentait à l'époque à participer au mouvement de contestation dit de Gezi, parti en mai 2013 du parc stambouliote du même nom avant d'essaimer à travers le pays.

Ces manifestations, qui visaient le président turc Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, avaient été brutalement réprimées.

"Je suis innocente, je demande mon acquittement", a déclaré Mme Barim, qui souffre de graves problèmes de santé, avant que les juges ne se retirent pour délibérer.

 - Bagarre -

 L'annonce de son arrestation en janvier 2025, avait suscité de vives réactions dans le pays, certaines voix accusant le gouvernement de vouloir resserrer son emprise sur le monde de la culture.

Au festival de Cannes en mai, le réalisateur turco-allemand Fatih Akin avait apporté son soutien à son agente, affirmant à l'AFP craindre d'être arrêté lui aussi s'il foulait le sol turc.

Outre Fatih Akin, Ayse Barim a été l'agent de nombreuses stars de séries TV turques, parmi lesquelles des acteurs de la célèbre saga "Le siècle magnifique", librement adaptée de la vie du sultan ottoman Soliman le Magnifique et diffusée sur quatre saisons dans plus de 40 pays.

L'acteur Halit Ergenç, qui interprète le rôle du sultan dans cette série au succès mondial, avait également été mis en examen dans le cadre de la même enquête et condamné à une peine avec sursis en mai.

D'autres personnalités proches de l'opposition ont été poursuivies par la justice ces derniers mois en Turquie, où des maires d'opposition de grandes villes -- dont celui d'Istanbul -- ont été arrêtés et incarcérés pour des accusations qu'ils rejettent tous.

Le procureur général d'Istanbul Akin Gürlek, accusé d'avoir multiplié les poursuites contre les opposants au président Erdogan depuis fin 2024, a été nommé ministre de la Justice mercredi.

Signe des tensions dans le pays, une bagarre entre députés de la majorité et de l'opposition a éclaté mercredi après-midi au parlement turc au moment où M. Gürlek prêtait serment. (AFP, 11 fév 2026)

Deux concerts de métal annulés sous la pression islamiste

Un district d'Istanbul a annulé mardi les concerts de deux groupes de métal accusés de "satanisme" par des mouvements islamistes et ordonné la fermeture temporaire du centre supposé les accueillir.

Dans un communiqué, le gouvernorat de Besiktas, quartier central et populaire d'Istanbul, a annoncé l'annulation des concerts que devaient donner les groupes russe, Slaughter to Prevail et polonais, Behemoth, "en raison de leur incompatibilité avec nos valeurs sociétales".

Il précise que "ces événements ont provoqué une vive réaction de la part de nombreux segments de la société", sans autre détail.

La scène du Zorlu Center qui avait programmé ces événements est par ailleurs interdite d'accueillir "tous types de concerts, festivals, groupes et programmes payants pendant deux jours, les 10 et 11 février jusqu'à 23H59".

La décision qui suscite de nombreux commentaires en ligne en Turquie, mardi, a été prise à la suite d'appels sur les réseaux sociaux relayés par le journal Yeni Akit, proche du parti islamo-conservateur au pouvoir AKP.

Sous le titre "Les enfants satanistes du diable arrivent à Istanbul", le journal a affirmé que les deux groupes ont été "interdits et expulsés de Russie et de Pologne pour avoir diffusé de la propagande satanique et empoisonné l'esprit des jeunes".

Réclamant l'interdiction des deux concerts, Yeni Akit a accusé "ces deux groupes de promouvoir le satanisme à travers des écrits et des visuels représentant le diable".

A son tour le chanteur "Alex Terrible", du groupe russe Slaughter to Prevail a réagi sur Instagram en dénonçant dans une déclaration vidéo en anglais et en russe, sous-titrée en turc, "un groupe d'islamistes (qui) a fait pression sur le gouvernement en affirmant que nous faisons de la propagande satanique".

"C'est absolument faux. Je crois en Dieu", a-t-il insisté.

"Mais nous sommes ici des invités et ne pouvons rien faire contre le gouvernement turc. C"est une situation très triste", a-t-il ajouté. 
(AFP, 10 fév 2026)

Turkey arrests exiled Iranian journalist Kaveh Taheri sparking deportations fears

Turkish authorities must immediately release exiled Iranian journalist Kaveh Taheri and halt all efforts to deport him to Iran, where he faces serious risks, including but not limited to imprisonment.

Taheri, an independent and freelance journalist and human rights advocate recognized as a refugee by the U.N. High Commissioner for Refugees (UNHCR), was detained on January 26 in the northwestern city of Sakarya while traveling by bus to Istanbul for a visa appointment at the French Consulate, his lawyer, Salih Efe, told CPJ. He is currently held at the Kocaeli Removal Center.

“Deporting Kaveh Taheri to Iran could put his life at grave risk,” said CPJ Regional Director Sara Qudah. “Turkish authorities must honor their international obligations, immediately halt all deportation proceedings, and allow Taheri to seek safety in a third country without further harassment.”

Taheri’s sister, Laleh, expressed the family’s deep distress following a brief WhatsApp message he sent during his arrest. “He sent me a short message saying he was arrested,” she told CPJ. “We are really worried about his safety. He is about to be deported to Iran, which would be life-threatening.”

His lawyer said that the journalist was “unlawfully and arbitrarily” detained despite possessing a valid travel permit for a consulate visit.

“Although a colleague was able to visit him in person and review his file on January 28, we have seen no intelligence reports to justify these accusations, nor has there been any hearing or further explanation provided for his sudden arrest,” Efe said, adding that no date has been set for a hearing.

He said authorities issued a deportation order on January 28, citing “national security” grounds, which she said was a “standard justification often used against journalists and those the authorities disfavor.”

Efe noted that previous court rulings had blocked past deportation attempts, and that Taheri remains “trapped in a cycle of administrative harassment.”

If returned to Iran, Taheri could face severe retribution for his reporting on government corruption and human rights abuses. He was arrested by Iranian intelligence in 2012 and spent nearly a year in Shiraz’s Adel Abad Prison, where he reported being tortured and forced into a false confession.

Taheri is the founder of the ICBPS YouTube channel , which focuses on news and geopolitical analysis, and has contributed to several international outlets, including The HuffPost and The Times of Israel. Most recently, his writing has focused on Iranian and international affairs and has been published on his Substack account.

Neither the Turkish Directorate General of Migration Management nor the French Consulate in Istanbul responded to CPJ’s requests for comment regarding Taheri’s detention and visa appointment. (CPJ, 3 Feb 2026)

Un éditeur accusé de "financement du terrorisme" pour des droits d'auteur

La justice turque a ouvert une enquête pour "financement du terrorisme" contre un éditeur ayant versé des droits d'auteur à deux collaborateurs travaillant depuis leur cellule de prison, a indiqué mercredi à l'AFP un porte-parole.

La maison d'édition Kor Kitap a affirmé que son salarié avait été gardé à vue pendant quatre jours, puis assigné à résidence et placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de l'enquête.

La justice reproche à l'éditeur le versement de droits d'auteur à Tonguç Ok et Necip Baysal, deux collaborateurs condamnés à des peines de prison à perpétuité pour "terrorisme" et travaillant comme auteurs, éditeurs et traducteurs pour Kor Kitap, selon un porte-parole de la maison d'édition.

Ces deux hommes, emprisonnés depuis la fin des années 1990 pour divers actes commis au nom d'un groupuscule d'extrême gauche qualifié de terroriste par Ankara, sont qualifiés de "prisonniers politiques" par leur employeur qui affirme que l'argent versé ne leur sert qu'à "acheter des produits à la cantine de la prison".

"Nous ne tolérerons aucune tentative d'emprisonner la pensée et la culture", a réagi Kor Kitap sur X, demandant "l'annulation immédiate de cette décision illégale".

L'Association des éditeurs turcs a également qualifié sur X cette décision d'"extrêmement préoccupante pour le monde de l'édition et la liberté d'expression".

"Il est légitime, dans le cadre des principes juridiques universels, des droits constitutionnels et de la déontologie de l'édition, que (...) Tonguç Ok et Necip Baysal perçoivent des droits d'auteur pour leurs oeuvres, même en prison", a écrit l'association. (AFP, 28 jan 2026)

TV anchor Sedef Kabaş detained overnight over social media posts

Television anchor Sedef Kabaş was taken into custody after midnight over a series of posts on social media. Her lawyer Uğur Poyraz announced the detention, saying that Kabaş had called him to inform him of her arrest.

The İstanbul Anadolu Chief Public Prosecutor’s Office later confirmed the detention, citing her posts on X as grounds for the investigation. Prosecutors accused Kabaş of “insulting the president” and “inciting the commission of a crime.”

Kabaş was released today after being questioned. Prosecutors questioned Kabaş about three specific posts. The first, dated Sep 9, read, “Does anyone still think coups are carried out only by the military? Since Mar 19, the country has been ruled by a ‘civilian coup’... The strongest presidential candidate of the future has been imprisoned... Now, the country’s oldest and largest political party is being crushed!”

The second post continued in a similar tone: “From now on, elections will be for show only. There will be ballots, but no democracy. From this point forward, civil disobedience is the only solution.”

Both of these posts apparently referred to the Mar 19 detention of Ekrem İmamoğlu, the now-suspended mayor of İstanbul, who was declared the presential candidate of the main opposition Republican People’s Party (CHP).

In a third post from Sep 29, Kabaş wrote, “They’ve made a plane without an engine... They graduated with fake diplomas, and they’re governing the country without legitimacy.” The statement was viewed as a jab at Turkey’s KAAN fighter jet project and long-time allegations concerning President Recep Tayyip Erdoğan's university diploma.

Kabaş acknowledged writing the posts and argued they were protected under freedom of expression.

Referring to the first post, she said, “Calling the imprisonment of the strongest presidential candidate a fact rather than a comment is accurate. The internal disputes within the CHP, the lawsuits, and the effort to impose trustees on the party leadership all point to a collapse. This is not my personal opinion, but a sentiment shared and expressed by millions. My question, ‘Are coups only carried out by the military?’ obviously has a negative answer. Coups can be military, civilian, or economic. These are all forms of commentary.”

She continued, “There is no insult directed at the president in my posts, nor is there any indication of such an intent. There are no names, words, or phrases that would imply such a charge. There’s no call for violence, no weapons, no terrorist acts, and no hate speech.”

Kabaş defended her second post by saying, “Civil disobedience is a constitutional right, just like strikes, boycotts, resigning from Parliament, protests, and marches. What I meant was exercising a constitutional right. Prosecuting someone for advocating the use of constitutional rights is itself unlawful. There is no call to commit any crime in what I wrote.”

Following her statement, the prosecutor referred Kabaş to a criminal court with a request for judicial control. The court granted the request and released her under judicial supervision. (BIA, 27 jan 2026)

Turkey’s most frequently arrested reporter, Furkan Karabay, under house arrest

Turkish authorities should immediately cancel the order of house arrest for reporter Furkan Karabay and let him do his job, the Committee to Protect Journalists said Monday.

Police in Istanbul took Karabay, a court reporter currently with the news website Medyascope, into custody and a court placed him under house arrest on the suspicion of “publicly spreading disinformation.” His trial will begin in March. The accusations stemmed from his reporting on the indictment of the opposition-controlled Istanbul Metropolitan Municipality. Karabay spoke to reporters after the hearing and said his work was based on legal documents and that he will continue to report for the public benefit.

“Turkish authorities keep arresting Furkan Karabay — once every year since 2023 — for reasons directly linked to his professional work,” said Özgür Öğret, CPJ’s Turkey representative. “This vengeance is a cautionary tale for critical journalists. The authorities should free Karabay without delay and let all journalists do their jobs without fear of retaliation.”

Karabay has been arrested four times in less than two-and-a-half years, and he has been imprisoned for his work in very similar cases brought against him in December 2023, November 2024, and May 2025. He was released from prison last month after spending more than 200 days behind bars.

Karabay told CPJ Monday that he was at home waiting for the law enforcement officers to come to set up the electronic monitoring system. House arrests take a high toll on journalists’ life both professionally and psychologically, other reporters who’ve been through it told CPJ.

CPJ recognizes house arrest as imprisonment. (CPJ, 27 jan 2026)


Kurdish Question / Question kurde

Syrie… Un accord au goût amer pour les Kurdes...



Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 20 février 2026

Après la chute d'Alep, de Raqqa et de Deir ez-Zor en janvier 2026, alors que l'armée syrienne menaçait complètement la région autonome kurde, voici ce qui s'est passé

Alors que les informations contradictoires et les commentaires différents concernant le processus « Turquie sans terrorisme » se poursuivent, l'attention des défenseurs des droits humains se concentre également sur les incertitudes qui règnent au Kurdistan syrien.
 
Hier, dans un article publié par l'agence de presse française AFP depuis Hassaké, Roksan Mohammad, porte-parole des Unités de protection des femmes (YPJ) qui ont courageusement combattu les assaillants islamistes de l'EI en Syrie, a fait des déclarations révoltées à propos de l'accord conclu avec le gouvernement de Damas, qui met effectivement fin à l'autonomie des Kurdes de Syrie.
 
S'adressant aux journalistes dans une base militaire du nord de la Syrie, une mitrailleuse à l'épaule, Roksan Mohammad a déclaré : « Les YPJ font partie des forces kurdes qui, avec le soutien de Washington, ont vaincu l'organisation État islamique (EI) en Syrie... Nous avons fait beaucoup de sacrifices, nous avons perdu des milliers de martyrs, dont beaucoup étaient mes amis proches... Aujourd'hui, après l'accord imposé par le président islamiste, le sort des unités féminines est incertain. »
 
Mais elle ajoute avec une grande détermination : « Cependant, dans le système politique kurde, les femmes ont un statut élevé. Chaque poste à responsabilité est occupé par un duo composé d'un homme et d'une femme. Nous allons intensifier notre lutte contre ce gouvernement qui refuse d'accepter les femmes. »
 
Le jour de la publication de cet entretien, Orient XXI publiait en détail les observations de notre ami journaliste belge Chris Den Hond, qui s'était rendu au Rojava le mois dernier.
 
Chris Den Hond, qui suit et soutient de près la résistance nationale kurde depuis des décennies, a travaillé pendant des années pour la chaîne de télévision kurde Roj TV en Belgique et réalise fréquemment des reportages au Kurdistan. L'année dernière, il s'était vu interdire l'entrée en Turquie par l'État turc alors qu'il se rendait à Diyarbakır pour assister aux célébrations du Newroz.
 
Je partage ici l'intégralité de l'article de Chris Den Hond publié dans Orient XXI, dans lequel il partage ses impressions et ses opinions lors d'une réunion de solidarité qui se tiendra demain à Bruxelles, en compagnie de Hozane Ahmed, représentant de l'Administration autonome démocratique du nord et de l'est de la Syrie (KDSDÖY) :
 
Chris Den Hond, qui s'exprimera aux côtés de Hozane Ahmed, représentant de l'Administration autonome démocratique du nord et de l'est de la Syrie (KDSDÖY) lors d'une réunion de solidarité qui se tiendra demain à Bruxelles, décrit ses observations à Rojava le mois dernier dans un article publié dans Orient XXI :

Syrie… Un accord au goût amer pour les Kurdes…
 
17 janvier 2026. Pour accéder au Kurdistan syrien, ou à ce qu’il reste du « Rojava », nous traversons le Tigre depuis le Kurdistan irakien en empruntant le pont flottant qui relie les deux rives. C’est par ce passage que les camions, les citernes de pétrole et les personnes entrent et sortent du territoire autonome kurde syrien. Ce point de passage garantit des revenus à l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES).
 
Après avoir conquis la totalité d’Alep, de Raqqa et de Deir ez-Zor aux dépens des Forces démocratiques syriennes (FDS), l’armée syrienne se trouve aux portes de la ville de Hassaké. La menace d’une reprise du reste du territoire autonome par l’armée syrienne pèse lourd. Les Kurdes essayent de sauver les meubles. Ils sont horrifiés par la fin rapide de la « coexistence entre communautés, notamment kurdes et arabes », selon l’idéologie officielle des autorités de l’AANES.
 
Des Kurdes nous amènent à Tirbespi, à 25 kilomètres à l’est de Qamishli, où des milices faisant partie de l’armée officielle de Damas font monter des mortiers sur la ligne de front. C’est la « mobilisation générale ». Hommes et femmes de tout âge, kalachnikovs à la main, se rassemblent sur tous les ronds-points de la région à majorité kurde. Ces comités d’autodéfense vont essayer d’empêcher l’arrivée du gouvernement dans la région. Hussein Khaled, la cinquantaine, est à la fois en colère et inquiet : « Nous protégeons les acquis de notre révolution. »
 
Un sentiment de trahison
 
Le 4 janvier, après une proposition de compromis faite par le pouvoir d’Ahmed Al-Charaa le 21 décembre 2025, une réunion se tient à Damas, sous supervision étatsunienne et française. Le texte issu de cette concertation est prêt à être signé quand Assaad Al-Chaibani, le ministre syrien des affaires étrangères, quitte la salle après avoir reçu une note. À son retour, il suspend la signature.
 
Les 5 et 6 janvier, à Paris, des discussions entre Israël et des responsables de Damas se tiennent sous l’égide des États-Unis. Le but : trouver un accord entre Israël et la Turquie concernant la Syrie. Damas — avec la Turquie derrière elle — fait des concessions majeures : elle abandonne le plateau du Golan à Israël et laisse le sud-ouest sous l’influence de Tel-Aviv, sans risque d’être attaqué par l’armée syrienne. En échange, Damas obtient l’autorisation des Occidentaux d’entrer dans la région autonome tenue par les Kurdes et leurs alliés.
 
L’offensive de l’armée syrienne commence le 6 janvier à Alep et ne s’arrête que devant les portes de Hassaké dans le nord-est de la Syrie. La volte-face des tribus et des combattants arabes au sein des FDS est largement commentée parmi la population de la région autonome, tout comme la position de Washington, perçue comme une trahison. En effet, Tom Barrack, l’ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie et le Liban, déclare le 20 janvier sur X : "L’objectif initial des FDS en tant que principale force anti-État islamique sur le terrain a largement disparu, Damas étant désormais disposé et en mesure d’assumer les responsabilités en matière de sécurité, y compris le contrôle des centres de détention et des camps de l’organisation de l’État islamique."
 
Hikmet Habeeb, lui-même arabe et ancien président de l’assemblée cantonale de la région autonome du nord-est, nous accueille dans son bureau. Il tente une explication : "Les tribus arabes suivent le plus fort. Ils étaient avec nous quand nous les avons protégés contre l’organisation de l’État islamique (OEI). Mais maintenant que le gouvernement de Damas arrive dans la région, ils retournent leur veste. Bien avant l’offensive de Damas, un important chef de tribu arabe nous avait fait savoir déjà que si l’armée syrienne arrivait avec des membres de [sa] tribu, [ils n’allaient] pas [se] battre contre eux."
 
Avec la défection des arabes au sein des FDS, les effectifs avaient rapidement diminué de 100 000 à 50 000. Impossible, dans ces conditions, de tenir le front à l’est de l’Euphrate. Les FDS décident alors de ne pas se battre pour Raqqa et Deir ez-Zor, évitant ainsi un bain de sang, et de se concentrer sur les villes à majorité kurde. Hikmet Habeeb reconnaît : « Nous sommes confrontés à des défections de tous les côtés. De plus, des médias panarabes comme Al-Jazira et Al-Arabiya ne ratent pas une seule occasion de noircir les Kurdes et les FDS avec une propagande mensongère. » Kamal Chomani, rédacteur en chef du journal en ligne The Amargi explique que les problèmes de gouvernance et les abus des FDS étaient connus bien avant : « Les Kurdes eux-mêmes en sont les critiques les plus virulents. Mais la vague actuelle de dénigrement des Kurdes est dictée par l’évolution des alliances. »
 
La nécessité d’un nouvel accord
 
Un cessez-le-feu de trois jours est déclaré le lendemain de notre arrivée au « Rojava », le 18 janvier 2026. La menace est momentanément suspendue. Mais les pourparlers n’avancent toujours pas. Damas veut tirer avantage de sa victoire militaire sur le terrain et impose un texte en six points à la délégation kurde à Damas. Dans les faits, c’est une pure et simple demande de capitulation : adhésion individuelle – et non en tant que brigades – des FDS à l’armée syrienne, après vérification sécuritaire, et deux heures optionnelles d’apprentissage de la langue kurde dans les villes où les Kurdes sont majoritaires. Mazloum Abdi, le commandant général des FDS, et son équipe quittent la table des négociations.
 
Beaucoup de commentateurs décrivent l’attitude kurde comme « maximaliste », un « refus du compromis » en raison de la domination la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Mais les Kurdes que nous rencontrons, des officiels, des commerçants, des travailleurs ou des journalistes, sont unanimes : ils refusent toutes et tous une reddition ou une capitulation. « Nous ne nous sommes pas battus avec autant de détermination et avec autant de morts pour aussi peu de résultats », nous explique Ahin, une jeune étudiante à l’université à Qamishli.
 
Face au risque de la perte de tout le « Rojava » et d’un bain de sang, la direction kurde tente de se frayer un chemin tout en traçant les lignes rouges : elle accepte la gestion des frontières, des aéroports et des ressources énergétiques par Damas, mais exige de conserver l’autodéfense des villes à majorité kurde, une gestion politique décentralisée du territoire et la préservation des droits culturels kurdes — notamment leur langue.
 
De son côté, Abdullah Öcalan, le chef du PKK, menace de rompre le processus de paix engagé avec la Turquie si le « Rojava » continue à être attaqué. La diaspora kurde se mobilise. Cette pression populaire, combinée aux efforts diplomatiques de Massoud Barzani et Bafel Talabani, les deux dirigeants kurdes irakiens, finit par convaincre Ankara, Damas et Washington de la nécessité d’un nouvel accord.
 
Car sans accord, les cercueils n’auraient pas cessé d’arriver, comme en ce jour au cimetière de Qamishli, où l’on enterre dix jeunes tués dans les confrontations récentes à Raqqa. Rohilat Afrin, la commandante des YPJ, les Unités de protection des femmes, ne décolère pas. Devant la foule et sous une pluie battante, elle crie : « Nous nous sommes durement battues pour nos droits, nous allons les garder. »
 
Dans la région autonome, les femmes jouent un rôle primordial dans toutes les sphères de la société. Dans les négociations en cours, rien ne filtre sur le rôle des combattantes. Sur la ligne de front, l’une d’entre elles assure que « les femmes ne vont pas retourner dans leur cuisine si jamais le régime de Damas reprend le contrôle de cette région. »
 
Des milliers de nouveaux déplacés
 
Le 22 janvier, nous nous mettons en route pour la ligne de front à Hassaké, ville mixte arabo-kurde, à deux heures de route de Qamishli. Les troupes de Damas se trouvent à deux kilomètres du centre-ville. Si Hassaké tombe, la région à majorité kurde se trouvera tellement réduite qu’elle deviendra économiquement invivable.
 
Quand nous rentrons le lendemain à Qamishli, les drapeaux des FDS symbolisant une Syrie fédérale ont disparu. Restent ceux des YPG et YPJ, ainsi que le drapeau du Kurdistan — rouge, blanc et vert avec le soleil au milieu — aussi utilisé par le Gouvernement régional du Kurdistan irakien. Les principaux concernés se sentent abandonnés de tous. Finis les principes de la coexistence entre les peuples. Il ne leur reste que la solidarité inter-kurde. Bilal, journaliste kurde, nous confie : "Le PKK a perdu des plumes. Son projet de coexistence entre les peuples ne fonctionne visiblement pas. Les gens ici regardent désormais vers les Kurdes d’Irak. Mais soyons honnêtes : sans les guérilleros du PKK, descendus de la montagne de Qandil en 2014, Kobané ne serait pas libérée et le génocide contre les yézidis à Chengal n’aurait pas été arrêté. C’est le PKK qui avait ouvert un corridor et sauvé des dizaines de milliers de vies."
 
Le 24 janvier, nous visitons une école à Qamishli occupée par des familles qui ont emporté avec elles les biens qui leur restaient. L’offensive récente de Damas a créé 150 000 nouveaux déplacés internes, selon un comptage de l’Administration autonome. Pour certains, c’est le quatrième ou cinquième déplacement. Walid Ali, un quinquagénaire originaire d’Afrin, raconte son calvaire : "Nous sommes partis d’abord d’Afrin à Tel Rifaat, où nous sommes restés sept ans. En janvier 2026, des milices syriennes pro-turques nous ont de nouveau attaqués et nous avons dû fuir vers Tabqa. Ensuite, l’armée syrienne est arrivée et nous sommes partis pour Raqqa. Une fois Raqqa tombée, nous nous sommes déplacés vers Hassaké. Et nous voici maintenant à Qamishli."
 
Evin, une jeune fille de 17 ans, fond en larmes : « Nous avons dû partir à quatre reprises. Nous n’avons jamais eu l’opportunité d’aller à l’école. J’en ai marre d’être déplacée. » Ces déplacés viennent s’ajouter au demi-million de déplacés internes causés par l’agression turque de 2018 et 2019. Ils auraient dû pouvoir rentrer chez eux à la suite de l’accord du 10 mars 2025, mais celui-ci est resté lettre morte. Cependant, plusieurs personnes, plutôt âgées, sont rentrées à Afrin. Les déplacés espèrent un nouvel accord pour pouvoir rentrer.
 
L’espoir malgré tout
 
Le 30 janvier 2026, la nouvelle tombe enfin : un accord est conclu entre Damas et les Kurdes. Mais ce n’est pas la fête. Les visages restent sombres. Les termes de l’accord ne suscitent guère d’enthousiasme. Simplement le soulagement que Damas ait fini par accepter les lignes rouges tracées par les Kurdes. Les négociateurs kurdes, Mazloum Abdi et Ilham Ahmed, considèrent avoir évité un bain de sang. Les institutions de l’Administration autonome seront intégrées en tant que telles dans le nouvel État syrien. Les déplacés pourront rentrer chez eux. La Turquie doit se retirer des zones occupées.
 
Hozane Ehmed, Kurde syrienne originaire de Hassaké, regarde la nouvelle situation d’un œil plutôt positif : "Les FDS gardent trois brigades à Hassaké et une brigade à Kobané. Cela ne s’appelle pas une autonomie militaire, mais ce n’est pas non plus une intégration individuelle comme l’avait exigé Damas. Les régions de Hassaké, Amoude, Derik et Qamishli devraient s’autogérer avec une présence policière conjointe ou très discrète de la part de Damas. Le seul problème qui demeure concerne Kobané et Afrin, qui seront liées à la province d’Alep, et pas aux provinces à majorité kurde dans l’est de la Syrie, donc sans continuité territoriale. Kobané est d’ailleurs toujours assiégée. Nous avons perdu du territoire, mais nous avons gagné la reconnaissance de nos droits en tant que peuple kurde, chose que l’on n’avait pas auparavant."
 
Nous quittons la Syrie par là où nous sommes entrés. Entre-temps, les autorités kurdes ont déclaré que le poste-frontière de Semalka restera sous contrôle des FDS avec, seulement, la présence de quelques fonctionnaires de Damas. Une victoire de plus pour la solidarité inter-kurde.

Pour les Kurdes syriens, la fin d'un rêve d'autonomie?

Dans une base militaire du nord de la Syrie, Roksan Mohammad, mitraillette à l'épaule, dit avoir été en première ligne des combats contre les jihadistes.

Mais le sort de son unité féminine est aujourd'hui incertain, après un accord avec Damas mettant fin de facto à l'autonomie des Kurdes syriens.

"Nous avons fait beaucoup de sacrifices, le sang de milliers de martyrs a été versé, dont beaucoup de mes proches compagnons", raconte la porte-parole des Unités de protection de la femme (YPJ), une longue tresse brune tombant sur son treillis.

Les YPJ font partie des forces kurdes qui ont vaincu, avec le soutien de Washington, le groupe Etat Islamique (EI) en Syrie, mais s'estiment aujourd'hui lâchées par les Etats-Unis au profit du nouveau président islamiste Ahmad al-Chareh.

Sous la pression militaire de Damas, un accord a été annoncé le 30 janvier qui impose aux Kurdes d'intégrer leurs forces militaires et leurs institutions civiles au sein de l'Etat.

Dans ce cadre, "le sort des combattantes kurdes semble être l'un des plus grands problèmes", estime Mutlu Civiroglu, un analyste basé à Washington spécialisé dans le dossier kurde.

"Les Kurdes n'accepteront pas la dissolution des YPJ", ajoute-t-il, expliquant que "dans leur système politique, les femmes ont un statut élevé", chaque poste de responsabilité étant doté d'une direction bicéphale, formée d'un homme et d'une femme.

"Notre combat va se poursuivre (..) Nous allons intensifier notre lutte avec ce gouvernement qui n'accepte pas les femmes", assure Roksan Mohammad, 37 ans.

 - "Absorption" ou "adhésion" -

 Les Kurdes doivent remettre à l'Etat les champs pétroliers, principale source de financement de l'administration autonome, les postes-frontières et l'aéroport de leur zone et intégrer leurs forces au sein de quatre brigades.

Mais les deux parties divergent sur l'interprétation de l'accord, en particulier, selon M. Civiroglu, sur la question de l'autonomie.

"L'administration de Chareh comprend l'intégration comme une absorption, alors que les Kurdes la voient comme l'adhésion à un nouvel Etat tout en conservant leur propre identité et leurs priorités", décrypte-t-il.

Pour beaucoup, l'accord signe le glas de l'autonomie des Kurdes, qui avaient au cours de la guerre civile (2011-2024) pris le contrôle d'une vaste zone riche en pétrole du nord et du nord-est de la Syrie.

"Nous vivions de façon quasiment indépendante du reste de la Syrie (..) mais ce n'est plus le cas", regrette Hussein al-Issa, 50 ans, dans son bureau du département de l'éducation de l'administration kurde.

"Associé à la perte de territoires au cours du mois dernier, l'accord du 30 janvier semble annoncer la fin des ambitions kurdes d'établir un système fédéral ou décentralisé en Syrie", estime Winthrop Rodgers, analyste à Chatham House.

Dans le face-à-face entre l'armée syrienne et les forces kurdes, "la décision de l'administration Trump de ne pas intervenir a été un facteur décisif, aux côtés des défections des Arabes et des tribus" qui étaient intégrés aux Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes)", explique-t-il.

 - "Pas une balle" -

 Les Kurdes cachent mal leur amertume face au revirement de leur puissant parrain, qui avait établi des bases de la coalition antijihadiste dans les zones sous leur contrôle.

"Nous ne tirerons pas une balle contre Damas pour vous", a lancé l'émissaire spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, au chef des FDS Mazloum Abdi, selon une source proche des participants à un rendez-vous des deux hommes au Kurdistan d'Irak en janvier.

"L'abandon américain a été un véritable coup dur pour le peuple kurde", déplore Hussein al-Issa. "Les Américains ont leurs intérêts, et leurs intérêts avec nous se sont terminés quand on a fini de combattre l'EI", résume-t-il, soulignant que la Turquie, alliée de Washington et de Damas, a également "fait pression" pour mettre fin à l'autonomie kurde.

M. Barrack avait estimé le 20 janvier que "la mission initiale" des FDS, en tant que principale force anti-EI, avait largement pris fin, Damas ayant rejoint la coalition antijihadiste.

 - Défections -

 Les Etats-Unis soutiennent désormais Ahmad al-Chareh, qui a renversé Bachar al-Assad en décembre 2024 et est déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble du pays morcelé par la guerre.

Face aux tergiversations dans l'application d'un accord initial avec les Kurdes, signé en mars 2025, il est passé à l'offensive militaire en janvier.

Mais il a évité de nouveaux épisodes de violences avec la minorité kurde, après les massacres d'alaouites et des combats avec les druzes qui ont terni les premiers mois de son pouvoir.

"Les autorités se sont coordonnées avec les clans arabes des régions sous contrôle des FDS plusieurs mois avant l'offensive", pour obtenir leur ralliement et ainsi "se déployer dans ces zones sans effusion de sang", déclare une source proche du pouvoir à l'AFP.

Les Arabes formaient environ la moitié des effectifs des FDS, estimés au total à quelque 100.000 combattants.

La défection soudaine des tribus arabes a forcé les troupes kurdes à se retirer sans combattre des provinces à majorité arabe de Raqa et Deir Ezzor et à se replier vers le coeur de la zone kurde.

 - "Pas de droits" -

 Pour damer le pion aux dirigeants kurdes, M. Chareh a annoncé, en plein conflit le 16 janvier, reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes dont la langue est désormais officielle, une première depuis l'indépendance de la Syrie en 1946.

Hussein al-Issa, qui enseigne la langue kurde, craint pourtant de perdre les acquis de l'autonomie. "Nous avons très peur pour nos enfants qui étudient en kurde, depuis la maternelle, jusqu'à l'université. Que vont-ils devenir?".

Cette minorité, estimée à quelque deux millions de personnes sur une population syrienne de 20 millions, se dit victime d'une discrimination historique, notamment sous le règne des Assad.

"Nous vivions alors dans un système politique où il n'y avait ni culture, ni langue, ni droits politiques et sociaux (..) nous étions privés de tout cela", se souvient Roksan Mohammad. (AFP, 20 fév 2026)

99 mineurs détenus pour soutien aux Kurdes de Syrie, selon un parti pro-kurde

Le parti pro-kurde DEM en Turquie a accusé jeudi la police turque d'avoir arrêté 99 jeunes de moins de 18 ans pour avoir pris position contre l'offensive syrienne visant les Kurdes dans le nord de la Syrie le mois dernier.

Dans une pétition adressée à la commission des droits de l'homme du Parlement, huit députés du parti DEM ont déclaré qu'"au moins 99 mineurs avaient été arrêtés" en janvier en lien avec la Syrie, a indiqué le parti dans un communiqué.

Le parti demande l'ouverture d'une enquête parlementaire.

Parmi les jeunes interpellés, 25 ont été placés en détention sur décision d'un tribunal. Les 74 autres mis en garde à vue ont été relâchés par la suite.

Les procureurs ont ouvert contre eux des enquêtes pour "propagande organisée".

Le parti cite le cas d'un jeune de 16 ans arrêté à Izmir pour une vidéo et une chanson publiées en ligne sur le tressage des cheveux, qui a été soumis à une fouille à nu dans les locaux de détention pour mineurs de la ville.

Le mois dernier, le tressage des cheveux est devenu un symbole de solidarité avec les Kurdes syriens, en pleine offensive militaire de Damas dans le nord-est de la Syrie pour réaffirmer son autorité, déclenchant des protestations parmi les Kurdes de Turquie.

Le DEM a déclaré que certains des mineurs interpellés avaient été "privés de leur droit de voir un avocat pendant 24 heures", que d'autres avaient subi des "violences physiques" pendant leur détention, avaient été interrogés sans la présence d'un représentant légal et avaient été "contraints de signer des documents sous la pression".

D'autres ont été "contraints de se soumettre à une fouille à nu" à leur entrée dans les centres de détention, ont été "victimes d'insultes et d'injures" ou ont vu leurs "cheveux coupés sans leur consentement".

Pendant l'opération en Syrie, les réseaux sociaux ont été inondés de vidéos montrant des femmes se tressant les cheveux en réponse à une vidéo montrant un soldat syrien tenant une tresse qu'il affirmait avoir coupé à une combattante: (AFP, 19 fév 2026)

Rencontre à Munich entre Rubio et des responsables syriens, dont des Kurdes

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a rencontré vendredi son homologue américain Marco Rubio en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich, où ils ont discuté du récent accord avec les Kurdes, selon un communiqué officiel.

La réunion a porté sur "les derniers développements nationaux et régionaux, tout en soulignant l'unité, la souveraineté et l'intégrité territoriale" de la Syrie, a indiqué le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Etats-Unis ont exprimé leur soutien à "l'accord d'intégration récemment conclu avec les Forces démocratiques syriennes", a-t-il ajouté, en référence aux FDS, des forces en majorité kurde qui avaient joué un rôle clé dans la lutte antijihadiste en Syrie.

Le ministère a publié des photos de la réunion à Munich montrant, aux côtés de M. Chaibani, le commandant des FDS Mazloum Abdi et la responsable kurde Ilham Ahmed, qui ont participé à la rencontre.

Fin janvier, Damas et les responsables kurdes avaient annoncé être parvenus, après des mois d'impasse et des combats, à un accord prévoyant l'intégration au sein de l'Etat syrien des forces et de l'administration de la zone autonome kurde, établie dans le nord-est du pays à la faveur de la guerre (2011-2024).

Les Etats-Unis avaient soutenu les forces kurdes dans leur lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) à partir de 2014.

Mais après le renversement de Bachar al-Assad fin 2024 et l'arrivée au pouvoir de l'islamiste Ahmad al-Chareh, ils ont soutenu le nouveau président dans sa détermination à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire.

M. Abdi a de son côté annoncé qu'il avait participé à la réunion avec le secrétaire d'Etat américain, la qualifiant de "positive" dans des déclarations aux médias. Il a déclaré qu'ils avaient discuté "du processus d'intégration et de la particularité du peuple kurde".

La réunion a coïncidé avec la nomination par Damas d'un gouverneur kurde pour la province de Hassaké, bastion kurde dans le nord-est, selon un décret publié vendredi, en application de l'accord avec les FDS.

L'agence de presse officielle Sana a indiqué que Nour al-Din Ahmed Issa avait été nommé à ce poste.  (AFP, 13 fév 2026)

La ville de Diyarbakir livre 25 camions d'aide à Kobane

L'aide humanitaire envoyée par la ville turque à majorité kurde de Diyarbakir (sud-est) est parvenue mercredi soir à la localité syrienne kurde de Kobané après avoir été bloquée précédemment à la frontière par les autorités turques, ont annoncé les organisateurs à l'AFP.

Ce convoi composé principalement de matériel de première nécessité - eau, couches, lait, produits d'hygiène, couvertures, radiateurs et aliments - avait été arrêté la semaine dernière au poste-frontière le plus proche de Kobane et renvoyé à Diyarbakir par les autorités turques.

Cette fois, le convoi est passé par le poste-frontière de Kilis, 160 km plus loin, précisent les organisateurs dans leur communiqué, soulignant avoir préparé les envois avec l'Agence turque de secours en cas de catastrophe (AFAD).

La ville de Kobane est restée le symbole de la première victoire des forces kurdes contre les jihadistes du groupe Etat islamique en 2015.

Au terme d'un accord avec les combattants majoritairement kurdes des Forces de défense syriennes (FDS), l'armée syrienne a entrepris au début du mois de se déployer tout autour.

Cet accord avec Damas, qui prévoit l'intégration des FDS à l'armée syrienne, met fin aux espoirs d'autonomie des Kurdes. (AFP, 12 fév 2026)

Les Kurdes priés de capituler face à l’État turc

Le texte de Mehmet Uçum, conseiller principal du président turc, intitulé « Une Turquie sans terrorisme », et les récentes déclarations de Devlet Bahçeli, dirigeant du MHP (Parti d’action nationaliste), ne témoignent pas d’une nouvelle ouverture démocratique sur la question kurde ; ils s’inscrivent plutôt dans une stratégie globale de manipulation, de tromperie et de répression des revendications nationales [kurdes]. Cette stratégie se déploie non seulement sur le plan rhétorique, mais aussi par des violences sur le terrain, des techniques de guerre spéciales et la mainmise sur la sphère politique.

Dans ce contexte, les Kurdes sont simultanément confrontés à une rhétorique de « fraternité », d’« unité », d’« intégration » et de « garantie », tout en subissant violence, coercition et politiques d’élimination, notamment dans le nord et le nord-est de la Syrie. Cette double approche est une méthode classique de gouvernance : d’abord, disperser par la force, puis présenter la capitulation comme une paix.

Le discours de Mehmet Uçum : un projet d’intégration coloniale

Le texte de Mehmet Uçum ne propose aucune approche reconnaissant les Kurdes comme sujets politiques. Au contraire, il lie inconditionnellement leur avenir au paradigme « une nation, un État » présenté par l’État turc comme une « réalité objective ». La volonté politique indépendante des Kurdes, leurs revendications collectives et leur droit à l’autodétermination sont d’emblée niés. L’affirmation « La Turquie est la garante des Kurdes » reflète une conception en apparence protectrice, mais fondamentalement paternaliste et coloniale. Dans cette perspective, les Kurdes ne sont pas considérés comme un peuple suffisamment mature pour décider de son propre avenir ; ils sont plutôt perçus comme un élément à gouverner, à diriger et à discipliner. La « libération » des Kurdes est conditionnée par leur obéissance aux frontières tracées par l’État [turc ou les puissance hégémoniques du XXe siècle ?].

Le rôle de « bon flic » de Bahçeli et l’imposition de la capitulation

Les récentes déclarations de l’État Bahçeli [qui affirmait que la question kurde était résolue et qu’il fallait libérer Ocalan et Demirtas etc.] illustrent parfaitement cette stratégie. Jusqu’à il y a quelques semaines, Bahçeli prônait ouvertement la reddition, la liquidation et la suppression du statut du Rojava. De fait, après le 6 janvier 2026, les zones sous contrôle kurde du nord et du nord-est de la Syrie ont été la cible d’une violence extrême et d’un usage intensif de la force armée ; des milliers de Kurdes ont été tués, des centaines de milliers déplacés, et les acquis politiques et sociaux des Kurdes ont été anéantis. L’apparition de Bahçeli sur la scène politique, avec une rhétorique d’« espoir », de « paix » et de « retour au pays », précisément après la fin de ce processus de liquidation, est un exemple flagrant de la tactique du bon et du mauvais flic. Ces déclarations ne sont pas un appel à la paix ; elles normalisent la reddition et exigent l’oubli. Ces appels, lancés comme si ce qui s’est passé au Rojava n’avait jamais eu lieu, constituent une opération de manipulation de l’opinion publique visant à tromper les Kurdes.

La voie d’Öcalan après février 2025 et l’harmonie avec l’État

L’accent mis par Abdullah Öcalan sur « l’intégration », la « société démocratique » et la « solution non violente », qui a pris de l’importance à partir de février 2025, a été réinterprété et instrumentalisé par l’État. Le discours d’Öcalan est devenu un point de référence légitime pour discipliner et limiter la sphère politique kurde. Le problème n’est plus la recherche d’une solution, mais l’imposition d’une solution dans le cadre unilatéral défini par l’État. Le droit des Kurdes de contester ce cadre, de développer des voies politiques alternatives ou de poursuivre leurs revendications nationales est réprimé sous prétexte de « perturbation du processus ».

La ligne de collaboration au sein du DEM : l’empoisonnement de la sphère politique

Au sein même du parti DEM, certaines figures jouent un rôle crucial dans cette stratégie. Elles défendent une ligne qui présente le respect des frontières définies par l’État comme du « réalisme » et la soumission comme une « politique responsable ». Cette position affaiblit la conscience nationale kurde, érode leurs réflexes de résistance et corrompt la sphère politique kurde de l’intérieur. Au lieu de représenter la volonté du peuple kurde, cette approche privilégie la transmission des attentes de l’État à la société kurde. Ainsi, les Kurdes sont soumis à un mécanisme de médiation issu de leurs propres rangs.

Conséquences de la violence : éveil et renforcement de la conscience nationale

Cependant, la réalité sur le terrain a déjoué les calculs de l’État. Les attaques contre le nord et le nord-est de la Syrie n’ont pas intimidé les Kurdes ; au contraire, elles ont galvanisé les Kurdes du monde entier, renforcé leur conscience nationale et révélé plus clairement qui sont amis et qui sont ennemis. Ce processus a démontré à l’opinion publique que les Kurdes sont ciblés non seulement militairement, mais aussi politiquement, socialement et intellectuellement. Par conséquent, les dernières tentatives de les soumettre doivent être analysées avec soin et clarté par les Kurdes. Le problème n’est ni la paix ni une solution ; il s’agit d’une tentative de les dépouiller de leur identité et de les subjuguer. L’autoritarisme structurel et la stagnation démocratique de l’État turc. Pour comprendre ce processus, il est nécessaire d’examiner la situation structurelle de l’État turc. En Turquie, tous les sous-systèmes sont concentrés dans la sphère d’influence du président ; le législatif, le judiciaire et la bureaucratie sont largement sous le contrôle de l’exécutif. Cette structure n’est pas démocratique ; il s’agit d’un appareil d’État de plus en plus autoritaire. Il est irréaliste d’attendre d’une telle structure une solution égalitaire, libertarienne et juste pour les Kurdes.

Une issue pour les Kurdes : volonté nationale et stratégie de la diaspora

Dans ces conditions, l’avenir des Kurdes ne repose pas sur les frontières tracées par d’autres, mais sur leur volonté de forger leur propre destin. La voie à suivre se concrétise autour de quelques points clés :

• Renforcer l’unité nationale kurde et surmonter la fragmentation de la structure politique ;

• Mettre en place des structures solides, professionnelles et institutionnelles au sein de la diaspora ;

• Créer des groupes de réflexion, des écoles de diplomatie et des centres d’élaboration des politiques ;

• Développer des alliances stratégiques avec des communautés organisées, telles que la diaspora juive, afin de mener une lutte commune contre les politiques antisémites et antikurdes ;

• Renforcer l’indépendance politique par la création de coentreprises économiques et la mise en commun des ressources ;

• S’engager dans une lutte politique efficace, non seulement avec les cercles marginaux de gauche au sein de la diaspora, mais aussi au sein des partis de centre-droit et libéraux.

Les écrits de Mehmet Uçum, les déclarations de Devlet Bahçeli et la ligne collaborationniste du DEM visent non pas à assurer l’avenir des Kurdes, mais à les dépouiller de leur identité, à les contraindre à abandonner leurs revendications nationales et à les soumettre à un contrôle total.

À l’inverse, une nouvelle conscience, un nouvel éveil et une nouvelle responsabilité historique attendent les Kurdes. L’avenir d’un peuple ne peut se construire que par sa propre volonté et sa force organisée. Aujourd’hui, la tâche fondamentale qui incombe aux Kurdes est de dénoncer la tromperie, de rejeter les discours de capitulation et de tracer une nouvelle voie fondée sur la dignité nationale, l’égalité et la liberté. (article publié sous le titre de « Amed Mardin : L’avenir des Kurdes face à la désidentification, à la domestication et à l’imposition de la soumission » par le site Nupel TV. (armenews, 7 février 2026)

The siege of Kobanê: an ongoing crime against humanity and a global failure



Appeal by Kurdistan National Congress - KNK

Today marks the seventeenth day of an unbroken and suffocating siege against the city of Kobanê in Rojava-Kurdistan. While the world speaks of progress and a ceasefire related to the 30 January agreement and its supposed implementation, the reality for more than half a million civilians is one of engineered deprivation: a total cutoff of electricity, running water, and communications, alongside a systematic blockade of life-saving humanitarian aid. It is not a humanitarian crisis, but a calculated crime in progress, conducted in the full view of a silent international community. 

The siege exposes the fatal hypocrisy at the heart of the current political process. Turkey, which played a central role in designing the military offensive against Rojava, now enforces a cruel embargo by refusing to open its border. The Mürşitpınar crossing remains sealed, with aid convoys deliberately blocked or turned back. At the same time, Ankara cynically proposes that aid be routed through Damascus, the very authority implementing the siege on Kobanê at Turkey’s direction. This two-faced policy is not a solution; it is an attempt to deceive the international community and treat global institutions as fools. It reveals a coordinated strategy to strangle Kobanê, making the population pay the price for its historic resistance that defeated ISIS. 

The responsibility for this outrage lies with a clear axis: the Damascus Interim Government, which implements the siege, and the Turkish state, which directs and enables it. But the shame extends further. The US-led Global Coalition against ISIS, the European Union (EU), the UN, and global humanitarian agencies just watching what's happening: The city that broke ISIS's backbone is now being broken by hunger and cold. Their inaction violates the very principles of human rights and humanitarian law these institutions claim to uphold.

If the UN, the EU and international institutions all fulfill their fundamental duty to protect civilians, then they must at the very least remove all obstacles to popular solidarity. The Kurdish people will not abandon their responsibility. An unprecedented national unity has emerged across all parts of Kurdistan and throughout the diaspora. Our people possess both the will and the capacity to support their brothers and sisters in Kobanê.

We are therefore in our unambiguous demands to the orchestrators of this crime and their international institutions

1) Lift the siege and embargo on Kobanê immediately! Open all borders and access routes now!
2) Establish an independent, UN-mandated international mechanism to monitor, report on, and guarantee the permanent end of the siege and the safe passage of all humanitarian aid. 

The people of Kobanê, who taught humanity the meaning of defiance, are watching. History will judge this moment not by the agreements signed, but by the siege that was or was not broken. 

Break the Siege of Kobanê! (KNK, 5 Feb 2026)

Le convoi d'aide pour Kobane bloqué par les autorités

Le convoi d'aides collectées par la plateforme de solidarité avec la population de Kobane, ville à majorité kurde du nord de la Syrie, a été interdit de passage et renvoyé par les autorités turques à Diyarbakir, ont annoncé les organisateurs mercredi à l'AFP.

Vingt-cinq camions contenant de l'eau, du lait, des préparations pour nourrissons et des couvertures étaient partis samedi de Diyarbakir, grande ville à majorité kurde du sud-est de la Turquie.

"Malgré toutes les démarches, leur passage vers Kobane n'a pas été autorisé", a annoncé la Plateforme de protection et de solidarité de la ville de Diyarbakir.

Les camions ont été bloqués au poste-frontière de Suruç, qui fait face à Kobane, mais les organisateurs avaient pensé obtenir l'autorisation de traverser une centaine de km plus loin à Araz, ont ils expliqué.

"Cependant, la délégation n'ayant pas non plus obtenu l'autorisation, les camions sont rentrés à Diyarbakir" précisent-ils mercredi.

la ville de Kobane est restée le symbole de la première victoire des forces kurdes contre les jihadistes du groupe Etat islamique en 2015.

Au terme d'un accord avec les combattants majoritairement kurdes des Forces de défense syriennes (FDS), l'armée syrienne a commencé lundi soir à se déployer autour de la localité.

Cet accord avec Damas qui prévoit l'intégration de FDS à l'armée syrienne met fin aux espoirs d'autonomie des Kurdes. (AFP, 4 fév 2026)

Les forces gouvernementales entrent dans le bastion kurde de Qamichli

Les forces gouvernementales syriennes sont entrées mardi dans le bastion kurde de Qamichli, au coeur de la zone autonome établie par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, conformément à un accord entre cette minorité et Damas.

Un correspondant de l'AFP sur place a vu une colonne des forces de sécurité formée de blindés et de véhicules pénétrer dans la ville et établir des barrages de contrôle à ses entrées.

Si des Syriens brandissaient des drapeaux aux abords de Qamichli pour célébrer cette arrivée, des habitants ont fait part de leurs inquiétudes.

"Je ne suis pas du tout à l'aise avec l'entrée de ces forces dans nos villes", a témoigné Mohammed al-Sayyed, 29 ans, employé dans une boutique de vêtements. "Notre crainte pour l'avenir est claire: qu'ils reproduisent l'expérience" de l'ex-président syrien Bachar al-Assad, "avec des arrestations, des enlèvements et des mesures de répression sécuritaires", a-t-il déclaré à l'AFP par téléphone.

Mais pour Saad Mohammed, 35 ans, professeur de langue kurde, "c'est une bonne chose à condition que le gouvernement s'engage à résoudre la question kurde dans le cadre de la Constitution et que l'intégration soit équitable pour tous les employés kurdes".

Répartis entre la Syrie, l'Irak, l'Iran et la Turquie, les Kurdes affirment que leurs tentatives d'établir un Etat indépendant ont été systématiquement réprimées par les puissances régionales et internationales au cours de leur histoire.

 - Espoirs d'autonomie anéantis -

 Les autorités locales kurdes avaient imposé mardi un couvre-feu à Qamichli pour faciliter l'opération, qui s'est déroulée sans accroc.

L'activité était paralysée dans la ville, où les places et les devantures des magasins fermés étaient ornées de drapeaux kurdes, rouge, blanc et vert frappés d'un soleil.

L'accord annoncé vendredi sous la pression militaire de Damas vise à intégrer les institutions et les forces kurdes au sein de l'Etat syrien.

Il anéantit les espoirs des Kurdes de conserver la zone autonome qu'ils avaient instaurée dans le nord et le nord-est de la Syrie au cours de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 2011 et 2024.

Les forces de sécurité de Damas étaient déjà entrées lundi dans la ville de Hassaké, qui était sous contrôle kurde.

Le chef des puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes), Mazloum Abdi, avait indiqué que seule une "force de sécurité limitée", et non l'armée, entrerait à Hassaké et Qamichli.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Noureddine al-Baba, a précisé que les forces de sécurité kurdes, les Assayech, seraient "intégrées dans les rangs" du ministère qui payera désormais leur solde.

Saluant la diversité de la Syrie, il a inspecté leurs quartiers généraux à Qamichli, selon la télévision d'Etat.

Les FDS avaient été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) en Syrie menée par les Etats-Unis, qui soutiennent désormais le nouveau pouvoir syrien.

Des forces gouvernementales ont également commencé à se déployer lundi soir dans les villages autour de Kobané, une poche kurde située plus à l'ouest dans la province d'Alep.

Cette ville, séparée territorialement de la zone autonome kurde, est le symbole de la première victoire kurde contre l'EI en 2015.

Le président islamiste Ahmad al-Chareh, qui a renversé en décembre 2024 le pouvoir de Bachar al-Assad, est déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire syrien.

Avec le déploiement de ses troupes dans la zone kurde, il ne reste plus que la région druze de Soueïda, dans le sud, qui échappe à son contrôle. (AFP, 3 fév 2026)


Entre résignation et inquiétudes, les Kurdes face au retour de Damas

Le temps est lourd sur la ville de Qamishli où plusieurs jours de pluie se sont succédé depuis la fin des hostilités entre Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et les combattants emmenés par le gouvernement de transition syrien, lesquels ont annoncé vendredi 30 janvier, un accord global pour l’intégration progressive des forces militaires et de l’administration de la zone autonome kurde au sein de l’État syrien.

Malgré les conditions difficiles et des tensions toujours palpables, les commerces sont largement ouverts et la vie suit son cours. L’espoir renaît même à l’idée d’imaginer la fin des pénuries causées par près de quinze années de guerre. « Si tout se passe bien et que la stabilité revient, on aura plus de produits dans les magasins, on aura de l’essence de meilleure qualité et puis on ne vivra plus avec la peur de la guerre et de l’extrémisme tous les jours », décrit enthousiasmé Jamel, un jeune habitant de Qamishli, bientôt diplômé d’agronomie.

Même son de cloche chez ce pâtissier originaire d’Alep qui tient boutique proche du souk dans le centre-ville : »La paix et la sécurité sont les deux seules choses dont nous avons
besoin aujourd’hui. Si Dieu veut, nous vivrons ensemble, toutes communautés confondues et la prospérité reviendra pour tous », philosophe-t-il, souriant.

Les doutes et la suspicion persistent

Mais tous les commerçants n’ont pas vu l’avancée des forces gouvernementales comme une opportunité économique. Alors qu’une partie de sa famille est encore assiégée à Kobané dont il est originaire, Ibrahim Mesko un orfèvre kurde résidant à Amoudé, a pris soin de mettre une large partie de ses bijoux à l’abri, angoissé à l’idée que des pillages des biens appartenant à des Kurdes aient lieu.

« J’ai apporté une partie de mon stock à Derik (Al Malikiyeh), près de la frontière irakienne. Si les djihadistes arrivent jusqu’à nous, il faudra qu’on achemine nos biens de l’autre côté de la frontière », détaille l’orfèvre, inquiet pour ses proches et sa famille. « Mes fils Sardar et Hamoudi sont coincés à Kobané. Il n’y a plus de produits frais et ils mangent des conserves depuis plusieurs jours », déplore-t-il, soulignant que ce blocus rappelle les heures les plus sombres de Kobané, lorsque les Kurdes étaient assaillis par l’organisation État Islamique durant la guerre.

Malgré ces craintes, les combats semblent bel et bien terminés. Difficile toutefois pour tout un chacun de mesurer la teneur des conséquences que ce nouvel accord va avoir sur la région. Pour nombre de Kurdes, c’est un désaveu, la fin du vieux rêve d’indépendance et le retour sous la férule d’un État autoritaire qui ne vise qu’à les soumettre. « Il y a deux jours encore, les bandes du gouvernement attaquaient nos positions aux environs de Hassaké et maintenant il faudrait qu’on se serre la main et qu’on considère que nous sommes frères ? » s’interroge Farhad, un soldat des FDS en permission rencontré à Amoudeh.

Mais pour d’autres, plus réalistes, c’est l’inévitable résultat des évolutions politiques dans la région : « Au départ, les gens voyaient cela comme une défaite, mais après le discours de Mazlum Abdi le commandant des FDS beaucoup ont changé d’opinion. Ils comprennent que cet accord est satisfaisant pour le moment. Nous avons fait des erreurs, assumons-les. Le fait qu’Abdi ait refusé un poste au ministère de la défense a aussi marqué les esprits. Cela donne l’impression qu’on gardera toujours une forme d’indépendance » analyse Ghassan Bazo, un traducteur originaire de Qamishli.

Après l’abandon des tribus arabes qui formaient le gros des troupes des FDS, les factions kurdes se sont effectivement retrouvées dans l’incapacité de résister aux avancées des forces gouvernementales. Seule une pression de la communauté internationale a permis l’arrêt des combats et de relancer les négociations entre Kurdes et pouvoir syrien pendant que la population retenait son souffle.

La solidarité kurde ne faiblit pas

Mais pendant que les FDS subissaient les coups des forces du gouvernement central, les kurdes de toute la région n’ont pas cessé de se mobiliser pour venir défendre leurs frères et sœurs du Rojava. « Dès les événements d’Alep où les quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et Ashrafieh ont été attaqués, nous avons décidé de venir prendre part à la résistance », explique Ako, un jeune kurde originaire de la province de Sulaymaniyah en Irak.

Lui et trois de ses amis ont établi leurs quartiers à Cel Agha, où les combats ont continué jusqu’aux dernières heures précédant l’accord bilatéral entre Damas et l’administration autonome, (AANES), conclu vendredi 30 janvier. Ce bourg situé entre Qamishli et la frontière irakienne est stratégique car il aurait permis aux armées de Damas de couper les routes d’approvisionnement des kurdes venant d’Irak.

« Nous resterons ici jusqu’à ce que les agresseurs se retirent ou soient vaincus, comme à Kobané en 2015 », promet le jeune homme qui a subi une journée de formation au maniement des armes avant de rejoindre la seconde ligne du front de Cel Agha. Le discours est très similaire pour Narin, une Kurde originaire de Turquie qui est membre des forces de sécurité de la ville de Qamishli : « Le Rojava est notre pays à nous les Kurdes et nous nous devons de le protéger » affirme-t-elle, sans pour autant répondre clairement ce qu’elle fera si l’AANES et le pouvoir central s’accordent sur un retrait des combattants étrangers.

Les zones d’ombre sont multiples alors que le déploiement d’agents gouvernementaux approche. Si le retour du pouvoir central se fait dans le calme, il y aura encore de nombreux obstacles à surmonter pour assurer une intégration pérenne et complète de la communauté kurde au sein des institutions publiques syriennes. (L'Humanité, 1 fév 2026)


Arrest for following a social media post featuring a hair braiding video

A court in İzmir formally arrested a 16-year-old on charges of "spreading terrorist propaganda" following a social media post featuring a hair braiding video. The child was sent to Şakran Children's Prison after appearing before a court.

The arrest is linked to a widespread social media protest where women braided their hair, referred to as kezî in Kurdish, in response to the desecration of a Kurdish woman fighter's body by forces affiliated with the Damascus interim government.

A man identifying as a member of the Free Syrian Army (FSA) shared a video on Jan 21 showing him cutting the hair braid of a member of the Women’s Protection Units (YPJ) in Raqqa, which the Damascus forces took over from the Kurdish groups. Since then thousands of women globally have shared videos of themselves braiding their hair to protest the incident, including senior politicians.

Lawyer Edhem Kuruş told Mezopotamya Agency (MA) that the child's detention has serious implications for the right to education and the principle of protecting children.

"Depriving a student of their liberty due to social media posts is a severe and disproportionate legal intervention," Kuruş said.

He added that the best interests of the child should be prioritized and that "arrest should be a last resort." Kuruş described the situation as "concerning for the principles of freedom of expression and the rule of law."

Peoples' Equality and Democracy (DEM) Party MP Gülistan Kılıç-Koçyiğit also criticized the arrest on social media. "We are faced with a mentality that is afraid of children and uses laws against them; an understanding that ignores violence against women while targeting everyone who objects," she stated. (BIA, 1 Feb 2026)

Damas et les Kurdes annoncent un accord, salué par Washington et Paris

Après des mois d'impasse et de violents combats, Damas et les Kurdes ont annoncé vendredi un accord sur l'intégration progressive des forces et de l'administration de la zone autonome kurde au sein de l'Etat syrien, salué par Washington et Paris.

Cet accord "global", selon le terme utilisé par les deux camps, porte un coup aux espoirs d'autonomie des Kurdes, le nouveau pouvoir islamiste étant déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire syrien.

Les Etats-Unis, qui soutenaient les forces kurdes dans leur lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avant d'infléchir leur position avec l'arrivée fin 2024 du président Ahmad al-Chareh, ont salué une "étape historique" dans l'unification de la Syrie.

La France, par la voix du président Emmanuel Macron, a "félicité" les deux parties et affirmé qu'elle "appuierait pleinement" la mise en oeuvre de l'accord.

Il intervient après le récent revers subi par les puissantes Forces Démocratiques syriennes (FDS, dominées par les kurdes), qui ont dû céder à l'armée de larges pans de territoire.

Le texte prévoit que les forces de sécurité de Damas se déploient dans la zone autonome kurde, établie par cette minorité dans le nord et le nord-est du pays au cours de la guerre civile (2011-2024).

 - "Spectre de la guerre" -

 Cet accord "éloigne le spectre imminent de la guerre", se réjouit Raman Sido, un habitant de la ville à majorité kurde de Qamichli, interrogé par l'AFP.

Il offre certaines concessions aux Kurdes comparé à un précédent texte annoncé le 18 janvier par Damas et rejeté par cette minorité.

Ainsi, les FDS resteront regroupées au sein d'une division de l'armée syrienne, constituée de trois brigades.

"Les trois brigades seront établies dans notre région (..) et les commandants seront des Kurdes", a expliqué lors d'une conférence de presse une haute responsable de l'administration kurde, Elham Ahmed.

En outre, les forces kurdes de la poche de Kobané, plus à l'ouest, formeront une brigade au sein de l'armée.

Kobané, séparée territorialement de la zone autonome et ville symbole de la victoire des combattants kurdes contre l'EI, est actuellement cernée par l'armée.

Les "administrations de la zone autonome seront intégrées au sein des institutions de l'Etat syrien, et les employés civils seront maintenus" dans leurs fonctions, ajoute également le texte.

Lars Hauch, expert du cabinet de conseil Conflict Mediation Solutions, pointe que le texte "reste flou sur les questions cruciales" de la décentralisation administrative et sécuritaire.

Selon une source gouvernementale citée par la télévision officielle, "l'Etat va prendre le contrôle de toutes les institutions civiles et gouvernementales, ainsi que les postes-frontières" avec la Turquie et l'Irak.

Elham Ahmed a affirmé que l'accord établissait "un cessez-le-feu permanent".

La trêve avait été prolongée le 24 janvier pour 15 jours, notamment pour permettre l'évacuation par les Etats-Unis vers l'Irak de milliers de jihadistes, auparavant détenus par les forces kurdes.

 - Ne pas "lâcher" les Kurdes -

 La responsable kurde a indiqué que "les Etats-Unis et la France étaient les garants" de l'accord et "avaient promis de surveiller le processus".

Elle a cependant critiqué le "rôle négatif" qu'avait joué selon elle Washington en considérant que la mission des FDS, la lutte contre l'EI, était terminée.

A Paris, une source à l'Elysée a souligné que la France, qui a assuré ne pas vouloir "lâcher" les Kurdes, avait déployé "beaucoup d'efforts diplomatiques".

Damas et les Kurdes avaient signé en mars 2024 un accord pour l'intégration des institutions de la zone autonome au sein de l'Etat, mais les négociations n'avaient jamais abouti.

Le pouvoir syrien a lancé début janvier une offensive qui lui a permis de déloger les combattants kurdes de deux quartiers qu'ils tenaient dans la ville d'Alep (nord), avant de les pousser à se retirer des provinces de Raqa et Deir Ezzor.

Ce retrait a été accéléré par la défection massive des combattants arabes au sein des FDS, qui se sont ralliés au pouvoir syrien.

Dans le même temps, le président Chareh avait publié un décret accordant des droits nationaux à la minorité kurde, dont la langue sera désormais officielle au côté de l'arabe.

"Nous n'avons pas confiance en ce gouvernement. Regardez ce qu'ils ont fait à Damas, à Soueïda et sur la côte", s'inquiète toutefois Abou Ali, un boutiquier de 40 ans à Qamichli, en référence aux massacres d'alaouites et de druzes après la prise du pouvoir par les islamistes. (AFP, 30 jan 2026)


Un club de foot sanctionné pour "propagande" prokurde

Le plus important club de football kurde de Turquie, Amedspor, a été sanctionné jeudi par le Conseil de discipline de la Fédération turque de football (TFF), accusé d'avoir fait la "propagande" des combattants kurdes de Syrie dans une vidéo, a annoncé la TFF.

Sur des images partagées la semaine passée sur le compte Instagram d'Amedspor, une femme assise dans les tribunes du stade du club se fait tresser les cheveux, avec en fond sonore une chanson reprenant le slogan kurde "Jin, jiyan, azadi" ("Femmes, vie, liberté").

La vidéo en cause et de nombreuses autres publiées récemment sur les réseaux sociaux s'inscrivent en réaction à des images d'un soldat syrien se vantant d'avoir coupé la natte d'une combattante kurde dans le nord-est de la Syrie, où les forces gouvernementales et kurdes se font face.

Le club de Diyarbakir, principale ville du sud-est à majorité kurde de Turquie, écope d'une amende de 802.500 livres turques (15.500 euros environ) pour "propagande idéologique", et son président d'une suspension de 15 jours de toutes activités liées au football pour avoir "porté atteinte à la réputation du football" turc, écrit la TFF dans un communiqué.

Contacté par l'AFP, le président d'Amedspor, Nahit Eren, a indiqué avoir fait appel de cette décision, se refusant à tout autre commentaire.

Mardi, M. Eren, ancien bâtonnier de Diyarbakir, avait dénoncé sur X des "tentatives visant à impliquer notre club dans diverses polémiques".

Actuel leader du championnat de seconde division turque, Amedspor pourrait accéder cette année à la première division pour la première fois de son histoire. (AFP, 30 jan 2026)

Les rassemblements interdits jusqu'à samedi à la frontière syrienne

Les autorités turques ont interdit jusqu'à samedi soir tout rassemblement dans la province de Mardin (sud-est), frontalière de la Syrie, où l'offensive de Damas contre les combattants kurdes du nord-est syrien suscite la colère, a annoncé lundi le gouvernorat provincial.

Un appel à manifester mardi à Nusaybin, localité de la province de Mardin située face à la ville syrienne de Qamichli, avait été lancé par le parti prokurde turc DEM, en dépit du cessez-le-feu en vigueur dans le nord de la Syrie.

Lors d'une précédente marche la semaine passée pour dénoncer l'offensive de Damas sur la région semi-autonome du nord-est syrien tenue par des combattants kurdes, plus d'un millier de manifestants prokurdes avaient tenté de forcer le poste-frontière de Nusaybin pour entrer en Syrie.

"À l'exception des événements jugés appropriés (...), toute action destinée à être menée dans des espaces ouverts (rassemblements, marches, conférences de presse, grèves de la faim, sit-in, installation de stands, montage de tentes, distribution de tracts/brochures, accrochage d'affiches/bannières, etc.) est interdite", écrit le gouvernorat de Mardin dans un communiqué.

Les autorités turques, engagées dans un processus de paix avec les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdisent déjà depuis vendredi - et jusqu'à lundi soir - les rassemblements en extérieur à Diyarbakir, la principale ville du sud-est à majorité kurde.

Les affrontements dans le nord de la Syrie font craindre un déraillement du processus de paix entre Ankara et le PKK.

Les combattants kurdes de Syrie ont accusé lundi les forces gouvernementales d'avoir tué cinq civils dans des bombardements sur la région de Kobané (nord), malgré le cessez-le-feu en cours.

En octobre 2014, de violentes manifestations avaient éclaté en Turquie pour protester contre le siège de la ville de Kobané, à majorité kurde, par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI), faisant près de 40 morts. (AFP, 26 jan 2026)


Minorités / Minorities

La déclaration de l’Association des Armeniens democrates de Belgique

Au peuple de Rojava, à l’opinion publique,

Le peuple de Rojava traverse des jours difficiles, attaqué par l’État turc et ses troupes (alliées) djihadistes en Syrie, avec la bénédiction des États occidentaux et des pays du Golfe.

Les premières attaques ont débuté dans les quartiers kurdes d’Alep, puis se sont rapidement poursuivies dans les régions de l’est de la Syrie, facilitées par le changement d’alliance de tribus arabes syriennes faisant partie des Forces démocratiques syriennes.

Jetant des centaines de milliers de personnes sur les routes : massacres, viols, exactions. Encore des images de têtes coupées, d’oreilles coupées, de scalps de jeunes filles, de marchés d’esclaves de jeunes filles kurdes.

Ces images nous sont familières, du temps de l’État islamique, mais aussi de la guerre d’agression contre l’Artsakh(Karabagh) en 2020, où les djihadistes envoyés par l’État turc monnayaient la tête d’Arménien à 100 $, les oreilles à 50 $… Et encore une fois, le silence du « monde civilisé », car les anciens djihado-islamistes, coupeurs de têtes hier, sont aujourd’hui devenus des alliés fréquentables, reçus dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche et à l’Élysée.

Les acquis du Rojava sont piétinés. Les combattants, essentiellement kurdes, au nombre de 13 500, tombés en luttant pour débarrasser l’humanité des islamo-fascistes d’un autre temps, sont aujourd’hui pourchassés par ces mêmes islamo-fascistes, sans que le monde ne bouge.

Il n’est pas question de mettre en compétition les souffrances, mais les forces qui manifestent pour Gaza n’y sont pas dans les manifestations pour le Rojava et ne semblent pas s’intéresser aux horreurs qui s’y déroulent. Cette attitude donne à réfléchir.

Aujourd’hui, il est plus qu’urgent de se dresser contre ces exactions et massacres afin d’être solidaires avec les peuples du Rojava. Ce qui se passe là-bas doit concerner l’ensemble de l’humanité.

Il y a eu plusieurs accords, de plus en plus défavorables aux forces du Rojava, sans être suivis d’effets sur le terrain. Le dernier accord du 29/01/2026 pourrait lui aussi ne pas être respecté. La mise en pratique de ces accords est liée au rapport de force créé ; si ce rapport est défavorable au peuple du Rojava, cet accord risque également d’être caduc.

Nous appelons à un sursaut de l’opinion publique afin que ce dernier accord soit respecté.

Nous appelons également les forces politiques du Rojava à tirer les leçons de l’histoire des peuples opprimés de Turquie, et notamment du peuple arménien, qui a déjà traversé un cheminement presque identique face à ce même État turc. Notre lecture politique est que la Turquie des Jeunes-Turcs et la Turquie d’aujourd’hui sont identiques sur le plan idéologique, avec les mêmes réflexes racistes et fascistes.

Cet État n’a qu’un seul but : en finir avec les nations et minorités nationales qui existent en Turquie, par la force ou par l’assimilation forcée. Cette même politique est proposé actuellement à ses alliés djihadistes de Syrie.

Il appartient aux dirigeants du peuple du Rojava de décider la politique à mener, mais nous souhaitons qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs que les dirigeants politiques arméniens il y a plus de 100 ans et surtout l’expérience de la guerre d’Artsakh (Karabagh) depuis 1988 ainsi que les politiques inconséquentes des dirigeants d’Arménie.

Nous restons solidaires du peuple kurde et saluons l’unité créée du peuple kurde avec le Rojava, qui pourrait être le début de la création de l’unité de la nation kurde. (AADB, 2 février 2026)

Les derniers Arméniens quittent le Karabakh

Onze personnes, parmi lesquelles se trouvent probablement les derniers résidents d’origine arménienne du Haut-Karabakh, ont été évacuées vendredi du Karabakh vers l’Arménie.

Le ministre arménien du Travail et des Affaires sociales, Arsen Torosian, a été le premier à annoncer l’arrivée des dix Arméniens du Karabakh et d’une femme d’origine russe. Peu après, la ministre de la Santé, Anahit Avanesian, a déclaré qu’ils avaient tous subi un examen médical dans la ville de Goris, dans le sud-est de l’Arménie. L’un d’entre eux a été hospitalisé à la suite de cet examen, a-t-elle indiqué dans un bref message publié sur Facebook.

Le gouvernement arménien n’a pas révélé l’identité des évacués. Il a ainsi laissé les proches d’une poignée d’Arméniens du Karabakh, qui avaient refusé de fuir la région lors de sa reconquête par l’Azerbaïdjan en septembre 2023, dans l’incertitude quant à leur sort.

Parmi eux figure Eleonora Hambardzumian, qui n’avait pas réussi à convaincre son frère Slavik, âgé de 67 ans, de se réfugier en Arménie à l’époque. Il a décidé de rester à Khnatsakh, un village situé à 15 kilomètres à l’est de Stepanakert.

Torosian a déclaré que les 11 habitants du Karabakh avaient eux-mêmes demandé à être transportés en Arménie. Gegham Stepanian, médiateur des droits de l’homme en exil au Karabakh, a remis en question cette affirmation.

« Non seulement ils n’ont pas dit qu’ils voulaient venir [en Arménie], mais j’ai également des informations selon lesquelles une personne a été persuadée par ses proches de partir, ceux-ci lui ayant dit qu’ils étaient prêts à organiser son départ par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, mais cette personne a refusé », a-t-il déclaré au service arménien de RFE/RL.
Stepanian a ajouté qu’il ne savait pas exactement ce qui avait motivé leur départ du Karabakh.

« Il y a peut-être eu des discussions entre les autorités arméniennes et azerbaïdjanaises, à la suite desquelles il a été décidé de prendre une telle mesure », a-t-il déclaré.

Plus de 100 000 Arméniens du Karabakh, soit la quasi-totalité de la population restante de la région, ont fui vers l’Arménie en l’espace d’une semaine après l’attaque de l’Azerbaïdjan en septembre 2023. Bakou nie que cet exode massif soit le résultat d’un nettoyage ethnique commis par ses soins.

Le nombre exact d’Arméniens qui ont choisi de ne pas quitter leur patrie n’a jamais été connu. Les médias contrôlés par l’État azerbaïdjanais ont utilisé certains d’entre eux à des fins de propagande.

Un autre Arménien du Karabakh, Karen Avanesian, a été arrêté par les services de sécurité azerbaïdjanais en septembre dernier pour avoir prétendument comploté un attentat « terroriste » contre le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev. Un tribunal azerbaïdjanais a condamné M. Avanesian à 16 ans de prison le 25 décembre, à l’issue d’un procès qualifié de simulacre par les avocats spécialisés dans les droits de l’homme en Arménie. Citant les anciennes autorités sanitaires du Karabakh, ils affirment que cet homme de 58 ans souffre d’une grave maladie mentale et n’aurait jamais dû être jugé.

Au début du mois de décembre, les dirigeants arméniens en exil du Karabakh, basés à Erevan, ont promis de continuer à se battre pour le droit des Arméniens déplacés du Karabakh à retourner dans leur patrie, malgré le refus du gouvernement arménien d’aborder cette question sur la scène internationale. Le Premier ministre Nikol Pashinian a déclaré à plusieurs reprises que les réfugiés devaient cesser d’espérer retourner au Karabakh et s’installer en Arménie. (NAM, 25 jan 2026)


Politique intérieure/Interior Politics

Une commission parlementaire prône la "réintégration" des combattants kurdes

La commission parlementaire turque chargée de préparer un cadre légal au processus de paix avec la guérilla kurde du PKK a formellement adopté son rapport mercredi, excluant toute amnistie des combattants.

Les cinquante députés recommandent cependant que les membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme mouvement terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux, soient "réintégrés" dans la société turque, après jugement.

Ils ne suggèrent pas non plus de libérer Abdullah Öcalan, 76 ans, chef historique et fondateur du PKK incarcéré depuis 1999, qui a exhorté l'an passé les combattants kurdes à déposer les armes et à dissoudre le mouvement.

Sa libération avait été exigée fin novembre par des responsables du PKK retranchés dans le nord de l'Irak.

Les recommandations formulées dans ce rapport doivent être incluses dans un projet de loi qui sera soumis au Parlement à une date encore non précisée.

Des députés ont confié à l'AFP que les débats devraient s'ouvrir après le mois de Ramadan, qui commence jeudi.

Le président Recep Tayyip Erdogan a salué "une avancée significative", relevant que "tous les partis" représentés dans la commission avaient voté le texte. "Certaines mesures concrètes devront être prises jusqu'à la dissolution complète du mouvement terroriste", a-t-il ajouté.

"La loi doit viser la réintégration dans la société des individus qui rejettent les armes et la violence", indiquent les auteurs du rapport, recommandant qu'ils soient jugés afin de ne "pas créer une perception d'impunité et d'amnistie dans la société".

Le rapport recommande en outre de "renforcer la liberté d'expression" en Turquie pour éviter que certaines opinions ne valent à leurs auteurs d'être poursuivis pour "terrorisme".

"Régler durablement le problème du terrorisme exige des politiques multidimensionnelles (...) qui ne se limitent pas à la seule dimension sécuritaire", a insisté le président du parlement turc Numan Kurtulmus en présentant le rapport, évoquant une "responsabilité historique".

 - "élimination du terrorisme" -

 La commission transpartisane, dont les travaux ont démarré début août, a pour mission d'avancer des solutions pour une paix durable et un désarmement complet du PKK, dont le conflit avec l'Etat turc depuis 1984 a fait plus de 50.000 morts selon Ankara.

À la suite de discussions entamées en octobre 2024 par les autorités via le parti prokurde DEM, le PKK a annoncé sa dissolution en mai 2025, répondant à un appel lancé par Abdullah Öcalan.

Ce dernier a estimé lors de la dernière visite d'élus du DEM sur l'île d'Imrali (nord-ouest) où il est détenu, lundi, que "le contenu du rapport de la commission sera extrêmement important pour la suite du processus" et qu'aborder la question sous le seul angle de "l'élimination du terrorisme" conduirait à une "impasse".

M. Öcalan avait pris connaissance à cette occasion d'éléments figurant dans le brouillon du rapport final.

Depuis son lancement en octobre 2024, à l'initiative du parti nationaliste MHP allié du gouvernement turc, les autorités ont toujours parlé d'une "Turquie sans terrorisme" pour évoquer le processus de paix.

Le PKK, créé en 1978, a renoncé à ses revendications séparatistes par la lutte armée, mais entend continuer de réclamer la reconnaissance et l'égalité des droits pour la minorité kurde, qui représente environ 20% de la population turque.

Il a annoncé fin octobre le retrait de ses derniers combattants présents en Turquie vers le nord de l'Irak, où plusieurs dizaines de combattants en treillis avaient symboliquement brûlé leurs armes en juillet.

La commission parlementaire transpartisane est composée de 50 députés, dont 22 issus du parti AKP (islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan. Dans les rangs de l'opposition figurent notamment cinq élus du parti prokurde DEM. (AFP, 18 fév 2026)

Altercation violente au Parlement après la nomination du ministre de la Justice

Une violente altercation a éclaté mercredi 11 février 2026 au Parlement turc, à la suite de la nomination du nouveau ministre de la Justice dans le cadre d’un remaniement gouvernemental décidé par le président Recep Tayyip Erdoğan.

Lors de la séance consacrée à la prestation de serment du nouveau membre du gouvernement, des députés de la majorité et de l’opposition se sont affrontés physiquement. La séance a dû être suspendue temporairement afin de permettre un retour au calme.

Une nomination qui cristallise les tensions politiques

Au centre de la controverse figure la nomination d’Akın Gürlek, ancien procureur en chef d’Istanbul. Plusieurs figures de l’opposition lui reprochent d’avoir supervisé des procédures judiciaires visant des responsables politiques opposés au pouvoir, qu’elles jugent politiquement orientées.

Des députés de l’opposition ont tenté d’empêcher sa prestation de serment, provoquant une confrontation directe avec des élus de la majorité. Malgré ces incidents, le nouveau ministre a finalement prêté serment.

Un remaniement gouvernemental élargi

Cette nomination intervient dans le cadre d’un remaniement ministériel plus large, présenté comme le premier ajustement gouvernemental majeur depuis les élections de 2023.

Dans ce même mouvement, un nouveau ministre de l’Intérieur a également été nommé.

Un climat politique particulièrement tendu

Cette séquence s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre le pouvoir et l’opposition en Turquie, notamment autour de procédures judiciaires visant des élus locaux et des figures politiques majeures.

Le pays reste par ailleurs engagé dans des débats institutionnels sensibles, dans un climat politique marqué par une forte polarisation. (BIA, 12 Feb 2026)

Les Copains Turcs d’Epstein

Ragıp Duran, TVXS.GR, 10 février 2026

Le héros du scandale mondial de la pédophilie, de la pornographie, du trafic de mineur Jeffrey Epstein a également des relations, des acteurs voire des réseaux en Turquie selon les nouveaux documents publiés par le parquet américain le 30 janvier dernier

Il s’agit de 3 millions de pages de documents, des messages, des notes envoyés et reçus par Epstein, plus environ 180 milles photos et 2 milles vidéos.

Le nom de Tom Barrack, ambassadeur des Etats-Unis à Ankara et envoyé spécial de Trump en Syrie est cité plusieurs dizaines de fois.

Deux noms de deux Turcs bien connus des médias du pays et du secteur du tourisme sont Mucahid Oren et Fettah Tamince paraissent dans ces documents.

Le premier, très proche du régime Erdogan, s’est contenté d’un simple démenti dans lequel il précise qu’il avait demandé à Epstein de le mettre en contact avec l’homme d’affaires anglais Richard Branson.

Le second, patron d’un holding d’hôtellerie, a déclaré qu’il était normal d’avoir des relations professionnelles dans le secteur du tourisme. Epstein avait demandé à Tamince ‘’d’envoyer des instructeurs de massage’’.

Le nom de l’avocat turc Mehmet Arda Beskardes, résident à New York, qui a reçu un chèque de 2500 dollars américains d’Epstein garde le silence.

Trois autres noms turcs sont cités dans ces nouveaux documents : L’ancien Premier Ministre Ahmet Davutoğlu, une ancienne Miss Turkey dont le nom n’est pas révélé et un certain Landon C. Thomas Jr. de l’Université de Bosphore (Bogazici).

Le porte-parole du Parti de l’Avenir de Davutoglu a déclaré que le nom de leur Président est cité dans un contexte dont Davutoglu n’est pas au courant et qu’il n’a aucun rapport avec Epstein.

De même, le porte-parole de l’Université Bosphore a précisé que Landon C. Thomas Jr. ‘’n’est pas un dirigeant ou un membre de l’Université’’.

Namık Tan, ancien ambassadeur aujourd’hui responsable des relations internationales du CHP (Opposition, 138 sièges sur 592) a posé une question écrite au ministre de l'Intérieur sur ‘’les enfants enlevés et vendus’’. Plusieurs autres membres de l’opposition désirent également une enquête approfondie pour révéler en détail les Turcs qui avaient collaboré avec Epstein.

Le Parti DEM (Parti de l’Egalité et de la Démocratie des Peuples, kurdes et gauches, 56 députés) déposera une requête pour l’ouverture d’une enquête parlementaire au sujet ‘’des enfants perdus après le séisme de 1999’’ en rapport avec le scandale Epstein!

18.373 citoyens étaient morts, 48.901 blessés et 5.840 personnes, dont la majorité des enfants, étaient portés disparus selon les chiffres officiels. Les ONG et les spécialistes estiment qu’il faut multiplier ces chiffres au moins par deux pour obtenir de vrais résultats.

Plusieurs députés de l’opposition et des journalistes croient qu'Epstein a enlevé des centaines de jeunes filles portées disparues après le séisme du 17 août 1999. Les pilotes de l’avion privé d’Epstein auraient transporté des orphelines de la Turquie vers l’île de vice d’Epstein aux Caraïbes selon les interrogations du parquet américain pas encore terminées.

Le scandale Epstein est également à la une des médias turcs. Les chroniqueurs essaient d’expliquer les relations entre Epstein, les services de renseignement d’Israël et les manipulations politico-diplomatiques entre Washington et Ankara.

Par ailleurs, Gursel Goncu, chroniqueur du site d’Internet d’information générale, le T24, constate un aspect controversé du débat en cours :

La droite conservatrice et religieuse chez nous essaie d’analyser le scandale sous un angle d’anti-occidentalisme. ‘’L’occident est pourri moralement’’ disent-ils. La gauche, anti-américaine de son côté accuse le capitalisme et l’impérialisme comme responsable de ce scandale. ‘’Mais ce qui est bizarre et inexplicable’’ écrit Gursel, ‘’c’est que les noms des personnes conservatrices, voire islamiques et ceux des gens anti-capitalistes sont cités dans les documents officiels’’.

Faut-il alors parler d’un complot dirigé par une coalition des conservateurs et des anti-capitalistes ?

Le Prince Héritier malgré lui : Bilal Erdogan

Ragip Duran, TVXS.GR, 1er février 2026

Au pouvoir depuis 2002, le Président Erdogan (72)  avait déjà en septembre 2017 parlé d’une fatigue des métaux quand il a vu son parti perdre des voix. Depuis, selon les sondages d’opinion et le parti au pouvoir et le Président Erdogan ne cessent de perdre des points. Par ailleurs, sa santé n’est pas très bonne, constate-t-on sur les écrans de TV. Il ne peut marcher que très lentement, il a un regard assez flou et parfois, il a des difficultés à lire et à prononcer ses discours.

A l’intérieur même du Parti de la Justice et du Développement (AKP, Islamiste/néo-libéral, 275 sièges sur 592) la succession de M. Recep Tayyip Erdogan est à l’ordre du jour depuis au moins 6 mois.

Trois personnes sont sur la ligne de départ : M. Bilal Erdogan(44) fils cadet du Président, M. Selcuk Bayraktar (46) gendre du Président et M .Hakan Fidan (57) actuellement Ministre des Affaires étrangères.

Ce dernier serait le favori de l’établissement politique, car il a de multiples réseaux dans le pays et à l’étranger. Militaire de formation, docteur en Relations Internationales, il a travaillé à l’OTAN et était le Président de la TIKA, Agence Turque de Coopération et de Coordination qui est responsable des projets économiques et industriels turcs à l’étranger. Il a dirigé les Services de Renseignement turcs et a beaucoup d’expérience sur la scène régionale et internationale.

Selcuk Bayraktar, est le PDG-fondateur du Baykar Teknoloji, une des plus grandes sociétés de production de drones et de missiles. Ingénieur de formation, il n’a aucune expérience politique et ne serait pas intéressé selon son entourage pour un poste politique.

Reste alors le fils Bilal. Bachelier du Lycée İmam-Hatip (lycée de Religieux Professionnel)  il a pu obtenir une licence en Sciences Politiques de l’Université de Harvard avec le soutien de plusieurs personnalités turques et américaines proche du Président. Il a voulu même obtenir un doctorat en Italie au Centre Européen de l’Université John Hopkins à Bologne. Mais le Parquet italien l’avait accusé de blanchiment d’argent et il a dû quitter l’Italie.

Il est depuis trois mois à la une des médias du pouvoir. Il participe à des inaugurations, organise des conférences, accorde des interviews. ‘’Il poursuit sa campagne’’ croient les opposants.

Bilal est quand même dans la langue populaire turque le synonyme d‘’imbécile’’. Les conversations téléphoniques avec son père lors du scandale du 17-25 décembre 2013 montrent qu’il est incapable de comprendre les messages de son père et de répondre. Lors de ce scandale, les policiers proches du secte Gulen avaient organisé des descentes chez les proches d’Erdogan chez qui ils avaient trouvé des millions de dollars, d’euro et de livres turques, sommes des gains illégaux et illégitimes.

La majorité des membres du pouvoir s’oppose à la candidature de M. Bilal Erdogan, mais le Président lui-même ne peut avoir confiance qu’à son fils, selon les rumeurs en provenance du Palais. Il y a quand même quelques ex-députés et ex-responsables du Parti qui soutiennent M. Bilal.

Ce dernier était l’invité mercredi dernier d’une municipalité proche du pouvoir pour une séance d'"Une Seule Question/ Une Seule Réponse". Les jeunes ont posé leurs questions et M. Bilal a répondu.

‘’Comment vous gagnez votre vie ?’’ était probablement la meilleure question posée. M. Bilal a essayé de répondre à cette question en racontant sa carrière d’homme d’affaires: ‘’Ce fut d’abord avec mes amis dans le secteur cosmétique. J’étais simplement un associé. Plus tard, on est passé dans la restauration. On a aujourd’hui plusieurs restaurants en Turquie, un à Dubaï et un prochain à Bakou. Je suis donc dans le secteur de l’alimentation’’ a-t-il annoncé.

Il a probablement oublié de parler du fameux groupe maritime BMZ, qu’il avait fondé avec son oncle et son beau-père. BMZ a vendu en 2017, cinq  de ces navires-citernes pour 75 millions de dollars américaines. BMZ était accusé de transporter du matériel à Israël même après l’attaque de Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et les opérations meurtrières d’IDF (les Forces de Défense d’Israël) contre Gazza.

Enfin, ‘’Bilal sera un très bon Président pour cette Turquie qui a complètement perdu la conscience’’ ironise un professeur de droit public en exil en Allemagne.

Forces armées/Armed Forces

La Turquie déploie des chasseurs F-16 en Somalie

La Turquie a déployé des avions de chasse F-16 en Somalie, ont affirmé deux responsables turcs à l'AFP alors qu'Ankara cherche à étendre sa présence militaire dans la Corne de l'Afrique.

Selon l'un de ces responsables s'exprimant sous couvert d'anonymat, ces appareils seront utilisés par les militaires turcs stationnés en Somalie, pays allié de la Turquie.

"C'est pour notre propre sécurité", a déclaré cette source, soulignant que les avions ne sont pas destinés aux pilotes de l'armée somalienne.

Ce déploiement de F-16 intervient après la reconnaissance fin décembre par Israël du Somaliland, une république autoproclamée, une démarche qualifiée par Ankara "d'ingérence flagrante dans les affaires intérieures de la Somalie".

Le Somaliland a unilatéralement fait sécession de la Somalie en 1991, mais cette dernière estime qu'il fait toujours partie de son territoire.

Ankara est un soutien militaire et économique important de la Somalie, qui a sombré dans les années 1990 dans une guerre civile ayant conduit à l'effondrement de l'Etat.

La plus grande base militaire turque à l'étranger a été inaugurée dans la capitale somalienne, Mogadiscio, en 2017.

Ankara maintient sur place une force opérationnelle et un commandement aérien "afin de contribuer au développement des capacités de lutte contre le terrorisme de la Somalie par le biais d'une assistance militaire, de formations et d'activités de conseil", selon le ministère turc de la Défense. (AFP, 30 jan 2026)

Affaires religieuses / Religious Affairs

La plupart des familles de jihadistes étrangers ont disparu du camp d'al-Hol

Une grande partie des milliers de femmes et d'enfants de jihadistes, qui étaient retenus dans le camp d'al-Hol en Syrie, l'ont quitté après le retrait des forces kurdes, selon des sources humanitaires et des témoins interrogés par l'AFP.

Al-Hol, le plus grand camp de familles du groupe Etat Islamique (EI) en Syrie, abritait quelque 24.000 personnes, dont environ 6.300 femmes et enfants étrangers dans une section sous haute sécurité, connue sous le nom d'Annexe.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) s'en sont retirées le 20 janvier, sous la pression de l'armée qui y est entrée le lendemain.

La récente offensive dans le nord-est des forces de Damas, déterminées à imposer leur autorité sur l'ensemble du territoire syrien, avait suscité des inquiétudes sur le devenir des centres de prisonniers de l'EI, présents dans la région.

"Depuis samedi dernier, il n'y a pas plus d'une vingtaine de familles dans l'Annexe", a précisé l'une des sources sous couvert d'anonymat. Une autre source au sein d'une organisation humanitaire a confirmé que le bâtiment était désormais presque "vide".

On comptait des familles de 42 nationalités, dont un grand nombre de femmes et d'enfants originaires de Russie, du Caucase et des républiques d'Asie centrale, que leurs pays respectifs refusent de rapatrier.

 - Transfert clandestin -

 Un témoin a raconté à l'AFP avoir vu des hommes armés évacuer du camp des femmes voilées à bord de voitures après la prise de contrôle des forces gouvernementales.

Les autorités n'ont pas officiellement commenté ces informations mais une source au sein de l'administration du camp, qui relève désormais du ministère des Affaires étrangères, a déclaré qu'un recensement était en cours.

Interrogée au sujet de la disparition des familles, elle a répondu "que la responsabilité de tout cela, si c'est avéré, incombait aux FDS qui se sont retirées sans processus de remise" du camp aux forces syriennes.

Selon les sources humanitaires, certains ont rejoint la partie du camp où vivaient quelque 15.000 Syriens et plus de 2.200 Irakiens, qui semble également s'être vidée d'une partie de ses habitants, selon les sources interrogées par l'AFP.

Des images vidéos consultées par l'AFP montrent des rues de la section du marché du camp, d'ordinaire bondé, presque désert.

D'autres familles ont "été clandestinement transférées vers Idleb et d'autres provinces" syriennes, ajoute une source humanitaire.

Idleb (nord-ouest) abritait de nombreux jihadistes étrangers et c'est une coalition islamiste partie de ce bastion rebelle qui avait lancé fin 2024 une offensive fulgurante qui lui a permis de prendre le pouvoir en Syrie.

 - Prisonniers conduits en Irak -

 "Quelques jours après" le départ des forces kurdes, "les femmes et les enfants de la section des étrangers (..) ont commencé à quitter le camp en grand nombre", raconte un Syrien de 35 ans résidant dans le camp, Abou Mohammed, contacté via WhatsApp.

Au Liban, un homme a indiqué à l'AFP que quatre membres de sa famille étaient revenus dans le pays, avec d'autres proches de combattants de l'EI. "Ils ont pu quitter le camp, les forces gouvernementales ayant fermé les yeux", a ajouté cet homme qui a requis l'anonymat.

Les FDS avaient été le fer de lance de la lutte contre l'EI en Syrie, avec l'appui de la coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis. Elles avaient incarcéré des milliers de jihadistes dans des prisons, alors que leurs familles étaient placées dans des camps.

Les forces kurdes contrôlent toujours le camp plus petit de Roj, où sont détenus 2.328 proches de jihadistes, pour la plupart des étrangers dont des Occidentaux, parmi lesquels des Français.

Pour éviter des évasions et le risque que des jihadistes puissent venir grossir les rangs de l'EI toujours actif en Syrie, les Etats-Unis ont déjà transféré plus de 4.500 prisonniers vers l'Irak voisin, sur un objectif de 7.000. (AFP, 12 fév 2026)

"L’Etat Islamique devient le voisin de la Turquie"

Ragip Duran, TVXS.GR, 27 janvier 2026

“Washington n’est plus derrière les Kurdes, qui sont obligés de se retirer au nord-est de la Syrie, Rojava, pour résister contre les attaques de l’armée officielle de Damas qui n’est que la coalition de plus de dix bandes d’islamistes radicales, toutes issues de L’Etat Islamique (Daech - État islamique en Irak et au Levant) soutenues par Ankara”, constate le politicologue Prof. Cengiz Aktar.

En effet en une semaine, et “Le Processus de Paix” engagé en Turquie entre Ankara et Abdullah Ocalan, leader emprisonné du PKK et l’entente du 10 Mars signée à Damas entre le régime d’Ahmed Al Sharaa et les FDS (Forces Démocratiques Syriennes) sont tombés à l’eau, à cause des opérations militaires en vue de neutraliser la présence kurde dans une grande partie de la Syrie du nord.

“Ankara et Damas ont pour le moment les mêmes objectifs : Toutes les deux veulent se débarrasser des Kurdes pour la construction d’un Etat-nation, formé d’une seule nation qui a un seul drapeau, une seule armée, une seule langue et une seule religion” croit le Prof. Aktar.

Les FDS, une armée d’à peu près 100 milles soldats dont plus de 50 % des Arabes, mais dirigée par les Kurdes n’est plus une force militaire et politiques unie et efficace, car la grande partie des clans arabes ont changé de veste et se rangent désormais du côté du régime d’Ahmed Al-Sharaa.

“Les FDS étaient notre partenaire principal dans la lutte contre l’Etat Islamique (EI). Mais désormais, c’est le gouvernement central de Damas qui est devenu membre de la coalition contre l’EI avec qui nous œuvrerons” a déclaré Tom Barrack, l’envoyé spécial en Syrie du Président Trump et en même temps l’ambassadeur des Etats Unis à Ankara.

Sur le terrain, selon les informations en provenance des sources kurdes, des dizaines de milliers de prisonniers de l’EI sont en train de quitter les prisons et vont très probablement joindre les groupes d’islamistes radicaux en lutte contre les Kurdes au nord-est du pays.

“Quand il y a la guerre contre les Kurdes dans le sud (Syrie) on ne peut pas réaliser la paix dans le nord (Turquie)” estime Tuncer Bakirhan, co-président du DEM, Parti de l’Egalité et de la Démocratie des kurdes, de plus en plus violemment critiqué par sa base. “Au lieu de faire l’alliance avec les fascistes Erdogan et Bahceli, vous devriez soutenir nos frères de Rojava” disent la majorité des internautes.

“L’opposition turque, c’est-à-dire les Kémalistes et autres formations de droite, de centre voire de la gauche, qui sont pourtant toutes laïques sont contentes de voir la défaite des Kurdes en Syrie. En Turquie, l’animosité anti-kurde est si forte et si populaire qu’ils préfèrent avoir des islamistes radicaux comme voisin du sud, au lieu des Kurdes laïcs” constate Yavuz Baydar, coordinateur des débats politiques sur Youtube (Fikir Klubü- Club des İdées).

Ankara est vue bien entendu comme un des responsables de la crise actuelle à côté des Occidentaux en particulier les Etats Unis, mais plusieurs spécialistes, universitaires et hommes politiques ne se privent pas de critiquer également la direction des partis politiques kurdes, en particulier Abdullah Ocalan en Turquie et Mazlum Abdi en Syrie.

“Ocalan avait quitté la Turquie en 1980. Il est en prison depuis 27 ans. Là-bas, il a commencé à fabriquer des thèses, des idéologies, des lignes politiques vraiment très bizarres. Il est complètement coupé des réalités sociales et politiques. Ses opposants le nomment ‘Philosophe de la Maison des Fous’ “ écrit un ancien membre du PKK. “Il est prisonnier et il est à la solde du régime turc” conclu-t-il.

Par ailleurs, Mazlum Abdi ancien militant fidèle d’Ocalan, n’a pas su, selon ses critiques, de bien comprendre les objectifs et les politiques de ses alliés, Moscou, Washington, Paris, Londres et Riyad. Pendant environ 10 ans, ils n’ont pas pu créer et construire les institutions vitales pour la survie de Rojava. Ils ont essayé de concrétiser les thèses d’Ocalan comme “le confédéralisme démocratique”, “le communalisme”, “la jinéologie” (Sciences des femmes) et l’écologie… Des concepts peu connus par la majorité des populations rurales de la Syrie du Nord.

“La Syrie est en train de devenir le futur de la Turquie. Un pays dirigé par les islamistes, ennemi de la démocratie, de la paix, des minorités ethniques et religieuses et de la civilisation occidentale” conclut le Prof Aktar.

Socio-économique / Socio-economic

More celebrities detained in narcotics, prostitution probe

Several celebrities have been detained in İstanbul as part of a large-scale investigation into drug use and procurement as police raided multiple locations this morning.

Among those taken into custody are well-known musicians Murat Dalkılıç and Kaan Tangöze, and actor İsmail Hacıoğlu.

Other names detained include Hakan Tunçelli, Sırrı Murat Dalkılıç, Rıza Kaan Tangöze, Murat Cevahiroğlu, Barış Talay, Hakan Kakız, Kemal Doğulu, Murat Öztürk, Murathan Kurt, Furkan Koçan, Buse Görkem Narcı, Aygün Aydın, Ramazan Bayar, Tolga Sezgin, Alihan Taşkın, and Nail Can Kurt.

The investigation targets 25 suspects concerning purchasing or using narcotics, facilitating drug use, and promoting or mediating prostitution, according to a statement from the İstanbul Chief Public Prosecutor’s Office.

“So far, 17 suspects have been taken into custody. One suspect was found to be abroad. Efforts to locate and detain the remaining individuals are ongoing,” the statement read.

The operation comes amid a series of similar waves in recent months targeting public figures in Turkey. (BIA, 17 Feb 2026)

Accord bruxellois : les animaux sacrifiés par les négociateurs

L’absence totale du Code bruxellois du bien-être animal et de l’interdiction de l’abattage sans étourdissement dans l’accord du futur gouvernement constitue un signal extrêmement préoccupant. Pour GAIA, il s’agit d’un oubli
 
« Les animaux sont une nouvelle fois laissés pour compte. Ne pas mentionner le Code et l’abattage sans étourdissement dans cet accord de gouvernement, c’est tourner le dos aux animaux et à la volonté de près de neuf Bruxellois sur dix. Ignorer cette attente citoyenne relève d’une attitude désinvolte et d’un manque de courage politique. », déclare Michel Vandenbosch, Président de GAIA.

GAIA appelle désormais le Parlement bruxellois à poursuivre sans relâche ses travaux, le Code étant actuellement à l’agenda parlementaire. Les animaux ne peuvent plus attendre.

Bruxelles reste à ce jour la seule Région du pays sans Code du bien-être animal et autorisant toujours l’abattage sans étourdissement. Alors que la Wallonie et la Flandre ont modernisé leur législation et interdit l’abattage sans étourdissement, la Région bruxelloise continue d’accuser un retard incompréhensible.

Cette absence de mention dans l’accord du gouvernement est d’autant plus choquante que 89 % des Bruxellois, selon un sondage IPSOS réalisé pour GAIA en 2024, estiment que les partis politiques doivent soutenir des mesures renforçant le bien-être animal. inacceptable. (Le Soir, 13 février 2026)


Les restes d'une deuxième femme démembrée retrouvés dans des poubelles à Istanbul

Deux hommes arrêtés pour avoir assassiné une femme ouzbèke et abandonné son corps décapité dans une poubelle d'Istanbul (Turquie) sont soupçonnés d'avoir tué une deuxième femme de la même manière, ont rapporté jeudi les médias turcs.

Les deux femmes, toutes deux de nationalité ouzbèke, auraient été tuées au même endroit vers le 23 janvier dans le district de Sisli.

Tard dans la soirée du 24 janvier, la police a découvert le corps décapité de Durdona Khakimova, une ressortissante ouzbèke de 37 ans, enveloppé dans un drap et jeté dans une poubelle à Sisli. Ses jambes avaient également été sectionnées.

Après examen des caméras de surveillance, la police a arrêté deux hommes, également de nationalité ouzbèke, à l'aéroport d'Istanbul alors qu'ils s'apprêtaient à s'envoler.

Les enquêteurs pensent maintenant que les deux hommes ont tué une deuxième femme, Ergashalieva Sayyora, 32 ans, après avoir découvert des morceaux de corps dans plusieurs poubelles à travers la ville, ont indiqué jeudi l'agence de presse DHA et la chaîne de télévision Halk TV.

Mme Sayyora était arrivée en Turquie le 28 décembre et son dernier contact avec sa famille remonte au 23 janvier.

Les enquêteurs ont déterminé qu'elle séjournait dans la maison où Mme Khakimova a été tuée.

Ils ont aussi établi que les deux femmes avaient vécu ensemble pendant environ un mois avec les meurtriers présumés, et que Mme Sayyora avait entretenu une relation avec l'un d'eux.

Des images de vidéosurveillance du 23 janvier la montrent entrant dans la maison avec les deux suspects. Ces derniers quittent ensuite le bâtiment le lendemain, transportant plusieurs sacs-poubelle noirs, selon les images.

Ils ont ensuite sorti une valise blanche de la maison, pris un taxi pour le quartier de Fatih, vidé son contenu dans une poubelle et marché jusqu'à la station de métro Yenikapi.

Lors de l'interrogatoire des deux hommes concernant le second meurtre, les enquêteurs ont appris que Mme Sayyora avait été tuée à l'arme blanche le 23 janvier et que son corps avait été démembré.

Les deux suspects, inculpés pour meurtre, comparaîtront devant le tribunal vendredi.

Le premier meurtre avait suscité l'indignation d'associations féministes, qui ont organisé de grandes marches à Istanbul et Ankara pour réclamer justice pour les victimes de violences sexistes.

Selon des chiffres de l'ONG Stop Femicides, en 2025, 294 femmes ont été tuées par des hommes et 297 femmes ont été retrouvées mortes dans des circonstances suspectes en Turquie. (AFP, 12 fév 2026)

Colère en Turquie après un triple féminicide

Les meurtres lundi à Ankara, la capitale turque, de trois femmes d'une même famille a suscité l'indignation d'associations féministes qui affirment que le principal suspect était un détenu bénéficiant d'une permission de sortie temporaire.

Selon la presse turque, les trois victimes, toutes tuées par balle, sont la mère, l'épouse et la fille du suspect, qui a ensuite retourné l'arme contre lui.

L'homme, qui purgeait une peine de prison pour "menace avec arme" et "fraude" dans le nord-ouest de la Turquie, s'était vu accorder début février une permission de sortie de onze jours, affirme l'agence de presse privée DHA.

"L'an dernier, six femmes ont été assassinées par des individus évadés de prison ou bénéficiant d'une permission de sortie. Le ministres de la Justice et de l'Intérieur sont restés silencieux et personne n'a été tenu responsable! Et aujourd'hui un autre détenu (...) a encore pu semer la terreur", a fustigé sur X le groupement des Comités de solidarité féminine, issu du parti communiste turc.

Dénonçant également ce triple meurtre, l'association turque "Nous ferons cesser les féminicides" a appelé à un rassemblement mardi soir à Ankara.

Selon cette organisation, 294 femmes ont été tuées par des hommes en 2025 en Turquie, et 297 autres sont mortes dans des circonstances jugées suspectes. (AFP, 10 fév 2026)


Men killed 16 women in January

According to news compiled by bianet from local and national newspapers, news sites, and agencies, men killed at least 16 women and 4 children in January 2026.

Men inflicted violence on at least 49 women, abused at least 12 girls and boys, and harassed 10 women in January. They forced 157 women into sex work.

At least 39 women and 14 children died in suspicious cases where it could not be clearly determined that the deaths were caused by male violence.

Provinces of suspicious deaths of women

Ağrı (1), Aksaray (1), Antalya (1), Antep (1), Aydın (1), Balıkesir (1), Batman (1), Burdur (3), Çorum (1), Denizli (2), Hakkari (1), İzmir (2), Karabük (2), Kütahya (1), Malatya (1), Manisa (2), Mardin (2), Muğla (4), Nevşehir (2), Ordu (2), Sakarya (1), Samsun (1), Siirt (1), Sinop (1), Tekirdağ (1), Urfa (1), Zonguldak (1)

Provinces of suspicious deaths of children

Aksaray (1), Antalya (2), Hatay (1), İzmir (1), Kayseri (3), Kütahya (1), Manisa (1), Mardin (3), Siirt (1) (BIA, 4 Feb 2026)

Seize morts et 30 blessés dans deux accidents de la route

Seize personnes personnes ont été tuées et 30 autres blessées dans deux accidents de la route en Turquie, ont annoncé dimanche les autorités turques.

Un accident de bus s'est produit à Antalya, grande ville touristique située dans le sud de la Turquie.

"Le chauffeur du bus n'a malheureusement pas survécu malgré tous les efforts déployés. Le bilan des victimes s'élève donc à neuf morts", a annoncé le gouverneur d'Antalya, Hulusi Sahin. Le précédent bilan faisait état de 8 morts. 25 personnes ont également été blessées.

Transportant 34 passagers de Tekirdag (ouest) vers Antalya, l'autocar s'est renversé dimanche matin à 10h20 (7h20 GMT) au bord de l'autoroute devenue glissante à cause de la pluie, a précisé le gouverneur.

"Il y avait également du brouillard. C'est un carrefour où il ne fallait pas rouler vite, or il semble que le bus s'y soit engagé à vive allure", a affirmé M. Sahin.

Parmi les 25 blessés, sept sont dans un état grave, a-t-il ajouté, sans préciser s'il y avait des ressortissants étrangers parmi les victimes.

Sept personnes été tuées et cinq ont été blessées dans un autre accident survenu à Burdur, sur l'autoroute Antalya-Isparta, dans le sud de la Turquie, a rapporté l'agence privée DHA.

Station balnéaire située au bord de la Méditerranée, Antalya accueille de nombreux touristes locaux et étrangers durant toute l'année. (AFP, 1er fév 2026)

Colère après la découverte du corps d'une femme décapitée dans une benne à ordures

Le corps décapité d'une femme, dont les jambes ont également été sectionnées, a été découvert dans une benne à ordures à Istanbul au cours de la nuit, ont rapporté dimanche les médias turcs, provoquant l'indignation des associations féministes.

La victime était enveloppée dans un drap et jetée dans une benne dans le quartier de Sisli, où il a été découvert samedi soir par un homme qui cherchait des matériaux recyclables, a indiqué l'agence de presse DHA.

Les enquêteurs ont identifié la victime comme étant une ressortissante ouzbèke de 37 ans.

Ils n'ont pas immédiatement retrouvé la tête ni les jambes de la victime, mais en visionnant des images des caméras de surveillance, les enquêteurs ont vu deux hommes déposant une valise dans une autre benne.

Le contenu de cette valise n'a pas été dévoilé dans l'immédiat.

Quelques heures plus tard, la police a interpellé deux suspects, également de nationalité ouzbèke, à l'aéroport d'Istanbul alors qu'ils tentaient de quitter le pays, a précisé DHA. Un troisième suspect a été ensuite interpellé.

Des groupes de défense des droits des femmes ont exprimé leur indignation et appelé à des marches de protestation.

Dans la foule importante qui s'est rassemblée à la station de métro Osmanbey dans le quartier de Sisli, des banderoles et pancartes proclamaient "Stop à la violence masculine !", "Nous demandons justice pour les femmes assassinées" et "Les femmes migrantes ne sont pas seules", selon des images d'une ONG.

"Les femmes ne se tairont plus!" scandait-on dans le cortège dépassant le millier de personnes, qui a marché jusqu'à l'endroit où le corps de la victime a été retrouvé.

A Ankara, des centaines d'autres ont défilé lors d'une manifestation organisée par la plateforme "We will stop femicide", qui réclame que les responsables de ce crime rendent des comptes.

"Les auteurs étaient tellement persuadés que rien ne leur arriverait qu'ils ont pu tout simplement abandonner le corps de la femme qu'ils ont tuée dans une benne, au vu et au su de tous", a déclaré dans un communiqué Isil Kurt, membre de cette organisation. "Les années passent, les villes et les noms changent, mais la violence envers les femmes reste la même".

Le maire de Sisli, Resul Emrah Sahan, emprisonné et arrêté quasiment en même temps que le maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, lors d'une répression largement perçue comme politiquement motivée, a déclaré que ces meurtres constituaient un "problème social majeur".

"Les féminicides se transforment en un massacre qui ne cesse de prendre de l'ampleur, alimenté par l'impunité, la négligence et le silence", a-t-il écrit sur X, exigeant une action coordonnée pour s'attaquer au problème.

La Turquie ne publie pas de chiffres officiels sur les féminicides, laissant cette tâche aux organisations de femmes qui collectent des données à partir d'articles de presse.

Selon des chiffres compilés par la plateforme "We will stop femicide", 294 femmes ont été tuées par des hommes et 297 femmes ont été retrouvées mortes dans des circonstances suspectes en 2025. (AFP, 26 jan 2026)

Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

EU Parliament's  resolution on expulsion of journalists and foreign Christians

European Parliament adopted on February 14; 2026, the following  resolution on the targeted expulsions of foreign journalists and foreign Christians in Turkey under national security pretexts:

The European Parliament,  having regard to Rules 150(5) and 136(4) of its Rules of Procedure,

1.    whereas the Commission’s Türkiye 2025 Report states that ‘the environment for media freedom and media pluralism is constrained’; whereas concerns have arisen over foreign journalists being detained and deported;

2.    whereas, in recent years, at least 300 foreign Christian pastors, missionaries and their family members have been deported from Türkiye and denied re-entry through the application of the ‘N-82’ and ‘G-87’ administrative measures designating them as national security threats without evidence, trial or effective means of appeal;

3.    whereas Kaveh Taheri, an Iranian independent freelance journalist recognised as a refugee by the UNHCR, was detained on 26 January 2026 and is facing deportation and political persecution in Iran; whereas journalist Nujan Mala Hassan was shot and injured by Turkish border guards on 20 January while reporting on protests; whereas other journalists have already been deported, including BBC correspondent Mark Lowen, and others have been arrested and threatened with deportation, such as French journalist Raphaël Boukandoura;

4.    whereas Christians are reported to be among the most persecuted religious groups globally; whereas failure to acknowledge and address this reality undermines the credibility of international efforts to protect freedom of religion or belief;

5.    whereas several related cases are pending before the ECtHR, includingWiest v Türkiye;

6.    Strongly condemns the targeted expulsions of foreign journalists and foreign Christians carried out under unsubstantiated national-security pretexts and without due process; deplores the lack of access to evidence and meaningful judicial review;

7.    Manifests its unwavering support for Christians and affirms that freedom of religion or belief, including the right to practice, change or manifest one’s religion individually or in community with others, must be fully protected in accordance with international human rights law and upheld without discrimination or interference by state authorities;

8.    Calls on Türkiye to immediately cease all forms of judicial and administrative harassment of foreign journalists, often under national security pretexts; expresses its deep indignation at reported cases of arbitrary arrest and detention; calls on Türkiye to immediately halt deportation proceedings against Kaveh Taheri and all other foreign journalists; demands the suspension of all legal proceedings against Swedish journalist Joakim Medin and all journalists convicted for doing their job;

9.    Shares the assessment of the Türkiye 2025 Report regarding the restrictive environment for journalists and critical voices;

10.    Expresses its solidarity with Turkish journalists who continue to report independently despite the numerous abuses; calls on the Commission to increase support for independent media;

11.    Urges Türkiye to immediately cease the use of administrative security codes N-82 and G-87, to provide individual reasoned decisions subject to independent judicial review, and to allow those expelled arbitrarily to return;

12.    Calls on the VP/HR and the Commission to raise these concerns systematically in political dialogue with Türkiye and to consider targeted measures should these abuses persist;

13.    Instructs its President to forward this resolution to the Council, the Commission, the VP/HR, the Member States, and the Government and Parliament of Türkiye.

La Turquie accuse le Parlement européen d'adopter "des résolutions malveillantes"

La Turquie a accusé vendredi le Parlement européen "d'ingérence" et d'adopter "des résolutions "malveillantes" à propos de deux textes votés jeudi par les eurodéputés, appelant les acteurs régionaux, notamment la Turquie, à s'abstenir de toute atteinte au cessez-le-feu en Syrie par des actions militaires ou par le soutien à des groupes armés.

"La résolution sur la situation dans le nord-est de la Syrie ignore le rôle de la Turquie dans le redressement et la stabilisation du pays. Nous conseillons au Parlement européen de s'efforcer davantage de comprendre la réalité du terrain et les attentes de la Syrie et du peuple syrien, au lieu d'adopter des résolutions erronées et malveillantes", a réagi vendredi le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

Condamnant les violences perpétrées contre les civils dans le nord-est de la Syrie, les députés européens avaient lancé jeudi cet appel aux acteurs régionaux.

La Turquie a également réagi à une résolution du Parlement européen sur des "expulsions ciblées" de chrétiens et de journalistes étrangers par la Turquie, les qualifiant "d'allégations infondées".

"Aucune institution étrangère, y compris le Parlement européen, ne peut effectuer une ingérence dans les procédures judiciaires en vigueur dans notre pays", a affirmé le ministère turc des Affaires étrangères.

Les autorités turques, proches de la nouvelle direction syrienne, ont appuyé les opérations contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, qui étaient le fer de lance de la lutte antijihadiste, ont dû, sous la pression de Damas, se retirer de larges pans du nord et du nord-est de la Syrie.

Un accord avec Damas prévoit l'intégration des FDS à l'armée syrienne, mettant fin aux espoirs d'autonomie des Kurdes. (AFP, 13 fév 2026)


Les eurodéputés dénoncent des expulsions de chrétiens et journalistes étrangers

Le Parlement européen a condamné jeudi des "expulsions ciblées" de chrétiens et de journalistes étrangers par la Turquie, appelant le pays à y mettre fin "immédiatement".

Les eurodéputés ont adopté à une large majorité une résolution non contraignante exhortant la Turquie à mettre un terme "à toutes les formes de harcèlement judiciaire et administratif à l'encontre des journalistes étrangers", au dernier jour de la session plénière du Parlement à Strasbourg.

Ils appellent aussi le pays à cesser le recours à des "codes administratifs de sécurité" qui désignent "au moins 300 chrétiens étrangers comme des menaces pour la sécurité nationale" et "à permettre le retour des personnes expulsées arbitrairement".

Medias et ONG ont fait état ces derniers mois d'une augmentation du nombre des chrétiens contraints à quitter le pays à 99% musulman, dont certains y vivaient depuis des décennies.

Ankara a réfuté ces accusations, invoquant une campagne de désinformation.

Les journalistes ont également particulièrement été ciblés ces dernières années.

En mars 2025, un journaliste de la BBC a été expulsé après avoir été accusé, notamment, de "menacer l'ordre public". Et un journaliste suédois a été interpellé à son arrivée à Istanbul et condamné à 11 mois de prison avec sursis pour "insulte au président" Recep Tayyip Erdogan. Il est rentré en Suède après un mois et demi de prison.

Tous deux étaient venus couvrir une vague de protestation déclenchée par l'arrestation du maire d'opposition d'Istanbul, Ekrem Imamoglu.

Les relations avec l'UE se sont tendues face aux dérives antidémocratiques des autorités dénoncées à plusieurs reprises par Bruxelles depuis la tentative de coup d'Etat en 2016.

Le pays n'en est pas moins considéré comme un partenaire important face aux bouleversements géopolitiques actuels.

L'UE et la Turquie ont aussi noué des accords controversés il y a dix ans, pendant la grande crise migratoire, pour que le pays exerce des contrôles plus stricts à ses frontières afin de juguler l'immigration illégale en échange de fonds européens.

La Turquie a été reconnue comme candidate à l'entrée dans l'UE en 1999 mais les négociations d'adhésion sont gelées depuis 2018. (AFP, 12 fév 2026)

Kurdish cry during EU summit in Bilzen

Declaration by the Democratic Council of Kurdistan Communities in Belgium (NAV-BEL):

The EU summit is taking place in Bilzen on February 12.

The Kurdish community of Bilzen welcomed the EU leaders with a silent but clear protest.

They hung dozens of banners throughout the city and on the highway, denouncing the situation in Rojava.

The European Union is partly responsible for the jihadist attack on the Kurds.

The Kurds demand justice and EU action to protect the Kurds and Rojava.

L'ancien patron du groupe aéroportuaire turc TAV arrêté en France

L'ancien patron du groupe aéroportuaire turc TAV Sani Sener a été arrêté mardi à l'aéroport Saint-Exupéry près de Lyon, dans le centre-est de la France, dans le cadre d'un mandat d'arrêt international émis par la Tunisie, a indiqué vendredi une source proche du dossier.

L'arrestation s'est faite dans le cadre d'une enquête sur des investissements réalisés en Tunisie "depuis le printemps arabe de 2011", plus particulièrement la filiale TAV Tunisia, selon un communiqué du bureau de Sani Sener transmis à la presse turque.

Le bureau de M. Sener, qui précise que l'homme d'affaires a démissionné de toutes ses fonctions à TAV Airports depuis 2022, qualifie l'arrestation d'"injuste, infondée et disproportionnée".

M. Sener est PDG de Sera Group qui est actionnaire de TAV.

"Il se serait volontiers rendu en personne auprès des autorités compétentes pour partager toutes les informations en sa possession s'il y avait été invité", assure le communiqué.

"Des contacts bilatéraux sont noués au plus haut niveau entre les gouvernements turcs et français", affirme encore l'équipe de Sani Sener, pour qui "toutes les démarches nécessaires sont entreprises afin de régler cette affaire dans les plus brefs délais et de permettre à Sani Sener de reprendre ses activités internationales".

De son côté, TAV Airports a assuré qu'à la suite "d'informations récentes sur nos opérations en Tunisie, nous souhaitons annoncer au public qu'aucune enquête n'est en cours contre notre entreprise ou nos employés".

"Nous coopérons pleinement avec les autorités tunisiennes", a ajouté TAV dans un communiqué, en assurant qu'"en tant que société cotée depuis février 2007, notre activité tout entière respecte strictement les critères internationaux les plus élevés".

Contacté par l'AFP au sujet de M. Sener, le Groupe ADP (ex-Aéroports de Paris), actionnaire de référence de TAV Airports avec 46,12% du capital, s'est refusé à tout commentaire vendredi.

Le gestionnaire des aéroports parisiens, lui-même contrôlé à 50,6% par l'Etat français, consolide dans ses comptes les activités de TAV Airports, qui exploite 14 aéroports dans sept pays dont en Turquie (Ankara, Antalya, Izmir...) mais aussi en Tunisie (Monastir et Enfidha-Hammamet), au Kazakhstan (Almaty) et en Croatie (Zagreb). (AFP, 30 jan 2026)

Le chef de la diplomatie française se rend en Turquie pour réchauffer les relations

Entre la France et la Turquie, les sujets de discorde sont connus mais les motifs de rapprochement semblent désormais s'imposer. Le chef de la diplomatie française s'envole lundi pour Ankara avec l'objectif de renforcer les liens avec ce pays incontournable sur les crises brûlantes à commencer par la Syrie.

Le voyage de Jean-Noël Barrot intervient alors que Damas a annoncé samedi avoir prolongé de 15 jours la trêve avec les forces kurdes.

Ankara soutient l'offensive de Damas dans le nord-est syrien pour en chasser les combattants kurdes. Paris dit soutenir "résolument" l'unité de la Syrie et rester "fidèle" aux Kurdes ses "frères d'armes" qui ont joué un rôle clé auprès des Occidentaux pour combattre le groupe Etat islamique (EI).

"Depuis quelques mois déjà, la France a compris qu'elle a intérêt à accompagner la nouvelle Syrie et (le président Ahmad) al-Chareh pour la reconstruction d'une Syrie unifiée", observe Bayram Balci, ancien directeur de l'Institut français d'études anatoliennes (IFEA) à Istanbul.

Après le départ du dictateur Bachar al-Assad renversé en décembre 2024, la France a été l'un des premiers pays à envoyer une délégation à Damas et le premier pays européen à recevoir à l'Elysée son successeur, Ahmad al-Chareh, un ancien jihadiste.

Or "il est évident que la Turquie a la main beaucoup plus que la France sur ce qui se passe actuellement en Syrie", observe Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie contemporaine et Moyen-Orient de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

La visite de M. Barrot était envisagée depuis longtemps mais la récente montée des tensions lui confère une résonance particulière.

A Ankara, le ministre français rencontrera mardi son homologue Hakan Fidan, un proche de la nouvelle direction syrienne.

"La France n'a pas seulement un sujet diplomatique sur la Syrie, elle a un sujet intérieur: aussi bien sur la question kurde que sur la question de l'éventuel retour des jihadistes de Daesh", note Dorothée Schmid, en référence aux Français -- femmes, enfants et combattants de l'EI -- dans le nord-est syrien.

Dimanche, la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo s'est refusée à dire si certains d'entre eux avaient pu s'évader alors que les forces kurdes ont été contraintes de se retirer des prisons où elles gardaient des jihadistes ainsi que des camps où elles surveillaient leurs familles.

"Nos services de renseignement surveillent très précisément la situation et font en sorte que la situation soit sous contrôle", a-t-elle seulement indiqué.

 - "Modification très graduelle" -

 La volonté de Paris de réchauffer les relations bilatérales n'est pas récente. Elle a démarré lorsque la Russie a envahi l'Ukraine en 2022. Le président turc Recep Tayyip Erdogan ayant un canal direct avec les Russes comme les Ukrainiens, il est un potentiel médiateur.

Selon une source diplomatique turque, le dossier ukrainien figurera au menu des discussions bilatérales, de même que la Syrie et Gaza.

Avant 2022, "les divergences étaient totales sur tous les dossiers politiques internationaux" entre Paris et Ankara, souligne Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), rappelant les crispations publiques entre Emmanuel Macron et son homologue turc. La "modification (des relations) est très lente, très graduelle", note-t-il.

Un point de crispation majeure reste la question des droits de l'Homme.

Mais "pour l'instant, il y a hélas d'autres priorités malgré la dérive autoritaire, nationaliste, populiste" et "malgré les violations massives des droits humains dont ceux de la presse", constate Bayram Balci, relevant la réaction timorée des Occidentaux lors des manifestations anti-gouvernementales de mars 2025 qui ont suivi l'arrestation du maire d'opposition d'Istanbul Ekrem Imamoglu.

La relation franco-turque est entrée dans une nouvelle phase en septembre lorsque la France a reconnu un Etat palestinien, une décision saluée par la Turquie.

"C'est de la Realpolitik", résume Didier Billion. Et le rapprochement fait d'autant plus sens à Paris que "les coups de boutoir du président américain Donald Trump obligent les Européens à se secouer". Or la Turquie est amenée à jouer "un rôle très important dans cette hypothétique défense européenne" poussée par Paris, dit-il.

Fin novembre, le gouvernement turc s'est dit prêt à participer aux "forces de réassurance" qui pourraient être déployées en Ukraine après un cessez-le-feu. Avec la deuxième armée de l'Otan en nombre d'hommes, la Turquie joue un rôle clé sur le plan maritime, en particulier dans la surveillance de la navigation en mer Noire.

Pour autant, les Européens aimeraient que la Turquie, qui continue d'acheter du pétrole russe, aille plus loin en adoptant des sanctions contre Moscou, relève Bayram Balci, qui ne voit cependant pas d'inflexion d'Ankara à ce sujet. (AFP, 26 jan 2026)


Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO

USA: un tribunal bloque l'expulsion d'une étudiante turque propalestinienne

Un tribunal américain a rejeté une procédure d'expulsion visant une étudiante turque connue pour son engagement propalestinien et dont le cas avait provoqué une vive émotion, a-t-on appris lundi auprès de son avocate.

Rumeysa Ozturk, 30 ans, doctorante de l'université Tufts (Massachusetts), avait été arrêtée le 25 mars dernier par des agents de la police de l'immigration (ICE) et détenue six semaines dans un centre de rétention en Louisiane.

La vidéo de son arrestation par des agents en civil, visages masqués et pour certains capuche sur la tête, avait suscité l'indignation. La jeune femme est devenue un symbole de la volonté de l'administration Trump de museler le mouvement de solidarité avec les Palestiniens de Gaza face à Israël.

Selon son avocate, le juge a conclu que le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) n'avait pas établi le bien-fondé de l'expulsion de sa cliente.

L'administration Trump n'avait pour motif qu'un article qu'elle avait cosigné en mars 2024 dans son journal universitaire, le Tufts Daily. Le texte critiquait la façon dont son établissement gérait le mouvement de protestation contre la guerre, menée par Israël dans la bande de Gaza depuis octobre 2023.

"Je pousse un soupir de soulagement en sachant que, malgré les imperfections du système judiciaire, mon affaire peut donner de l'espoir à ceux qui ont également été lésés par le gouvernement américain", a déclaré Rumeysa Ozturk dans un communiqué.

"Bien que la douleur que moi et des milliers d'autres femmes emprisonnées à tort par l'ICE avons subie ne puisse être effacée, il est réconfortant de savoir qu'une certaine justice peut finalement prévaloir", a-t-elle ajouté.

Sa détention avait suscité des critiques jusqu'en Turquie. Le ministre turc de la Justice Yilmaz Tunc avait jugé "inacceptable qu'un individu soit poursuivi en raison de sa foi ou de son soutien à la Palestine".

L'université a publiquement soutenu son étudiante, exigeant sa libération afin qu'elle puisse achever son doctorat.

Donald Trump a lancé une offensive contre les universités américaines, les accusant de laisser prospérer sur leurs campus des mouvements de soutien aux Palestiniens, qu'il assimile à de l'antisémitisme. (AFP, 10 fév 2026)

Relations régionales / Regional Relations

La Turquie et l'Arabie saoudite signent un accord pour la construction de centrales solaires

La Turquie et l'Arabie saoudite ont signé vendredi un accord pour la construction de centrales solaires d'une capacité combinée de 2000 MW en Turquie, une initiative visant à approfondir la coopération énergétique entre les deux pays.

Organisée à Istanbul dans un palais de l'époque ottomane au bord du Bosphore, la cérémonie de signature intervient après la conclusion d'un accord sur l'énergie de deux milliards de dollars entre les deux pays lors d'une visite du président Recep Tayyip Erdogan à Riyad début février.

L'accord prévoit la construction par la société saoudienne Acwa de deux centrales solaires dans les provinces de Sivas et de Karaman, dans le centre de la Turquie, d'une capacité combinée de 2000 mégawatts, qui pourrait répondre aux besoins en électricité de 2,1 millions de foyers, ont indiqué des responsables.

Les relations entre Ryad et Ankara s'étaient refroidies après l'assassinat en 2018 au consulat saoudien à Istanbul du journaliste Jamal Khashoggi, très critique du régime saoudien.

Elles se sont améliorées par la suite, et Recep Tayyip Erdogan s'était rendu en visite officielle en Arabie saoudite en 2022 avant d'y revenir un an plus tard.

Les deux pays coopèrent désormais sur un large éventail de questions diplomatiques, notamment le soutien à Gaza et au nouveau gouvernement syrien.

Le ministre turc de l'Énergie, Alparslan Bayraktar, a salué le projet comme "l'un des plus importants investissements nationaux et étrangers jamais réalisés dans notre secteur énergétique".

"La Turquie garantira également son approvisionnement en électricité à un prix exceptionnellement bas, jamais atteint dans notre pays", a-t-il ajouté.

"La Turquie connaît une véritable révolution énergétique", a affirmé le ministre, ajoutant que 62% de la capacité électrique installée l'an dernier provenait de sources renouvelables.

D'ici 2035, la Turquie ambitionne de porter sa capacité installée en énergie solaire et éolienne à 120.000 mégawatts.

Ankara vise également la neutralité carbone d'ici 2053, mais 33,6% de son électricité provenait du charbon l'an dernier, selon les données officielles du ministère.

Interrogé par l'AFP sur la dépendance de la Turquie au charbon, M. Bayraktar a indiqué que le pays visait une énergie moins chère et une réduction de sa dépendance aux importations d'énergie.

"Le charbon peut être remplacé dans un premier temps par le gaz, mais à moyen et long terme, il peut être supplanté par le nucléaire", a-t-il précisé. (AFP, 20 fév 2026)

Après Ryad, Erdogan scelle de nouveaux accords avec son ancien rival Sissi

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a rencontré mercredi au Caire le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, scellant une série de nouveaux accords de partenariat pour sa quatrième visite officielle en Egypte.

Les relations entre l'Egypte et la Turquie se sont nettement réchauffées ces dernières années après quasiment une décennie de rupture diplomatique, leurs intérêts convergeant désormais sur plusieurs théâtres régionaux, notamment le Soudan ou la bande de Gaza.

Les deux dirigeants ont "souligné la nécessité de parvenir à une trêve humanitaire menant à un cessez-le-feu" au Soudan et de "préserver les institutions de l'Etat", a déclaré M. Sissi lors d'une allocution conjointe avec son homologue turc.

Dans un discours diffusé à la télévision égyptienne, le chef de l'état a également souligné "l'importance de préserver l'unité et la souveraineté de la Somalie et de rejeter toute tentative de la diviser".

Le Caire et Ankara avaient soutenu le gouvernement de Mogadiscio et condamné la reconnaissance par Israël de la région séparatiste du Somaliland.

"Les échanges bilatéraux ont atteint près de 9 milliards de dollars, faisant de l'Egypte le principal partenaire commercial de la Turquie sur le continent africain", a ajouté M. Sissi après la signature par des ministres des deux pays de 18 accords couvrant la défense, le tourisme, la santé et l'agriculture.

Depuis la première rencontre en 2024 des deux dirigeants, plus d'une dizaine d'accords de coopération avaient été signés.

La Turquie et l'Egypte font partie, avec les Etats-Unis et le Qatar, des quatre pays qui ont mené des négociations en faveur de la fragile trêve en cours dans le territoire palestinien de la bande de Gaza, et se trouvent du même côté dans la guerre au Soudan, affichant des positions de plus en plus convergentes sur les principaux dossiers régionaux.

M. Sissi a également déclaré que les deux pays s'étaient accordés sur la nécessité de mettre en oeuvre toutes les phases de l'accord de trêve à Gaza négocié par les Etats-Unis, rejetant "toute tentative de contourner ou d'entraver la mise en oeuvre du plan de paix du président Donald Trump".

Les convergences entre la Turquie et l'Egypte s'inscrivent, selon des analystes, dans l'émergence d'un axe régional de sécurité incluant également l'Arabie saoudite.

Mardi, le président turc s'est d'ailleurs rendu à Ryad, autre ancien rival régional avec lequel Ankara a normalisé ses relations ces dernières années.

Cette tournée diplomatique intervient alors que la région est marquée par de fortes tensions, à l'approche d'éventuelles discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, initialement prévues en Turquie avant que Téhéran n'en demande leur transfert à Oman.

Les relations entre Ankara et Le Caire s'étaient brutalement rompues en 2013, après la destitution par l'armée égyptienne du premier président égyptien démocratiquement élu, Mohamed Morsi, allié de la Turquie et issu des Frères musulmans, un mouvement depuis interdit en Égypte.

À l'époque, M. Erdogan avait affirmé qu'il ne s'adresserait jamais à l'auteur du coup d'Etat, Abdel Fattah al-Sissi.

En 2024, la Turquie a accepté de fournir à l'Egypte des drones de combat avancés, avant que les deux pays n'annoncent l'année suivante un projet de production conjointe de drones.

L'armée soudanaise, soutenue par Le Caire et Ankara dans sa guerre contre les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), ont notamment utilisé des drones Bayraktar de fabrication turque. (AFP, 4 fév 2026)

Les nerfs à vif des Iraniennes de Van

Elle enroule ses mèches autour de ses ongles vernis et enchaîne les cigarettes face à un thé dans un café de Van, grande ville turque à 100 kilomètres de la frontière iranienne.

Pendant plus de deux semaines, alors qu'internet était largement coupé en Iran, Mahsa est restée sans nouvelle de ses proches à Téhéran qui craignent aujourd'hui encore de lui parler.

"Ils vont bien, c'est ce qu'ils m'ont dit. Mais ils ont peur de parler au téléphone. Ils n'osent même pas sortir dans la rue. Pour éviter tout problème, on ne parle de rien. Parce qu'aux informations, on prévient: +Ne parlez pas, sinon il arrivera quelque chose à votre famille+."

"Les émotions à vif", elle se confie à l'AFP dans ce café devenu le repère des jeunes Iraniens, sous condition d'anonymat.

Mahsa, 30 ans, originaire de Téhéran, est arrivée à Van il y a trois ans, lasse des menaces, des pressions et des convocations de la police après le mouvement "Femmes, Vie, Liberté".

La mort de l'étudiante Mahsa Amini, en septembre 2022 à Téhéran, trois jours après son arrestation pour "port de vêtements inappropriés", avait soulevé la colère de la jeunesse iranienne, réprimée par des centaines de morts et des milliers d'arrestations.

Une violence sans comparaison cependant avec celle déployée par la République islamique début janvier pour mater les manifestations déclenchées, initialement, par l'effondrement de la monnaie. Et qui ont été réprimées dans le sang avec des dizaines de milliers d'Iraniens arrêtés, tués ou blessés.

Près d'un mois plus tard, le sentiment de peur traverse encore la frontière.

Les frères et soeurs, neveux et nièces de Mahsa - un prénom d'emprunt choisi en hommage "aux milliers de Mahsa" Amini, précise-t-elle - vivent à Téhéran et elle tremble de leur nuire en dévoilant son identité.

"Les gens sont sortis pour protester contre le coût de la vie. Mais surtout, ils n'en pouvaient plus. On veut la liberté, un bel avenir. Qu'on cesse de nous opprimer", dit-elle.

 - "La taverne, la mosquée: chacun à sa place" -

 "Le problème ce n'est pas de circuler avec ou sans voile. La religion, c'est personnel. Que chacun vive comme il veut, s'habille comme il veut", enchaîne-t-elle.

"Pourquoi les gens regrettent-ils l'époque du shah? Parce qu'alors, la taverne était d'un côté, la mosquée de l'autre. Chacun à sa place. C'est ce qu'on voudrait retrouver".

En revanche, la possibilité d'une intervention américaine l'inquiète. "Combien de personnes, d'innocents vont encore mourir? C'est la guerre des dirigeants, mais c'est le peuple qui meurt".

"Nous ne voulons pas la guerre. Nous voulons la paix", tranche-t-elle.

Nilufer n'est elle arrivée que l'été dernier et appelle la confrontation de ses voeux.

A 35 ans, cette ancienne fonctionnaire a laissé son fils de 10 ans à sa mère, à Tabriz (nord), pour venir travailler en Turquie, munie d'un visa d'étudiante.

En Iran, "la situation est lamentable, l'économie désastreuse. Tu reçois ton salaire aujourd'hui et demain tout aura doublé, il ne te restera rien. Mais comme mon fils est là-bas, j'y retourne tous les mois malgré la pression", explique-t-elle.

"Dès que je passe la frontière, je dois porter un voile, ils fouillent mon sac. Il ne faut surtout pas apporter de l'alcool, mais pourquoi le ferais-je!? (...) Tu dois toujours te comporter prudemment", témoigne-t-elle. "Je ne dis rien contre l'Etat, je fais attention à ce que je partage. Mais personne ne veut de ce régime. Il a dégoûté tout le monde de la religion".

Elle écarte d'un geste les inquiétudes de la Turquie, qui craint un afflux de réfugiés en cas d'opération militaire: "Les Iraniens ne quitteront pas leur pays", assure-t-elle.

Nilufer place son espoir en Reza Pahlavi, fils du shah déchu, qui a appelé depuis les Etats-Unis les Iraniens à descendre dans les rues. "Il nous a beaucoup soutenus", juge-t-elle.

Désormais, elle n'attend plus qu'une attaque américaine: "Qu'ils frappent tout de suite. Quoique fasse l'Amérique, elle ne fera jamais autant de morts que ceux qui ont tiré sur leur propre peuple."

"Ce régime doit partir. Nous appelons à l'aide. Nous n'avons pas d'autre option". (AFP, 2 fév 2026)

La Turquie offre sa médiation à l'Iran mais est prête à "renforcer" sa frontière

La Turquie propose de jouer les médiateurs entre Téhéran et Washington mais se tient prête à "renforcer sa frontière" avec l'Iran en cas d'attaque américaine contre ce pays, ont déclaré jeudi des responsables turcs.

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, qui affirme que l'Iran répondra à toute attaque des Etats-Unis, est attendu vendredi en Turquie, selon une source au ministère turc des Affaires étrangères.

Téhéran a confirmé cette visite officielle dans un message posté sur X : "La République islamique d'Iran est déterminée à constamment renforcer ses relations avec ses voisins sur la base d'une politique de bon voisinage et d'intérêts communs", a écrit le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie turque Hakan Fidan, qui s'est déjà entretenu mercredi avec son homologue iranien, "réitérera l'opposition de la Turquie à toute intervention militaire contre l'Iran, insistant sur les risques d'une telle initiative pour la région et le monde", a dit la source turque.

M. Fidan entend répéter que la Turquie, qui a une frontière de plus de 550 km avec l'Iran, "est prête à contribuer au règlement des tensions actuelles par le dialogue", a poursuivi ce responsable s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

Selon le quotidien Hurriyet, le président Recep Tayyip Erdogan pousse de son côté pour l'organisation d'une réunion trilatérale Etats-Unis/Iran/Turquie.

Un haut responsable turc a par ailleurs confié à l'AFP que son pays se tenait prêt, en parallèle, à "renforcer la sécurité à sa frontière" avec l'Iran, sans aller jusqu'à évoquer l'hypothèse d'une zone tampon avancée par des médias turcs.

La Turquie a déjà érigé un mur long de 380 km à cette frontière "mais ce n'est pas suffisant", a-t-il estimé sous le couvert de l'anonymat.

Cet ouvrage, qui coupe des régions montagneuses et fortement enneigées en hiver, a été érigé afin de contenir les passages d'immigrants illégaux en provenance d'Iran et d'Afghanistan notamment mais aussi les trafics de stupéfiants.

Surmonté de barbelés et de miradors, ce mur est doublé de tranchées où l'armée patrouille 24 heures sur 24.

 - "Doigt sur la gâchette" -

 Aucun afflux notable n'a été constaté à cette frontière au plus fort de la vague de contestation qui a secoué l'Iran fin décembre et début janvier avant d'être réprimée dans le sang.

Mais des frappes américaines pourraient changer la donne à la frontière turco-iranienne, Ankara s'inquiétant également d'un regain d'activité de combattants kurdes sur le sol iranien.

"La Turquie se concentre moins sur un règlement complet des différends entre les Etats-Unis et l'Iran que sur la prévention d'une intervention militaire (qui) engendrerait une cascade de problèmes sécuritaires à sa frontière, dont des migrations massives", explique à l'AFP Arif Keskin, un universitaire iranien, à Ankara.

Dans ce cadre, pense-t-il, les efforts d'apaisement de la Turquie "rejoignent l'approche des cercles favorables à la négociation en Iran. Sachant que celui qui bénéficierait le plus d'un éventuel accord est le régime iranien lui-même".

Pour M. Keskin, si malgré les déclarations de leur président, les Etats-Unis optent pour la négociation plutôt que l'action militaire, "cela pourra aussi être perçu comme une victoire significative du pouvoir iranien sur ses opposants malgré les tueries".

Plus de 6.200 personnes, dont 5.850 manifestants environ, ont été tuées en Iran, d'après un bilan actualisé de l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), dont le siège est aux Etats-Unis.

Cette organisation, qui dispose d'un vaste réseau de sources en Iran, enquête sur plus de 17.000 potentielles morts supplémentaires.

 Mercredi, le ministre iranien des Affaires étrangères a assuré que les forces iraniennes avaient "le doigt sur la gâchette", prêtes à répondre à toute attaque américaine, en réponse aux menaces de Donald Trump qui a dépêché des forces dans le Golfe et affirmé que "le temps est compté" pour Téhéran.

M. Araghchi a toutefois répété que l'Iran était prêt à un accord "juste" et "équitable" sur le nucléaire.

Le ministre turc des Affaires étrangères a d'ailleurs "conseillé" mercredi aux Etats-Unis de discuter avec Téhéran, jugeant qu'attaquer l'Iran serait une "erreur".  (AFP, 29 jan 2026)

Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece

Mitsotakis à Ankara: Ils se sont encore une fois entendus tacitement sur leurs désaccords

Ragip Duran, TVXS.GR, 15 février 2026

La visite à Ankara du Premier ministre Grec M. Mitsotakis n’a pas été à la une des médias turcs, car deux autres développements ont été largement couverts par les journalistes: la nouvelle nomination de deux ministres aux postes clef de l’Intérieur et de la Justice. Et les déclarations violemment critiquées par Bagdad du ministre turc des affaires étrangères.

Les deux nouveaux ministres sont M. Akın (justice), ex-procureur en chef d’Istanbul accusé par l’opposition des prises de positions et des décisions partisanes et M. Ciftci, ex-préfet d’Erzurum, connu par son islamisme.

Les chroniqueurs proches de l’opposition croient que ces deux nominations sont des signes de préparation d’Erdogan pour les élections.

De son côté, M. Fidan, ministre des affaires étrangères, a osé directement menacer Bagdad et l’administration de la Région Autonome du Kurdistan d’Irak (Barzani): “Après la Syrie, l’Irak est à l’ordre” a-t-il dit. Il a également annoncé que la Turquie est capable de nettoyer tous les éléments terroristes dans la région. Bagdad et Barzani ont fortement réagi. Ankara a fait un demi-tour quand le porte-parole du ministère a dû expliquer qu’il s’agissait “d’une faute de traduction” et que” Ankara a toujours de bons rapports avec Baghdad et Erbil”.

La visite de M. Mitsotakis accompagné d’une grande délégation à Ankara et la conférence de presse conjointe Erdogan-Mitsotakis sont bien accueillies par les médias turcs. Mais M. Selim Kuneralp, ambassadeur en retraite, a essayé d’aller un peu plus loin : “ Nous constatons que les sujets importants n’ont pas été dans l’agenda des deux parties. Des conventions sur les lignes de ferry et la croissance réciproque du commerce entre les deux pays ont été signées comme s’il n’y avait aucun autre problème entre Athènes et Ankara. La Grèce n’a pas beaucoup d’attente de la part d’Ankara. Mais la Turquie désire imposer son point de vue sur la militarisation des îles, sur le statut de certaines îles et en plus sur “La Patrie Bleue”, projet expansionniste critiqué par l’Occident. Ces sujets se cachent sous le tapis. Lors des pourparlers, les deux leaders parlent du “Droit İnternational” mais Ankara refuse de se présenter devant les Cours Internationales quand il s’agit de l’interprétation du traité de Lausanne et du problème de la “Patrie Bleue”. Ne pas débattre voire garder le silence sur des sujets déterminants n’est sûrement pas une attitude durable” .

Deux experts des relations turco-grecques, M. Stelios Berberakis et Mme Barcin Yinanc estiment que même la poursuite du dialogue entre les deux capitales “est positive”. Ils ajoutent que les bonnes relations entre les deux peuples sont également un facteur qui peut faciliter la solution des problèmes entre les deux Etats.

En somme, 30 ans après la crise d’Imia/Kardak, Ankara et Athènes sont encore et toujours d’accord sur leurs désaccords.

Immigration / Migration

Trois morts et quatre disparus dans le naufrage d'un bateau de migrants

Trois personnes sont mortes et quatre portées disparues après le naufrage jeudi matin d'une embarcation de migrants en mer Égée, au large de la Turquie, ont annoncé les garde-côtes turcs.

Trente-huit passagers de ce canot pneumatique ayant pris l'eau avant l'aube au large du district de Foça (ouest), au nord de la grande ville d'Izmir, ont pu être secourus vivants, ont précisé les garde-côtes dans un communiqué.

Les plages du district de Foça sont situées à une trentaine de kilomètres de la grande île grecque de Lesbos.

"Les opérations de recherche se poursuivent pour retrouver les quatre migrants en situation irrégulière portés disparus", ont indiqué les garde-côtes, qui ont dépêché plusieurs navires et hélicoptères.

Les naufrages sont fréquents lors de ces traversées périlleuses vers les îles grecques, porte d'entrée dans l'Union européenne.

Quinze migrants, dont quatre femmes, ont notamment été tués la semaine passée lors d'une collisions avec un patrouilleur des garde-côtes grecs au large de l'île de Chios, située à quelques encablures des côtes turques.

Au moins 524 migrants ont disparu ou ont été repêchés morts en Méditerranée depuis le début de l'année, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), contre 1.873 sur l'ensemble de l'année 2025. (AFP, 12 fév 2026)

Une attaque au couteau à une manifestation kurde fait 6 blessés à Anvers

Six personnes ont été blessées à l'arme blanche jeudi soir près de la place de l'Opéra à Anvers, alors qu'une manifestation kurde y était organisée pour dénoncer la situation actuelle au nord de la Syrie. Une enquête a été ouverte pour "tentative d'assassinat", a indiqué la zone de police d'Anvers. Les faits ne sont donc pour l'instant pas officiellement qualifiés d'acte terroriste.

Dans un communiqué publié jeudi soir, le conseil des communautés kurdes de Belgique, NavBel, dénonce de son côté une attaque "à caractère terroriste" visant la communauté kurde d'Anvers, menée par des assaillants "animés de motivations extrémistes et djihadistes". 

"La manifestation se déroulait dans le calme et sans incident. De nombreuses familles, femmes, jeunes et enfants étaient présents. Alors que le rassemblement se dispersait, les manifestants kurdes ont été attaqués par un groupe d'hommes", souligne le communiqué. "Ces hommes s'étaient infiltrés dans la manifestation et ont soudainement sorti des couteaux, ouvrant le feu sans distinction." 

"Il est clair que cette attaque n'est pas un acte isolé de violence gratuite, mais une attaque ciblée contre une communauté. Il s'agit d'un acte de terrorisme contre les Kurdes. Nous attendons de la police et de la justice belges qu'elles le considèrent et le traitent comme tel", ajoute NavBel.

Une autre manifestation kurde prévue à Anvers vendredi sera annulée "par respect pour les victimes" et "préserver la sérénité".

A la suite de l'attaque, deux victimes ont été transportées à l'hôpital dans un état critique. Quatre suspects qui, d'après les premiers constats, s'étaient infiltrés parmi les manifestants, ont en outre été interpellés par la police. (RTBF, 23 janvier 2026)



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